DzActiviste.info Publié le dim 7 Oct 2012

Algérie: Bouteflika rêve d’être Yassine Zaïd

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Aujourd’hui, le mot d’ordre, qu’on trouve partout, de « Nous sommes tous Yassine Zaïd », est on ne peut plus révélateur. Je suis sûr que tous ceux qui connaissent Yassine, son combat, et surtout ses victoires, doivent rêver, en leur for intérieur, qu’ils sont Yassine. En tout cas, c’est mon cas. Je rêve d’être Yassine. Et je suis sûr que c’est aussi le cas d’au moins deux personnes, Boutef et Toufik. Ils crèvent de jalousie. Ils ne comprennent pas qu’il ait pu réussir à se faire tant aimer, avec zéro dinar, zéro flic, zéro FLN, zéro RND, zéro DRS. Ah, comme ils voudraient être lui, ce merveilleux garçon, qui fait vibrer les coeurs de tous ceux qui le connaissent. Ah, Yassine, être Yassine un jour seulement, et mourir Yassine, plutôt qu’un siècle de Toufik, qu’un siècle de Boutef.

Très franchement, pour dire les choses comme elles sont, sans fioritures, sans grandes phrases garniture, sans user de tous ces poncifs qui nous servent d’entrée en matière, de cadre, de prétexte, ou de n’importe quoi, où il est toujours question de choses approximatives, de grands principes dont on se sait rien en vérité, de ces lieux communs qui nous servent de boulevards, pour dire des évidences dont nous n’avons pas la moindre idée.
Donc, pour dire les choses, je voudrais dire, avant de m’égarer dans d’autres divagations, que je suis en train de vivre un jour de vrai bonheur. Je suis en train de m’identifier à une personne que j’admire. J’y suis presque. Encore un peu, et je vais me prendre pour Yassine Zaid.

J’en étais arrivé à tout accepter, à même à trouver du goût à la poussière qu’on m’avait fait mordre,  au cours de ces dernières années d’exil amer, de combat contre d’effroyables moulins à vent, de cris hystériques, de révolte avortée avant même que d’être née, de trahisons étouffées, de discours ampoulés, de révolutions maniérées, livrées en kit, avec le mode d’emploi, de laaaarges consensus, qui hissent les lâches et les charognards au rang  des héros, et ravalent les héros au cloaque des traîtres, j’en étais arrivé à ne plus croire en rien, à me calfeutrer dans l’indigne, mais ô combien confortable petit coin aménagé par la circonstance, par nos maîtres, d’être sans être, ce petit recoin pour révolutionnaires de conjoncture, de révolutionnaires de service, presque, qui se permettent le droit d’être ce qu’il n’ont pas pu être, ces  révolutionnaires du verbe, ces révoltés du paraître, ces contestataires protocolaires, qui savent si bien les millésimes, les noms des secrétaires généraux des Ministères, les numéros de téléphones des trotskystes milliardaires, ces didactiques professionnels, qui savent si bien manier les petites flambées de colère synthétique, de temps en temps, qui savent si bien tourner les textes qui couinent, à défaut de rugir, qui tapent du pied, et qui repartent du bon, et qui secouent si élégamment leur crinière repassée au sèche-cheveu.

J’avais fini par me faire une raison. Au point d’admettre  que le luxe n’était pas si rédhibitoire que ça, ni les « bonnes fréquentations », celle qui peuvent servir, ni une certaine façon d’être, à la seule condition de ne pas oublier sa bandoulière de  convictions bavardes. Des professions de foi en PDF. Un peu comme un végétarien pris en flagrant délit de cannibalisme, et qui se met à crier que les végétaux aussi ont une vie, que la vie se nourrit de la vie. Que la salade aussi pousse des cris lorsqu’on l’égorge.
Le problème n’est pas d’être d’un côté ou de l’autre, mais d »expliquer le pourquoi du comment. Juste expliquer. Le grand problème consiste donc à savoir parler. Pour le reste…

J’étais donc rentré, petit à petit, dans cette méga-logique, qui s’est installée dans notre malheureux pays, et qui a phagocyté tout ce qui peut exister, tout ce qui bouge, et même tout ce qui peut être imaginé. Cette logique qui  a cours en ce moment même en Algérie, et dans laquelle tout le monde baigne jusqu’au cou. Tout le monde.

Et puis, il y a eu Yassine Zaïd !

On a dit: : Wéé ! Laisse-le ! Tu vas voir ! Le 36eme énième qui se prend pour Zorro. Hahahaha ! Elles sont bien ses vidéos, des lieux communs, dans un cauchemar où il y a de tout. Des dames qui crèvent dans l’indifférence générale, des malades que personne ne soigne, des pères de familles qui voudraient bien se suicider, pour régler leurs insolubles problèmes désespérés,  mais que l’imam du coin  menace de tous les feux de l’enfer s’ils ont le culot de se suicider. Il y avait de tout dans les problèmes traités par Yassine, des damnés de la terre qu’il a hissés en pleine lumière. On a bien aimé ses interventions, à Yassine, mais on presque tous pensé qu’il allait finir dans le même mur qui nous a déformé la gueule, et la vue, et la vision. Wéé, on disait. Laisse-le, ti vas voir !

Ben on a vu !
C’est Yassine qui a ramassé le mur. Le mur ! Il l’a bouffé en casse-croûte. Il l’a juste déglingué. Il l’a pulvérisé, ce mur de malheur, ce mur d’indifférence, ce mur de merde !
Yassine l’a désintégré ce mur des shmayètes.
Et en passant, il a crevé la dalle, il a labouré les alentours, il a semé des graines de révolution, et c’est à peine qu’il ne s’est pas attaqué aux problèmes de l’autre côté de la méditerranée  Encore que je n’en serais pas étonné. Avec une telle énergie, et un tel potentiel de justice, je ne crois pas que des frontières crées par des accidents de l’histoire puissent arrêter de tels hommes.

Yassine n’avait même pas de quoi manger lui-même, il devait faire du stop pour aller soutenir des gens moins malheureux que lui, il lui est souvent arrivé de dormir dehors, sans avoir mangé, après avoir fait la Une de télévisions étrangères, mais il n’a jamais douté de sa force à démolir les murailles de lâcheté, de donner de la fierté de vivre à ceux qui ont été ravalé à la honte de vivre, de dire leur fait à à ceux qui sont nés de leur propres turpitudes, de leurs propres excréments, et qui en font leur principal argument, pour s’imposer et imposer leur essence profonde en seule alternative. Yassine n’a pas douté de sa force, au moment où nous nous étions tous couchés, devant des cloportes, ces filets de vilenie, ces couinements de peur jaunâtres, verdâtres.

Aujourd’hui Yassine est en prison ! Mon Dieu ! Combien j’aurais voulu être à sa place. Même si j’étais Bouteflika et Toufik réunis, j’aurais voulu être à sa place juste une journée, et mourir. Juste pour l’honneur d’être ce qu’il est. Pour le plaisir de me sentir aimé, pour la fierté d’être le meilleur parmi les miens, tous ceux-là qui s’effacent, qui ont peur, qui rasent les murs de la vie. Etre Yassine juste une journée, rien qu’une journée, pour dire que je m’appelle Yassine Zaïd. Et regarder la fierté, dans les yeux de ma mère, de ma femme ,de mes enfants. Une journée, rien qu’un journée, être Yassine Zaïd !

DB


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