DzActiviste.info Publié le dim 21 Fév 2016

Algérie, La violence continue de marquer l’école

Partager

LES MESURES DES AUTORITÉS N’ONT PAS SUFFI. El Watan, 16 février 2016

violence_2612379_465x348pDans l’enceinte des établissements ou à leurs abords, la violence impliquant des élèves, des enseignants, des agents,
ou d’anciens élèves recalés, voire des étrangers prend des proportions inquiétantes.

Excès de violence dans les établissements scolaires. A l’école de Doukar à Tizi Ouzou, des enseignants ont observé, début février, un arrêt des cours pour dénoncer les menaces proférées par le parent d’un élève à l’encontre de leur collègue. Réuni en session extraordinaire, le bureau local du Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (Satef) s’est joint au collectif et a rappelé dans un communiqué l’origine de l’incident. «Une altercation s’est produite entre deux élèves de cinquième année. L’enseignant est intervenu pour les départager, mais il a été établi que l’un des enfants a laissé des traces de griffure sur le visage de l’autre.

Le 28 janvier 2016, le parent de l’élève blessé s’est présenté à l’école, a menacé l’enseignant en question d’emprisonnement, le directeur de l’école de licenciement et l’école de fermeture», signale le Satef qui exhorte la tutelle à «être aux côtés de leurs collègues et défendre la dignité du secteur de l’éducation». Des faits comme celui signalé à l’école Doukar se répètent souvent et parfois des drames sont signalés. A Bousfer (Oran), un lycéen a été mortellement poignarder par son camarade. Même agression mortelle au couteau à Reguiba, à El Oued, où un élève, âgé de 12 ans, inscrit en 2e année au CEM Aïssa Messaoudi, a succombé à ses blessures.

Une enseignante de français, exerçant au CEM Hamida de Boghni (Tizi Ouzou), a été agressée par son élève en 4e année moyenne. De pareils faits, parfois mortels, se produisent tout au long de l’année scolaire. Dans l’enceinte des établissements ou à leurs abords, la violence impliquant des élèves, des enseignants, des agents, d’anciens élèves recalés ou encore des étrangers prend des proportions inquiétantes. «Il y a eu plusieurs cas de violence cette année.

Ces cas ont parfois abouti à des meurtres ou à des handicaps. Imaginez si chaque semaine il n’y a que 20 cas par wilaya, on aura près de 1000 cas à l’échelle nationale, soit 5000 cas par mois et 45 000 par an», s’indigne Bachir Hakem, enseignant de mathématiques au lycée Lotfi à Oran et porte-parole du Conseil des lycées d’Algérie (CLA). Selon un rapport cité par Hakem, 55% des cas de violences physique ou verbale sont enregistrés au sein des établissements contre 45% dans l’espace environnant des écoles.

Une commission, puis plus rien !

«Ces chiffres donnent froid dans le dos, lorsque l’on sait que ces actes ont lieu dans ou à proximité d’établissements censés éduquer les futures générations», estime le porte-parole du CLA. Pourquoi une telle situation ? Le président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem), le professeur Mustapha Khiati, qui a organisé une journée d’étude sur la violence en milieu scolaire en collaboration avec la CNCPPDH, a évoqué, entre autres, le déficit des conditions d’enseignement, du fait de la surcharge des classes et du manque de moyens.

Mettant en avant le manque de communication à l’intérieur des établissements, le Pr Khiati a critiqué la méthode de formation des enseignants en matière de pédagogie, ce qui explique le recours systématique à la contrainte.

Des mesures dans l’immédiat pour endiguer ce phénomène inquiétant ?

La ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit, a souligné, en marge d’une journée parlementaire intitulée «Parlement de l’enfant», la nécessité de prendre des mesures «urgentes» pour lutter contre la violence en milieu scolaire. «Etablir un plan de priorité est fondamental dans la prise en compte d’un certain nombre de mesures qui viseraient à limiter la violence en milieu scolaire», déclare-t-elle, expliquant que ce plan comportera des «mesures urgentes» (lesquelles ?) pour lutter contre la violence en milieu scolaire.

Mme Benghebrit a rappelé l’installation, en octobre 2015, d’une commission composée de représentants de son ministère, de syndicats du secteur et de parents d’élèves, «en vue d’établir des propositions pour lutter contre la violence en milieu scolaire». La commission devra rendre ses conclusions en mars prochain. En attendant, un accord signé avec la DGSN permettra de sécuriser quelque 1200 établissements jugés «dangereux», a fait savoir une source au ministère, citée par El Khabar.

Propositions pour lutter contre la violence

Le porte-parole du CLA, Bachir Hakem, a formulé, dans une contribution, des propositions pour lutter contre la violence en milieu scolaire. En voici quelques-unes :

– envisager de recruter des gardiens pour protéger les établissements scolaires contre la violence et les agressions ;
– placer des caméras de surveillance dans les environs de l’établissement, connectées à l’établissement et au commissariat le plus proche pour lutter contre les agressions, l’achat et la consommation de drogue et les enlèvements ;
– placer des caméras de surveillance à l’intérieur des établissements dans les couloirs et dans la cour pour lutter contre la violence à l’intérieur et la destruction de matériel pédagogique ;
– rendre la pédagogie à l’enseignant et à l’établissement ;
– créer des établissements regroupant des enfants difficiles encadrés par des psychologues ;
– se pencher sur un projet de loi qui criminalise les agressions contre les établissements scolaires ;
– multiplier des patrouilles de surveillance sécuritaire devant les établissements scolaires ;
– améliorer les conditions des élèves à travers le développement de la sécurité sociale et l’institution de l’accompagnateur scolaire avec le recrutement de psychologues ;
– lutter contre les dangers qui menacent le milieu scolaire, dont le phénomène du suicide, la violence et la consommation de stupéfiants.

Nadir Iddir


BOUALEM AMOURA. SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU SATEF

«Les chiffres officiels ne reflètent pas la réalité»

Votre syndicat a dénoncé une agression à l’école Doukar Saïd (Tizi Ouzou) et a apporté son soutien au collectif des enseignants. La violence en milieu scolaire a pris de l’ampleur ces dernières années. Selon vous, à quoi est due cette situation et quelles en sont les conséquences ?

Premièrement, nous tenons à dénoncer la violence d’où qu’elle vienne. Nous sommes un syndicat qui cultive et qui encourage la culture de la paix et du vivre-ensemble. Secundo, le Satef n’en est pas à sa première prise de position dans ce dossier et nous le faisons depuis le siècle dernier, malheureusement ce phénomène au lieu de régresser a pris de l’ampleur, comme vous l’avez si bien rapporté. En effet, il existe une relation de cause à effet : d’abord le mode de vie des Algériens a beaucoup évolué passant d’une vie en cellule familiale commune à une vie familiale individuelle et cela a généré beaucoup de divorces, influant sur l’éducation des enfants (familles déchirées et disloquées).

Ajoutez à cela la décennie noire qui a apporté son lot de violences et d’absence de l’Etat : apparition de milliers d’orphelins, de veuves et de veufs. Hillary Clinton disait qu’il faut tout un village pour éduquer un enfant. Les contenus des programmes scolaires génèrent de la violence ; est-il concevable et acceptable qu’on enseigne les sévices du tombeau «Adhab el qabr» et comment laver un mort à des enfants de six ans ?

Enfin, nous disons que les parents sont démissionnaires et n’assument plus leur rôle. Les chiffres officiels des services de sécurité parlent de 1%, mais ces chiffres reflètent seulement le nombre des personnes qui ont déposé une plainte, alors que la majorité ne s’adresse pas à eux. Postez-vous devant n’importe quel établissement scolaire à la sortie des élèves et vous verrez qu’il ne se passe pas un jour sans violence.

– Face à cette violence, la ministre de l’Education, Nouria Benghebrit, a appelé, en fin d’année dernière, à adopter des mesures «urgentes». Une commission devait être mise en place. Début janvier, Mme Benghebrit a annoncé l’élaboration d’une convention entre son département ministériel et la DGSN, pour assurer la sécurité et l’ordre au niveau des périmètres des établissements scolaires. A ce jour, on ne voit rien de concret. Les autorités sont-elles résignées face à la difficulté de la tâche ?

La ministre de l’Education a installé une commission mixte, en octobre dernier, composée de ses conseillers, de représentants de syndicats et de représentants des associations des parents d’élèves. La ministre est mue par une bonne volonté mais elle n’a pas les moyens de sa politique et c’est dommage pour l’école algérienne.

Plusieurs réunions ont eu lieu mais les propositions ont été mises au placard, car c’est un dossier délicat qui exige une synergie de plusieurs secteurs, tels que la DGSN, le ministère de l’Education, la Gendarmerie nationale, le ministère de la Santé et le ministère de la Solidarité. L’ex-ministre de l’Education a fait de même, mais l’application reste au stade de commissions et de journées d’étude : on efface et on recommence.

– La lutte contre la violence en milieu scolaire nécessite l’implication de tous (enseignants, élèves, parents, administration et aussi services de sécurité, syndicat, etc.). Quelles sont les mesures proposées par votre syndicat pour limiter la violence en milieu scolaire ?

Je vous disais que nous avons travaillé avec la commission qui a étudié la violence en milieu scolaire et nos propositions s’articulent d’abord autour de la formation du personnel de l’éducation. Nous avons aussi demandé la mise en place d’un environnement scolaire favorable et joyeux au sein de nos établissements en créant, par exemple, des foyers et des clubs pour que nos enfants se défoulent et oublient le stress de l’école.

L’architecture de la majorité de nos établissements n’attire point nos élèves bien au contraire. Certains d’entre eux ne possèdent même pas d’arbres et encore moins d’espaces verts. Parfois, on vit mieux en prison que dans certaines écoles ! Nous avons aussi demandé que les différents services de sécurité fassent des rondes aux alentours des établissements à des périodes préalablement arrêtées et cela aidera aussi à éradiquer le phénomène des enlèvements. Enfin, nous disons que c’est un problème de l’Etat et de toute la société algérienne, chacun doit apporter sa pierre pour arriver un jour à l’éradiquer. Pourquoi pas. 

Nadir Iddir


Nombre de lectures: 552 Views
Embed This

Commentaire



Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

XHTML: You can use these html tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>