DzActiviste.info Publié le sam 12 Avr 2014

Algérie : à Ghardaïa, les émeutes déchirent le tissu national.

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non à la fitnaLe Point.fr – Publié le 

Dans la vallée du Mzab, des violences de plus en plus exacerbées ont lieu entre les Berbères mozabites et les Arabes, qui affluent depuis les années 1980.

Au Mzab, ces 5 villes à 600 kilomètres au sud d’Alger, et dont Ghardaïa est le joyau blanc et bleu, au milieu d’un désert minéral, les violences ont repris depuis le 5 avril. La nuit dernière, des inconnus ont saccagé de petites entreprises appartenant à des Arabes ; d’autres ont mis le feu à des parties d’oasis, propriétés des mozabites, des Berbères. Pourquoi cette violence récurrente au Mzab, en particulier à Ghardaïa ? Depuis décembre dernier, on compte sept morts, quatre mozabites et trois jeunes chaâmba, des Arabes, et plus de 400 blessés dont plus d’une quarantaine de policiers. Cette dernière semaine, les batailles rangées de jeunes des deux communautés ont encore fait une quarantaine de blessés dont près de vingt policiers. Dix mille gendarmes sont cantonnés dans la vallée, depuis mars.

Dans cette étroite vallée du Mzab, les Berbères mozabites et les Arabes chaâmba sont voisins depuis toujours, sans vraiment cohabiter. Le Mzab est avant tout le berceau des mozabites, des Berbères qui ont adopté l’islam ibadite (de rite kharijite) au VIIIe siècle. Ils sont vus comme les « puritains » de l’islam et, pendant très longtemps, ont vécu entre eux. On retrouve des Berbères ibadites à Djerba et au Yémen. Djerbiens et mozabites algériens ont, dit-on, la « bosse du commerce » et forment le gros des troupes des petits épiciers des grandes villes françaises. Le premier étudiant algérien à HEC, dans les années 1970, était d’une famille mozabite et la communauté compte, en Algérie, d’anciens ministres des Finances, des banquiers…

L’afflux des populations arabes

Depuis 1984, la région du Mzab a été sociologiquement modifiée. Le Mzab est devenu une wilaya (région). Ghardaïa (400 000 habitants aujourd’hui, dont 300 000 mozabites), sa capitale régionale, a reçu un afflux de populations d’origine arabe venues de toute l’Algérie pour y travailler ou occuper des postes d’encadrement dans l’administration qui se mettait en place.

Les mozabites se sont sentis de plus en minoritaires dans leur vallée. Et les jeunes Arabes disaient avoir des difficultés à s’intégrer, à trouver des emplois, voyaient dans les mozabites, qui vivent traditionnellement du commerce et des palmeraies, des « nantis » de la vallée. Parallèlement, l’évolution de l’Algérie obligeait la société mozabite à se moderniser – on se marie entre nous et les femmes ne sont guère visibles – alors que les élites traditionnelles étaient accusées de ne pas défendre les intérêts de la région face à l’arrivée de « populations étrangères », c’est-à-dire non mozabites.

Une catastrophe économique

Les premières émeutes ont commencé au début de la décennie 1990 à Berriane, la ville au nord du Mzab. Et tous les cinq ou six ans, la région connaît, depuis, des accès de fièvre. Mais l’embrassement qui s’est emparé de Ghardaïa à partir de décembre dernier est incontestablement le plus grave. Outre les morts, les destructions de maisons de commerce, d’entreprises, les déplacements de population sont importants. Et dans les deux communautés. À Ghardaïa, les plus âgés, emmitouflés dans leur chèche, ont renoué avec la tradition des tours de garde la nuit autour des braseros en sirotant de petits verres de thé. Les plus jeunes patrouillent à moto, munis de sifflets pour donner l’alerte. Certains se réfugient, la nuit, à Béni Isguen, la ville sainte, construite au Moyen Âge sur un piton rocheux, et dont on ferme les portes. Autrefois, les étrangers non musulmans n’avaient pas le droit d’y dormir.

Économiquement, la situation est catastrophique. Ce site du Mzab, inscrit au patrimoine de l’Unesco, ne reçoit plus de touristes. Politiquement, on ne voit guère d’issue. Car non seulement, avec les problèmes au Mali, Ghardaïa est devenue une plateforme de la drogue qui vient du Sahel à destination du Maghreb et de l’Europe, mais le conflit prend aussi des accents religieux.

L’État dépassé

Des cimetières mozabites ont été profanés par des « combattants arabes ». Ceux-ci disent que c’était dans le feu des échanges de cocktails Molotov. Les mozabites répliquent que des salafistes sont venus se glisser parmi les jeunes Arabes (de rite malékite, assez ouvert) et détruisent les tombeaux des saints et de simples mortels, n’acceptant pas que les corps ne soient pas inhumés simplement dans le sol entourés d’un linceul blanc.

Dans ce conflit, l’État est dépassé. La récente visite du Premier ministre a déclenché des manifestations de rejet, les forces de l’ordre tentent de s’interposer entre les deux communautés qui les accusent régulièrement d’être pour le camp adverse. Le fossé entre communautés est devenu abyssal. Et ce n’est pas le seul endroit en Algérie où le tissu national craque.


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