DzActiviste.info Publié le sam 9 Juin 2012

A propos de la pétition lancée par le syndicat SESS contre les abus d’autorité

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Je suis partant pour la soutenir et la signer deux fois. Seulement voilà, j’ai quelques idées à émettre concernant l’abus du pouvoir et les harcèlements judiciaires dont beaucoup de collègues universitaires sont l’objet. Abuser de son pouvoir et recourir à l’arme de la diffamation ou plaintes à rallonges auprès de la justice deviennent malheureusement des traits de comportements qui se substituent au débat d’idées et aux règlements des différents interpersonnels par des moyens pacifiques. Ce qui est en cause ici, ce ne sont pas seulement quelques recteurs qui en abusent; des enseignants simples, sans pouvoir administratifs, en usent également à l’encontre de leurs pairs avec qui ils ont des différends, mais qu’ils exagèrent pour leur conférer un caractère pénal. Les juges, déjà bien débordés par d’écrasants dossiers judiciaires de toute nature, ne font qu’enregistrer les plaintes, souvent futiles, émises par des universitaires à l’encontre de leurs semblables…

Tous les recteurs et tous les juges ne sont pas fautifs

Selon mon avis, mais aussi mon observation attentive du terrain, tous les recteurs d’établissements ne sont pas coupables de forfaitures ou d’injustice. Le croire, c’est faire dans l’amalgame, c’est tomber dans les travers de l’accusation gratuite et sans nuances. C’est cultiver le goût de la généralisation exagérée et aussi abusive que l’abus effectif de l’autorité elle-même. Ce qu’il faut incriminer,  en revanche, ce n’est pas seulement cette minorité de recteurs réellement imbus de leur pouvoir et qui en abusent à satiété, mais aussi  et surtout ces enseignants minoritaires qui font de l’obséquiosité et de la servilité une sorte de profession de foi, un métier. C’est sous l’impulsion et l’influence de ces caudataires intéressés que certains recteurs recourent aux plaintes en diffamation contre les enseignants dont « la tête » ne leur reviennent pas ou qu’ils jugent « rebelles », parce qu’ils ne jouent pas le jeu de l’obéissance aveugle. L’exemple du professeur Nacera Zellal traînée dans la boue et devant les tribunaux illustre bien cette triste réalité. Dans un courriel que je viens de réceptionner  de sa part sur ma boite e-mail, j’apprends avec stupéfaction que les ennuis qu’elle rencontre au sein de son établissement ne proviennent pas seulement du recteur de l’Université d’Alger 2 et du juge qui l’a auditionnée, mais aussi de l’un de ses collègues dont elle avait été pourtant l’un des membres de son jury en 1990!!!

Quand le déficit de la culture citoyenne et syndicale fait défaut

Lorsque ces deux traits de culture font défaut chez les enseignants, il en résulte comme conséquence immédiate l’affaiblissement de leur solidarité « organique ». C’est cette faille qui les livre pieds et poings liés à l’arbitraire des petits chefs qui se prennent pour des grands, et qui profitent de ce simulacre de grandeur pour impressionner ou sanctionner parfois, et selon leurs seules sautes d’humeur ceux  dont la tête ne leur reviendrait pas… Lorsque des chefs d’établissements ont affaire à des enseignants dépolitisés, pour ne pas dire incultes, qui cultivent plus les chicanes et les querelles intestines entre eux que le dialogue fondé sur l’échange des idées et l’action solidaire, et qui plus est, ignorent ce que c’est que la culture citoyenne dont l’action syndicale en fait partie intégrante, ils ne s’embrasseront pas de les piétiner, de les mépriser et de les rabaisser à ras le sol. En agissant en ordre dispersé et selon une stratégie purement individualiste consistant à obtenir des avantages ou une promotion par le biais des « courbettes » et des louanges faites au « chef », certains enseignants, pour ne pas dire beaucoup,  ne se rendent pas compte qu’ils tuent plus qu’ils ne la servent la culture démocratique et solidaire; ils ne se rendent pas compte ou ils affectent de ne pas savoir qu’ils confortent la culture autoritaire qui fait le bonheur de leurs inquisiteurs…

Ces gens aux perspectives intellectuelles bornées ne sont mobilisables qu’autour des intérêts purement matériels. Vous pouvez les mobiliser, battre le rappel, lorsqu’il s’agit de l’attribution d’un  logement, d’une augmentation de salaires, etc., mais jamais autour d’un principe élevé, comme celui de dénoncer un arbitraire, un licenciement d’un collègue, ou d’une injustice flagrante commise à l’encontre d’une tierce…Certes, revendiquer le droit au logement est légitime, et n’a rien de condamnable. Mais placer les revendications purement matérielles, en faire une priorité absolue, avant les autres revendications qui sont aussi essentielles, comme la justice, la liberté de penser, d’opinion, et de conscience; la liberté de s’associer comme indiqué dans la Constitution du pays, c’est renoncer à ses devoirs civiques et civils, c’est s’exclure de la citoyenneté qui suppose la participation active de l’individu dans la vie de la Cité- Etat. C’est faire preuve de démission intellectuelle, c’est laisser le champ libre aux forces de régression que sont l’autoritarisme, fusse-t-il laïc,  l’intégrisme dans sa version religieuse de type nihiliste, et même cet islamisme pasteurisé, de type « Algérie verte »…

Ce qu’il faut blâmer et stigmatiser, ce sont
ces caudataires[1] dépourvus de vertu et d’honneur

Si certains recteurs prêtent l’oreille aux « mouchards » et prennent pour argent comptant les informations qu’ils leur distillent, c’est que ces mêmes recteurs sont d’une personnalité faible et influençable à merci. De science certaine, je sais qu’il existe des recteurs qui ne peuvent gérer leurs universités et gouverner leur « troupe » qu’en s’appuyant sur des profils d’individus serviles, sans moralité et sans principes éthiques. Les médiocres, c’est-à-dire les enseignants ou les « docteurs » qui n’ont que le titre, mais point les capacités intellectuelles et scientifiques pour exercer ce noble métier, proposent toujours leur service aux recteurs les moins sûrs d’eux-mêmes pour administrer leurs établissements de la manière la moins scientifique possible : l’intimidation et la menace de sanction. Les services qu’offrent ces médiocres et ces parvenus à ces recteurs en panne d’autonomie, de personnalité et d’imagination fertile, se présentent sous forme de  dénonciations, de délation moralisatrice, de dénigrements et de pétitions faites en catimini contre leurs pairs en qui ils voient, à tort ou à raison, un danger ou une menace contre leur rente de situation ou de position acquise dans « la boite ». L’ennemi mortel de ces « lèches-bottes », de ces peureux lamentables, ce sont les compétents et les honnêtes gens qui ne demandent rien qu’à faire leur boulot et à aider au relèvement intellectuel et moral de la Nation.

Plaidoyer en faveur d’une pétition nationale contre la bassesse et la médiocrité ambiantes

La pétition contre l’abus du pouvoir devrait inclure aussi une pétition contre ces médiocres enseignants qui vendent leur âme et conscience au Diable. A quoi sert de se prévaloir de certains traits de virilité (moustaches bien fournies, gros bustes, bras torsadés  ou  « couilles » bien consistantes) lorsque l’on se fait servile et rampant comme une larve devant un petit chef enivré par son pouvoir et prêt à en user et abuser? Les juges qui enregistrent une plainte et entendent l’accusé, n’y sont pour rien non plus, puisqu’ils tentent de dire, chacun à sa manière le droit, ou jugent l’affaire qui leur est présentée selon leur compétence ou leur conscience, qui pourrait être juste ou injuste. Ce qu’il faut stigmatiser en premier lieu, selon moi, ce ne sont ni les recteurs, fussent-ils abusifs, ni les juges fussent-ils subjectifs, mais ce sont ces intrigants d’enseignants qui entourent ces recteurs et qui les poussent à prendre des décisions aussi hâtives qu’injustes.

Comment est-il possible de se taire quand des universitaires sont malmenés et traités à la légère en vulgaires délinquants?

Je me contente ici de reprendre à mon compte les interrogations légitimes faites par les rédacteurs du Syndicat de l’Enseignement Supérieur Solidaire, qui s’inquiètent à juste titre des dérives de certains recteurs qui n’hésitent pas  à se conduire en autocrates en violant les lois de la République, en les  réinterprétant à leur avantage  et au mépris de la logique et du bon sens.

Dès lors comment admettre que :
 -Notre collègue Arezki MEKLICHE de l’ENSA (ex INA) soit suspendu et interdit d’entrée à son établissement par la directrice Rosa ISSOLAH traduit devant une commission paritaire non réglementaire, puis traduit en justice pour « vol de matériel» (semoir) malgré la demande écrite faite et un bon de sortie pour le semoir qui devait être utilisé sur terrain?

– Que  » Nos collègues Mme Dalila Haddadi, les professeurs Zellal et Charafeddine soient la cible de l’administration de l’université d’Alger II parce qu’ils refusent la médiocrité, la compromission et la patrimonialisation de l’établissement public qu’est l’Université d’Alger II?

– Que  » Notre collègue Mme Malika M’RAIM de l’université de Tiaret soit traînée devant la commission paritaire et soit sous le coup d’une procédure de licenciement malgré les documents prouvant que son absence est due à son séjour à l’Etranger pour soins?

– Que notre collègue, enfin  » Said BOUTICHE , qui exerce normalement à l’université de Boumerdes, soit sans salaire depuis plusieurs mois à cause du refus du recteur de l’université de Béchar de faire suivre le reste de son dossier de mutation, qu’il avait lui-même acceptée et signée.?

La liste des victimes d’abus est loin d’être close. Le silence délibéré ou la complicité de la tutelle envers certains recteurs dont les comportements peu amènes envers leurs « subordonnés » ne fait pas de doute. C’est ce silence complice de la tutelle qui a fait a poussé un certain nombre de nos compatriotes aux compétences avérées à l’exil.

Monsieur Rachid Haraoubia, l’ex-ministre du MESRS et ses collaborateurs immédiats, ont joué un rôle important dans la fuite et la marginalisation de beaucoup d’enseignants, mais aussi dans la condamnation de certains d’entre eux par la justice et leur radiation de l’université. Ces Messieurs qui se plaisent à se dire « commis de l’Etat »,   ils en sont en vérité les fossoyeurs inconscients et irresponsables. Les preuves de leur culpabilités pourraient être facilement établies grâce à des indices matériels  nombreux et aux témoignages des victimes de leur politique d’exclusion volontaire des éléments jugés par eux « indésirables ».

Il faut oser espérer que le nouveau ministre de notre secteur  ne rééditera pas la politique calamiteuse de son prédécesseur, politique qui nous aura coûté trop chère en   termes de déperdition d’énergie, de temps, d’argent et de compétences, et qu’il fera en sorte  à ce que les procès « en sorcellerie » contre les enseignants cessent une fois pour toutes.

 Par A. ROUADJIA
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[1]:  Ce mot d’origine liturgique signifie celui qui, dans les cérémonies, porte la traîne ou la queue du pape, d’un prélat ou d’un roi. Et la traîne, c’est la partie d’un vêtement long qui se prolonge par-derrière et traîne à terre. Mais au sens figuré, le mot signifie quelqu’un d’obséquieux et d’adulateur.


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