DzActiviste.info Publié le ven 25 Mar 2011

A la pointe de la lutte pour l’égalité hommes-femmes

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[COUP DE PROJECTEUR] Toutes les deux semaines, nous vous présentons un projet, un réseau, une association, qui donne à voir l’Algérie autrement. Aujourd’hui, coup de projecteur sur FARD, association oranaise pour l’égalité hommes-femmes.

L’association FARD (Femmes Algériennes Revendiquant Leurs Droits) se cache au rez-de-chaussée humide d’un immeuble du centre-ville d’Oran. Derrière des fenêtres barricadées, des ordinateurs attendent leurs utilisateurs. Au centre, une grande table trône. Les murs crêpis et colorés sont couverts des affiches des projets de l’asso. Dans la pièce à côté, la psychologue écoute une femme désespérée par les complications administratives des dispositifs étatiques de création d’entreprise. Menue, Fatma Boufenik nous reçoit avec un sourire franc. Fatma BoufenikDirectrice de ce centre d’accueil, et présidente de FARD jusqu’en juin 2010, elle est également enseignante-chercheure approche genre à l’université d’Oran.

« Nous avons créé l’association en 1995, dans un contexte politique bien précis : pour que les gens n’oublient pas la question égalitaire. Car à chaque étape politique et historique, les revendications des femmes sont mises de côté pour mettre en valeur le combat national. Nous revendiquons donc l’abrogation du Code de la Famille mais aussi la liberté d’expression : car il ne peut pas y avoir d’égalité sans liberté. » FARD se dit féministe et travaille à deux échelles. Sur les droits formels avec la préparation d’un Code égalitaire, et sur les droits réels à travers l’amélioration des conditions économiques et sociales des femmes : l’association a également créé un centre d’écoute psychologique pour les femmes violentées. « A titre personnel, je me suis investie dans la CNCD (Coordination Nationale pour le Changement et la Démocratie), précise Fatma Boufenik. Les partis politiques reproduisent les structures inégalitaires et patriarcales mais il ne faut pas les discréditer car nous avons besoin d’eux dans notre combat. »

Intégrer le genre dans les pratiques associatives

FARD multiplie les réseaux au niveau national. Elle travaille ainsi dans le réseau Belcem, piloté par le CIDDEF (Centre d’information et de documentation sur les droits de l’enfant et de la Femme) afin de constituer une banque de données des violences faites aux femmes. Elle participe également à la campagne Kif-Kif devant la loi, qui demande la mise en place de lois égalitaires. Enfin, elle a aussi et surtout créé il y a cinq ans le Réseau pour l’Intégration du Genre dans les pratiques associatives en Algérie. Objectifs : échanger sur les pratiques des associations et les questionner sur l’intégration des femmes dans leur travail. « Nous voulons toucher tous les types d’associations, détaille Fatma Boufenik. Qu’elles soient féminines, culturelles ou sportives, nous leur proposons des actions genrées. » Ainsi l’association oranaise Bel Horizon qui organise des visites de la ville, insiste dorénavant sur l’apport historique des femmes. Et de continuer : « Dans des associations qui se disent égalitaires, les femmes se retrouvent au niveau des tâches pratiques alors que le comité directeur n’est composé que d’hommes. La véritable égalité serait que les femmes puissent faire pareil que les hommes. » Dans ce cas-là, pas de recette magique, FARD insiste pour y aller au « cas par cas » avec les 34 associations qui constituent le réseau.

Un projet d’ouverture de toilettes publiques pour femmes

Localement, l’association a mis en place un programme de formation à la création de micro-entreprises pour vingt jeunes femmes.  » Nous avons voulu travailler avec des femmes non diplômées et sans savoir-faire. Car le savoir-faire traditionnel discrimine les femmes qui restent cantonnées à la cuisine ou la coiffure. Nous avons donc soutenu des projets qui sortent de ces schémas », explique la présidente. Tel ce projet d’ouverture de toilettes publiques pour femmes ou celui de collecte d’ordures ménagères et de recyclage, qui n’ont finalement pu aboutir suite à des blocages bureaucratiques. Accompagnées de janvier à juin 2009, certaines de ces femmes ont néanmoins réalisé leur projet, comme cette laverie automatique où des femmes nettoient les tapis et couvertures qui ne rentrent pas dans les machines. « Nous avons soutenu des femmes qui cuisinent mais le problème c’est que les hommes sont derrières pour ramasser l’argent, continue Fatma Boufenik. Il a fallu faire tout un travail d’estime de soi pour qu’elles récupèrent le projet. »

Malgré sa trentaine de bénévoles et 16 ans d’existence, FARD a du mal à médiatiser son action. Uniquement financée par des dons privées et des organismes internationaux (UE, Fonds pour les Femmes en Méditerranée, entre autres), pour garder son indépendance, elle en est parfois résolue à la clandestinité. « Comme je suis universitaire, j’organisais un colloque à l’université, puis à l’ouverture, je précisais que l’action était liée à l’association, sourit Fatma Boufenik. Mais depuis quelques années, on sent une dynamique de changement dans les structures étatiques qui nous sollicitent pour des partenariats comme les centres sociaux ou le Samu. » C’est le maire d’Oran, universitaire également, qui leur a trouvé ce local. Le siège se situait auparavant dans un appartement d’une cité, loué avec un bail privé. « Heureusement, nous travaillons avec la radio locale qui médiatise nos actions, conclut la présidente. Notre but est de créer une radio privée locale, pour être complètement autonome. »

Le précédent « Coup de projecteur » était sur Res’Art, un réseau solidaire d’artisanes.


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