DzActiviste.info Publié le ven 12 Juil 2013

Algérie 2013 : vocation politique et information

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Pour le cinquante et unième anniversaire de son indépendance, l’Algérie est toujours sans nouvelles de son président actuel, Abdelaziz Bouteflika, hospitalisé à Paris depuis plusieurs mois. 

Si le silence à propos de l’état de santé du président intrigue et alimente pas mal de rumeurs politiques, spéculations, sur le devenir et aussi bien le présent des choix et institutions politiques, il convient de rappeler que l’Algérie a connu deux types de reconnaissance de son indépendance durant le mois de Juillet 1962, qui précéda la création d’une assemblée algérienne le 25 septembre de la même année.

En effet, et, très opportunément, la première reconnaissance de l’indépendance algérienne eut lieu le 3 Juillet 1962 et correspond à la reconnaissance internationalement acceptée par l’ensemble des nations qui garantissait ce droit internationalement reconnu aussi bien par la France et reçue par le président de l’Exécutif  Provisoire qui, en ce jour, en était le garant.

La passation des pouvoirs entre cet Exécutif Provisoire et le président de la première et nouvelle assemblée algérienne eut lieu, comme on l’a déjà mentionné, le 25 septembre 62 après un été qui fut si inutilement meurtrier pour tout le monde, aussi bien algériennes et algériens d’alors, europénnes et européens, comme fut meurtrière chaque journée qui suivirent le cessez-le feu du 19 Mars 1962.

C’est cette nouvelle assemblée algérienne qui décida et instaura une nouvelle date à la reconnaissance de l’indépendance à l’Algérie, celle du 5 juillet 1962 dont on peut dire qu’elle est une reconnaissance nationale de l’indépendance et qu’elle est bien la reconnaissance d’une indépendance nationalisée, restreinte à l’emprise d’un parti politique et d’une armée qui, à l’époque, avait comme visée principale, la conquête de tous les pouvoirs en Algérie : pouvoir politique, économique, territorial, linguistique, auxquels on ajouterait aussi bien, imaginaire, littéraire, historique ; les pouvoirs culturels, universitaires, scolaires, d’éducation étant laissés au projet d’une islamisation et arabisation soutenues par un mouvement cultuel et politique qui se considérera de lui-même, en dépit d’autres formations politiques, linguistiques,  cultuelles et culturelles, laïques, dépositaire de la légitimité symbolique, institutionnelle du pouvoir politique en Algérie, sous l’appellation quelque peu imaginative de front islamique du salut.

C’est ainsi que depuis l’indépendance de l’Algérie durant l’année 1962, et ces deux dates de reconnaissance, se pose la question, non pas  seulement de la légitimité symbolique du pouvoir politique en Algérie, mais plus intimement de la confusion entre légitimité politique et appropriation rêvée, anachronique, du pouvoir, la date retenue du 5 Juillet 1962 n’a pour valeur que de faire retour à la date du 5 juillet 1830 début de la colonisation française en Algérie et a ainsi pour effet de mettre entre parenthèses celle-ci comme si celle-ci n’avait pas existé, que l’Algérie pouvait revenir d’un coup de vote magico-national à un temps qui n’aurait pas été celui d’une colonisation.

Vérité historique oblige, de même pour la vérité matérielle. Vérités qui concernent aussi bien la colonisation dans ses dénis adressés à la société algérienne de l’époque.

Vaste déni qui empêche l’Algérie de se saisir elle-même dans des transformations profondes qui l’inscriraient du même coup dans le temps autre que celui des peurs et hantises coloniales, prétextes à des aliénations, oppressions actualisées.

Ce déni touche à la possibilité démocratique : temps ouvert à l’autre, sans peur de cette ouverture, sans déni de ces autres déjà inscrites, inscrits dans les revendications de citoyennetés plurielles, coexistantes et garantes de droits politiques nouveaux, émancipateurs des sociétés et des guerres civiles toujours menaçantes, barbares,  inopportunément à venir.

Le sans-nouvelle du président actuel de l’Algérie indiquerait-il le moment d’une réflexion de la classe politique algérienne sur ces propres conditions de légitimation et enfermement dans un nationalisme étroit, désuet, néfaste à son propre développement, à celui d’une société, d’un peuple en attente de droits nouveaux et de reconnaissance.

 

                                 Nabile Farès, écrivain, psychanalyste.  

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