DzActiviste.info Publié le jeu 15 Nov 2012

Algérie: CORRUPTION ET BLANCHIMENT D’ARGENT : MODE D’EMPLOI

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Dans le sillage de ces nombreux scandales de corruption étalés ici et là, dans la presse nationale, il m’est venu à l’esprit d’exposer à mes compatriotes quelques réflexions relatives à ce sujet.
Je me suis rapporté à la notion d’accumulation primitive de capital. Notion bien argumentée et qui trouve un très opportun champ d’application dans notre pays.

En effet, de ces révélations à répétition, qui ne sont que la partie visible du phénomène, nous avons appris qu’une poignée de gens, au moyen de ces pratiques honteuses et frauduleuses, sans état d’âme, sont parvenus à amasser des fortunes considérables. A peine imaginables. Aussi ne les dirais-je pas.
Que vont-ils faire de tout cet argent ? Acquis illégalement, rappelons-le ! Une fois volé, comment le faire fructifier cet argent ? Et comment le protéger ? Par la loi ! Rappelons que sans la complicité active de certains décideurs et la déliquescence de l’Etat, rien de tout cela n’aurait eu lieu, parce que la loi ne l’aurait pas permis. Dans un contexte « normal ». 
Subsidiairement, nous sommes en droit de nous poser la question suivante : S’agit-il seulement de complicité et de déliquescence, ou plutôt d’une prédation savamment orchestrée par le Pouvoir en place ? Personnellement, je suis enclin à soutenir la deuxième approche.
Car un capital cumulé, une richesse extorquée de cette manière, est appelé à être fructifié, conformément à la théorie ci-dessus évoquée.
Or il se trouve que chez-nous, nos gouvernants ont tout fait pour permettre d’abord une corruption pratiquée a large échelle. Ensuite ils ont légiféré de sorte à ce que ces barons de la corruption puissent jouir du fruit de leur extorsion de la manière la plus légale qui soit. Et en bonus, que la loi fassent de lurs fortunes des créneaux inévitables d’investissement.
C’est ainsi que l’on a procédé en deux étapes : la première a consisté à décréter que tout investisseur étranger désireux de s’installer en Algérie (dans le cadre des IDE) doit obligatoirement s’associer avec une entreprise algérienne qui détiendra la majorité des parts (fameuse règle des 51/49 soutenue mordicus par les pouvoirs publics depuis 2009).
La seconde, à assurer à ces « accumulateurs de capitaux » l‘accès à de tels partenariats en aménageant le code des marchés publics dans le sens qui les arrange.
Rien de plus éloquent que cet article du code des marchés publics en vigueur, que je reprends, in extenso, ci-après (par la magie du copier-coller, en espérant que je ne serais pas taxé de plagiaire !) :
« Art. 24. . Les cahiers des charges des appels d’offres internationaux doivent prévoir l’obligation, pour les soumissionnaires étrangers, d’investir dans le cadre d’un partenariat, dans le même domaine d’activité, avec une entreprise de droit algérien, dont le capital est détenu majoritairement par des nationaux résidents.
Le dossier d’appel d’offres doit contenir une liste non limitative d’entreprises, telles que définies à l’alinéa précédent, susceptibles de concrétiser une opération de partenariat avec le soumissionnaire étranger.
L’offre du soumissionnaire étranger doit comporter, sous peine de rejet de son offre, son engagement à satisfaire l’obligation citée à l’alinéa 1er ci-dessus.
Le non-respect, par le soumissionnaire étranger, de l’engagement suscité, entraîne :
– la résiliation du marché si, avant sa concrétisation, le partenariat n’est pas mis en œuvre ;
– le cas échéant, l’application de pénalités financières pouvant aller jusqu’a vingt pour cent (20 %) du montant du marché ;
– l’inscription de l’entreprise étrangère, ayant failli à son engagement, sur une liste d’entreprises interdites de soumissionner aux marchés publics.
Sont concernés par ce dispositif les marchés de travaux, de fournitures, d’études et de services. » (Code des marchés publics, JO numéro 58, 2010)
J’ai délibérément fait ressortir en surbrillance l’alinéa 2 afin d’attirer l’attention du lecteur sur cet asservissement de l’outil législatif au profit de ces prédateurs. Que peut contenir « cette liste, non limitative, d’entreprises susceptibles de concrétiser ce partenariat » ? Seront-elles uniquement publiques ou y aura-t-il des entreprises privées ? Mais la plus importante question est : pourquoi suggérer une telle liste ?
Pour ma part, et connaissant la destruction des entreprises publiques, je dirai que la liste des candidats au partenariat ne sera alimentée que de certaines entreprises privées (suivez mon regard, si je puis m’exprimer ainsi).
De plus, si je me mets dans les savates de l’investisseur étranger, j’aurais tendance à choisir  celui ou ceux que m’auront proposés les initiateurs de l’appel d’offre, pragmatisme capitaliste oblige, même s’il m’est permis de voir ailleurs vu que la liste n’est pas imitativité.
Nous voyons ainsi que la junte au pouvoir a anticipé, sachant pertinemment que le recours aux pratiques du pot de vin et autres commissions et ristournes ne pourrait perdurer éternellement et qu’il y a lieu de se prémunir en s’inscrivant dans la légalité.
C’est comme ça que ces gens entendent réaliser leurs objectifs à savoir : s’enrichir, blanchir et pérenniser. C’est connue, dans ce genre de situation. Et elle trône sur le haut du panier, puisqu’elle a reçu la bénédiction des américains, des français et autres chinois.
N’est-ce pas là tous les éléments constitutifs d’une mafiocratie ?
Note pour le lecteur : Ce n’est pas un épisode du film « le Parrain » que vous venez de suivre, c’est la triste réalité d’un pays qui s’appelait autrefois l’ALGERIE.
Alger le 15 Novembre 2012
Lamine-Khaled BOUFEDJI


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