DzActiviste.info Publié le mer 30 Avr 2014

Abdelaziz Bouteflika entame officiellement son quatrième mandat

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Bouteflika était contraint de faire une apparition publique et de prononcer les 93 mots prévus dans la Constitution devant tous les invités
pour valider sa quatrième mandature. C’est fait, mais difficilement.

Une investiture inédite. Le président Abdelaziz Bouteflika, toujours souffrant des séquelles de l’accident vasculaire cérébral (AVC) dont il a été victime il y a une année, s’est prêté à l’un des exercices les plus difficiles depuis son arrivée au pouvoir, en 1999. Sa prestation de serment, hier matin, au Palais des nations de Club des Pins, à l’ouest d’Alger, a été pour le moins pénible. Obligation constitutionnelle, le rendez-vous s’imposait à lui ; il était contraint de faire une apparition publique et de prononcer les 93 mots prévus dans la Constitution devant tous les invités pour valider sa quatrième mandature. C’est fait, mais difficilement.

La cérémonie, qui a duré une trentaine de minutes, s’est déroulée dans une atmosphère particulière. Arrivé sur les lieux vers 10h40, le président Bouteflika, assis dans un fauteuil roulant, vêtu d’un costume bleu et d’une cravate rouge, a dû suivre d’abord les procédures protocolaires d’usage à l’extérieur de la salle de conférences du Palais des nations : défilé de la Garde républicaine et salutations de quelques membres du gouvernement alignés à l’entrée de la salle, dont le vice-ministre de la Défense nationale, Gaïd Salah, les présidents des deux Chambres du Parlement, le Premier ministre par intérim, Youcef Yousfi, le chef de cabinet de la Présidence, Ahmed Ouyahia, ainsi que les ministres Abdelaziz Belkhadem et Karim Djoudi. A l’intérieur de la salle, l’assistance suivait la scène sur des écrans géants sur lesquels on voyait un Président, visiblement affaibli, qui suit le défilé de la Garde républicaine et lève laborieusement la main droite pour faire le salut militaire. Cette procédure a duré une vingtaine de minutes.

Il ne se lève pas pour l’hymne national

Mais le plus dur, pour celui qui bat tous les records de longévité à la tête de l’Etat en Algérie, commence au moment de son entrée dans la salle. Il est 11h. Le visage austère, le président Bouteflika fait son entrée dans la salle sous les applaudissements des invités, dont deux des candidats à la dernière élection, Louisa Hanoune et Abdelaziz Belaïd en l’occurrence.
Installé sur l’estrade située au milieu de la salle et face à l’assistance, Abdelaziz Bouteflika, d’une voix éteinte mais audible grâce aux amplificateurs de son, prononce, en regardant une feuille posée devant lui, un texte de quelques lignes que lui dicte le président de la Cour suprême, Slimane Boudi. Cela a duré près de 5 minutes et l’intronisation fut ainsi faite.

Cependant, le chef de l’Etat, qui devait s’adresser à la nation pour l’occasion, ne l’a pas fait. Sa tentative de lire un discours écrit de 12 pages en arabe (10 pages en français) n’a pas duré ; il a dû abandonner après deux minutes d’essai, se contentant d’une lecture difficile de la première page. D’habitude adroit lors de la lecture de textes, Abdelaziz Bouteflika a éprouvé d’énormes difficultés pour lire 14 lignes. Mais en commettant plusieurs bourdes, notamment en faisant la confusion entre «scrutin» (iqtiraâ) transcrit dans le texte écrit et «référendum» (istiftaa).

Durant toute la cérémonie, l’assistance n’a pas vu le chef de l’Etat se mettre debout, comme il l’a fait à l’occasion de l’audience accordée au secrétaire d’Etat américain, John Kerry. Il était d’ailleurs le seul à être assis dans la salle lorsque l’hymne national a été entonné par la Garde républicaine ; Abdelaziz Bouteflika s’est contenté de le reprendre du bout des lèvres. La cérémonie a pris fin à 11h10 et le président Bouteflika a quitté la salle en direction du cimetière El Alia où il s’est recueilli à la mémoire des martyrs.

Cette prestation de serment a eu lieu en l’absence de la majorité des représentants des partis de l’opposition siégeant à l’APN et des candidats à la dernière élection. Hormis Louisa Hanoune et Abdelaziz Belaïd, assis au premier rang, les trois autres candidats à la présidentielle du 17 avril dernier, en l’occurrence Ali Fawzi Rebaïne, Ali Benflis et Moussa Touati, ont boudé cette cérémonie.

Vers de nouvelles «consultations politiques»

Parmi les chefs de parti qui ne font pas partie du gouvernement, nous avons remarqué la présence du président du Front du changement (FC), Abdelmadjid Menasra. Dans son discours écrit, distribué à la presse avant même son arrivée sur les lieux, Abdelaziz Bouteflika présente d’abord ce quatrième mandat comme un sacrifice : «J’aborde le mandat que vous m’avez confié comme un sacrifice pour la patrie que j’ai servie durant toute ma vie. Ce mandat est aussi une nouvelle preuve de ma fidélité à nos compagnons de lutte tombés au champ d’honneur pour la patrie.»

Ce faisant, il décline les engagements pris pour le prochain quinquennat. Il évoque, entre autres, la réconciliation et le projet de révision constitutionnelle. Selon lui, le chantier primordial est «la préservation de la stabilité du pays». Pour cela, il lance un appel aux terroristes qui sont encore dans les maquis : «La main de l’Algérie demeure tendue à ses enfants égarés que j’appelle à revenir dans leurs foyers », précisant que le renforcement de la réconciliation nationale est une priorité. Abdelaziz Bouteflika rend, par la même occasion, hommage à l’Armée nationale populaire : «Le peuple algérien pourra compter sur son armée et ses services de sécurité pour protéger le pays de toute tentative subversive ou criminelle.»

Après quinze ans de pouvoir sans partage, le chef de l’Etat se rend compte qu’il fallait finalement «une entente nationale». «Ni la démocratie ni le développement ne pourront avancer sans stabilité interne, sans entente nationale forte. Avec la volonté résolue de renforcer notre entente nationale et faire franchir de nouvelles étapes qualitatives à la démocratie, que je relancerai sous peu, le chantier des réformes politiques aboutira à une révision constitutionnelle consensuelle», souligne-t-il.

Dans ce sens, il promet de refaire le même processus entamé en 2011 avec l’organisation de nouvelles consultations politiques pour la révision de la Loi fondamentale du pays, dont une mouture lui a été présentée, à la fin de l’année dernière, par la commission qu’il a lui-même mise en place. «Les forces politiques, les principales représentations de la société civile ainsi que les personnalités nationales seront conviées à s’associer à cette entreprise de première importance»,
annonce-t-il.


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