DzActiviste.info Publié le sam 1 Nov 2014

Ahmed Bouda Un pionnier de la lutte de libération nationale Par Benyoucef BENKHEDDA

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ahmed-boudaI Sa vie politique

Le nom d’ Ahmed Bouda est très peu connu de la génération de l’après indépendance. Il a été occulté comme d’ailleurs celui de beaucoup d’autres militants. Il mérite un long exposé. Le temps imparti au cours de cette conférence ne le permet pas. Je donnerai seulement un bref aperçu de sa vie politique et quelques traits de son caractère.

Ahmed Bouda, un pieux fellah de Bou-douaou qui, après avoir été tourouqui, puis, membre de l’Association des Oulamas, a rejoint en 1933 l’Etoile nord-africaine. Avide d’action politique, il s’engage dans cette formation qui revendique ouver-tement l’indépendance de l’Algérie et dont l’activité se poursuit dans le PPA en 1937 après qu’elle eût été dissoute. En 1944, il est recherché par la police après son refus de rejoindre Boghari (Ksar-el- Boukhari) où il a été assigné à résidence. Il fait partie du Co-mité central du PPA clandestin.

Il a été l’un des organisateurs des mani-festations du 1er mai 1945, prélude à celles du 8 mai une semaine après. Les manifestations du 1er mai 1945 ont été décidées par la Direction du PPA par mesure de solidarité avec Messali Hadj arrêté le 18 avril 1945 à Ksar Chellala. Voici comment il relate les faits :

«Nous avions réparti les militants en trois groupes :

– Groupe de la Kasbah, rassemblement : Sidi-Abderrahmane ;
– Groupe de Birkhadem, Bir-Mourad-Raïs, Bouzaréah, El Biar, rassemblement : Bab-Edjedid ;
– Groupe de Belouizdad (ex-Belcourt), Ruis-seau, Hussein Dey, El Harrach, Bologhine, rassemblement : Place des Martyrs.

« L’ébranlement des trois cortèges eut lieu à 17 heures précises et leur jonction était prévue à l’entrée de la rue Ben M’hidi (ex-Isly).

« Les deux cortèges, l’un venant de la Place des Martyrs, l’autre de Sidi Abderrahmane, se rencontrent à l’endroit fixé : l’entrée de la rue Ben M’hidi (ex-Isly). Ils tentent de gagner la Grande Poste, but final de la marche. A hauteur du cinéma «Casino», rue Ben M’hidi (ex-Isly), la police est là ; elle tire ; quatre hommes tombent, drapeau déployé : Ghazali El Haffaf, Ahmed Boughlamallah, Abdel-kader Ziar et Abdelkader Kadi. Ce furent les quatre chouhadas du 1er mai 1945 à Alger . Le troisième cortège, parti de Serkadji, est arrivé au bas de la rue Debbih Chérif (ex-Rovigo). Les manifestants ont entendu les coups de feu venus du cinéma « Casi-no ». Ils évitent de passer par cet endroit. Ils le con-tournent, et par la rue Mogador débouchent Place de l’Emir Abdelkader (ex-Bugeaud) ; de là, ils parcou-rent la rue Ben M’hidi jusqu’à la Grande Poste où ils se rassemblent.

La police française avait tiré ce jour-là sur les manifestants, bien que la Direction du PPA eût donné des consignes strictes de défiler pacifi-quement. Les cortèges étaient conduits et encadrés uniquement par des militants du PPA qui brandis-saient des banderoles portant les inscriptions : Indé-pendance ! Libérez les détenus !

Ce fut un événement historique, un défi au colonialisme, sans précédent dans l’histoire de l’Algérie.

En 1946, au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, l’amnistie est proclamée par le gouvernement français et les détenus sont libérés. Messali, déporté au Congo-Brazzaville est autorisé à rentrer en Algérie. Il préside à Bouzaréah en octobre 1946 la réunion du Comité central. Celui-ci décide la participation aux élections au Parlement français. (Annexe 1) Le PPA, dissous en 1939, présente des candidats sous une nouvelle appellation : Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD). Bouda est désigné dans la circonscription du Sud-Constantinois. Par suite de la fraude électo-rale seuls cinq députés sur quinze sont élus. Bouda n’en fait pas partie. Le scrutin se déroule en novem-bre 1946.

Le génocide de mai 1945 avait fait des di-zaines de milliers de morts dans le Constantinois. Le Comité central en tira la leçon : l’action politique, bien que nécessaire, était insuffisante, il fallait la compléter par une organisation armée. Ce fut chose faite au Congrès du Parti PPA-MTLD qui se tint les 15 et 16 février 1947 à Alger. (Annexe 2) Là fut prise la décision historique de créer l’organisation spéciale (OS). Ainsi une nouvelle structure était née. Il y avait l’organsiation-mère le PPA avec sa branche légale : le MTLD, et sa branche armée : l’OS, appelée aussi organisation spéciale, ancêtre de l’ALN. Dans la direction issue du Congrès Bouda détient l’organisation politique et Belouizdad l’organisation spéciale.

En octobre 1947 un véritable raz de marée électoral porta le MTLD à la tête des princi-pales municipalités du pays. Ce fut la majorité du peuple qui avait plébiscité l’idée d’indépendance représentée par le MTLD.

Même victoire attendue aux élections à l’Assemblée Algérienne en avril 1948 ; mais cette fois-ci, la fraude électorale était destinée à barrer la route au MTLD : l’administration coloniale ne retint que neuf (9) élus sur cinquante neuf (59) candidats. Parmi les élus : Bouda.

A la séance inaugurale de l’Assemblée Algérienne, les délégués du premier collège (euro-péen) ont entonné la Marseillaise selon la tradition française en cours dans les assemblées élues ; ceux du MTLD deuxième collège, (musulman) se levèrent à leur tour, mais pour leur répliquer, et ils entonnent : Fidaou El Djazaïr. Inutile de décrire la stupéfaction indignée des élus européens qui entendent pour la première fois l’hymne du PPA composé par Moufdi Zakaria en 1937, bien avant Kassamen, qui, lui, fut composé en 1956.

Depuis, la Marseillaise ne retentira plus jamais dans l’enceinte de l’Assemblée Algérienne, ou, ailleurs, dans une toute autre assemblée officielle.

Lorsqu’en 1953 éclate la crise entre le Comité central et Messali, et après que celui-ci eut réclamé les pleins pouvoirs pour diriger le Parti, Bouda est de ceux qui soutiennent le principe de la Direction collégiale. (Annexe 3) Il s’efforce de contenir la division au sommet afin qu’elle ne des-cende pas jusqu’à la base. Pratiquement membre de la Direction depuis 1944, il est prêt à assumer ses responsabilités devant un Congrès. Voici, à ce props, le langage qu’il tient au chef du Parti au cours d’un entretien avec ce dernier, à Niort (France), où Messali était en résidence surveillée :

« Des responsables de la situation, dit Bou-da, les uns sont morts, d’autres se sont retirés ; il ne reste guère que quatre : Messali, Lahouel, Mézerna et Bouda. Présentons-nous devant le Congrès, et assumons nos responsabilités ; n’accablons pas les nouveaux membres du CC ; certains n’y ont accédé que depuis quelques mois. Les premiers respon-sables, ce sont nous quatre, et vous, en tête. Rejeter sur d’autres la responsabilité de la gestion du Parti, durant plusieurs années, ce n’est ni honnête, ni révo-lutionnaire. Si des jugements devaient être pronon-cées, c’est contre nous quatre d’abord. »

Au cours de la Guerre de libération, il rem-plit plusieurs missions dans les capitales arabes et musulmanes au profit de la Révolution. Après l’indépendance, il assume volontairement la fonction d’enseignant durant une période limitée à cause du déficit en enseignants. Il fréquente assidûment la mosquée, et c’est à la mosquée du Ruisseau que la mort le surprend, le front prosterné dans l’adoration du Tout Puissant le 20 février 1999

رحم الله أخا نا بودا و اسكناه الجنة

II Quelques traits de caractère de Bouda

Si Ahmed Bouda était d’une haute mora-lité. Sa devise se résumait en deux mots : religion et patrie. (Eddine ou el watan). On la retrouve dans les différentes phases de sa vie militante.

Sur le plan des moyens de lutte, entre le réformisme et la voie révolutionnaire, il a choisi la dernière.

Au cours de la campagne électorale de novembre 1946 pour la députation à l’Assemblée législative française, un orateur d’un parti adverse de tendance réformiste lui apporte la contradiction :

« Nous sommes, affirme ce dernier, nous aussi, pour l’indépendance. Mais nous voulons y accéder par étapes. C’est comme l’échelle. Pour arriver au sommet, on ne peut le faire d’un seul bond. Il faut gravir les barres une à une. »

Réplique de Bouda :

« C’est vrai, dit-il, pour arriver au haut de l’échelle, il faut gravir les barres une à une. Mais ce que notre respectable frère (le contradicteur) oublie c’est que l’échelle est fermement tenue en bas par la France qui peut facilement pour faire dégringoler quiconque de l’échelle et à n’importe quel moment. »

Affirmer sa personnalité sans complexe

Les Algériens sont en pleine guerre contre la France depuis 1954. Les prestigieux joueurs de foot-ball algériens qui ont fait la gloire de l’équipe de France ont quitté celle-ci et ont rejoint le FLN. Ils ont constitué une équipe à part pour participer à leur façon à la lutte pour la libération du pays du colonialisme. Ils ont débarqué à Bagdad où ils ont été reçus par Bouda, le représentant du FLN en Irak.

Le match tombe un jour de Ramadhane et il y va du prestige du FLN. Nos sportifs doivent être en forme à cette occasion. Ne faut-il pas rompre le jeûne ? « Non » répond Bouda. Les joueurs ont jeûné ce jour-là, et ils ont remporté la victoire.

Le souci d’économiser les deniers de la Révolu-tion

En 1952, la Direction du PPA-MTLD a envoyé au Caire deux de ses membres, dont Bouda, pour une mission déterminée. Mission accomplie, les deux délégués sont de retour à Alger. Ils font un compte-rendu de leurs activités au Bureau politique. D’entrée de jeu, Bouda fustige son compagnon de voyage pour avoir préféré dans leur déplacement par train en par Egypte, la classe première à la classe économique : « un préjudice causé aux finances du Parti », souligne Si Ahmed.

L’utilisation des biens du Parti à des fins person-nelles

Un membre de la Direction a utilisé le véhicule du Parti (une unique Traction-avant Ci-troën) pour transporter sa femme malade, d’un en-droit à un autre. Colère de Bouda qui soulève la question au Bureau politique. Il ne supporte que les biens du Parti soient utilisés à des fins personnelles ou familiales. L’exemple est contagieux et risque de s’étendre à la base.

Les cadeaux offerts au Parti sont sa propriété

1958. Une délégation du FLN vient de rentrer d’une mission dans les capitales arabes du Moyen Orient. En Arabie Saoudite, elle a été reçue par le Souverain qui a offert à chaque membre : une montre en or et une abaya style local. Pour Bouda, il n’est pas question de garder le cadeau pour soi et il en fait don au FLN. L’exemple est suivi par un autre membre de la délégation. Malheureusement, il s’arrête là ; il ne constitue pas un précédent dans les annales de la Délégation extérieure du FLN.

Logement

Bouda a habité le même logement qu’avant 1954, un appartement de l’immeuble Hé-lène Boucher, face au stade du 20 août 1955. Il con-tinuera à monter et à descendre les huit étages sans chercher à habiter ailleurs malgré son passé de mili-tant.

Son logement a servi plus d’une fois de lieu de réunion au Comité central du PPA-MTLD.

Austérité avant tout

En Libye, il est le représentant du FLN. L’arrivée de Krim Belkacem, personnalité connue de la Révolution, est annoncée et Bouda doit recevoir le personnage d’une manière officielle.

Il porte une vieille paire de chaussures ; l’une est percée. Bouda l’a bouchée à l’aide d’un morceau de carton. « Il ne sied pas à un représentant du FLN de porter des chaussures rapiécées» lui fait remarquer quelqu’un de son entourage. Réponse de Bouda : « Il y a en ce moment en Algérie des per-sonnes qui marchent pieds nus ou avec des chaus-sures déchirées. »

Recherche constante de l’Union

Fin 1955, Bouda est chargé par Abane de se rendre au Caire avec mission de renforcer la Dé-légation extérieure du FLN. Il constate, non sans amertume et inquiétude, la division qui existe entre les dirigeants du FLN, entre ceux d’Alger et ceux du Caire. Un danger pour l’avenir de la Révolution. Ce sentiment est partagé par un autre ancien membre du Comité central du PPA-MTLD. Au moment de se séparer les deux hommes prennent l’engagement, chacun de son côté, de lutter de toutes ses forces pour éviter l’éclatement au sommet du FLN, et res-serrer les rangs des militants.

Palestine

Bouda est un visionnaire. Il perçoit les choses d’une manière intuitive. (Le croyant perçoit les choses avec la Lumière de Dieu.)

Sa préoccupation principale ne se limite pas à l’Algérie en guerre. Il y a la Palestine occupée par les Juifs. Au moment où l’opinion arabe est fo-calisée sur la Guerre d’Algérie, il soutient :

« Le conflit central des Arabes et des Musulmans, ce n’est pas tant l’Algérie, mais la Pa-lestine et Al Aqça. »

Les événements, aujourd’hui, lui donnent raison.

Le multipartisme

Bouda a salué avec ferveur l’avènement du multipartisme dans les années 80.

A certains militants islamistes qui tiraient à boulets rouges sur les hommes du pouvoir, il con-seille la modération et le réalisme.

« Le multipartisme, disait-il, c’est un bienfait (Ni’ma). Il ouvre la voie à la liberté d’expression, à la liberté d’organisation, après les années noires de la pensée unique, et du parti unique.

« Exploitons les possibilités qui nous sont offertes. Diffusons nos idées, recommandons le bien, interdisons le mal, luttons contre l’analphabétisme, la pauvreté. »

Un exemple de droiture

Il se rendait compte de son déficit cultu-rel. Il suivait avec intérêt les colloques sur « La pensée islamique » qui se tenaient fréquemment en Algérie et il n’hésitait pas à prendre la parole dans les assemblées.

Bouda demeure un exemple de droiture pour nous tous et pour nos enfants. Faisons-le con-naître. Pourquoi ne pas penser à « une Fondation Bouda » chargée de collecter les témoignages sur les différentes étapes de sa vie militante où il a su joindre le dévouement et le courage à la modestie et à l’humilité. Cela pourrait constituer un base de données en vue de l’écriture de sa biographie.

Je m’excuse de ne m’être pas étendu da-vantage sur le sujet. Cela mérité des efforts de nous tous qui l’avons connu.

Après l’indépendance, il se porte volon-taire pour un poste d’enseignant, les enseignants manquaient terriblement à la suite du vide laissé par les pieds noirs. Son but était de contribuer à la dif-fusion du Savoir (El-Ilm), à sa mesure, dans les li-mites de ses connaissances, ce Savoir dont il avait été sevré durant toute son existence, engagement totalement pour une Algérie « libre » (disait-il) dans le cadre de l’Islam.

Que Dieu répande sa clémence sur notre frère Ahmed Bouda.


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Commentaire



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Displaying 4 Comments
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  1. HEBBACHE dit :

    el hamdoulillah enfin les verites sortent,en lisant cet article sur AHMED BOUDA les larmes me sont tombe car c’est toute l’histoire que mon pere EL MAHDI DE BELCOURT,me racontait voila deja plus de 50 ans ,quand jeune il faisait comme beaucoup d’autre de BELCOURT s’attelaient a militer contre le colonialisme qui continu a nous accabler
    par l,intermediare de ces agents D A F mais allah
    est là pour faire eclater la verite CONFIANCE

  2. sid ahmed dit :

    un jour quelqu’un ma dit que si ahmed bouda est venu lui baiser sa main dans un garage de mecanique a Belcourt il avait 16 ans il lui dis que notre profete Mohamed Alahhi essalam adorre la main qui travail , aujourd’hui encore il est marqué par ce jeste

  3. malek dit :

    اللهم ارحمه

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