DzActiviste.info Publié le ven 19 Juil 2013

Al Halqa (10) Les Conférences De Si Ramdane Fi Ramadhan – L’Epoque des Pénuries

Partager

Par : Abdelkader BEN BRIK

Halka_26102011114341Le professeur Ramdane, a décidé aujourd’hui, de nous faire un récit de l’époque des pénuries. Une époque où les jeunes d’aujourd’hui, n’arrivaient plus à comprendre ce que la première génération a subit et avec quelle patience et nerfs vraiment en acier ! Le professeur Si Ramdane commença son récit :   « Lorsque l’actualité à cette époque ne nous inspiraient pas, et que nos dossiers n’étaient pas mûrs, il nous restait toujours, un sujet à discuter : La pénurie des produits (et un souffre-douleur, la télévision il n’y avait que la RTA). Mais ce n’est pas d’elle qu’il s’agit aujourd’hui. A cette époque les queues se déplaçaient d’un produit à l’autre, selon les arrivages et les jours de la semaine, et l’on finit par penser que les  citoyens s’y sont tellement habitués qu’ils y ont pris goût de courir toute la journée pour pouvoir dénicher un morceau de Margarine, 500 g de tomate concentrée, ou un kilo de café mélangé aux poichiche » A entendre le café mélangé par le poichiche, l’étudiant Kaddour s’étonna : «  Kahwa bel Homes ? Hadi ma kanch menha ! Cheikh ! » « Eh  oui, pourtant c’est la vérité, on nous ont  faits boire Kahwa bel Homes, et Loubia yabssa hamra  réservée aux bétails. L’abondance, si par extraordinaire elle finissait par l’emporter sur l’incroyable friangle qui, frustrerait les consommateurs d’une singulière sensation de jouissance : celle d’être des héros lorsqu’ils ressortent des galléries, prisunic et souk el fellah avec, plein les bras, le produit rare obtenu de haute lutte.. Puis le front s’étant stabilisé au centre, autour de l’alimentation, les ailes avaient effectués un mouvement tournant vers un nouvel objectif, celui de la chaussure de sport. On nous a dit qu’elle est de qualité.

Toujours ça d’enlever à Félix Potin. Si on y ajoutait des jeans de marque, des parfums, de la lingerie fine et autres bricoles, l’Algérien au milieu des années quatre-vingt, a pu enfin songer à autre chose qu’a faire des emplettes. Et puisqu’il était autorisé à rapatrier des devises, autant pousser jusqu’au bout de la logique, et lui permettre aussi de les dépenser ici en Algérie pour les mêmes produits qu’il recherche ailleurs. On s’est posé la question à cette époque. A quoi sert que j’aie dans une banque nationale un compte en devises, dès lors que je peux à tout moment les reprendre pour aller les flamber à l’extérieur ? On a parlé bien sûr de l’intérêt de l’Etat d’une telle opération. Mais peut être que ces réflexions sont trop simplistes. En tout cas, ces chaussures « Adidas » qui font toujours courir nos compatriotes et notre équipe nationale ne manqueront pas d’être d’un grand secours aux automobilistes de cette époque, qui eux, galopent tous les jours que Dieu fait, derrière d’introuvables éléments de rechange : pneus, loockeed, batterie, plaquettes de frein, etc. Et si ce jogging d’un genre particulier ne nous inspirait pas, qu’on sache que nous pouvons tout obtenir au marché noir, pour dix fois le prix normal. Les députés du parti unique de cette époque, rien ne les a empêchés de marcher en souliers vernis et faire l’aller retour entre Alger et Paris.

En fait de pénuries, s’il y en a d’explicables, lorsqu’elles portent sur des produits dont on pouvait bien  s’en passer quelque temps malgré qu’on en ait besoin, ceux en particulier qui n’intéressent pas tout le monde ( cela peut aller de l’huile de tournesol à la revue femme d’aujourd’hui , en passant par les moteurs hors-bord (7000 da) et les congélateurs horizontaux), il  fut ce temps et cette époque, où nous commençons notre journée comme un célèbre personnage de Joyce, par une longue et soigneuse application de savon de Marseille, qu’il faut faire abondamment mousser, avant de se hasarder à utiliser pour la énième fois, la dernière vielle lame qui nous reste. Il y en avait partout, à profusion. Il n’y en avait plus. On ne savait pas pourquoi. Aux amis  qui se rendaient à l’étranger, nous ne demandons plus de cigarette, mais des lames, beaucoup de lames ! Avec l’arrière-pensée que si elles réapparaissaient, nous savions ce qu’il nous restait à faire.

Notre personnage à nous, à cette époque s’il fallait le romancer, dévalerait donc les escaliers  plus au moins déglingués de son immeuble, les joues en feu malgré la dose forte de ‘Ploum Ploum’. Il jetterait un coup d’œil  sur sa voiture, Fiat Russe ou Dacia Roumaine   inutilisable faute de batterie, question de vérifier si les pneus y sont encore et filerait vers l’arrêt du bus, il s’arrêterait à tout hasard dans les kiosques, sait-on jamais, des lames. Rien. Un tour aux galeries, par précaution et parce qu’il a pris l’habitude. Depuis des années, d’y guetter un arrivage frais de poivre noir. Encore rien. Il contournerait les zones de travaux, en se demandant encore une fois si tous ces tunnels sont vraiment nécessaires et arriverait couvert de poussière, pour constater une énorme chaîne de gens, tenant dans leurs  mains des dossiers, (une demande manuscrite, une copie du CNI et un reçu de Sonelgaz). On lui apprend l’enregistrement d’une éventuelle demande d’une cuisinière ou  un réfrigérateur. Et c’est donc, plein d’entrain que notre personnage, arrivé au bureau, attaquerait sa journée de travail » Kaddour l’étudiant, n’arrive plus à croire ce récit : « Cheikh ! Comment avez-vous supportés ces conditions ! Wach bik, hadi ma hich hayat  Insane ! » Le vieux postier retraité répliqua : « Même fi âm el boune, on n’a pas bu le café mélangé au poichiche  ya Kaddour, tu vois ce qu’on a enduré aussi en période d’indépendance ? »
Le professeur Si Ramdane, informa ses voisins que c’est presque l’heure du Adhane : «  Aya à demain,
Saha Ftourkom ».


Nombre de lectures: 636 Views
Embed This

Commentaire



Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

XHTML: You can use these html tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>