DzActiviste.info Publié le lun 7 Jan 2013

Algérie: l’assassinat massif des cancéreux.

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En Algérie, le moins que nous puissions dire est que le système de santé fonctionne à deux vitesses. Pendant que des barons du régime, pourtant richissimes, sont totalement pris en charge par la sécurité sociale, pour aller soigner leurs petits bobos dans les meilleures cliniques du monde, voire pour y aller faire des cures de santé, ou y arrêter de fumer, les petites gens crèvent dans ces mouroirs surpeuplés que sont devenus nos hôpitaux, où l’on trouve parfois deux parturientes par lit, dans des maternités sommaires, où les chats sont nourris de placentas. 

Les gens atteints de cancer, lorsqu’il n’ont pas le piston voulu, ou l’argent nécessaire, sont voués à une mort certaine, souvent horrible, puisqu’ils passent de vis à trépas dans d’atroces souffrances. Le traitement anti-douleur étant le dernier souci des autorités hospitalières. 
Ainsi, des cancéreux, qui auraient dû guérir, ou du moins vivre encore de nombreuses années, si les soins nécessaires leurs étaient prodigués, meurent-ils par centaines de milliers, chaque année, dans l’indifférence générale. Un véritable black-out médiatique et médical est observé sur la question. Ceux qui auraient dû sonner l’alerte, devant un tel génocide, car c’en est un, en réalité, détournent le regard, et font mine de voir ailleurs. 
Tout le milieu de la santé publique est affecté, rongé, irrémédiablement atteint, par un mal pernicieux, autant qu’il est ravageur. La médiocratie y a fait des ravages, avec des effets de véritable pandémie. La mauvaise gestion du secteur de la santé fait bien plus de victimes que le terrorisme, voire même que la guerre de libération. En silence.
Le problème est tel que presque personne n’envisage de proposer de solution. Ce serait titanesque que de vouloir réorganiser seulement ce secteur qui a été dévasté au point où il n’est presque plus possible d’envisager une quelconque restructuration. 
Il faudrait des dizaines de milliards de dollars, une armée de gestionnaires, et le retour de tous les praticiens qui se sont exilés, pour pouvoir replâtrer seulement la ruine. Parce qu’il est infiniment plus ardu de reconstruire que de saccager .
Mais cela ne sera pas possible ! Parce que même si ces moyens humains et financiers pouvaient être immédiatement réunis, par miracle, il resterait un obstacle infranchissable, à toute normalisation: La présence d’un régime mortifère, qui corrompt tout ce qu’il prétend gérer. Alors, comme il lui faut trouver des parades, pour détourner l’attention sur sa terrifiante nuisance, il fait ériger des méga-mosquées à coups de milliards de dollars, des autoroutes les plus chères du monde, qui se dégradent avant même que d’être réceptionnées, et des élections aux enchères publiques, pour mettre des maquignons sur des sièges de haute dignité.
En Algérie, ce n’est pas tant une question de moyens qui a ravalé la santé publique à un rang à peine meilleur que celui des États les plus misérables de la planète, puisque le pays a engrangé presque mille milliards de dollars en une douzaine d’année. Grâce à la flambée des prix du baril. Non ! Ce n’est pas une question d’argent. Cette vertigineuse descente aux enfers est surtout due à la gabegie, à l’incompétence, à une gestion catastrophique des moyens, où n’importe qui s’improvise maître des lieux, au moment où les vraies compétences sont poussées à l’exil. Ce sont ainsi des cohortes d’universitaires algériens qui ont dû, souvent la mort dans l’âme, se résigner à l’arrachement, pour pouvoir exercer leur art comme ils ont été formés à le pratiquer. Leur nombre est effarant, et ils se compteront bientôt en millions. Autant de compétences formées avec l’argent de leur peuple, et que d’autres peuples cueillent sans débourser un centime. 

La déchéance et la médiocratie, quand elles s’installent dans un pays, à fortiori lorsqu’il dispose de ressources naturelles, ne connaissent plus de limites. Elles se déploient monstrueusement, et prennent possession de toute chose, jusqu’à éradiquer toute valeur, et tout mérite.
Le cri de colère, mais de désespoir aussi, que pousse le Professeur Bouzid, dans l’article ci-après, nous donne la mesure du sinistre. Pauvre, pauvre pays, dont la lente mise à mort est chaque jour plus douloureuse. 
DB


Le Pr Bouzid Charge la CNAS et révèle :

Pas de RDV en radiothérapie avant 2014

Pas d’amélioration dans la prise en charge des malades atteints de cancer et nécessitant une radiothérapie. Pas de rendez-vous disponible avant avril 2014 au CPMC, avant juin 2014 à Oran et plus de rendez-vous du tout à Constantine. L’amélioration de la prise en charge des malades nécessitant un traitement ambulatoire reste, quant à elle, tributaire de la Cnas qui continue à s’opposer à l’élargissement de la liste des médicaments remboursables.
Nawal Imès – Alger (Le Soir) – Toujours aussi révolté par le chaos qui règne en matière de prise en charge des personnes atteintes de cancer, le Pr Bouzid, chef de service oncologie du Centre Pierre et Marie Curie, dresse un tableau toujours aussi noir. Invité du forum DK News, il a une fois de plus mis à nu les incohérences de tout le système de prise en charge des malades. En témoigne la cacophonie qui a accompagné la décision de mettre en vente certains médicaments en officine. Prise lors du dernier conseil interministériel, cette décision n’est toujours pas appliquée. Pourquoi ? Le professeur Bouzid dit soupçonner le ministère du Travail de faire opposition, notamment en ce qui concerne les médicaments autres morphiniques. A quel dessein ? Il dit soupçonner certains d’avoir une arrière-pensée non assumée selon laquelle les malades atteints de cancer seraient en fin de vie et ne mériteraient pas de soins. «J’espère me tromper», dit le Pr Bouzid qui assure qu’un malade bien pris en charge peut vivre normalement comme n’importe quelle autre personne atteinte de maladie chronique, ajoutant que désormais, la balle est dans le camp du département de Tayeb Louh. Autre motif d’inquiétude du professeur, l’incapacité de prendre en charge toutes les personnes nécessitant une radiothérapie. Sur les 28 000 personnes, seules 2 000 peuvent y accéder. Les autres doivent attendre avril 2014 à Alger et juin 2014 à Oran avant d’espérer avoir un rendez-vous. Le déficit en la matière ne sera résorbé qu’en juin 2013. En attendant, le Pr Bouzid fait une proposition pour éviter que les malades ne restent en liste d’attente. Il préconise des conventions entre la Cnas et des centres de radiothérapie dans des pays ayant fait la preuve de leur compétence en la matière (Turquie, Maroc, Tunisie). Cette dernière permettrait aux malades de se faire traiter en attendant que de nouveaux centres de radiothérapie soient opérationnels. Ironique, il s’étonne que l’Algérie ait pu envoyer des milliers de supporters à Oum Dorman et qu’elle ne soit pas capable d’organiser le départ des malades vers des centres de radiothérapie. Mais ce n’est pas le seul objet d’inquiétude pour le chef de service d’oncologie : le dépistage du cancer du sein en fait partie. Non seulement, dit-il, il n’y a pas de dépistage de masse mais il n’y a pas assez de personnes formées capables de le faire. Et même lorsque ce dernier est fait, les personnes dépistées ne sont pas assurées de pouvoir bénéficier d’une prise en charge. Un seul espoir : que le plan national dédié au cancer soit enfin mis en application. Pour le moment, il n’est même pas au stade de la rédaction…
N. I.
Source: Le Soir d’Algérie.



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