DzActiviste.info Publié le sam 6 Déc 2014

ABDELMALEK SELLAL N’ARRIVE PAS À PARIS LES MAINS VIDES

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FRANCE-ALGERIA-DIPLOMACY

Photo (AFP/ PATRICK KOVARIK)

– Publié le

Le Premier ministre algérien, Adelmalek Sellal, arrive à Paris ce jeudi. Naoufel Brahimi revient dans un entretien avec « le Soir d’Algérie » sur « l’embellie » des relations franco-algérienne.

Notre chroniqueur Naoufel Brahimi el Mili, docteur en sciences politiques et auteur du « printemps arabe, une manipulation ? » revient dans « le Soir d’Algérie » sur les relations franco algériennes depuis que François Hollande est au pouvoir.

Le Soir d’Algérie : Reprise intense des relations algéro-françaises depuis l’arrivée de François Hollande au pouvoir ; va-et-vient continuel de personnalités des deux côtés ; participation officielle militaire au défilé du 14 Juillet ; visites et séjours privés de hautes personnalités algériennes dans l’Hexagone… Est-ce une embellie inhérente à une nouvelle approche des relations conçue comme devant être pérenne? Ou la France serait-elle attirée par l’opportunité qu’offrent le marché et les finances algériennes à une économie française en difficulté ?
Naoufel Brahimi. Dans les relations franco-algériennes, depuis l’avènement de Chadli Bendjedid, les embellies ne sont pas une nouveauté. Le président Chirac était même fervent partisan d’un traité d’amitié franco-algérien. Il est vrai que les premiers temps du règne de Sarkozy, vis-à-vis d’Alger, ont souffert de l’adoption de la loi «portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés». Contexte aggravé par l’affaire Hasni».
L’après-Sarkozy ne pouvait qu’être porteur d’améliorations. En ce qui concerne le changement de ton entre Paris et Alger depuis l’élection de François Hollande, plusieurs facteurs sont à intégrer. Candidat aux présidentielles, François Hollande s’était recueilli pour la commémoration des assassinats des militants du FLN le 17 Octobre 1961. Ainsi, il a atténué, même partiellement, le climat qui pèse sur le registre symbolique. Et ce, afin de se consacrer à l’essentiel : la visite d’Etat du président français a balisé la coopération militaire pour les opérations au Nord Mali. Aussi les Français visent clairement le marché algérien et son potentiel, notamment sur le gaz de schiste.
Le registre économique n’est pas dépourvu de symbolique. En contrepartie d’un investissement de Renault en Algérie (créant à peine trois cents emplois), l’Etat français insiste sur une nécessaire autorisation pour les capitaux algériens de s’investir en France, au nom de la réciprocité, principe immuable de la diplomatie algérienne. Chose faite, Abdelmalek Sellal ne viendra pas à Paris les mains vides, ni les poches d’ailleurs.

Une coopération militaire singulière
Le Soir d’Algérie. Les velléités de tourner définitivement la page du contentieux mémoriel semblent être partagées par les politiques des deux côtés. Pourquoi ce désir des autorités algériennes d’abandonner les demandes de reconnaissance et/ou d’excuses pour les méfaits de la colonisation en Algérie alors qu’elles apparaissaient comme une revendication forte et récurrente ?
Quand Amar Saaadani, premier responsable du parti historique, le FLN, dépositaire de l’héritage spirituel du 1er Novembre, est titulaire d’un titre de séjour français, lui accordant une résidence de dix années dans un appartement cossu de Neuilly-sur-Seine, la demande de repentance perd beaucoup en crédibilité. Aussi, le choix de Paris, plus particulièrement un hôpital militaire pour les soins du président de la République algérienne, ne renforce pas forcément un discours musclé en faveur de la repentance.

Plus généralement, une majorité de porteurs de l’étendard du combat contre «Hizb França» (le parti de la France) prennent leur retraite dans l’Hexagone. La succession de Bouteflika, quelques mandats plus tard, coïncidera éventuellement avec un renouveau générationnel, pour qui les questions mémoriels n’auront pas de centralité particulière dans les relations bilatérales.
Le Soir d’Algérie. Comme à nul moment auparavant, Paris et Alger ont engagé une coopération militaire singulière depuis l’opération Serval au Mali qui a vu l’ouverture de l’espace aérien algérien aux avions français, le ravitaillement en carburant, l’échange de renseignements et jusqu’à des actions opérationnelles communes. Qu’est-ce qui justifierait cette coopération pour le moins inédite ? La sécurité régionale ? La lutte contre le terrorisme ou y aurait-il autre chose ?
N.B. Hormis le contexte particulier des essais nucléaires à Reganne (accords d’Evian), la coopération militaire entre Paris et Alger a toujours existé. A l’époque du conflit tchado-libyen sur la bande d’Aouzou où l’implication française était très prononcée, Alger (présidence Chadli) avait autorisé des militaires français à se positionner sur le territoire national pour mener des opérations d’observation. La nouveauté pour l’opération Serval, c’est l’absence du fameux «secret-défense» et encore, la communication n’est pas totale sur les aspects de la coopération militaire franco-algérienne. Bien sûr, la France a tenu au soutien militaire de l’ANP car ce type d’opération ne peut être mené sans la mise en place d’une étanchéité, même relative, de la frontière algéro-malienne. Il y va de la sécurité régionale. Y aurait-il autre chose ? Difficile de répondre sauf de préciser que les conflits «grandeur nature» sont aussi un bon argument pour la vente de l’armement français.
Le Soir d’Algérie. Au plan des relations économiques, une nouvelle terminologie est convoquée par l’une et l’autre des deux parties : «le partenariat gagnant-gagnant». Que recouvre ce concept et son utilisation récente et insistante n’est-elle pas abusive ? N’a-t-on pas d’ailleurs entendu, récemment, le ministre français de l’Economie rassurer ses compatriotes et notamment l’extrême droite qui s’inquiétait de l’inauguration de l’usine Renault en Algérie, déclarant qu’«il n’y aura jamais de transfert de savoir technologique»?
N.B. Le partenariat gagnant-gagnant est la situation idéale mais qui nécessite du temps pour apprécier les conséquences. Comme mentionné plus haut, Renault crée en Algérie 300 emplois, alors que le chantier de la Grande Mosquée d’Alger emploie 25 000 personnes mais chinoises. On peut déjà supposer que la création d’emplois n’est pas le premier souci des autorités algériennes du moment, contrairement aux Français. Reste à savoir gagnant-gagnant pour qui?

Un partenariat « gagnant-gagnant » 
Le Soir d’Algérie. Le Premier ministre algérien Abdelmalek Sellal et son homologue français Manuel Valls coprésideront à Paris, le 4 décembre 2014, le troisième comité intergouvernemental de coopération bilatérale. Pensez-vous qu’à l’instar de l’initiative de la délégation de l’UE qui a séjourné récemment à Alger et rencontré les acteurs politiques, la partie française abordera avec Sellal les aspects politiques internes au pays ?
N.B. Il ne faut pas oublier que la partie française qui reçoit le Premier ministre algérien est détentrice de secrets médicaux sur la santé de
M. Bouteflika, de ce fait elle dispose d’un angle supplémentaire d’analyse de la situation politique interne. Si Paris évoque lors de cette visite la nécessité de pallier le déficit démocratique, éclatera alors une contradiction : on ne peut avoir des marchés avec des retombées financières sonnantes et trébuchantes et donner des leçons de morale en même temps. Cette visite est inédite : pas moins de 15 ministres constituent le fer de lance de la délégation algérienne. Si ce n’était pas le caractère provisoire, on pourrait parler de gouvernement en exil. Plus sérieusement, la France a déjà abrité une réunion entre le président algérien et son chef d’état-major, précisément dans les appartements de la résidence du gouverneur militaire de Paris.
Au-delà de la boutade, Abdelmalek Sellal visite Paris après Washington mais en force non pas vis-à-vis de son homologue français, surtout dans une logique de politique intérieure. Le Premier ministre algérien semble ne plus vouloir jouer le rôle de numéro 2 bis. Cette visite notamment par une bonne volonté affichée et quelques générosités inhérentes fera théoriquement de Sellal l’interlocuteur facial privilégié de Paris. Quelle meilleure capitale pour un politique algérien que de se mettre sous les projecteurs internationaux de Paris ?
N.B.Le gaz de schiste, son exploration et son exploitation par la partie française sont depuis quelque temps présentés comme quasiment acquis par la partie française qui pourra ainsi réaliser sur notre territoire ce qu’elle n’a pas pu faire en France, eu égard au coût élevé d’exploitation de cette énergie et de ses impacts sur l’environnement, disent les opposants à cette forme d’énergie. Que suggérerait pour vous la signature d’un tel accord, s’il venait à intervenir ?
Les projets liés au gaz de schiste semblent être acquis mais n’ont pas encore atteint le stade de non-retour : rien n’est signé. Toutefois le gaz de schiste illustre très bien le contre-exemple du partenariat gagnant-gagnant. En plus des effets assez néfastes sur l’environnement algérien, l’exploitation du gaz de schiste fait chuter les cours du baril de pétrole et les prix du gaz, premières ressources en devises du pays. Alors que la France évite la pollution sur son territoire et accède aux hydrocarbures à des prix baissiers. Gagnant-gagnant, nous avait-on dit ?


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  1. Walid dit :

    Alors que les sept millions d’Algériens indépendants en 1962, gardent toujours les séquelles d’une guerre barbare qui a durée longtemps que la guerre de cent ans, plus rallongée de 32 années. Certainement, comme nous l’avions consulté en maintes reprises auprès des politiques Français existe toujours le rapport de proximité très ambiguë à conférer aux relations diplomatiques franco-algériennes, dont l’aspect demeure parfois conflictuel mais passionné. Du fait que certains adeptes de l’Algérie Française continus à nos jours de considérer l’Algérien toujours l’indigène et le boy du colon, cinquante années après ! Fait confirmé par les humiliations quotidiennes des algériens devant les consulats de France et l’arnaque puisqu’on leur impose de payer les frais de visa qui ne l’obtiendrait jamais et sans donner les raisons. Des mesures draconiennes pour l’obtention de visa et tous ce qui est déclaré par les officiels n’est qu’un pur mensonge ! Durant le règne Mitterrandiste, l’Algérie a payé un prix plus que celui payé en 1954-1962. La politique de François Mitterrand a toujours travaillée dans l’unique but de l’isolement de l’Algérie, favorisée bien sûr par des extras pieds-noirs, nostalgiques de l’Algérie Française et il faut le dire les mauvais coups venus des extras des services Français. Alors que les Islamistes n’étaient en réalité ou se sont retrouvé malgré eux comme des dés que chacun manipulait et jetait à son tour. Une ingérence française déguisée dans la politique de l’Algérie qui a conduit un jour le militaire non diplomate le général Liamine Zeroual à refuser de recevoir le Président Français à New-York. Alors que la seconde politique française durant cette période s’est forcée à montrer au monde une fausse image, et contre vérité par « soutien sans condition à l’Etat Algérien » Alors de l’autre côté, comme nous l’attestons en suivant ces événements en France, des extras avaient toujours manipulés l’opposition algérienne, le cas d’un chef de Parti d’opposition reconnu, et qui siège aussi à l’APN, qui avait bénéficiât de soutien financier pour animer à Paris des journées de conférence critiques de la politique Algérienne Un autre avait bénéficié d’un immeuble pour abriter ses sbires, une villa et la scolarisation de ses enfants. Certains politiques Français avaient supervisés l’autre guerre d’Algérie.
    On se rappelle, le lendemain de l’élection du Président Bouteflika à la Présidence de la République, il avait reçu la journaliste de TF 1 : Le Président dira d’un air autoritaire au micro de la journaliste : « Dites à la France que l’Algérie est plus fiable » Les relations entre les deux pays s’étaient refroidies en raison de la position française, d’abord en 1992, le Président Mitterrand avait qualifié l’arrêt du processus électoral des législatives ‘’d’acte pour le moins anormal’’ Ce qui avait suscité le mécontentement des algériens et une protestation officielle du ministre des Affaires étrangères à cette époque.
    An 1999, certaines idées survivent aux leçons de l’histoire, la France décida alors de renouer le dialogue avec l’Algérie en dépêchant Jean Pierre Chevènement à Alger début juillet 1999 qui a été reçu par le Président de la République Abdelaziz Bouteflika. A son retour à Paris le 5 juillet, et l’or de sa conférence de presse qu’il avait organisé, il dira beaucoup de chose, il a même parlé des colons, des harkis, en donnant l’impression qu’il avait fait le voyage à Alger pour imposer des « conditions »La France tente toujours d’intimider « les responsables » Algériens, pour faire pression et leur faire oublier de parler de repentance, ou de Pardon. Mais les Algériens l’exigent et ce n’est pas avec une usine d’un vieux model de Renault dépassé par les événements, que les algériens oublieront et pardonneront à la France.
    Le Projet d’incrimination du colonialisme
    Le projet d’incrimination du colonialisme français, fait peur à la France officielle et aussi à beaucoup d’Algériens en particuliers ceux issus de familles très dévouées à la cause française durant l’occupation. Les agents d’influence qui sont aujourd’hui nombreux, les ex collabos et les agents doubles Ce terme criminalisation est très important, il explique que les crimes commis et les massacres perpétrés par l’armée, la police, les colons armés contre la population algérienne pendant 132 ans sont appelés à être reconnus juridiquement.

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