DzActiviste.info Publié le lun 4 Fév 2013

Ait Ahmed – Bouteflika. Conversation n° 6 qui n’est pas un câble de Wikileaks

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ait-ahmed-bouteflika Par Said Radjef

– Bouteflika : C’est au Mali que j’ai débuté ma carrière politique et c’est ici au Mali qu’elle tire tragiquement sa révérence. Le temps à démenti de façon fulgurante toute notre œuvre. La mythologie romantique du hors-la-loi n’a aucun avenir. Je suis un bandit et je vais mourir en tant que tel, alors que toute ma vie j’ai rêvé de funérailles nationales digne de Thomas Jefferson.

– Ait Ahmed : Moi aussi ma carrière a commencé avec les dissidences au sein du mouvement nationaliste, en 1949. Et c’est dans un vacarme assourdissant de dissidences qu’elle prend fin aujourd’hui. Avec Khider, la complicité des services secrets égyptiens et une conjoncture internationale plus que favorable, on a détrôné Messali et organisé le 1er novembre 1954. On a bouleversé l’ordre mondial à cette époque…

– Bouteflika : Quoi qu’il en soit, ta fin n’est pas aussi tragique que la mienne. Depuis toujours, même si tu n’as rien dit sur la manière avec laquelle l’Algérie a eu son indépendance, tu t’es toujours distingué par ton activisme citoyen et démocratique et ta sympathie passionnée pour les opprimés, pour le peuple. Je vais mourir sans que personne ne se souvienne de mon nom, alors qu’au fond je suis un homme juste et un grand patriote. Je voulais être comme Messali et j’ai fini par être un petit dictateur adorateur du pouvoir personnel. Sans la légitimité du peuple, aucune gloire n’est possible. Dis moi Zizi, qu’est ce tu pends, un café ou thé ?

– Ait Ahmed : Un thé si tu veux bien, Sidi H’bibi. Mais arrête de te lamenter tout le temps comme ça. La valeur d’un homme est définie non pas par ce qu’il a fait, mais par ce qu’il refuse de faire. Et toi, en plus de ta volonté de te repentir, tu as refusé la dictature des généraux. C’est toujours ça.

– Bouteflika : Zizi, le temps est contre nous et l’Algérie va très mal. Nous devons faire quelque chose pour sauver l’avenir de nos enfants.

– Ait Ahmed : Pour l’instant, Sidi H’bibi, je suis aussi désarmé que toi. On n’a pas de militants et il n’y a pas de relève. C’est la faillite totale.

– Bouteflika : Ce n’est pas ma faute…Quand je vois ces caporaux incultes qui se prennent pour des Tchouikov, Romel, Joukov, Paulus, Patton…alors qu’ils ne savent pas écrire correctement leurs noms, je deviens un zombie.

– Ait Ahmed : Pourquoi tu ne passes pas alors la main à Selllal ou à Belkhadem ?

– Bouteflika : Mais on dirait que le temps t’a ramolli, Zizi. Sellal, un ivrogne et Belkhadem qui est en passe de surclasser DSK…Tu sais, ce Belkhadem est un drôle de oiseau. Il n’arrête pas de se remarier et de se plaindre des services de sécurité chargés d’assurer la protection de ses femmes. On devrait l’appeler plutôt Belkhadem la libido débordée !

– Ait Ahmed : Dans ce cas que proposes-tu ?

– Bouteflika : Je pense à Addi Lahouari, Med Samraoui, Salima Mellah…en somme à tous les gens intellectuels, compétents et honnêtes que nos caporaux ont chassés du pays.

– Ait Ahmed : Ne dis pas un mot de plus. Si jamais nos caporaux suspectent une telle idée chez toi, ça va être le bordel en Algérie. Ne dévoiles pas tes plans…Mais j’ai toujours dit que tu étais un vrai diable, Sidi H’bibi.

– Bouteflika : Est-ce qu’il n’est pas trop tard pour rééditer le Congrès de la Soummam et rapatrier la souveraineté nationale ?

– Ait Ahmed : Il n’est jamais trop tard pour bien faire ! Mais fais le discrètement avec intelligence. Que les caporaux ne suspectent pas en toi la volonté d’une rédemption ou d’une repentance.

Imaginé par Said Radjef


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