DzActiviste.info Publié le lun 24 Fév 2014

Algérie: Le 4éme mandat, un mal pour un bien si…

Partager

L’idée du boycott ne doit pas être limitée uniquement a boycotter des élections du 17 Avril pour simplement les boycotter sans lendemain (cliquer ici pour lire le billet précédent sur les arguments en faveur du boycott). Le boycott est une occasion à saisir pour rassembler ce qui reste de forces vives dans le pays, les organiser autour du thème du boycott pour avancer l’agenda réel, l’agenda le plus important qui est celui du changement politique. Ce 4éme mandat de Bouteflika est et pourrait être un mal pour un bien, et on peut et on a la possibilité de tourner ce mal en bien. Mais Il faut saisir cet occasion qui est offerte à nous pour rassembler les Algériens autour du thème du boycott, et qu’on fasse une campagne active et réelle pour que le boycott soit une réussite—on doit faire campagne pour boycotter les élections comme si on faisait campagne pour être élu. Mais l’agenda réel est et reste le changement du système et le changement politique.

Pour ceux qui disent: «Mais ils vont tricher.” Je dis, ce n’est pas grave. Au contraire, nous voulons qu’ils trichent, nous voulons qu’ils s’engagent dans la fraude électorale. Cela ne ferait qu’accroître l’argument moral qui devrait souligner le mouvement de boycott et le mouvement du changement politique.

Pourquoi je parle du boycott comme une occasion, une aubaine à saisir, comme un mal pour un bien ? C’est très simple. Les Algériens ont peur et ils sont perdus. Ils ne savent même plus ce qui est réel et ce qui est faux parce que la vie politique qui est devant eux est fictive — les journaux et les journalistes travaillent et sont contrôlés par le système. La radio et la télévision contrôlées par le système. Les partis politiques et la plupart des politiciens sont des créations du système. Les syndicats et les associations, la même chose. Rien de ce qui entoure le peuple Algérien est réel ou une expression indubitable de leurs désirs, leurs angoisses et leurs inquiétudes politiques.  Tous les moyens pour une expression politique authentique sont contrôlés par le système ou sont une création de ce dernier. En outre, la seule expression politique qui est autorisée et qui est encouragée par notre pouvoir est la violence. Ce pouvoir encourage la violence afin de contrôler la société, afin de contrôler le message politique, afin de discréditer la vie politique et de noyer les quelques politiciens authentiques et honnêtes qui restent ainsi que le peuple dans une sorte de psychose dont le seul objectif est la préservation du système et l’immunisation du peuple contre tous les mouvements qui militent pour le changement. La conséquence de cet environnement de psychose et de violence est que le peuple Algérien est cynique, incrédule, dubitatif, méfiant de ses politiciens et de la politique, et a peur de sortir et de protester et d’exprimer son opinion. Car pour les Algériens le changement est synonyme de violence, de chaos, et d’anarchie. En qui et en quoi peut-on faire confiance, demande le peuple? Personne répond le peuple.

La question est: comment pouvons-nous briser le cycle de la peur, de la psychose et du cynisme? La seule façon est à travers l’organisation, et la création d’organisations qui ont pignon sur rue. Nous devons construire des organisations qui donnent au et articulent la parole du peuple, qui minimisent la probabilité de la violence, qui déchirent le voile du cynisme, et qui agissent comme un tampon entre le peuple et le système.  Il ne suffit pas d’avoir une plateforme bien rédigée comme celle du Front du Changement National (FCN), et je n’ai rien contre le FCN. Mais si les plateformes étaient les seuls outils nécessaires pour articuler et provoquer le changement, nous aurions déjà vu leur succès dans d’autres pays. Les plateformes, aussi magnifiques et louables qu’elles soient, ne sont que de l’encre sur du papier. Sans organisation, il n’y a pas de changement. Sans un message clair autour duquel le peuple peut coalescer, il n’y a pas de changement. Et sans les organisations qui propagent ce message pour que le peuple puisse l’entendre et le comprendre même à travers l’énorme brouhaha et vacarme produits par le système, il n’y a pas de changement.

Bâtir et lancer un mouvement pour le boycott est bâtir la structure organisationnelle du changement. Non seulement ce mouvement peut vaincre et battre la narrative du système le jour du scrutin le 17 Avril et coupe à travers le bruit ambiant, mais il peut fournir également l’argument moral et la base organisationnelle sur et par laquelle la bataille pour le changement peut être menée.

Mais nous devons être sérieux. Nous devons travailler dur pour que ce mouvement pour le boycott soit une réussite. Nous devons construire l’organisation qui mobilise les électeurs à rester chez eux et à déserter les rues le jour du scrutin. Une sorte de Janvier 1960 bis. Ensuite, nous utilisons le succès du boycott pour pousser l’ordre du jour le plus important qui est le changement. A ce moment là, nous serons engagés face à face avec les représentants, les structures, les institutions, et les organisations du pouvoir dans un bras de fer intense ; et sans avoir les bases et les structures organisationnelles solides qui supportent et offrent un soutien inconditionnel nécessaire pour la victoire finale, le système vaincra et perdurera encore pour quelques années jusqu’à son effondrement éventuel de causes naturelles. Ce jour-là, non seulement le changement nous sera dicté, il prendra également la forme de réformes drastiques imposées directement sur ​​nous. Et vous savez quoi? Nous ne serons pas en mesure de dire non parce que nous n’aurons plus le luxe de pouvoir dire non.


Nombre de lectures: 263 Views
Embed This