DzActiviste.info Publié le jeu 27 Juin 2013

Algérie : Faire disparaître une personne, c’est torturer toute une famille

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Alkarama/CNFD

A l’occasion de la Journée internationale de soutien aux victimes de la torture, la Coordination nationale des familles de disparus en Algérie (CNFD) organise aujourd’hui une conférence à Alger pour sensibiliser l’opinion publique et les autorités sur la nécessité de reconnaître aux familles de disparus leur statut de victimes/survivants de torture et de leur garantir leur droit à la réparation. Alkarama soutient cette initiative et appelle les autorités à respecter les obligations qui leur incombent en vertu du droit international, notamment le devoir de garantir aux victimes leur droit la vérité, la justice et la réhabilitation.
Entre 1993 et 1998, entre 8000 et 20000 personnes, selon les sources, ont été arrêtées ou enlevées par les forces de sécurité algériennes, tous corps confondus, ainsi que par les milices armées par le gouvernement. Plus de quinze ans après, quinze années de recherche, de combat et d’engagement pour obtenir vérité et justice, leurs familles ignorent toujours s’ils sont morts ou toujours en vie.
« Nous nous consumons en silence »
Après plus de quinze ans d’incertitude, les familles de disparus ne parviennent toujours pas à oublier, à surmonter leur douleur. « Nous nous consumons en silence », disent-elles. La disparition est une douleur lancinante qui s’installe pour toujours ; sans trace, sans visage, sans voix, elle a pourtant un impact tout à fait palpable sur plusieurs générations. Des parents, des frères, des épouses et des enfants, aujourd’hui devenus adultes, qui restent dans l’incapacité de faire leur deuil devant le refus des autorités de dire la vérité, continuent à subir les conséquences de la disparition. Conséquences matérielles et économiques certes, mais avant tout, conséquences psychologiques. Détresse, dépression, angoisses, attente, déni, silence…. Ces états psychologiques cycliques que traversent les familles de disparus ne sont que l’expression de la dégradation progressive de leur santé mentale au fil des années.
Le Comité des droits de l’homme a à plusieurs reprises reconnu que l’angoisse et la détresse causées par la disparition constituaient des tortures des familles et une violation de l’article 7 de la convention qui interdit la torture.
En Algérie, les familles de disparus n’ont bénéficié d’aucun programme de réhabilitation psychologique, contrairement aux familles de victimes du terrorisme. Les autorités leur prescrivent d’oublier et de tourner la page.
De la réadaptation au droit à la vérité…
La CNFD organise aujourd’hui une conférence pour appeler les autorités à reconnaître aux familles de disparus leur statut de victime de torture et non de « victime de la tragédie nationale » – terme politique qui a permis aux responsables des crimes commis durant la guerre civile et aux autorités de se dédouaner et de ne pas engager un réel processus de justice transitionnelle – et de leur garantir leur droit à la réparation.
En effet, l’Algérie, partie à la Convention contre la torture depuis septembre 1989, a l’obligation de garantir aux victimes de tortures « le droit d’obtenir réparation et d’être indemnisées équitablement et de manière adéquate, y compris les moyens nécessaires à leur réadaptation la plus complète possible. »
Le Comité contre la torture, dans son Observation générale No3, précise que le droit à la réparation comporte la restitution, l’indemnisation, la réadaptation (rehabilitation), la satisfaction et le droit à la vérité tout en soulignant qu’ « un élément essentiel du droit à réparation est la reconnaissance claire par l’Etat partie concerné que les mesures de réparation sont offertes ou accordées à la victime pour des violations de la Convention commises par action ou omission. »
L’Algérie a notamment l’obligation « d’assurer les moyens nécessaires à la réadaptation la plus complète possible (qui) peut être remplie par la fourniture directe de services de réadaptation par l’Etat ou par le financement de services privés médicaux, juridiques ou autres, y compris des services gérés par des organisations non gouvernementales (ONG) qui doivent alors être protégées par l’Etat contre toutes représailles et intimidations. »
L’Etat a également l’obligation de procéder à la « vérification des faits et la divulgation complète et publique de la vérité » ainsi que « la recherche de personnes disparues », « l’identification et la ré inhumation des corps conformément aux vœux exprimés ou présumés de la victime ou des familles touchées », « sanctions judiciaires et administratives à l’encontre des responsables des violations ; excuses publiques, y compris reconnaissance des faits et acceptation de la responsabilité ; commémoration et hommage aux victimes. »
A l’occasion de cette journée, Alkarama et la CNFD souhaitent également annoncer leur intention de lancer un projet de collaboration qui vise à soumettre les plaintes des familles de disparus devant le Comité contre la torture pour faire reconnaître leur statut de victime directe de la torture et leur droit à la réparation.

ALKARAMA


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