DzActiviste.info Publié le mer 29 Mai 2013

Bons baisers d’Alger, 1962

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تقديم مجموعة أرشيف كوهان-عدّاد بمعهد تاريخ الزمن الحاضر.

وُلد رَأُول كوهان-عدّاد في الجزائر سنة 1916 لعائلة يهودية تمتهن التجارة، و دخل الإدارة الفرنسية سنة 1937. و يتضمّن أرشيفه الموجود في معهد تاريخ الزمن الحاضر في باريس وثائق حول وضعية اليهود خلال الحرب العالمية الثانية (و خصوصا حول الدعاوى القضائية المتعلقة بكوهان-عدّاد نفسه و إقصاءه من الإدارة). و يتعلق الأرشيف أيضا بعملية الإنزال الأنجلو-أمريكي سنة 1942 و حركة مجموعات المقاومة التي ينتمي إليه. و من بين وثائق هناك أيضا صور و بطاقات بريدية  كتلك التي لم تُنشر من قبل لأعياد الإستقلال سنة 1962. جرد مجموعة الأرشيف على موقع المعهد الرابط. س

Je remonte rarement les mains vides d’une plongée dans les archives déposées au sous-sol de l’Institut d’histoire du temps présent. L’archiviste Anne-Marie Pathé attirait il y a quelques jours mon attention sur un petit dossier, dans le fonds Cohen-Addad que je ne connaissais pas.

Pendant les fêtes du Premier novembre 1962 à Alger, un photographe de l’agence Jomone est à l’œuvre : il saisit ce cliché qui devient rapidement une carte postale, représentant un homme en burnous portant un parapluie, avec à l’arrière plan, le défilé militaire. L’agence est installée à Alger, 2, rue Levacher, et produit des cartes postales qu’on retrouve sur de nombreux sites de souvenirs des Français d’Algérie. Elle semble bien être restée sur place, au moins jusqu’en 1963. La légende de l’image est tout un poème :

Fête Nationale Algérienne du 1er Novembre 1962. Avenue du 1er Novembre pendant le défilé. Les deux générations (à chacun son arme).

Carte postale 1962 © Agence Jomone, Archives Cohen-Addad, IHTP.

Carte postale 1962
© Agence Jomone, Archives Cohen-Addad, IHTP.

La beauté archivistique de la carte postale, l’histoire qu’elle raconte, tient à une courte lettre qui lui a été agrafée. Elle est adressée « À M. Jomone ».

« Je viens de découvrir ma photo du 1er Novembre 1962 qui est en vente dans les Bureaux de tabac. » écrit l’auteur de la lettre. Et le signataire de demander l’arrêt des ventes de la carte postale, ou le versement d’un pourcentage des bénéfices, revendiquant en somme et avant l’heure, son droit à l’image.

Courrier à l'agence Jomone, 3 mars 1963, Archives Cohen-Addad, IHTP.

Courrier à l’agence Jomone, 3 mars 1963, Archives Cohen-Addad, IHTP.

La réponse du gérant de l’agence Jomone, un certain Georges Pitsch, également incluse dans le dossier, ne manque pas de sel :

Monsieur,

Nous accusons réception de votre lettre du 4 courant.
Nous pensons que vous avez eu beaucoup de plaisir de vous voir sur une carte postale.
En ce qui nous concerne, nous pouvons vous affirmer que c’est tout à fait par hasard et accidentellement que vous figurez sur ce cliché – car c’est le véhicule militaire et ses occupants qui nous intéressaient en ce jour anniversaire de la Révolution.
Nous avons beaucoup apprécié votre humour concernant votre demande de pourcentage, mais sachez que cela ne se pratique qu’avec les grandes vedettes de cinéma où de la Télévision. Nous ne pensons pas que ce soit le cas avec vous, et nous le regrettons d’ailleurs.
Si vous ne vous sentez pas honoré de figurer sur nos cartes postales au même titre que nos valeureux djounouds, faites-nous le connaître et nous ferons un tel découpage dans le cliché, que vous pourrez disparaître aisément.
Dans l’attente du plaisir de vous lire à ce sujet, veuillez agréer Monsieur, nos salutations distinguées.

Le Gérant : G. Pitsch.

On aimerait avoir plusieurs vies d’historien pour avoir le temps de rechercher l’agence Jomone ; pour aller à l’adresse que le Monsieur Au Parapluie nous donne si obligeamment afin d’essayer de le retrouver, car on aime tant faire du terrain ; pour réfléchir à l’orientalisme du burnous, à la glorification des soldats instrumentalisés de façon si drôle (vous ne vous sentez donc pas honoré ?), à la valorisation de la lutte armée, et écrire un bel essai d’histoire culturelle au titre un brin snob, sur l’indigénisation après la fin des indigènes.

Mais on se laisse prendre aussi par les autres cartons du fonds, notamment les images inédites de l’agence Jomone sur les fêtes de l’indépendance en 1962. Et puis bien sûr, par ce qui est au cœur des archives de Raoul Cohen-Addad, né aux Attafs en 1916 dans une famille juive : les documents concernant la situation des juifs durant la seconde guerre mondiale (notamment les procédures concernant Cohen-Addad lui-même, et son exclusion de l’administration française où il travailla pendant une trentaine d’années) et sur le débarquement anglo-américain de 1942, avec l’action des groupes résistants auxquels il appartenait.

Vous souhaitez écrire cet article génial ? Ou simplement consulter les archives? Le fonds est disponible à l’Institut d’histoire du temps présent. Son inventaire détaillé, réalisé par Marie Chominot, sous la responsabilité d’Anne-Marie Pathé est ici. Pour tout renseignement : pathe@ihtp.cnrs.fr

Le fonds Cohen-Addad est également évoqué dans le très précieux catalogue des archives algériennes des syndicats et partis français, édité en ligne par le CODHOS (Collectif des centres de documentation en histoire ouvrière et sociale).


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