DzActiviste.info Publié le mar 4 Sep 2012

A Monsieur Le Premier Ministre: Une proposition de création de deux Ministères.

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Wissam Watani adzaget

                                                                    
Sellal s’apprête à monter en selle. Souhaitons lui mabrouk ! Oublions les alliances, les accointances, les connivences ! Faisons comme si de rien n’était ! De toutes les façons, nous sommes tous dans la merde. Hachakoum. En français, ça passe mieux que le mot dans notre langue. Je me serais fait traiter de khchine, mouch mrabi. Parce que chez nous, la bienpensance triomphante, ronflante, ronronnante, emballée dans de petites phrases pointure 39, doit être de mise, même quand on parle de la matière fécale dans laquelle nous baignons tous, qui jusqu’au cou, qui en dessous de la ligne de flottaison, qui la produit en quantité industrielle, et qui la transforme en engrais pour faire pousser ses salades. 

Elle a bien un nom cette chose. Oui, mais il ne faut pas le dire. Pas en arabe en tout cas. Balak ya kho ! Connais ton respect ! Avec les censeurs des mots, même si tu dis mon oreille, il faut dire hachakoum après. Alors quand tu dis ma femme, par exemple, tu dois dire karamakoum Allah, parce que tu as dit un gros mot, mon frère. Ces gens là, Monsieur, pour faire mon Brel, ça ne souffre pas qu’on use des vrais mots, de mots crus, qui rafraîchissent le cœur, qui disent les vraies mouisses. Noooooon ! Ils veulent bien que nous parlions des situations, et de tout ce qu’on voudra, mais avec des mots ampoulés, maniérés, à la mode wlid familia. Ils sont comme ça, ces emmitouflés de la vraie vie. Mais je m’égare mes chers amis, je m’égare. Où j’en étais déjà ? Ah oui ! A sellal qui monte en selle. Non, j’en étais plutôt à dire que nous sommes tous dans le kh.. ! Merde ! J’ai pas fait attention. Ca a failli m’échapper. Enfin, ce qui est dit est dit, nous n’allons pas en faire un plat. Surtout que cette chose là, on peut tout faire avec, sauf un plat.
Donc, disais-je, c’est pas la peine de faire un mauvais procès à Sellal, et encore moins à ceux qui l’ont nommé, parce que, de toute façon, il auraient nommé qui, les frères Boutef, à votre avis ? Vous en connaissez un, vous, de la haute, qui ne soit pas aux commandes de la machine à fabriquer ce que vous savez ? Re-Hachakoum. Non, bien sûr. Y a personne qu’ils auraient pu trouver dans les élites d’éboueurs, qui ne fait pas tomber les mouches avec ce qu’il traîne. Personne qui ne soit dans le truc, jusqu’au cou. Ils sont tous pourris, à des degrés qui vont de 1 à 100. Et ceux qui sont au niveau 1, ils ne peuvent pas faire l’affaire, puisqu’ils ne connaissent pas la cambuse, forcément. Plus tu montes dans le grade, et plus tu es spécialisé dans le truc, pour ne pas répéter le mot qui écorche les délicates oreilles pur wlid familia. Donc forcément, nommer X ou Y, en arabe on dit flène ou feltène, c’est du pareil au même. Qu’importe le pot de chambre ! Un de mes amis m’a fait remarquer, avec le plus grand sérieux, que les frères Bouteftef auraient quand même pu nommer quelqu’un du FFS, pour montrer qu’il y a une véritable volonté de changement. Non, mais tu rigoles ? Pourquoi, parce que dans le FFS de maintenant il n’y a pas de pourris ? Ya que des gens propres, nets tout plein, parfumés au désodorisant ? Tu m’étonnes ! Au FFS, comme chez les islamistes, et plutôt deux fois qu’une, par les torrents qui courent,  il y autant de pourris au cm2 que dans les partis nationalistes, communistes, et même chez les lampistes qui font la chaîne chez boulitique, pour un ticket à la mangeoire d’en-bas. Pareil mon gars, pareil ! Tu rentres dans le jeu, t’en prends plein les poches, mais plein la gueule aussi. Tu montres patte blanche, pour pouvoir la mettre dans la poche collective. On n’y coupe pas. Je m’égare encore, je m’égare. Je vais essayer de me contenir un peu. Se contenir est le mot, en l’occurence.
Donc, et cette fois-ci, je vais essayer d’être un peu sérieux. Je voulais faire une proposition à Monsieur Sellal. Lui proposer de créer deux Ministères. Deux vrais ministères ! Pas comme ceux qui existent déjà, et qui ne veulent rien dire. Comme Le Ministère de la Pêche qui a une Direction dans la wilaya de Tamanaraset, et qui importe plus de sociétés internationale de pêche au thon qu’il ne pêche de poissons, ni de la Justice qui emploie des corrompus, ni de l’Information qui distille des contre-vérités, ni de la culture qui a fermé les cinémas, tué le cinéma, et réduit les artistes à l’indigence, ni de la défense nationale qui défonce les caisses,  ni des Affaires Etrangères dont le ministre déclare publiquement que si ce n’étaient des évènements fâcheux nous serons encore Français, ni de l’éducation nationale qui débilite les gamins, ni des Affaires religieuses qui escroque le Bon Dieu, ni des Anciens moudjahidines qui gère les dossiers de 800 000 faux anciens-Moudjahidines, ni de l’Enseignement Supérieur qui forme des chômeurs sup, ni de l’Energie et des Mines, qui mine les énergies et gère les délestages, ni de l’habitat et de l’urbanisme qui autorise après coup les constructions illicites, et construit sur les trottoirs, ni de la Poste qui a éradiqué l’usage de la lettre et du colis. Non, ce ne sont pas de ces Ministères totalement inutiles dont je veux parler aujourd’hui. Oui, oui, j’assume, totalement inutiles Monsieur le Premier Ministre des Ministères totalement inutiles.
Vous savez, Monsieur le Premier Ministre, si ce pays est encore debout, vous le savez bien, de toute façon, puisque vous êtes algérien, ce n’est pas grâce à la pléthore des Ministres  qui passent leur temps à pérorer, et à faire des réunions, et qui y vont avec deux paquets de Marlboro, parce qu’ils savent qu’ils vont assister à des séances marathon de contorsion  bureaukhratique collective qui prennent toute la journée, pour aboutir enfin à une seule et même décision : Renvoyer la réunion à une date ultérieure. Non ! Si ce pays tient encore debout, s’il y a de l’eau quand vous ouvrez votre robinet, que vous avez de la lumière quand vous appuyez sur l’interrupteur, que vous pouvez rouler de l’est à l’ouest, et du sud au nord du pays, que des avions peuvent atterrir ou décoller des aéroports, que les millions de tonnes de marchandises que vous importez sont déchargées des ports, que nos enfants apprennent à lire et à écrire, que nos malades sont un tant soit peu soignés dans nos hôpitaux, que les gens vaquent à leurs affaires, qu’ils continuent de rire et d’espérer, qu’ils font de la musique, du théâtre, de l’allégresse, qu’ils se marient, et se multiplient, qu’ils se font enterrer quand ils quittent les latrines publiques qui leur servent de vie, ce n’est pas grâce à vos ministères, Monsieur le Premier Ministre ! Loin de là. C’est malgré vos ministères qu’ils continuent de vivre, qu’ils s’inventent des rêves au milieu de leur cauchemar, qu’ils trouvent l’énergie de ramer à contre-courant du fleuve mauvais qui aurait emporté tout le pays, si ce n’était le génie populaire qui est vent debout. Tout ceci, et plus encore, n’est possible que parce que des hommes et des femmes, armés de leur seul courage, de leur honnêteté, de leur joie intérieure, que vous n’avez pas réussi à étouffer, portent leur pays à bout de bras. Ils sont là, Monsieur le Premier Ministre, et ils seront là quand vous ne serez pas là ! Parce qu’on peut tout faire à un peuple, sauf lui nier son droit d’être. Il ne resterait qu’un couple, parmi nous tous, qu’il trouverait le moyen de raviver la flamme éternelle, et qu’il relèverait la nation du caniveau où ceux qui vous ont nommé ont tenté de le précipiter. Et il ne tient qu’a vous de le constater. Si tant est que vous vous forciez à ouvrir les yeux. Juste un peu ! Regardez tout ce que ce peuple a subi, de tous les envahisseurs qui l’ont broyé, de vos patrons qui l’ont passé au hachoir, des cataclysmes, des sécheresses, des épidémies, et surtout de la dévastation qui continue, à ce jour, de lui être infligée. Il ne tient qu’à vous de voir de quelle résistance il est capable, et combien tenace, vivace, opiniâtre, est son désir de vie. Mais je m’égare encore. Je suis un incorrigible bavard.
J’en reviens à ce que je voulais vous proposer, Monsieur le Premier Ministre. La création de deux Ministères ! Deux vrais Ministères, qui seront vraiment efficients, vrais, et qui auront réellement vocation à répondre à des besoins réels, palpables, omniprésents. Des super Ministères, avec de vraies missions.
Le premier sera le Ministère des Kafzines, et le second celui des Mzaguia 3lihoum.
Et s’ils voient le jour, ces Ministères, vous verrez que leurs Ministres n’iront plus aux réunions avec deux paquets de Marlboro. Ils auront trop de vrai travail.

Celui des Kafzines aura du pain sur la planche. J’imagine, sans qu’il y ait besoin de trop d’imagination, que Son Excellence le Ministre des Kafzines devra revêtir les attributs les plus solennels, et les plus symboliques,  de sa fonction. Il devra rouler en Hummer dernière sayha, fumer des longues, avoir un briquet qui fasse de la musique d’ascenseur quand on l’allume, avoir un portable dans chaque poche, un rictus de mépris affiché sur sa mine, trois ou quatre hadj à son palmarès, connaître par cœur la soura des mounafiquines, pour  resquiller une place au premier rang, et surtout, surtout, parce que c’est là un critère incontournable, savoir parler au ralenti, en prenant bien garde de marquer un silence de plusieurs minutes, entre un mot, et un autre mot. Ca, c’est valable quand il s’adresse à un subalterne. Quand il a affaire à un Si flène, il doit procéder de façon inverse, c’est-à-dire  comprendre celui qui parle lentement avant qu’il ne prononce le moindre mot. En mettant les mains derrière le dos, tête inclinée, avec un sourire imbécile. Ah, autre chose de très important. Il doit s’étouffer de rire même si la blague que lui raconte Si flène ne fait pas rire du tout.  Ceci, et d’autres attitudes du genre font partie de ses attributs. Pour ce qui est de ses prérogatives, il devra décerner des distinctions honorifiques à tous les Kafzines du pays. Depuis l’Ordre du mérite minitire, à ceux qui avec une simple casquette, voire avec la seule évocation de la casquette, ont réussi à se hisser au sommet de la société Si file, jusqu’au Wissam el Hachih pour ceux dont les hauts faits à l’envers, c’est-à-dire les hauts hefs,  leur ont permis de rouler des générations entières dans la farine, et de se faire pleurer à leur décès, par les mêmes générations entières. Ainsi, grâce à ce ministère de la kfaza nationale, les kafzines seront clairement identifiés, répertoriés, épinglés, de leurs distinctions bien sûr. Et nous aurons ainsi la possibilité de les honorer comme ils le méritent, sans que leur modestie proverbiale ne puisse les soustraire à notre infinie gratitude.
Pour l’autre Ministère, celui des tzagat, le protocole sera réduit à sa plus simple expression. Le Ministre sera impérativement mis de façon qui puisse le distinguer de ses pairs ministres. Il portera un bleu shangaï délavé, à la façon Bab El Oued. Un dengri à boutons, avec un pull marin à fines rayures bleues. Deux boites de chemma pour chaque réunion, et une paire de sandales en basane qui fasse zit-zit quand il se déplace, pour le signaler de loin. Il tiendra ses réunions dans le souk d’El Aquiba, autour d’un cageot retourné. Comme les gens dont il doit gérer la situation se comptent par millions, il prendra des mesures collectives. Un kil de vin chaque jour, pour chaque groupe de trois Mzaguia 3lihoum, et une seule tassa pour tous. Avec un tarf de zetla tbisla double zéro pour crépir la gaada. Chaque Mzagia 3lih aura une concession pour faire bouillir la guedra familiale. Au choix, soit une rue pour en faire un parking payant, soit un bout de trottoir pour un étalage, soit une tabla doukhane, soit une tabla baraka, pour vendre des bondieuseries, soit un passage gratuit par la douane, pour faire passer une valise de bric à brac, soit un passage gratuit dans une barque de harraga, et pour les plus irrécupérables, un recrutement comme chambite, flic ou gendarme. Pour les femmes, un hidjab à la mode, un ticket par semaine pour le hammam, des bijoux plaqués or qui font plus or que l’or, pour faire crever de jalousie les voisines, les cousines et les amies, et un CD de Fadhel Shaker pour celles qui éparpillent leurs ordures par la fenêtre, plutôt que d’emmerder le monde.
Vous verrez Monsieur le Premier Ministre, installez ces deux Ministères, et vous pourrez ainsi vaquer à l’essentiel de vos missions les plus essentielles. Particulièrement celle qui consiste à transborder les caisses. De l’Etat factice vers les tas majors.
DB


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