DzActiviste.info Publié le dim 10 Juin 2012

Abdelaziz Rahabi. Ancien porte-parole du gouvernement «Le changement du gouvernement n’est pas une priorité» pour le Président

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Abdelaziz RahabiEl Watan 10 06 2012

– La situation politique semble plombée, alors que le pouvoir tablait sur les législatives pour relancer la machine politique du pays. Pourquoi cette situation, selon vous ?

En fait, elle se réduit à la vie organique des partis politiques dominants, aux activités protocolaires du chef de l’Etat et à la contestation socioprofessionnelle. Mais c’est la conjoncture régionale qui a fait que les élections législatives, une échéance entre autres dans l’agenda électoral de la nation, soient présentées comme l’exception algérienne dans le traitement politique des révoltes dans le Monde arabe. Dans la réalité, cette nouvelle législature n’aura pas d’autre mission que de réviser la Constitution pour revenir à celle de 1996, qui limitait à deux les mandats présidentiels. Le Président, qui a réintroduit la présidence à vie dans la Constitution de 2008, sait maintenant que cela relève du passé.

– Le nouveau gouvernement tarde à être formé. A quoi cela est-il lié ?

Cela n’est pas surprenant et n’affecte pas sensiblement la gestion des affaires de l’Etat puisque depuis 1999, les attributions du gouvernement ont été progressivement transférées vers le secrétariat du président de la République. A l’évidence, l’Exécutif s’en accommode bien. Ce n’est pas non plus inédit comme situation puisque nous retrouvons cette forme de gestion dans les pays du Golfe et, tout près de nous, au Maroc. Notre système politique emprunte plus à ces pays qu’à un Etat moderne, articulé autour de ses institutions.

– Bouteflika a-t-il l’intention de changer le gouvernement ? Veut-il garder Ouyahia ?

Cela n’a jamais été ni une priorité ni une urgence pour lui car seuls certains portefeuilles l’intéressent. Dans les gouvernements précédents, le sort des hommes de son premier cercle, comme Chakib Khelil ou Tayeb Belaïz, comptait pour lui. Pourtant, le premier gérait Sonatrach comme on joue au casino et le second a fait couvrir par la justice les plus grands scandales politico-financiers de l’Algérie indépendante. C’est dans cet esprit que la donne Ouyahia sert Bouteflika dans la mesure où le Premier ministre exécute les directives du Président, mais paye de sa popularité et accepte une mission de commis de l’Etat, alors que le chef de l’Etat décide de tout, mais n’est responsable de rien ni devant aucune institution. C’est une situation plus confortable pour le Président que pour son Premier ministre.

– Comment analysez-vous la sortie de Ouyahia qui a dit qu’il «dérange des cercles» à l’intérieur du régime ?

Il fait un double constat. Le premier est que des cercles influents au sein du régime ne sont pas favorables à une gestion transparente des affaires de l’Etat mais, en même temps, Ouyahia mesure à quel point ces cercles étatiques sont des relais directs, notamment des barons de l’informel, de la surfacturation, des commissions sur les marchés publics. En réalité, il a tout à fait raison de s’inquiéter de cette jonction qui risque de mener l’Algérie vers le modèle colombien. Enfin, je pense que l’homme a le sentiment de ne pas servir ses propres convictions et le Premier ministre qu’il est, de servir indirectement la mise en place du pouvoir de l’argent. Ce dilemme est présent depuis l’indépendance chez les serviteurs de l’Etat intègres et dévoués.

Hacen Ouali


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