DzActiviste.info Publié le lun 18 Fév 2013

A propos de Yennayer, nouvel an berbère, l’avocate oranaise répond à nouveau

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Ce débat est survenu à la suite d’un papier écrit par Arezki Métref dans le soir d’Algérie. Cette avocate oranaise a écrit un brûlot dans lequel elle s’en est prise à ce journaliste. Nous sommes un certain nombre à lui avoir répondu dans le journal en ligne « le matin.dz ». C’est dans ce journal qu’elle a répondu. Je donne à mes lecteurs la réponse qu’elle m’a personnellement adressée. Je livre la mienne en retour. Les écrits précédents sont également dans ce blog.

M. le Docteur Boudarène

Je suis déçue ! Que venez-vous faire, Docteur, dans cette galère ? Votre rôle est d’apporter aide et assistance à vos patients, pas à venir pérorer, appelé en renfort presqu’en service commandé et parler de quoi, d’une fête rurale que l’on veut élever au rang d’évènement international, que dis-je… universel !

Vous avez autre chose à faire, laissez les « bavards » et les « journaleux » s’expliquer entre eux ! Ce sont eux les spécialistes de la polémique !

Vous c’est le « judéo » qui vous a interpelé, vous en faites des tonnes sur cette « pelote embrouillée » de la personnalité Algérienne que je vous donne en exemple et vous voudriez, par une méthode Coué, une baguette magique,  que seule la dimension Amazigh triomphe de toutes les autres composantes. Pourquoi est-ce que « le concubinage » ( comme vous dites) des races n’a pas l’heur de vous plaire ? Est-ce qu’une certaine théorie de la race pure aurait élu domicile dans un coin de votre inconscient  indocile ? C’est grave, Docteur ! Un autre Docteur Mengele y a perdu son âme ! Je ne saurais trop vous recommander la prudence !

Je suis musulmane et j’ai en tête l’injonction Coranique du métissage : « Nous vous avons créés en peuples et en nations afin que vous vous connaissiez ».

Enfin, vous me mettez au pied du mur : Vous me chargez d’une mission périlleuse, une espèce d’ordalie pour donner un gage de ma bonne et loyale amazighité en demandant aux uns et aux autres d’écrire pour que la langue berbère soit langue officielle.

Eh bien, puisque vous m’avez déçue, je vais à mon tour vous décevoir : Je n’en ferai rien parce que ce n’est pas mon rôle. Cela ne changera pas mes gènes berbères ni ma personnalité  arabe ni ma culture française ni ma proximité avec la judaïté qui n’est ni un attribut ni un qualificatif mais un hasard matrimonial dont je n’attends ni avantage ni inconvénient. Vous vous triturez les méninges dans le vide.

 

Madame l’avocate

Votre état d’âme ne m’intéresse pas. Vous êtes déçue, c’est votre problème. Quant à moi, vous ne me décevez pas puisque je ne me faisais pas d’illusion et que je savais que vous n’alliez pas enfourcher le cheval de la revendication identitaire berbère. Et pour cause…

Voilà que vous m’interdisez, parce que je suis médecin, de m’impliquer dans un débat qui me concerne au plus haut point – vous me renvoyer à mes malades – pendant que vous, vous vous autorisez à le faire. Vous faites effraction dans un article de journal, qui informe l’opinion publique nationale sur un événement qui s’est déroulé à des milliers de kilomètres de chez nous, en prenant à partie l’auteur de cet écrit et vous vous étonnez que d’autres personnes en fassent de même. Quelle mouche vous a donc piquée pour que vous quittiez votre robe noire et que vous vous immisciez dans une polémique (vous l’avez appelé comme cela) qui ne peut naturellement pas intéresser une femme du barreau.  Ce qui est donc permis pour l’avocate oranaise ne le serait pas pour le médecin kabyle. C’est là le travers propre aux intellectuels crispés – je dirais plutôt aux universitaires, et ils sont nombreux – qui ont la conviction que leur opinion est au dessus de tout, qu’ils détiennent la vérité sur tout, et qui ne supportent pas la contradiction parce que celle-ci surprend le personnage dans son ego démesuré et le débusque dans sa blessure narcissique.

Vous aggravez votre cas en vous abîmant dans des contre-vérités. Je n’ai pas dit que seule la dimension berbère de l’Algérie doit triompher et je n’ai pas dit, non plus, que je suis partisan de la race pure. Pour la simple raison que le concept de race est pour moi chauvin, en tout cas désuet, et que je crois aux vertus des brassages ethniques. Quand à la dimension arabe de notre pays, je la défendrais dès lors que cette revendication est apaisée et qu’elle perd son hégémonie et sa volonté de dévorer mon identité amazigh. Mais voilà qu’en personne souple d’esprit, vous pensez à ma place, à moins que vous ne vous permettiez de vous mettre dans le fauteuil  du psy… Vous employez des arguments pour  faire accroire que la revendication amazigh a des visées puristes et séparatistes (un phantasme). Une mystification de plus pour diaboliser toute volonté d’expression de l’identité amazigh. Vous avez surfé sur les festivités de Yennayer (et non naïr, ne vous en déplaise) pour fustiger et étouffer, en gardien du temple arabo-arabe,  toute manifestation de la différence amazigh.

Non Madame, débattre de l’identité de ce pays n’est pas une galère pour moi… Ca l’est pour vous, sans doute, puisque ce débat contrarie des certitudes sur lesquelles vous vous êtes bien assise. C’est, pour moi, un devoir sacré, un combat permanent; c’est un objectif, une mission de survie pour tous ceux qui veulent la vérité et qui rejettent le mensonge sur ce sujet. L’identité nationale ne doit pas être l’otage de ceux qui, mus par l’imposture, veulent falsifier l’Histoire parce que celle-ci ne les accommode pas.  Vous êtes arabo-berbère pour la circonstance et vous vous appropriez la « particule berbère » non pas parce que vous vous y identifiez mais parce que vous la vivez comme un danger. Une appropriation (revendication) qui ne vaut que parce qu’au fond de vous-même vous avez le désir de la neutraliser, de réduire cette menace hypothétique que représente dans votre phantasme (encore un) l’identité amazigh. Faire cohabiter (dans votre discours) les deux dimensions est une bonne stratégie pour ce faire. Je ne sais pas d’ailleurs si vous auriez accepté ce concubinage s’il avait pour dessein de faire absorber (de phagocyter) l’arabe par tamazight.

Vous savez, Madame, votre versatilité me met mal à l’aise et je n’ai pas envie que vous pensiez, ou que les lecteurs pensent, que je m’en prends à vous uniquement parce que vous êtes arabophone. Ce que je m’interdis… Vous manifestez un aplomb presque impertinent, une posture qui cache mal votre malaise, car il est évident que mon écrit a jeté le doute en vous et que vos certitudes ont été secouées. Je ne vais pas faire de pédagogie et je vous épargne le cours d’histoire de la Numidie. Vous savez tout cela puisque vous reconnaissez que vous avez des gènes berbères même si votre personnalité arabe est de culture française avec un zest de judaïté. Vous ajouteriez que vous êtes turque, byzantine, vandale ou encore romaine que cela ne me gênerais pas. En particulier si la réclamation de cette identité pouvait être créditée d’un soupçon de sincérité de votre part ; mais aussi et surtout parce que je pense que ce métissage peut, tout de même, avoir une part de réalité. J’aurais applaudi et je vous aurais félicitée d’être le résultat de ce beau mélange. Il y a un mais… Je crois que vous avez en effet (et malheureusement) plus d’aisance à revendiquer cette multi appartenance culturelle que de vous sentir profondément enracinée dans votre socle identitaire originel. Votre rejet viscéral de votre identité première, amazigh – vous n’êtes pas seule dans ce cas – mérite un profond examen de conscience. La « haine de soi » – il s’agit de cela – fait perdre son âme à celui qui la nourrit. Elle fait de lui non pas un spadassin mais un mercenaire au service de ceux qui ont programmé son malheur. Vous m’en voyez désolé, Madame, je ne m’inscris pas dans cette état d’esprit.

 

 


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