DzActiviste.info Publié le mer 10 Juil 2013

Al Halqa (1) Les Conférences de Si Ramdane Fi Ramadhan ‘’Algérie, Mémoire Sans Ecriture ‘’

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Par : Abdelkader BEN BRIK                                                                             

halqaSi Ramdane réuni ses voisins du quartier chaque jour à partir de 18 heures pour leur conter, des ‘’nouvelles de l’Algérie, de la mémoire, de ce que le peuple algérien a enduré durant des décennies, depuis 1830 à ce jour.

« Jusqu’à 1832, l’Algérie était une province d’un empire ottoman en décomposition. Le dey d’Alger se méfiait des arabes, son armée, les fameux janissaires et sa police étaient essentiellement composés d’éléments originaires des Balkans. L’administration beylicale ne leur verse plus leur solde, pour satisfaire leurs besoins alimentaires et charnels, ces soudards se livraient à des razzias chez les fellahs algériens proches de leurs bases.

Aussi, quand les algériens verront-ils se poindre à l’horizon quelques 650 bateaux déversés sur la côte algérienne une multitude de soldats, d’innombrables chevaux, chariots…

Tandis que, dès pieds à terre, les nouveaux concurrents français : tuent, décapitent, fichent les têtes de leurs victimes au bout des piques avec les quelles ils terrorisent les survivants avant de les tuer à leur tour, piller les animaux domestiques et les contenus des gourbis, incendient les habitations des déchra et récoltes, coupent les arbres pour se procurer les fameuses piques morbides..

Terrorisées, les populations qui ont réchappées ramassent à l’hâte ce qu’il leur restait de plus précieux, leurs enfants, quelques têtes de bétail et maigres provisions…avant de fuir vers l’ouest. Livrées à la famine, aux maladies, aux blessures, à l’épuisement, ces populations étaient obligées de marquer régulièrement le pas pour reprendre leur haleine, panser leurs plaies, cueillir, selon les saisons : herbes comestibles, fruits sauvages, glands et kharoub…indispensables à leur survie. Tu dois connaitre la suite ya Kaddour ? » Et Kaddour l’étudiant universitaires qui réagit : « Ma âla balich Cheikh, hadi ma Qrinahach »

Et bien dira le professeur : « leur défense se limite à des manœuvres de diversions empruntées aux animaux. A chaque halte, les hommes valides font le guet, quand ils voient s’approcher leur impitoyable ennemi, font du vacarme pour attirer son attention dans l’espoir de l’attirer dans leur sillage, toujours vers le côté opposé au refuge de leur tribus. Il s’agit là d’une ruse connue chez certains animaux. Mais ces stratèges ne connaissent pas la portée des fusils de leur ennemi. A chacune de ces manœuvres ils y laissent de nombreux morts et blessés. Les soldats français sont de bons pisteurs, ils ont vite fait pour décoder leur ruse. Bien qu’ayant entendu le vacarme produit par leurs guetteurs, les tires ennemies, les femmes, les enfants et les vieillards, trop épuisés, ils n’ont pas assez de forces pour courir devant une armée bien équipée, copieusement nourrie, en pleine force de l’âge. Les fuyards rattrapés sont exterminés.

Cette impitoyable poursuite va se prolonger pendant quelques 17 années, jusque à 1849. Ils auront quelques temps de répit dans les montagnes du Dahra où ils se croyaient à l’abri des poursuites de l’ennemi et où ils trouvent une nature vierge, généreuse en fruits, des grottes pour s’y abriter du vent et du froid. Tandis que le sol est recouvert de neige, les misérables occupants des grottes ignoraient que leurs traces laissées sur un sol enneigé pouvaient attirer leur ennemi vers eux. T’a compris ya Kaddour ? » « Oualou Cheikh ! Ma Qaraounach tarikh el Bled kama yanbaghi ! »  Et le professeur qui continu son récit. « En 1849, en pleine milieu de la nuit, les misérables occupants des grottes sont tirés de leur sommeil par le bruit de plusieurs bûcherons qui s’activent dans le voisinage de la grotte. Les indigènes se précipitent pour sortir de leur refuge. Tandis qu’une haie de soldatesque armés jusqu’aux dents, les têtes coiffées de casques, les pieds chaussés jusqu’aux genoux, leur barrent l’unique issue de la cavité. Instruits des méthodes des nouveaux maîtres de l’Algérie, désormais, les occupants de la grotte savent que leur vie se compte en minutes. En effet, le sinistre général Cavaignac avait donné l’ordre à ses officiers, notamment au colonel Pélissier : « D’enfumer les occupants dans leur grotte comme des gredins. » 

Un vieillard squelettique, le dos arqué, une main levée en l’air et l’autre appuyée sur une houlette, sort de la grotte en titubant, pour parlementer avec les assaillants. Il voulait leur indiquer que la grotte ne contenait que des femmes et enfants. Les occupants du refuge portent tout leur mince espoir sur les fragiles espoirs sur épaules d’un vieillard quasi mourant. Tandis qu’ils le suivent du regard, sous leurs yeux, le parlementaire est abattu sans sommation, décapité, sa tête fichue au bout d’une pique qui sera agiter à l’entrée de la grotte pour terroriser et contraindre ses occupants à aller se réfugier vers le fond. Tandis que les enfants hurlent de toute la force de leurs innocences, les adultes psalmodient des versets du Coran, les soldats coloniaux dressent un bûcher devant la seule issue de la grotte.

Le colonel Pélissier ordonne de mettre le feu au Bûche. A l’intérieur de la grotte, les pleurs d’enfants et les récits des versets coraniques sont d’abord saccadés par la fumée, ils diminuent progressivement jusqu’à l’extinction complète. Une fois le silence s’était imposé à l’intérieur de l’excavation, le bûcher éteint et la caverne refroidie, les soldats pénètrent à l’intérieur pour extraire les dépouilles, en majorité des femmes et des enfants. Les 750 corps inertes seront d’abord alignés dans une clairière située à la sortie de l’antre.

« Séparer les corps de leurs idées noires » ordonne encore le général Cavaignac à ces subordonnés, notamment au colonel Pélissier. Les corps seront décapités avant d’être abandonnés aux chacals et à autres charognards qui ressemblent à leurs bourreaux.

Il y avait des témoins audio et oculaires à l’extérieur de la grotte enfumée qui écoutaient observaient le crime colonial contre l’humanité.

Pourquoi la décapitation des dépouilles? Vue par le général Cavaignac, les têtes des victimes algériennes seraient le seul réceptacle des idées noires, des péchés. Une fois les victimes tuées dans les conditions qu’on vient de voir, leur décapitation tendrait à leur assurer une hypothétique place au paradis. Pour les indigènes, les assassins ont décapité leurs victimes pour ne pas être reconnus le jour du jugement dernier. N’y a-t-il pas là la preuve d’un choc entre deux cultures? S’écria le professeur Si Ramdane en ajoutant, Pendants les rudes hivers algériens, assieds sur des nattes autour d’un foyer, alors que les mères servent : glands et causses de kharoub… pour tromper la faim de leurs enfants qui crient famine, les pères narrent les cruels méfaits d’un colonialisme « civilisateur. »

En 1832, selon plusieurs sources concordantes, le taux d’alphabétisation en arabe des indigènes était de 35%. Les sources précisent qu’il était plus élevé que celui des envahisseurs. Suite à 132 ans de colonisation de l’Algérie par la France, en 1962, plus de 90% des algériens étaient analphabètes et illettrés bilingues.

Cette histoire m’a été narrée oralement, d’analphabètes à analphabètes, expliqua le professeur Si Ramdane.  C’est la raison pour laquelle j’ai nommé ma note : Mémoire sans écritures. En revanches, j’ai consulté plusieurs ouvrages historiques pour la recouper autant qu’il est encore possible et pour situer, à quelques années et encablures près, ces événements dans leurs : contextes, espaces temps.

Ma note tend à inviter les descendants des bourreaux et ceux des victimes, à méditer ensemble aux fins de rétablir la vérité historique et de rendre une justice posthume aux victimes du colonialisme.et demander pardon aux Algériens.. Fhemt ya Kaddour ? » Et c’est l’ancien militant qui réagit : « Allah yaâtiq assaha ya cheikh » Si Ramdane jeta un coup d’œil sur sa montre : «  Aya A demain,

Saha Ftourkom.                                                                                    


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