DzActiviste.info Publié le lun 1 Juil 2013

51 ans Après Le 5 juillet 1962.. Les Indigènes Sont Toujours Là !

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L’Indigénat Et L’Indigence En Algérie

Par : Mohamed Ibn Khaldoun

Jacques Soustelle à AlgerTout juste un demi siècle et une année son passés depuis cette belle journée du 5 juillet 1962, où après 132 années de blessure, je me suis retrouvé enfin libre, heureux et joyeux. Avec les copains du quartier ont a fêté cette journée qui demeure la belle et l’unique dans nos vies. Nous nous croyons plus que cette joie se renouvèle, alors qu’elle ne s’est pas perpétuée depuis. Comme le temps passez très vite et comme je me suis demeuré toujours indigène et indigent sans titre. Quand même avant 1962, un indigent était spécifiquement identifié, il possédait une carte jaune qui lui donnait une faveur et des réductions multiples. Alors que les familles nombreuses jouissaient aussi d’une réduction dans le créneau du transport. Les indigents bénéficiaient de certains avantages dans les approvisionnements en denrées alimentaires gratuit. Mais tous ca ne pouvaient disperser le brouillard de l’occupation colonialiste : Indigènes, indigents colonialisés. C’est dur, c’est pourquoi les indigents ont pris les armes et montés au maquis combattre la colonisation. Et c’est pourquoi la journée du 5 juillet 1962 était la plus belle journée et la plus belle fête des Algériens patriotes, qui croyaient de tous cœur se libérer de l’indigénat. Cependant, ces Algériens ‘’indépendants’’ ont commencé de se sentir divisés entre les Algériens privilégiés et les Algériens laissés pour compte. Alors que presque la totalité de ces Algériens ont tant souffert durant l’occupation colonialiste de la France en Algérie. Ces presque 7 millions qui ont voté OUI le 3 juillet 1962, ont tous milité pour l’indépendance, ce qui veut dire ils sont tous moudjahidine, famille Révolutionnaire avec ou sans la fameuse fiche communale. Ils ont milité chacun en ce qui le concerne, et surtout celui qui connaissait et observer les fidais , se rendait chez son voisin ou dans le quartier et a tenu sa ‘’greule fermée’’, celui là méritait toute la considération et l’hommage. S’il avait ‘’geulé’’ il aurait soustrait des dizaines de fidais de la circulation. Il y a celui qui renseigne les maquisards dans la campagne, il leur indique le mouvement de l’occupant, il explique la situation, il fournit aussi le café et le repas. Ceux qui cotisaient mensuellement et son obligés malgré leur pauvreté à verser le prix du mouton chaque Aïd. Ces Algériens aujourd’hui ne sont pas pris en compte dans le fameux registre des noms des fameux libérateurs auprès du ministère des moudjahidine. Avant on les appelait les anciens moudjahidine, mais puisque les circonstances ont voulu, on a soustrait le mot aniciens, pour qu’ils demeurent toujours moudjahidine dans plusieurs fronts, du privilège, des coopératives de construction, des licences d’importation, des licences de débit de boisson, des licences de taxi, le tarif réduit en avion ou en bateau, réduction aussi des assurances, des licences d’achat de véhicule détaxés etc etc.

indigenes

L’autre pauvre militant, il continue d’observer, il observe depuis cinquante années, sa situation sociale ne s’est améliorée que par le départ du colonialiste, le reste pour lui est inchangeable. Il demeure toujours indigène, il court, il court la longueur de l’année derrière El Khobza. Ses enfants en chômage, son toit se rétréci chaque année, à chaque réception de factures des charges il s’énerve, parce qu’il ne peut pas faire face à toutes les dépenses. Il vit précairement, misérablement comme il était indigène avant 1962. Il réfléchit, il continue de réfléchir, parfois pris de colère, il regrette beaucoup de chose, parce qu’il n’arrive pas à joindre les deux bouts. Il oriente ses enfants à la harga, peut être dira-t-il, ils auront une chance ailleurs, il les éduque au raisonnement, au civisme, à la passivité et au calme, parce que ce bonhomme croit à la terre où il a vu le jour, il attend avec un espoir indéterminé la délivrance. Mais cette dernière semaine il a piqué une crise de colère, quant il a lu dans un quotidien algérien, une information relative à une autre augmentation dans les indemnités de ‘’ la famille Révolutionnaire’’. Il n’est jamais contre, mais il a crié : « Ouehna wach !des harkis !? Nous avons tous milité pour cette patrie ! Pourquoi cette différence ? Si nous ne faisons pas partie de cette famille Révolutionnaire, il nous semblait que notre place n’est plus en Algérie, donc on demeure toujours indigène de 3ème zone » Mais non, retorqua son voisin et ami d’enfance : « Eux, ils étaient armés fel djebel beslah, ouenta bach ? » « Ana kane ândi El Imane ou ma zal ». Tout le monde sait qu’en Algérie, les faux maquisards et les faux militants ont depuis bénéficié à vie d’avantages, de subventions et autres « business », en vertu d’une loi destinée à rendre hommage aux Moudjahidines qui ont risqué leur vie ou l’ont perdue en combattant le colonialisme Français. Mais cette gratitude s’est désormais muée en colère nationale. Les Algériens ont en effet appris que des centaines de milliers d’entre eux avaient obtenu le “certificat de révolutionnaire” et les confortables privilèges qui y sont attachés grâce à une mafia qui s’enrichit en fournissant le faux témoignage. C’est ainsi que des Algériens qui n’avaient jamais participé à la Révolution de 1954, figurent aujourd’hui sur les listes de révolutionnaires pensionnés.

“Beaucoup d’opportunistes ou ceux qui avaient pris le train au dernier quart d’heure ont tiré parti des événements sanglants entre le 19 mars et le 5 juillet 1962 “, souligne les personnes qui avaient vécus cette période, « On les appelait les ‘’19 mars’’ ou la force locale, c’étaient des militaires appelés et engagés dans l’armée d’occupation, surtout les traitres qui se sont infiltrés. Des membres identifiés comme appartenant à « la force locale », la plupart des collaborateurs de l’autorité d’occupation, n’ont jamais été démasqués», Parmi les martyrs de la liberté figurent donc d’anciens policiers et collaborateurs, ou encore des prisonniers de droit commun qui étaient en prison durant l’occupation, des fonctionnaires qui, au lieu de lutter contre le colonialisme, l’ont servi, des citoyens qui fermaient les yeux sur des anciens collabos. Mais les authentiques révolutionnaires et ceux qui ont fait de la prison politique ne se sont pas battus pour exiger l’abolition de ces privilèges.

Contrainte à la rigueur budgétaire, l’Algérie doit depuis plusieurs années réduire, voire supprimer, ces subventions aux faux révolutionnaires, qui atteignent près des milliards de dinars par mois, à la charge du contribuable. Le gouvernement également doit interdire les nouvelles affiliations et démanteler une mafia ayant des complicités au sein de l’administration et une influence politique non négligeable.
Pour la majorité des Algériens, il n’existe moralement que trois catégories de révolutionnaire authentique : les morts en martyrs, les blessés ou invalides et les révolutionnaires sans certificat. Les révolutionnaires qui courent après les privilèges ont perdu leur statut moral de moudjahid, et de ce fait, sont considérés par le peuple comme des mercenaires.

Ceci est un constat d’un Algérien né avant 1962, qui a vécu la dernière décennie de l’occupation colonialiste. D’indigène où ils nous enseignaient « nos ancêtres les Gaulois »et on chantait aussi ‘’la Marseillaise’’, d’ailleurs elle était traduite en arabe par Mahieddine Bachtarzi ! Mais on n’ignorait pas, que c’est le ‘’Qafer’’ qui occupait notre pays, mon grand père le répétait toujours, c’est de lui que j’ai appris que veut dire le mot ‘’Qafer’’ c’est l’occupant, c’est le Gaouri, c’est celui qui exploite les gens, c’est celui qui détourne les biens, c’est celui qui vit dans la richesse et les autres dans la pauvreté, c’est celui qui est le maire, le député, le Caïd, et nous c’étaient les Indigènes indigents, à l’école on nous ont donné des cartes d’indigence. Soudain le GPRA a triomphé, et j’ai accédé au grade d’indépendant le 5 juillet 1962, de Français musulman, je suis devenu citoyen Algérien à part entière. Depuis et pendant deux décennies on n’a pas cessé de célébrer les deux anniversaires, celle du déclanchement de la Révolution et celle de l’indépendance, une fête avec joie et enthousiasme. On chantait, on dancait On disait : ‘’Hamdou Allah ma bkach listâmar fi bladna’’. Mais depuis deux décennies, on n’a plus ni le moral ni le gout de continuer à fêter ces feux anniversaires, qui étaient les plus chers cadeaux qu’on gardait jalousement. D’autres personnes dont certains méconnu durant les années de Tharwa et qui ont pris notre place dans la fête. Ces personnes se proclament ‘’Famille Révolutionnaire’’, par leurs agissements ils nous ont fait oublier que nous sommes indépendants, on se doutait que ‘’l’Istiâmar ma bkach fi bladna’’ Parce que tout c’est eux et c’est eux le tout. Nous, on ne fait que tourner en rond ! Les opportunistes qui nous ont doublé et qui n’ont jamais participés à cette Révolution ou avoir le courage de sortir dans la rue et manifester un 11 décembre 1960 à Témouchent, Alger, Oran et Mostaganem se sont subitement auto proclamés militant de la première heure. Il se la coule douce et à merveille, ils sont partout dans toutes les assemblées, même en période du terrorisme ils se sont désisté du militantisme et c’est toujours zaoualia qui ont combattu le terrorisme. Ainsi le slogan de –l’Algérie pour tous- est révolu, Ma kanch mennou. Et cette joie de l’indépendance n’habite plus nos cœurs, esprits et sentiments. La nouvelle génération, nous condamne aussi. Les jeunes nous reprochent la folie d’avoir chasser un pays comme la France de l’Algérie. Ils nous accusent d’idiots, de malchanceux (Nahs), de misérables, d’accablés, d’éprouvés… Parce que pour eux à ce qu’ils constatent aujourd’hui, on n’a fait une mauvaise affaire, on a misé sur le mauvais cheval. Ces jeunes d’aujourd’hui, qui crevaient dans les coins des ruelles des quartiers, qui la plupart exclus de l’enseignement parce ‘qu’ils ont échoués au CF1, BEM, Bac.. et qu’ils n’ont pas trouvé de CET, comme dans le passé lointain. Ces jeunes qui n’ont pas eu la chance devant les guichets de l’ANSEJ. Et l’unique chance pour quelques uns c’est le nettoyage habillés comme ceux de Guantanamo. Ces jeunes qui n’ont pas eu la chance aussi de s’engager dans la vie militaire à cause du favoritisme et la priorité aux enfants de ‘’Siadna’’. Ces jeunes qui observent le long des journées comment le piston, le favoritisme et la corruption sont les maitres qui règnent dans un pays qui se réclame un Etat de droit. Ces jeunes qui n’hésitaient pas à cotiser la somme qu’il faut pour se procurer une embarcation ordinaire qui leur permettra de traverser la méditerranée pour s’installer en France, avec tous les risques dans une aventure suicidaire. Ces jeunes qui n’hésitaient aussi devant l’exclusion à s’immoler par le feu. Ces jeunes, dont les prisons sont pleines de leurs semblables écroués parce qu’ils ont commis l’irréparable, voler, agresser, cambrioler, faire les dealers pour les gros bonnets intouchables, parce qu’ils n’ont pas trouvés d’hommes responsables qui leurs ouvrent les portent de la connaissance et des métiers à apprendre et un logement adéquat pour un être humain Ces jeunes d’aujourd’hui, ont t-ils raison ou tord de nous accuser d’idiots, de connards, de misérables et de tous les noms, parce que notre unique crime est celui d’avoir chassé la France de l’Algérie. Ces jeunes ne veulent plus croire aux crimes contre l’humanité dont nous accusons nous les adultes, aujourd’hui la France colonisatrice de l’avoir perpétré en Algérie durant 132 ans.. Et je crois qu’il y a en quelque sorte une raison parce que même ce projet d’incrimination a été enterré et on ne parle plus de lui. Donc ‘’Siadna’’ sont t-ils d’accord avec les jeunes ou quoi !?

Bien sûr, cette Algérie n’appartient plus aux gens de ma génération, qui n’ont pas su la protéger et la mener vers des lendemains qui chantent. Nous n’avons pas su marier tous les ingrédients et produire une culture originale mais authentique. Je parle, bien entendu, des gens sincères, amoureux de cette terre et de sa lumière et qui rêvaient d’en faire un pays où les hommes et les femmes connaîtraient enfin la paix, de bonheur et la joie de vivre, après tant et tant de souffrances et de privations. L’histoire en a décidé autrement et notre échec servira peut-être de leçon aux nouvelles générations. Ce sont elles qui doivent assumer aujourd’hui la lourde tâche de construire une nouvelle Algérie. Nous n’avons pas pu conserver et leur transmettre la culture ancestrale, celle que nous avons connue enfants, à la veille de l’indépendance et quelques années après. Peut-être qu’elle devait disparaître, après tout. Ce qui fait mal, toutefois, c’est que nous l’avons perdue sans rien gagner en échange.

Je suis né à une époque, où les sept millions d’Algériens, croyaient à cette Révolution. Ils ne s’attendaient pas à voir des cabarets a proximité de Maqam Chahid, ni des débits de boisson entre les mains de ceux qui se prétendaient Moudjahidine. Tous disaient dans le grand douar, « Pourvu qu’on soit indépendants, on mangera du caillou » Et nous voilà cela fait 49 ans qu’on bouffait du caillou, pendant qu’une minorité bouffait du méchoui !

J’ai constaté aussi, le phénomène nouveau, à peine l’indépendance obtenue, consistait donc en l’éruption en force d’un capitalisme soit disant national mais sans antécédents de travail et de production, étant, la plupart du temps, le fruit d’une situation trouble, parasitaire, spontanée et parfois truquée en vue de mener, insidieusement, des projets anti révolutionnaires sinon antinationaux ou, tout au moins, de créer un état de choses contrenature propice à l’enrichissement sauvage des individus et des clans. Et peut être une mainmise sur l’économie et une partie des biens immobiliers avant que la situation politique ne s’éclaircisse dans les premières années de l’indépendance, ce qui est en cause et dont nous trainons depuis lors le boulet. Et puis j’ai constaté que nos villes et villages, se sont clochardisés, chaque ville et surtout Oran entourait de bidon villes et constructions illicites entamées par des individus à la vue de tous les élus des assemblées et des membres de l’autorité à leurs têtes les walis qui ne disaient walou devant cette mascarade,. Et dans tout cela et comme fond de décor, il faudrait tenir compte de cet »exode intérieur » que j’ai aussi constaté, gigantesque marqué par des mouvements migratoires visant les villes et bourgades et même les simples villages et fuyant donc les campagnes , l’agriculture et le cheptel, une terrible désaffectation du métier agricole de la part des paysans. Le reste à été exécuté durant la décennie noire. Les uns chassés les autres pour s’accaparer des terres agricoles.

Et puis, j’ai constaté, la multiplication du nombre de mosquées à laquelle on assiste et qu’on pourrait juger légitime du double point de vue esthétique et spirituel, on souhaiterait néanmoins qu’elle ne relève pas de simple fétichisme de la gloriole de quartier ou de la générosité de donateurs enrichis dans des affaires troubles. Et surtout, on aimerait voir cette prolifération, qui se réalise souvent à l’aide de matériaux dits nobles touche aussi la réalisation des bibliothèques de quartier pour nos élèves qui sont menacés de se retrouver un jour dans la rue. !

Enfin, j’ai constaté l’esprit de clan qui est déjà esquissé derrière cette constatation-imparfaite, bien sûr, mais comportant une valeur indicative- et s’alimente à la même source des solidarités paresseuses et arbitraires qui se convertissent tactiquement en un système exploiteur, de pression, de noyautage, d’intimidation, etc.… qui peut tendre très souvent vers des finalités injustes, agressives et déstabilisatrices, à proprement parler antinationales, cette fois. Mais tout cela qui est encore plus grave que les maux sociaux mis à l’index par nos chartes successives puisqu’il les engendre au centuple, parait bien être un facteur de régression historique et un élément capable, non seulement de déclasser nos propres valeurs mais de les appauvrir, de les rendre indigentes et médiocres. En effet, la complaisance qu’elle implique nie l’effort et le mérite, la qualité et la formation requises d’un choix, utile au pays puisque au nom des liens de famille, de clan et de groupe social parasitaire on désigne à des responsabilités ou à des tâches délicates ceux qui ne sont pas en mesure, professionnellement et moralement parlant, de s’en acquitter .


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