DzActiviste.info Publié le sam 12 Oct 2013

33 ans après le séisme de Chlef : 18 000 familles dans la précarité

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El Watan, 10 octobre 2013

MaisonChargeSeismeIl y a 33 ans, le 10 octobre 1980, la région d’El Asnam (aujourd’hui Chlef) était dévastée par un violent tremblement de terre d’une magnitude de 7,2. On dénombrait plus de 3000 morts, des milliers de blessés et autant de familles sans abri.

Le gouvernement de l’époque avait décidé de lancer un plan d’urgence en trois phases pour recaser les sinistrés dans des logements décents et reconstruire les zones touchées.Quelle est la situation aujourd’hui ? Force est de constater malheureusement que la réalité est tout autre : les victimes du séisme occupent toujours des habitations en préfabriqué, érigées à la périphérie de l’ancien tissu urbain. 18 000 familles y vivent encore aujourd’hui dans des conditions dramatiques, exposées à tous les dangers en raison de l’état de délabrement extrême de ces constructions.

D’ailleurs, ils sont nombreux ceux qui croient que ce type d’habitat est en partie responsable de l’augmentation des cas de cancer dans la région. «Plus de la moitié des malades admis au centre anticancer de Blida viennent de Chlef», soutient un praticien de la ville sans donner d’autres détails. «La vie ici est quasiment insoutenable à cause des infiltrations d’eaux pluviales en hiver et de la chaleur infernale qui y règne en été», déplorent des habitants, qui se disent abandonnés à leur triste sort.

A l’extérieur, le constat n’est guère reluisant, avec des routes à la limite de l’impraticable, des réseaux d’éclairage public défectueux et des services de base quasiment inexistants, tels les commerces de proximité, les polycliniques et les structures de loisirs.
Les populations ont longtemps dénoncé cette situation, mais le pouvoir est resté sourd à leurs revendications. Il aura fallu attendre les violentes émeutes d’avril 2008 pour qu’il réagisse enfin en décidant d’octroyer, à chaque famille concernée, une aide de 700 000 DA, qui a été augmentée, depuis peu, à 1,2 million de dinars.

Cependant, la mesure n’a jusqu’à présent pas suscité un grand engouement, puisqu’à fin août dernier, il n’y avait que 2500 demandes déposées au niveau de la commission de wilaya.«Il est quasiment impossible de construire une nouvelle habitation avec une telle somme, d’autant plus que notre pension mensuelle ne dépasse guère les 20 000 DA. De plus, ce dispositif se heurte à des obstacles bureaucratiques et à des exigences difficiles à satisfaire. On nous oblige, par exemple, à financer les premiers travaux par nos propres moyens», se plaint un groupe de retraités.

Le centre-ville, censé être la vitrine de la wilaya, n’échappe pas à la règle, tant il se clochardise de plus en plus et garde les stigmates du violent tremblement de terre comme ces bâtisses fissurées menaçant ruine. On est donc loin de la vision positive des concepteurs de l’époque qui voulaient en faire une «cité moderne, belle et plus sûre». Au contraire, «la ville n’a ni âme ni perspective et a perdu tous ses repères, se dirigeant vers l’inconnu à cause de l’absence d’une réelle volonté politique et d’une vision futuriste au niveau des décideurs», conclut, dépité, un Asnami rencontré dans un café du centre-ville. En fait, cette déclaration résume le sentiment d’abandon qui est ressenti par la population locale.
La LADDH alerte sur les «graves dangers» du préfabriqué

Profitant du douloureux anniversaire du séisme du 10 octobre 1980, le bureau de wilaya de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), revient sur la situation qui prévaut dans les anciennes zones sinistrées. Il dénonce le «traitement aussi injuste d’une marginalisation économique, sociale et politique» de la wilaya, insistant sur le caractère «inadéquat» des 18 316 habitations en préfabriqué datant de près de 33 ans. Il a saisi aussi bien la présidence de la République que le bureau de l’ONU à Genève sur la question. Il a, en outre, transmis un long rapport au chef de l’Etat pour lui demander d’intervenir afin de «mettre fin au long calvaire des sinistrés», estimant que «le droit au logement et le droit à la santé pour les occupants ne sont pas respectés».

Se basant sur une enquête menée à ce sujet, le bureau de la LADDH révèle que les habitations en préfabriqué avaient été «construites avec des matériaux toxiques et cancérigènes», ajoutant que «la situation sanitaire résultant de la présence de l’amiante, y compris dans les infrastructures sanitaires, est alarmante».

Par ailleurs, la Ligue des droits de l’homme constate que ces constructions, proposées comme une mesure transitoire, se sont transformées en «solution unique et permanente», ce qui, d’après elle, retarde l’éradication définitive de ce type d’habitat.
Elle est aussi convaincue que «le préfabriqué ne sera jamais éliminé à travers la wilaya car, d’une part, les responsables n’arrivent plus à maîtriser le sujet et, d’autre part, les propriétaires de chalets ne veulent en aucun cas quitter leurs taudis à cause de la faiblesse de l’aide financière allouée par l’Etat pour la réalisation de logements décents». A cela s’ajoutent «les entraves bureaucratiques qui caractérisent le traitement et l’approbation des dossiers au niveau des services techniques des APC».

En conclusion, la Ligue des droits de l’homme plaide pour «l’ouverture d’un dialogue pacifiste et constructif avec la société civile» et appelle à la «démolition en urgence des habitations et infrastructures en préfabriqué». Pour rappel, la LADDH a également adressé un rapport similaire au bureau de l’ONU à Genève.

Ahmed Yechkour


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