DzActiviste.info Publié le ven 27 Avr 2012

Abdelkader Kherba à Serkadji pour délit d’opinion

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Trois ans de prison requis hier à Alger contre Abdelkader Kherba pour avoir manifesté aux côtés des greffiers, des militants solidaires arrêtés par la police, parfois brutalement : une ambiance répressive s’abat sur la société alors que les autorités tentent de mener à bien un ultime lifting le 10 mai prochain.

Pas moins d’une dizaine de syndicalistes et militants des droits de l’homme ont été arrêtés par la police, hier à Alger. Dès les premières heures de la matinée, une quarantaine de personnes ont tenu un rassemblement de soutien à Abdelkader Kherba, militant du Comité national de défense des chômeurs (CNDDC), incarcéré depuis plus d’une semaine à la prison de Serkadji. Le procureur a requis trois ans de prison ferme à l’encontre de M. Kherba pour «incitation directe à attroupement», «usurpation de fonction» et «entrave au fonctionnement d’une institution» pour avoir participé pacifiquement à une manifestation organisée par les travailleurs du secteur de la justice afin de revendiquer l’amélioration des conditions de travail.

En fin d’après-midi, Hakim Addad, ancien secrétaire général du Rassemblement action jeunesse (RAJ), Tahar Belabès, porte-parole du Comité national de défense pour le droit des chômeurs (CNDDC), Mourad Tchiko, membre du Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique (Snapap), Abdou Bendjoudi, l’un des responsables du Mouvement des jeunes indépendants pour le changement (MJIC), et Yacine Zaïd, président de la branche de la LADDH de Laghouat, ont été entre autres relâchés après avoir passé toute la journée dans différents commissariats d’Alger.

Dans le même sac !

«Après nous avoir brutalisés, les agents de la police nous ont emmenés à l’hôpital afin d’établir un certificat médical. Mais au lieu de nous libérer juste après la consultation, nous avons été reconduits jusqu’au commissariat. Il y avait, parmi nous, des citoyens qui sont partis au tribunal pour retirer un casier judiciaire ou assister au procès d’un proche. Ils n’avaient donc aucun rapport avec Abdelkader Kherba ! Ils ont été mis dans le même sac sans comprendre ce qui leur arrivait !», dénonce Hakim Addad. De son côté, Abdelkader Kherba, dont le verdict est prévu pour le 3 mai, a entamé une grève de la faim en guise de protestation contre cet excès de zèle juridique. Hier matin, les citoyens n’ont pas pu accéder au tribunal de Sidi M’hamed sous prétexte que c’était «une journée spéciale», comme le répétaient les policiers sur place. D’autre part, plusieurs ONG nationale et internationales ont dénoncé, à travers des communiqués, l’arrestation d’Abdelkader Kherba et celle des militants qui exigent «sa libération dans les plus brefs délais».

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme dénonce vivement «ces nouvelles arrestations arbitraires en ce qu’elles visent à sanctionner le libre exercice du droit au rassemblement pacifique des défenseurs des droits de l’homme». Il déplore, par ailleurs, «les conditions dans lesquelles se sont déroulées le procès de M. Kherba en ce que ces dernières s’inscrivent en violation avec le principe essentiel de publicité des débats judiciaires, composante essentielle du droit à un procès équitable». Même son de cloche chez la Fondation internationale pour la protection des défenseurs des droits humains, Frontline Defenders, qui demande instamment aux autorités algériennes d’«assurer la libération immédiate et sans condition de Kherba Abdelkader et abandonner toutes les charges contre lui, de pendre toutes les mesures nécessaires afin de garantir l’intégrité physique et psychologique de Kherba Abdelkader pendant sa grève de la faim et de veiller à ce que tous les défenseurs des droits humains en Algérie, exerçant leurs activités légitimes de défense des droits humains, soient en mesure d’opérer sans restrictions ni représailles, y compris le harcèlement judiciaire». De son côté, le Rassemblement action jeunesse (RAJ) dénonce vigoureusement la peine de trois ans de prison ferme, requise par le procureur à l’encontre du jeune chômeur et appelle «à la solidarité et une mobilisation massive pour la libération immédiate de M.Kherba».

Abdou Bendjoudi. Responsable au Mouvement des jeunes indépendants pour le changement : Cinq policiers pour chacun

Dès la matinée, à mon arrivée au square Port Saïd, les policiers, en tenue ou en civil, étaient déjà postés. Ils avaient commencé à interpeller au fur et à mesure ceux qui rôdaient autour du tribunal pour empêcher les regroupements.

Nous avons subi la même brutalité que les autres militants, Yacine Zaïd et moi-même, et avons été arrêtés par cinq policiers chacun. Mais cela ne nous a pas empêchés de scander des slogans hostiles à la justice : «Libérez Abdelkader Kherba» ou encore «Le DRS contrôle la justice».

Yacine Zaïd. Président de la LADDH (droits de l’homme) de Laghouat : Contre la banalisation des arrestations

Etant dans leur collimateur, les services de police nous ont arrêtés le plus facilement car nous sommes des habitués des mouvements de protestations, identifiés et ciblés depuis quelque temps déjà. Je tiens à rapporter qu’un militant des droits de l’homme venu en guise de solidarité pour Abdelkader Kherba, était malade et n’a été libéré jusqu’à la dernière minute pour qu’il se rende chez son médecin. Nous sommes contre la banalisation des arrestations ! Ceci est une manière de nous dissuader et d’user nos efforts mais nous ne lâcherons pas notre camarade Abdelkader Kherba.


Hakim Addad.
Candidat aux législatives dans la wilaya d’Alger (FFS) : Inquiétant que les politiques ne réagissent pas

Ces interpellations sont plus visibles aujourd’hui car elles ont lieu dans la capitale et touchent des personnes un peu «connues» . Or, nous comptons régulièrement des mouvements de protestation dans d’autres villes du pays. Il est inquiétant que les politiques ne réagissent pas à ces arrestations arbitraires.

Par ailleurs, le fait que le tribunal qui ne représente pas la justice, requiert trois années, est inadmissible ! Même une journée en prison n’est pas justifiée dans un pays où son chef dit assurer une «transition démocratique», et où l’état d’urgence a été levé.

Me Amine Sidhoum. Membre du collectif d’avocats de la défense d’Abdelkader Kherba : Les chefs d’inculpation ne sont pas fondés

– Comment expliquez-vous la peine de trois ans de prison ferme requise à l’encontre du militant du Comité national de défense des chômeurs, Abdelkader Kherba, pour avoir participé pacifiquement à une manifestation ?

Avant de répondre à cette question, je dois préciser que les chefs d’inculpation retenus contre Abdelkader Kherba ne sont pas fondés. Quant à la peine, on s’attendait à un an de prison au pire, mais trois ans, c’est trop flagrant. C’est inexplicable !

– Abdelkader Kherba a entamé une grève de la faim. Pensez-vous que ce geste influera sur le procès prévu le 3 mai ?

Nous n’avons aucune idée de ce qui va se passer car ce harcèlement judiciaire mené à l’encontre des militants et des syndicalistes depuis quelque temps nous a habitués à des épisodes sans précédant, à de mauvaises surprises. On aurait pu le garder en liberté provisoire au lieu de l’envoyer en prison alors qu’il n’y a même pas de partie civile dans l’affaire. Personne n’a porté plainte contre Abdelkader Kherba.

– Qu’envisagez-vous de faire pour éviter à votre client une lourde peine ?

Nous n’allons pas lui éviter une peine lourde mais le libérer carrément. Rien ne prouve et ne conforte les chefs d’inculpation retenus. Nous allons le défendre, mes collègues avocats et moi-même, saisir les instances nationales et internationaless et soutenir jusqu’au bout Abdelkader Kherba.

Lamia Tagzout
EW 27 04 2012


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