DzActiviste.info Publié le jeu 5 Sep 2013

20 AOÛT 55 ET AUTRES MASSACRES

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20 AOÛT 55 ET AUTRES MASSACRES

Le site socialgérie.net a saisi l'occasion de la réédition de mon article "La déchirure" (sur braniya blogspot) pour susciter un débat sur le 20 août 55 (bien que ce ne fût pas là, précisément, l'objet de mon article mais peu importe). Un échange -que l'on ne saurait qualifier de débat- eut bien lieu (cf http://www.socialgerie.net/spip.php?article1250). Socialgérie ayant publié puis supprimé ma réponse à la réponse de mon contempteur, la voici in extenso :

"Trois points méritent un commentaire :

1) Belgat déclare qu'il ne pratique pas le chantage aux martyrs et en même temps qu'il ne peut échapper à la « filiation génétique » (sic). Sans doute veut-il signifier par là qu'il est donc condamné à célébrer, ad vitam aeternam, le culte des martyrs. Mais, il faut être cohérent : on ne peut affirmer que l'on "déteste" la notion de "famille révolutionnaire" et se réclamer d'une "filiation génétique", car cette dernière notion est la base de la première.

Cette notion de "filiation génétique" est, d'ailleurs, du grand "n'importe quoi" ! Si le "révolutionnarisme" était un caractère héréditaire, ça se saurait ! Mais le « n'importe quoi » théorique peut avoir une efficacité pratique. Personnellement, j'ai compris qui avait bricolé cette notion ridicule et à quoi elle servait, le jour où un compagnon de route du PAGS m'a dit qu'un ami de son père, officier de la SM de son état, l'avait mis en garde contre une adhésion à ce parti, car lui -le compagnon de route- avait « un code génétique spécial » (sic) à respecter, son père étant un martyr. A-t-on besoin d'un dessin pour voir qui est derrière les notions de « famille révolutionnaire » et de « filiation génétique » et pour comprendre qu'il est vain d'essayer de les opposer ?

2) Belgat se demande « ce que le PAGS a à voir là-dedans ». J'ai parlé, dans ma réponse, du congrès du PAGS et des hommes de main de Bakhtaoui -la taupe de la SM-, ceux qui faisaient office de nervis, tentant d'intimider les délégués de la commission politique, parce que cette dernière s'acheminait vers un rejet de la soi-disant résolution politique de la SM, présentée par le truchement de Bakhtaoui et consorts. Allons ! Encore un petit effort de mémoire et je suis sûr que Belgat parviendra à rétablir les liens manquants. Sinon, je peux tout-à-fait le faire à sa place.

3) Dans les dernières lignes, Belgat revient à son « lieu naturel » comme dirait Aristote. Retour au chantage, cette fois-ci au 1er novembre. Vous critiquez la jacquerie du 20 août 55, donc, et de proche en proche, vous êtes, en fait, contre le 1er novembre. C'est la reductio ad Hitlerum, le terrorisme idéologique au petit pied de ceux qui n'ont pas d'arguments à faire valoir. Ce procédé méprisable consiste à vous enfermer dans un dilemme insoluble : ou bien continuer à tenir votre position et alors vous passez pour un apostat ou pire encore ; ou bien vous vous résignez au silence, et alors vous reconnaissez implicitement que vous aviez tort. (Les procès de l'Inquisition espagnole et ceux de Moscou se tenaient sur cette base de principe.) Je répète : il n'y a aucune chance pour que ce genre de chantage suffise à me faire taire.

Le 1er novembre a impliqué l'essentiel de ma famille et la guerre qui s'est ensuivie l'a engloutie sans retour. Je ne me suis jamais -au grand jamais- cru pour autant habilité à brandir des interdits ou à prescrire des génuflexions mémorielles. L'idolâtrie des hommes ou des symboles est la marque de l'infantilisme et des esprits serfs.

J'ai une immense admiration -raisonnée- pour 'Abane et Benmhidi et je pense que leur mort a été une catastrophe pour le pays ; cela ne m'empêche pas d'estimer qu'ils ont commis une erreur politique majeure en ne s'opposant pas résolument à la bataille des bombes dans Alger qu'il fallait, au contraire, sanctuariser, en empêchant les « houmistes » locaux d'y jouer aux cow-boys -houmistes qui laissaient quand même le soin de poser les bombes à de frêles jeunes filles.

Je n'ai que mépris pour ceux qui, planqués derrière des frontières sûres et reconnues entendaient se battre jusqu'au dernier Algérien comme Boukharrouba et consorts.

Je condamne ceux qui ont lancé à la mort des innocents, comme ce fut le cas lors du 20 août 55 ou du 17 octobre 61.

J'exècre ceux qui se sont rendus coupables de massacres atroces, tels 'Amirouche ou Mohammedi Saïd.

Voilà, entre autres, ce que j'ai toujours dit et le ciel ne m'est pas tombé sur la tête… Et ce n'est pas le prêchi-prêcha à langue de bois qui y changera quoi que ce soit."

N.B. Quelques éléments d'information à propos du 20 août 55 .

  • Parmi les acteurs du 20 août 55, le capitaine Aussaresses. Le futur assassin de Larbi Benmhidi et de Me Ali Boumendjel (entre autres) était officier du renseignement à Philippeville-Skikda. Informé bien à l'avance des préparatifs de l'attaque contre les centres urbains projetée par Zirout Youcef -une action de masse telle celle du 20 août ne pouvait demeurer longtemps secrète-, il laissa faire en protégeant simplement le centre ville de Skikda. Pour pouvoir massacrer sans retenue ensuite. Ce qu'il fit et qu'il a relaté à plusieurs reprises, sans états d'âme. Le général Massu le remarqua alors et l'appela à ses côtés à Alger.

  • Le 20 août 55 commença par l'assassinat, à Constantine, de 'Alloua Ferhat, neveu de Ferhat 'Abbas, pharmacien de son état et élu de l'UDMA. C'est Bentobbal qui a donné personnellement l'ordre de l'exécuter. Motif ? 'Alloua était contre l'usage de la violence et venait -surtout- de lancer une souscription en faveur de l'association des 'Oulamas. Entre la grandeur d'âme de Ferhat 'Abbas -qui aimait ce neveu comme son fils et qui ne fit rien contre le FLN- et la raison « révolutionnaire » qui justifiait le meurtre, l'honnête homme ne balancera pas : F. 'Abbas est décidément un grand homme : pour bien moins que cela, d'autres sont passés à l'ennemi.

  • Quarante-quatre mineurs algériens furent accusés du massacre de leurs collègues européens et traduits en justice à Skikda, alors même qu'Aussaresses avait fait exécuter sommairement une soixantaine d'Algériens comme auteurs du massacre d'El Halia. C'est Gisèle Halimi et Léo Matarasso qui assurèrent leur défense au milieu de l'hostilité meurtrière des Européens de Skikda. G. Halimi fit valoir qu'il était bien curieux que ces ouvriers soient retournés au travail le lendemain de leur forfait supposé. Elle établit également, et pour la première fois dans un procès public, que les aveux des prévenus avaient été extorqués sous la torture. Après avoir fait exhumer quatre cadavres, elle réussit à réduire à néant les charges du procureur qui dut admettre que son dossier était vide. Deux des accusés seront néanmoins condamnés à mort. En 2001, à l'occasion de la parution du livre d'Aussaresses, « Services spéciaux, Algérie, 1955-57 », G. Halimi a saisi le ministère français de la Justice d'une demande de révision du procès d'El Halia pour « faits nouveaux ». (L'Algérie ne s'est naturellement pas associée à cette demande ni ne l'a appuyée en quelque façon).

  • La mine de pyrite (= sulfure de fer) d'El Halia et le village du même nom ont été attaqués à midi. Selon certains acteurs (côté algérien), il s'agissait de s'emparer des explosifs de la mine. Mais alors pourquoi s'attaquer au village où il n'y avait pratiquement que des femmes et des enfants ? Yves Courrières rapporte (in « La guerre d'Algérie », T2) que les assaillants, paysans sommairement armés, étaient accompagnés par une unité de l'ALN, 25 hommes, qui est restée planquée à l'orée du village et qui n'est pas intervenue. Pourquoi n'a-t-elle pas investi la mine pour rafler les explosifs ? Toutes les sources s'accordent à dire qu'à la mine d'El Halia, il n'y avait pas de ségrégation salariale entre ouvriers algériens et européens et que la bonne entente régnait. Est-ce cela qui déplaisait aux chefs locaux du FLN ?

  • Le 25 septembre 1956, au retour du congrès de la Soummam où il avait été durement critiqué par 'Abane et Benmhidi pour l'opération du 20 août 55, Zirout Youcef tombe dans une embuscade tendue par l'armée coloniale. Des membres dirigeants du futur GPRA diront que c'est l'un de ses adjoints -'Ali Kafi, en l'occurrence- qui l'a « donné » à l'armée française. Mohamed Harbi -neveu de 'Ali Kafi- relèvera cette rumeur dans ses écrits et Benbella accusera positivement 'Ali Kafi d'être responsable de la mort de son chef. En supposant que ces allégations de trahison soient fondées, quelle serait la part de la tragédie du 20 aout 55 dans cet acte ?

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