DzActiviste.info Publié le sam 8 Juin 2013

19 JUIN 1965. L’EPOQUE DE LA BRAVOURE ESTUDIANTINE CONTRE LES COUPS DE FORCE

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Par : Mohamed Ibn Khaldoun

La jeunesse Algérienne d'HierDans une semaine tombera la 48 ème année depuis  la date du coup d’Etat qui a renversé une partie de combattants de la liberté par une autre partie des même combattants, rebaptisée –Conseil de la Révolution-

Quant l’ancien chef de l’Etat-Major, Tahar Zbiri, inconscient, réveillera le Président Benbella de son sommeil pour lui annoncer, qu’il a été mis fin à ses fonction au nom de la Révolution et qu’il est en état d’arrestation. Dirigé manu militari au bunker du MDN. Ensuite c’est une autre partie de l’équipe Benbella qui serait arrêtée, Hadj Benalla président de l’assemblée nationale qui sera mis en  détention à Bouzaréah, jusqu’à 1967, puis en résidence surveillée d’abord à Biskra, pendant trois années, avant de rejoindre Oran  à Ain Turk, corniche oranaise où il demeure en résidence restreinte.  Après le deces de Houari Boumediene, Hadj Benalla fût liberé et s’installa à Alger.  Son fils parle de lui : « Ce n’est qu’en 1978 que mon père fut autorisé à s’installer à Alger, c’est-à-dire après 13 ans de privation et d’errance à travers une Algérie pour laquelle il était prêt à donner sa vie à tout moment. Son passeport lui fut restitué en 1980. Il reste que je me demande toujours pourquoi autant d’acharnement contre un homme, un patriote honnête et dévoué à la cause national ? Que pouvait-on bien lui reprocher ? Peut-être son refus catégorique de collaborer avec le nouveau régime ? Hadj a payé le prix de sa fidélité à l’ancien président et n’a jamais marchandé ses principes, contrairement à certains. Il est parti en homme fier, droit, juste et humble. J’en profite pour rendre hommage à ceux – et ils ne sont pas nombreux – qui ne lui ont jamais tourné le dos, tels que le moudjahid Ould El Hocine Mohamed Cherif, le moudjahid Hadj Lakhdar de Batna,  allah yarahmou, le moudjahid Djellouli El Habib et tant d’autres ».  Le dur colonel Mohammedi Said, arrêté, Le docteur Nekkach qui se trouvait à Oran, était la dernière cible appréhendée  à Oran.

Le coup d’Etat exécuté sans effusion de sang, l’unique blessé légèrement, fût un militaire tireur de Bazooka, qui avait forcé le portail blindé de la caserne Hamadach à Hydra. Juste après, Houari Boumediene, évoque l’exécution d’une mise à jour de la Révolution, par des éléments révolutionnaires  qui  ont rétabli un Etat sérieux régi par une morale. Plus tard après avoir été écarté du pouvoir, l’ancien sergent de l’armée française, qui a rejoint le maquis et devient colonel et ensuite commandant en chef de la gendarmerie nationale, déclara : «Je savais depuis quelque temps, par mes gendarmes de l’aéroport de Boufarik, qu’un avion avec une valise bourrée de devises attendait Boumediene et ses intimes en cas d’échec. L’affaire, réussie sans écoulement de sang, était en fin de compte un coup d’Etat militaire contre un régime absolument légal».

Le 20 juin, sans explication au préalable, un conseil de la Révolution est installé présidé par le colonel Houari Boumediene. Annaba et Oran, refusent de ‘’gober’’ cette annonce. L’UNEA, l’Union national des étudiants Algériens, vide l’université d’Oran, les étudiants sortent dans les rues d’Oran pour scander : ‘’Non au coup d’Etat’’, Non à Boumediene’’. Des affrontements entre étudiants, jeunes et citoyens oranais ont durés plusieurs jours, pendant que les policiers ont étaient désarmés sur ordre du nouveau pouvoir, les éléments du CNS, Corps National de Sécurité, cantonnés à Oran, dans la majeure partie composée de gens de l’Est du pays, ont fait face aux manifestants, grenades à l’lacrymogène, jet d’eau bleuâtre et arrestation. Une répression violente s’est abattue sur ceux qui ont refusé de cautionner le coup d’Etat, Bachir Hadj Ali, Sadek Hadjres, Mohamed Harbi, Hocine Zahouane, Mohamed Boudia, les agents de Hamadach… Sur cet événement, Bachir Hadj Ali, a édité un ouvrage intitulé ‘’L’Arbitraire’’, il relate les faits tels qu’ils se sont déroulés. Henri Alleg, le militant allié  du FLN pendant la Révolution édite aussi une compilation de témoignage ‘’Les torturés d’El Harrach’’. Un autre livre ‘’Parcours d’un étudiant algérien de l’UGEMA à l’UNEA’’ est édité plus tard en 1999 par Houari Mouffok, chez Bouchère, Alger. Mouffok ancien étudiant membre du bureau de l’UNEA. Avec un courage exemplaire à cette époque il avait fait une déclaration qui condamnait le coup d’Etat de Boumediene, publiée par le journal ‘’Le Monde’’.

Après le coup d’Etat, Boumediene, avait promis un livre blanc sur Benbella, des révélations qui ne verront jamais le jour. Mais avant le coup d’Etat, des événements très graves ont secoué le pays. La condamnation et l’exécution du jeune colonel Mohamed Chaâbani, qui avait insisté de se débarrasser des militaires venus de l’armée Française, Benbella s’opposa et répliqua à la salle Majestic  à Chaâbani : « Qui parmi vous est propre ? ». Ait Ahmed arrêté et condamné à mort, une condamnation commuée en peine à perpétuité. Puis une série de limogeage qui a touché, Cherif Belkacem, Kaid Ahmed et Ahmed Medeghri. Jusqu’à ce jour nous ignorons le mobile de cette série de limogeage, si ce n’est ces trois éléments seraient très proches de Boumediene. Mohamed Khemisti premier ministre des Affaires étrangère, fût assassiné par un instituteur d’école de Mostaganem, Mohamed Zenadi, là aussi les raisons demeurent une énigme. Viennent ensuite la nuit du 18 au 19 juin1965, Boumediène délégue Kasdi Merbah, pendant que les éléments de la Sécurité Militaire se trouvaient en Allemagne RDA pour un stage. Alors Merbah,  saisi le commandant ‘’Slimane Hoffman’’ chef des blindés à prendre position dans les sièges de la RTA, la Villa Joly et le Palais du peuple. Alors que la mission d’arrestation du Président Benbella confiée à Tahar Zbiri, Ahmed Draïa patron de la police et Said Abid chef de la première région militaire.

1966, une année après le coup d’Etat, c’est le FFS qui serait ciblé, par un mouvement d’arrestation de ses cadres et militants, tandis que le déracinement des étudiants continuait, les universités strictement mises sous la loupe de la S.M.

Fin 1967, le colonel Taher Zbiri, las d’attendre l’apparition du fameux livre blanc, promis par Boumediene, ordonne à ses militaires et au bataillon des blindés à marcher sur Alger, pour renverser Boumediene, les marcheurs bloqué à El Afroune et bombardés par des Migs pilotés par des instructions soviets. Plusieurs victimes sont enregistrées parmi les militaires et les civils. Taher Zbiri, vaincu, il quitta l’Algérie vers la Tunisie à bord d’un camion de transport de fruits et légumes. Said Abid disparait dans des circonstances dramatiques, selon un communiqué du MDN, il serait suicidé.

1968, Une seconde tentative contre Boumediene est exécuté par le commandant Moussa, chef de la garde Présidentielle et ancien compagnon de Zbiri, Il vide un chargeur de mitraillette contre la DS de Boumediene, le chauffeur blessé fonce contre un mur, Boumediene  sera légèrement blessé par des éclats de verre du carreau arrière du véhicule.

Boumediene, fera en 1975 une déclaration aux médias Français, que se sont les mêmes forces qui ont installé le pouvoir en 1962 qui ont décidé de le relever, le 19 juin 1965. Depuis et pendant 30 années, la journée du 19 juin de chaque année est déclarée jour férié.

Revenons aux Etudiants Algériens. La position militante de l’UNEA à cette époque, saluée par une grande partie du monde était claire et net, ni avec Benbella ni avec Boumediene, mais contre les coups de force qui depuis 1962 leurs séquelles apparaissent périodiquement. Car l’Algérie continu de vivre l’imprévu depuis son accession à l’indépendance, les coups de force, les coups bas, les contres coups, les complots internes partis, la marginalisation, les décisions anarchique….et enfin les dilapidations et la grande corruption.                                                                                                                 L’UNEA, la relève de l’UGEMA était la fierté de l’étudiant algérien, avant  aujourd’hui, l’un de ses membres en 1965,  Houari Mouffok, n’a pas oublié son calvaire vécut. Des années après il parle :

« En effet devant le silence des autorités face à mes doléances, j’ai décidé de lancer un appel aux nombreuses victimes du régime instauré par le coup d’Etat du 19 juin pour qu’elles se rassemblent et exigent leur rétablissement dans leurs droits moraux et matériels. Il est injuste que, alors que des personnalités politiques ont bénéficié d’indemnisations, la quasi-totalité des victimes soit oubliée. Personnellement j’ai été arrêté à Rabat, torturé au commissariat central et séquestré pendant 45 jours au bout desquels j’ai été remis aux services algériens en échange d’exilés marocains de l’opposition qui avaient trouvé refuge à Alger. J’ai fait l’objet de sévices inhumains de la part de la sécurité militaire et ce n’est qu’en novembre 1965 que j’ai été transféré à la prison d’El Harrach où j’ai retrouvé les autres détenus politiques.

Que vous reprochait la Sécurité militaire algérienne ?

La Sécurité militaire a arrêté tous les opposants du 19 juin, en les accusant d’association de malfaiteurs. En réalité en ce qui me concerne, ils n’avaient aucun motif si ce n’est la déclaration dont je parle plus haut et qui a été publiée dans le quotidien Le Monde.

Avez-vous une idée de l’identité de vos tortionnaires ? Quels sont leur nom, grades et fonctions ?

C’est le capitaine Benhamza qui m’a arrêté et enfermé dans une cellule de 1 m2 et 50 cm de haut où je suis resté trois jours… Un véritable calvaire. Transféré dans une cellule plus «vivable» j’ai eu affaire — chance dans le malheur — à une ancienne connaissance de Mostaganem, comptable dans une maison de gros, que mes compagnons de détention, retrouvés à El Harrach, appelaient le «balafré» et qui était particulièrement «féroce»

Vous aviez, sans doute, appris après votre libération que certains de vos compagnons de l’UNEA, des militants du PCA et des membres de l’ORP avaient également subi le sort qui vous avait été réservé, quelle était l’ampleur des arrestations et des sévices infligés à ceux qui s’étaient prononcés contre le coup de force de l’armée ?

En prison déjà j’ai appris les traitements cruels dont ont été victimes mes compagnons. Deux livres de référence dans ce domaine : Les Torturés d’El Harrach de Henri Alleg et L’Arbitraire de Bachir Hadj Ali.

Durant les années suivantes, avez-vous été encore maltraité ou l’objet d’ostracisme ou d’autres formes de répression ?

Quelques semaines après ma libération j’ai été agressé à Oran et laissé pour mort dans un couloir d’immeuble. J’étais l’objet d’une surveillance constante. Par ailleurs, en 1976 lors d’un congrès national des ingénieurs algériens alors que j’étais élu délégué par l’assemblée de wilaya d’Alger à la quasi-unanimité, les responsables du FLN qui contrôlaient le congrès ont tout simplement interdit ma candidature au bureau national. Vous savez, à ma libération en novembre 1966, je me suis retrouvé sans famille, sans logement. En effet, mon appartement du centre-ville a été confisqué par la SM avec tout ce qui s’y trouvait (mobilier, électroménager, albums personnels, correspondance privée…). Je n’ai même pas pu récupérer mes diplômes. Les séquelles de la détention et des sévices m’ont lourdement handicapé durant les premières années de ma carrière professionnelle. Par la suite, marginalisé par le système, ce n’est que grâce à des relations personnelles avec certains responsables comme Belaïd Abdesselem, Sid Ahmed Ghozali ou encore Abdelhamid Brahimi que j’ai pu, par exemple, faire un doctorat d’Etat de sciences économiques à la Sorbonne et travailler pendant trois ans à la représentation de Sonatrach aux Etats-Unis.


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