DzActiviste.info Publié le mar 25 Mar 2014

Algérie 2014 : à propos d’un contexte de crise (1re partie)

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Par Nadji Safir, sociologue
Le Soir d’Algérie 25 03 2014

gsboutefEn Algérie, au plan interne, pour au moins deux raisons, l’année 2014 revêt une importance toute particulière. D’abord, puisqu’elle verra la célébration du soixantième anniversaire du déclenchement de la guerre de Libération nationale — donc, de la naissance du Front de libération nationale (FLN) lui-même — et qui, d’une manière ou d’une autre, marquera la fin d’une longue période historique de 60 ans, inaugurée par la rupture majeure que fut le 1er Novembre 1954. Ensuite, bien évidemment, car elle sera marquée par l’importante échéance politique que constitue l’élection présidentielle du 17 avril prochain et qui, pour l’heure, surtout de par son contexte très particulier, légitimement bien sûr, concentre toutes les attentions.

Alors que ces deux évènements, pour spécifiques et autonomes qu’ils puissent être, entretiennent, en fait, bien plus de relations qu’il peut, a priori, en paraître. D’autant plus qu’en dernière analyse, tous deux ne prennent leurs réelles significations que si l’on tient compte des profondes logiques sociales et historiques communes qui les sous-tendent.

En même temps, au plan international, la nouvelle phase de changement politique que connaît le monde arabe, inaugurée au début de l’année 2011 en Tunisie voisine, entre désormais dans sa quatrième année. D’une manière ou d’une autre, quelles qu’en soient les évolutions parfois chaotiques, elle n’en continue pas moins d’être à l’origine de nouvelles dynamiques sociales et culturelles largement dominées par d’importants défis, notamment économiques et politiques, dont la nature de la relève déterminera l’avenir de toute la région. Dans ce cadre, pour ce qui concerne l’espace maghrébin même, l’Union du Maghreb arabe, 25 ans après sa création, demeure un cadre vide de tout contenu réel dont les blocages persistants compromettent sérieusement les perspectives de développement de chacun des pays qui y appartiennent. Par ailleurs, les récentes évolutions caractérisant l’ensemble de l’espace sahélo-saharien – dont une partie significative, saharienne, se trouve sur le territoire national — indiquent clairement qu’il est entré dans une nouvelle phase historique de crise, de toute évidence durable, car dominée par des contraintes de plus en plus strictes. Affectant notamment sa stabilité et sa sécurité que menacent directement, outre diverses formes de terrorisme islamiste et de crime organisé, les graves conséquences prévisibles à la fois d’une très forte croissance démographique interne et des crises écologique et climatique mondiales qui, toutes, menacent directement des sociétés depuis longtemps déjà soumises à de fortes tensions.

C’est donc dans ces différents contextes que doivent être resitués et analysés les évènements qui affectent le pays. A commencer par la prochaine élection présidentielle du 17 avril, désormais dominée par la décision de l’actuel président de la République de présenter sa candidature à un quatrième mandat présidentiel de cinq ans et sa validation par le Conseil constitutionnel. Formellement rendue possible depuis le coup de force institutionnel de 2008 – acte de violence symbolique dans son essence même — qui, après la suppression totalement infondée de la limitation à deux du nombre de mandats que peut exercer un président de la République, ouvrait directement la voie à un renforcement automatique de l’autoritarisme, en général, et du pouvoir personnel, en particulier ; et au-delà, de fait, à une présidence à vie, en son essence même inscrite dans une logique antidémocratique, d’inspiration monarchique.

Cette candidature a été, de fait, l’occasion d’une utilisation délibérée et systématique d’un abus de position politique dominante aux formes multiples, parfaitement illustré, entre autres, par une longue campagne pré-électorale menée depuis plusieurs mois en faveur de l’actuel président de la République. Entreprise au cours des différentes visites à l’intérieur du pays de tous les membres du gouvernement — à commencer par celles du Premier ministre lui-même, depuis peu ouvertement devenu directeur de campagne officiel –, elle a été marquée par un nouveau style de communication, tout à fait révélateur d’un tournant dans la vie politique du pays. En effet, au cours des visites évoquées étaient partout suspendus d’immenses portraits de l’actuel président de la République, dans une démarche révélatrice de formes d’idolâtrie ou d’adoration sectaires, inédites dans l’histoire du pays depuis 1962. En outre, toutes ces visites étaient fidèlement et quotidiennement couvertes par tous les moyens audio-visuels publics, notamment la télévision, dans une stratégie mûrement réfléchie et préparée de longue date de pure propagande électorale.

Or, la candidature de l’actuel président de la République, au départ fortement entachée par la suppression de la limitation à deux du nombre des mandats présidentiels, lors du coup de force institutionnel de 2008, et qui avait donc déjà permis un troisième mandat contestable est manifestement éminemment critiquable en raison de son état de santé. Alors même que toutes les tâches induites par les nombreuses et lourdes missions impliquées par la fonction présidentielle – à cet égard, les articles 70 à 79 de la Constitution sont suffisamment éloquents — demandent nécessairement un engagement physique et intellectuel extrêmement exigeant, ainsi qu’une disponibilité et une réactivité de tous les instants.

A cet égard, il est d’ailleurs extrêmement significatif que, dans un discours public prononcé à Sétif le 8 mai 2012, en recourant à une expression populaire dont le sens ne peut absolument souffrir d’aucune équivoque, l’actuel président de la République avait déclaré que sa génération était dépassée.
Sur la base de cet engagement aussi public que clair et, de toute évidence, lucide, il était tout à fait raisonnable de penser, d’une part, qu’il ne pensait pas présenter sa candidature à un quatrième mandat. Et, d’autre part, que le pays pouvait envisager, à l’occasion de l’échéance présidentielle de 2014, un changement de génération d’une forte portée symbolique – d’autant que longtemps différé — puisque tout de même relatif à la plus haute charge du pays. Même si le seul changement de président de la République ne résout pas, en lui-même, d’autres problèmes, bien plus importants, car à caractère systémique, puisque liés aux modes de fonctionnement — formel, mais surtout réel — du système politique.

Bien au contraire et malgré une grave dégradation de son état de santé, intervenue en avril 2013, contre toute attente donc, l’actuel président de la République fait acte de candidature pour un quatrième mandat. Et cette décision suscite de nombreuses interrogations, notamment des réactions négatives dans les milieux les plus divers en raison de son incapacité manifeste à assumer de telles fonctions. En effet, les activités réelles directement liées à l’exercice de sa fonction, dont le bilan était déjà plutôt faible bien avant avril 2013, n’ont encore fait, depuis, que diminuer en nombre et en qualité pour finalement se situer à un niveau absolument en-dessous de tout seuil minimal raisonnable. Puisque, à quelques rares exceptions près, pour l’essentiel, elles prennent de plus en plus la forme de textes de diverses natures, manifestement rédigés soit par des collaborateurs directs soit par les services spécialisés des institutions nationales en charge de tel ou tel dossier et qui, selon le cas, vont tout simplement être adressés, sous forme de messages, à des destinataires nationaux ou étrangers.

Ou bien être lus au nom du président de la République par l’un de ses représentants attitrés en des occasions – nationales ou internationales — qui auraient normalement dû requérir sa présence effective afin de solennellement prononcer les discours concernés. Ce qui n’empêche pas les organes officiels de presse, notamment la chaîne officielle de télévision — dans une démarche méprisante et insultante envers l’opinion publique, de continuer de présenter de tels messages, même lorsqu’ils sont purement formels, comme une «activité notable» du président de la République.

D’ailleurs, malgré toutes les précautions habituellement prises, les brèves images récemment diffusées par cette même chaîne, après la cérémonie formelle de dépôt par le président de la République de son dossier de candidature auprès du président du Conseil constitutionnel, plus que jamais, conduisent définitivement à penser que le président de la République n’est plus du tout en mesure d’exercer effectivement ses fonctions, telles que directement impliquées par les dispositions mêmes de la Constitution qui, comme déjà mentionné, lui font jouer un rôle absolument central dans notre système institutionnel. En outre, il convient de ne pas oublier l’importance de son rôle dans le monde vis-à-vis duquel, non seulement, il représente l’image du pays, mais dans lequel, surtout, il doit fonctionner comme un acteur direct du système des relations internationales, et ce, dans un nouveau contexte mondial où les relations personnelles entre chefs d’Etat prennent une importance croissante. Ensemble de missions à caractère stratégique – le plus souvent au sens fort du terme — pour lesquelles en aucun cas et d’aucune manière il ne peut être remplacé.

Cela dit, pour importante que soit à tous égards la charge de président de la République, elle ne constitue, en dernière analyse, qu’un «simple» poste de travail qui peut et doit être analysé en tant que tel, comme n’importe quel autre. Aussi «banal» puisse-t-il paraître : ouvrier dans une usine, instituteur dans une école, employé dans un bureau de poste, agent dans un des corps en charge de la sécurité publique, technicien ou chercheur dans un laboratoire ou bien encore infirmier, médecin ou chirurgien dans un établissement – public ou privé – de santé. Le principe de base, bien évidemment, étant toujours que chaque personne, dans l’exercice de ses fonctions, une fois sélectionnée sur la base de compétences clairement définies impliquant des savoirs et savoir-faire bien indiqués, est chargée de réaliser des missions, impliquant des activités et visant l’atteinte d’objectifs précis faisant l’objet d’une évaluation aussi objective que possible. En tout état de cause, en aucun cas, chaque personne concernée ne saurait disposer d’une indépendance et d’une liberté totales qui lui permettraient de définir par elle-même – selon son bon vouloir — les conditions, à la fois, d’exercice de ses fonctions et d’évaluation de ses propres performances. De ce point de vue, le président de la République, tout comme n’importe laquelle des personnes occupant un autre poste de travail, doit nécessairement, lui aussi, obéir aux mêmes règles de base que tout un chacun et, tout simplement donc, s’acquitter de toutes les tâches pour lesquelles il a été élu et à propos desquelles il doit rendre des comptes.
Plus même, de par ses éminentes fonctions, en tant qu’il occupe la charge publique suprême, il doit d’abord et avant tout donner l’exemple, en assumant pleinement et effectivement ses missions. En effet, beaucoup plus qu’un simple individu, il fonctionne fondamentalement – en lui-même, intuitu personnæ – comme une institution essentielle, dotée d’une fonction décisive, non seulement dans le système institutionnel, au sens strict, mais également par rapport à l’ensemble de la société qui, d’une manière ou d’une autre, dans les faits, le considère toujours comme une véritable norme sociale vivante. C’est dire que, si l’activité du président de la République sur une journée – voire sur plusieurs, souvent — se résume à l’envoi de messages à tel ou tel chef d’Etat, il n’est réellement plus possible de parler sérieusement de productivité du travail dans le pays – et encore moins de compétitivité internationale – quel que soit le secteur d’activité considéré.

Car toute société n’existe que si, entre l’ensemble de ses membres, s’instaure un niveau de consensus suffisamment fort en termes de normes et de valeurs pleinement partagées, absolument indispensables pour créer les conditions minimales de création et de consolidation du lien social, par une communication efficiente et basée sur des codes communs.

C’est fondamentalement de ce point de vue que, «dans son mode de fonctionnement», le président de la République — tout comme les autres institutions dont se dote la société — constitue une source importante de formation des diverses pratiques normatives indispensables à toute vie en société. D’autant qu’en contribuant, par le rôle qu’il joue, à susciter l’adhésion effective de tous les membres de la société à un projet commun librement consenti, il contribue également directement à limiter les diverses formes possibles de recours à la violence. Laquelle, sous ses différentes manifestations identifiables, symboliques ou physiques, doit toujours demeurer un phénomène tout à fait exceptionnel aussi limité que possible dans ses formes d’expression, son champ d’extension et sa durée d’intervention ; c’est là un enjeu de société absolument vital. De ce point de vue, si la charge de président de la République devient un domaine réservé, soumis aux seules pratiques de régulation telles qu’arbitrairement et secrètement définies par une seule personne ou un groupe limité de personnes, tant pour ce qui en concerne les conditions de fonctionnement interne que les rapports avec les autres institutions et la société – ainsi que le monde extérieur —, elle se transforme nécessairement, de par les messages ainsi émis, en une importante source de dysfonctionnements de toute nature chez ceux qui les reçoivent.

En fait de logiques nécessairement de violence vis-à-vis des autres institutions formant le système politique, de toutes les autres institutions quelle qu’en soit la nature et, de manière plus générale, de l’ensemble de la société. Et c’est bien sous cet angle que doivent être analysées les évolutions en cours dans le pays et tout particulièrement la candidature de l’actuel président de la République à un quatrième mandat présidentiel qui, de par la forte charge de violence symbolique dont, à plusieurs titres, elle est porteuse, apparaît comme un facteur porteur d’importants dysfonctionnements et clivages au sein de la société.

Au préalable, il convient de relever que cette candidature, par son caractère exceptionnel, pose de très nombreuses questions, d’abord, sur la nature du fonctionnement réel des institutions les plus importantes du pays dont le grave degré de délitement ne peut qu’inquiéter. En effet, la «simple» application de l’article 88 de la Constitution en vigueur – relatif à la procédure d’empêchement en cas de «maladie grave et durable» — aurait normalement dû permettre de résoudre de manière pacifique, sereine, responsable et rapide le problème – somme toute, aussi humain que banal — posé par le mauvais état de santé du président de la République. Ensuite, sur le réel niveau de rigueur éthique et de conscience nationale d’une grande partie des membres de l’élite politique et de la société civile dont les retentissantes déclarations et prises de position en faveur d’une candidature plaçant les seules volontés d’un homme au-dessus des intérêts de tout un pays relèvent purement et simplement des plus sombres registres totalitaires du XXe siècle que l’Histoire, depuis longtemps, a déjà sévèrement condamnés. A commencer, bien sûr, par tous ceux qui, pendant trop longtemps, ont caractérisé le monde arabe contemporain et dont les bilans réels, en termes d’impasses dans lesquelles ont été dramatiquement enferrés tous les pays concernés, sont désormais suffisamment connus pour ne pas être proposés comme exemples à suivre.

Sans oublier, évidemment, ni l’expérience même de notre propre mouvement national qui reste marquée, avant même le déclenchement de la guerre de Libération nationale en 1954, par la dérive autocratique de Messali Hadj ; pourtant pendant longtemps au parcours militant exemplaire.

En voulant abusivement imposer sa seule autorité aux structures de son parti et en entretenant le culte de sa personnalité en tant que «zaïm», il entra dans une nouvelle étape de son parcours politique, caractérisée par un ensemble de conséquences négatives se répercutant d’abord sur son itinéraire personnel et affectant également le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD). Ni celle des premières années ayant suivi l’Indépendance dominées par l’exercice du pouvoir par le président Ben Bella qui, finalement, sera destitué en juin 1965 par un coup d’Etat militaire – dont l’un des principaux acteurs aura précisément été l’actuel président de la République lui-même, alors ministre des Affaires étrangères –, et ce, au motif qu’il exerçait un pouvoir personnel et autoritaire marginalisant les institutions nationales ; d’ailleurs, la proclamation du Conseil de la Révolution dénonçait son «narcissisme politique». Ni, plus près de nous, la longue période d’exercice d’un pouvoir absolu par le président Boumediène et qui, finalement, ne sera subitement interrompue que par son seul décès en 1978. Bien évidemment, eu égard à de tels cadres de référence, pourtant incontournables, car directement structurants des mémoires et imaginaires politiques, tant individuels que collectifs, la problématique politique nationale dominante actuelle apparaît comme présentant une étonnante singularité ; voire comme étant carrément aberrante. Tout se passant comme si elle était totalement inscrite à contre-courant de l’Histoire dans ses différentes dimensions — universelle, régionale et nationale – et tant de ses évolutions mêmes, y compris les plus récentes, que des divers enseignements que, fort sagement, l’on pourrait – ou devrait — en tirer. En effet, sous tous les cieux, il n’y a pas d’expérience de pouvoir personnel qui se déroule bien et encore moins, surtout, qui se termine bien.

Elles ont toutes conduit à de tragiques impasses, non seulement les pays concernés, mais également les prétendus «grands guides» eux-mêmes — qu’ils aient ou non personnellement survécu à leur phase d’exercice du pouvoir politique — ainsi que leurs familles et leurs proches. Une fois ce type d’expérience achevé, arrive toujours inexorablement l’heure des comptes et des règlements de comptes, suivie des processus d’élimination des séquelles de l’ancien pouvoir personnel contesté et absolument aucun pouvoir personnel n’a échappé à cette incontournable étape. C’est donc dire toute la vanité de la tentative en cours visant à prolonger, contre tout bon sens, l’exercice du pouvoir de l’actuel président de la République, alors que, quelle qu’en puisse être la durée effective, fatalement, elle s’achèvera bien un jour. En étant suivie, comme toutes les autres, par le nécessaire cortège de remises en cause du pouvoir personnel longtemps exercé dans toutes ses formes, manifestations et incarnations. Cela dit, cette tentative dont il convient surtout de faire une lecture symptomale rend en réalité compte d’une société algérienne contemporaine dans laquelle diverses formes de pratiques patrimonialistes sont maintenant largement répandues.

Même si elles trouvent leurs racines historiques dans des logiques sociales très anciennes, inscrites dans la «longue durée» et procédant du patriarcat comme forme dominante d’organisation des relations sociales dans les communautés primaires, elles ont été largement renouvelées et redynamisées par des problématiques politiques se voulant formellement «modernes». Et c’est ainsi que les diverses formes de domination patrimoniale – ou néo-patrimoniale – contemporaines vont reposer sur quelques principes de base dont, notamment, d’une part, des modalités de gestion du bien public permettant d’en faire, d’une manière ou d’une autre, un bien privé et/ou une source d’enrichissement privé en faveur des élites au pouvoir et/ou de leurs parentèles et différentes formes de clientèles, à chaque fois que nécessaire, en fonction de leurs stratégies de domination en vue d’exercer le pouvoir politique. Et, d’autre part, le «culte d’un chef», fonctionnant comme autorité suprême – de fait, de nature quasi patriarcale — non contestable et assurant par un discours paternaliste et populiste la cohésion idéologique légitimant le type de pouvoir politique exercé. Et c’est à partir de ce type de problématique que la charge de président de la République va être perçue tout simplement comme «privatisable» dans les faits, en inversant purement et simplement tout ce qui a pu fonder l’Etat moderne. A savoir, faire de telle sorte que, dans les faits, la fonction – aussi suprême puisse-t-elle être — est au service de la personne et non pas la personne au service de la fonction. En tout état de cause, le fait est que l’hypothèse d’un quatrième mandat de l’actuel président de la République ne pouvant que clairement conforter un pouvoir autoritariste, formellement illimité — et, de surcroît, de plus en plus virtuel — apparaît aux yeux de ses divers initiateurs, après évaluation de la situation nationale, ainsi que de celle prévalant dans l’environnement international, comme suffisamment légitime et crédible pour être effectivement proposée à la société. Immédiatement, bien sûr, la question qui se pose est donc celle de tenter de comprendre — car, pour paraphraser un grand philosophe, il ne suffit pas de s’indigner — comment la société algérienne, en tant que destinataire direct de cette offre politique, a pu en arriver à cette situation aussi inédite dans les annales contemporaines qu’extraordinaire, au sens propre.

Dans la mesure où, pour assumer la charge suprême du pays, il lui est proposé un candidat — manifestement important puisque, de toute évidence, appelé à sortir vainqueur de la «compétition» annoncée — dont l’état de santé ne lui permet pas d’accomplir effectivement les principales missions liées au poste pour lequel, formellement du moins, il «sollicite» les suffrages du corps électoral. Tout comme – autre étonnante singularité – il ne sera pas en mesure de mener personnellement sa propre campagne électorale. Il convient tout d’abord de remarquer qu’à quelques rares exceptions près, jusqu’à présent, il n’y a pas encore eu de larges réactions populaires réellement significatives, ni d’approbation ni de rejet de cette candidature.

Qui, pour l’essentiel, demeure encore un enjeu limité aux seules sphères actives du champ politique national : que ce soit dans ses composantes formelles – partis, associations, personnalités historiques… — ou bien dans celles correspondant à ses modalités réelles de fonctionnement – membres actifs ou retraités de l’élite militaire, notamment – ou bien encore à sa marge dans les milieux de journalistes et d’intellectuels. Cela dit, il convient de relever que plusieurs manifestations pacifiques – notamment celles initiées par le si bien nommé nouveau mouvement Barakat — visant à dénoncer la candidature en question ont été réprimées par les forces de police, au mépris de tous les principes relatifs au nécessaire respect des libertés publiques.

Fort heureusement, il y a l’espace de liberté que représente internet qui permet à de très nombreux citoyens algériens – où qu’ils se trouvent dans le monde – d’exprimer leur point de vue et ils ne s’en privent pas.

Citoyens dont on peut légitimement supposer qu’ils sont jeunes, qu’en règle générale ils ont un niveau d’instruction élevé et/ou qu’ils exercent des professions relativement qualifiées et qui, très largement, sont nettement opposés à une candidature considérée par eux comme totalement inacceptable.

N. S.
(A suivre)


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