DzActiviste.info Publié le sam 26 Oct 2013

Algérie: Ptit Saïd et les 60 violeurs !

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1001203_10201395666826730_487851636_nDjamaledine Benchenouf (@Facebook)

Jamais, depuis l’indépendance du pays, le régime qui dirige l’Algérie n’aura été aussi hermétique. Malgré la gravité de la situation, et les inquiétants soubresauts qui agitent ce régime qui a pris tout le pays en otage, les Algériens, y compris ceux qui sont très proches des cercles de décision, ne savent presque rien de ce qui se concocte dans le sérail, sur ce qui aurait été décidé pour la suite des évènements, et particulièrement sur les prochaines élections présidentielles.

Auberge espagnole !

Pourtant, très paradoxalement, jamais les « décideurs » du premier cercle de l’oligarchie n’ont été aussi nombreux. Ce qui aurait dû, tout naturellement, rendre la citadelle moins plombée. Ce n’est vraiment pas le cas, puisque nous ne savons rien, ou presque rien, de la sauce à laquelle nous allons être accommodés.

Et ainsi, en l’absence d’informations crédibles, nous n’avons pas d’autre choix que de spéculer, de conjecturer, de recouper des rumeurs, de tâtonner dans le noir. Nous n’allons donc pas nous en priver. Essayons donc de faire avec ce que nous avons, de coller des morceaux, des bribes !

La logique d’un tel système, qui a toujours gravité autour du cercle décisionnel du moment, a toujours été de corrompre, d’une façon ou d’une autre, toutes les personnalités un tant soit plus importantes qui gravitent autour de lui, mais sans les doter néanmoins de véritables moyens de pression, afin de les maintenir à la périphérie du noyau le plus décisif du pouvoir réel.

Or, durant son deuxième mandat, le président Bouteflika a résolument opté pour une démarche assez déroutante. Il a pensé que pour dépouiller les quelques généraux qui disposaient de la réalité du pouvoir, il fallait leur créer une forte concurrence en leur propre sein. Et ainsi, il s’est mis à nommer des généraux et des généraux majors à tour de bras. Plus de 200. Dans le même temps, profitant de la manne des hydrocarbures qui lui était tombé dans le giron, il se mit à acheter, en bon argent, la plupart d’entre-eux. Il se les a ainsi rattachés à son propre clan, et c’est de cette manière qu’il a pu agglomérer autour de sa personne un nombre impressionnant d’alliés naturels qui avaient le même grade que ceux qui lui faisaient de l’ombre. L’équation fut d’autant plus compliquée qu’un nombre important de ces nouveaux généraux avaient été dotés de fonctions qui en faisaient des acteurs qui pèsent. Ainsi, des dizaines de ces nouveaux généraux ont été placés à des postes particulièrement importants :

Responsabilités dans le Haut-Commandement, dans les Régions militaires, les Etats-majors, les directions de services spéciaux etc..

Nous ne connaissons pas leur véritable nombre, mais ils sont plusieurs dizaines dans tous les cas, à s’être imposés, avec plus ou moins de bonheur, dans le cercle très fermé de la décision. En fait, en cherchant à neutraliser le premier cercle du pouvoir, Bouteflika l’a ouvert à tous les vents, voire à une véritable cacophonie. C’est désormais une auberge espagnole, ou se bousculent de nombreux barons galonnés, tous entourés par des clientèles respectives, où l’argent coule à flots.

Le quatrième mandat avait été tricoté dans ses moindres détails !

Il n’est nul besoin d’être extralucide pour savoir qu’un régime de cette nature n’est viable que s’il fonctionne avec un nombre très limité de barons, même si ceux des autres cercles concentriques ne sont pas oubliés dans le partage du butin. Un tel système a besoin de trouver des solutions rapides à des situations de crise. Ce qui a toujours été le cas, au sein de ce régime, malgré les clivages et les conflits entre les divers clans.

Pourtant, malgré le nombre hallucinant de nouvelles têtes qui se sont engouffrées dans le cénacle, tout ce beau avait réussi à se mettre d’accord pour un quatrième mandat du Président. Le plan avait même connu, il y a quelques mois, un début d’exécution, puisqu’entre autres décisions prises, certaines figures de certains relais du régime ont été évincées du jeu, comme ce fut le cas de Belkhadem, Ouyahia et Soltani, tous trois à la tête de partis politiques dits de l’alliance présidentielle. D’autres réaménagements devaient suivre.

Mais un effet imprévu vint tout remettre en cause. Ce fut l’AVC du président. Déjà très malade, presque grabataire, le Président n’excercait presque plus ses prérogatives, qu’il avait cédées à son frère cadet. Il n’avait plus d’autre utilité, depuis 2007 ou2008, que de servir de façade institutionnelle à son frère, qui avait réussi à prendre le contrôle de larges espaces décisionnels. Notamment celui de la distribution de la rente. En plus des relations privilégiées qu’il avait réussi à tisser avec le premier décideur du pays, l’Etat français et les nombreux flibustiers français, de la politique, des services, et de la presse qui se sustentent à la mamelle algérienne.

L’AVC qui bouleverse le plan !

L’accident cérébral du président, particulièrement invalidant, avait donc grippé la machine à réélire. Mais les barons du régime gardaient l’espoir de le voir se rétablir, ne serait-ce qu’un tout petit peu. Tout ce qui était attendu de lui était qu’il puisse apparaître de temps en temps, et surtout de pouvoir faire une campagne électorale minima. Le problème est que la perte, sans doute irréversible, de ses facultés mentales ne permettent désormais plus d’envisager un quatrième mandat, puisque malgré ta totale absence de toute règle constitutionnelle dans l’exercice du pouvoir, ce régime ne pourra pas envisager des élections sans campagne électorale.

Il fallait donc trouver une parade. Mais il y a trop de gens au cœur du régime, pour qu’un consensus et un plan B puissent se dégager.

Si nous ne perdons pas de vue que la tête du régime est constituée de trois principaux barons, Said Bouteflika, le Général Mediène Mohamed dit Toufik, inamovible chef du DRS, et le Général Gaid Salah, patron de l’armée, il n’en demeure pas moins que les dizaines d’autres généraux qui disposent tous de formidables moyens de pression, et d’alliances entre les uns et les autres, qui se sont installées en autant de clans très puissants, ont leur mot à dire.

Déboulonnement du DRS contre parachute doré !

Et ainsi, comme de nombreux autres records sinistres qui distinguent ce malheureux pays, nous pouvons affirmer aujourd’hui que l’Algérie est le seul pays au monde à être dirigé par une oligarchie hybride, constitué d’une foule de généraux, et d’un seul civil, Said Bouteflika en l’occurrence, puisque son frère est hors-jeu. Le seul problème pour celui-ci est que sa situation tient à un fil. Si son frère trépasse, il passera tout aussitôt à la trappe.

Le régime en est donc là ! Dans une situation kafkaïenne où le véritable président est le frère du président en titre, et où les autres barons sont tellement nombreux qu’ils ne parviennent à se mettre d’accord sur rien.

Le général le plus rusé du triumvirat qui dirige l’oligarchie, et qui en a été le plus puissant, ce fameux rab dzaïr, n’a pas tardé à comprendre que la situation était intenable, et qu’elle ne tarderait pas à dégénérer. Redoutable manipulateur, mais bien plus réaliste que ses comparses, il a compris que l’heure était venue de quitter le navire, avant qu’il ne coule. Mais il ne pouvait pas partir comme ça, sans négocier un formidable parachute doré. Les deux autres membres du triumvirat ont donc appréhendé le départ annoncé de Toufik comme une chance de pouvoir récupérer sa part de pouvoir en quelque sorte. Ils lui ont donc demandé, avant qu’il ne parte, de prêter main-forte à la neutralisation de sa propre structure, le redoutable DRS, par une série de mesures, de restructurations et de chaises musicales. Cela a permis d’évacuer certains généraux, de délester d’autres de trop lourdes prérogatives, de déplacer des pouvoirs exorbitants vers les ministères de la Défense et de l’Intérieur, en les morcelant, et de rogner les griffes de certains patrons du DRS qui se voyaient déjà des décideurs de première importance.

Plusieurs options, aucun consensus !

Mais malgré ce tour de force de reconfiguration du DRS, que nous pensions totalement irréalisable il y a peu, les trop nombreux décideurs réels ne parviennent toujours pas à trouver une solution à leur problème. Et lorsqu’ils y parviennent, un tant soit peu, c’est la France qui ne l’est pas. Comme ce fut le cas, très vraisemblablement pour la candidature de Said Bouteflika aux prochaines présidentielles. La France aurait fait savoir que ce scénario n’est pas envisageable en l’état, et que cela pourrait ouvrir la boite de Pandore.

Ils en sont donc là, où à peu près !

A un certain moment, ils auraient opté pour le prolongement de l’actuel mandat présidentiel de deux années supplémentaires. Une outrance qui violerait la Constitution du pays. Encore qu’ils n’en sont pas à une violation près. Je serais prêt à parier qu’en la patière aussi, celle des viols successifs de la Constitution et du Droit, le régime algérien battrait tous les records. Mais là aussi la France aurait appelé à plus de prudence, à plus de manipulation, comme de recourir plutôt à un referendum populaire. Parce que la France et le régime savent très bien que toutes les élections en Algérie sont, de toute façon, totalement sous contrôle, et qu’il n’y a aucun risque d’effet pervers.

Une autre option serait discutée, qui aurait reçu la bénédiction de la France. Ce serait celle de trouver un candidat marron, qui accepterait de jouer un rôle de pantin. Le véritable pouvoir continuerait à être contrôlé par l’oligarchie, avec Saïd Bouteflika comme Vice-Président. Position idéale pour préparer son élection comme Président pour les élections de 2019.

Le rôle trouble de la France !

Les tractations seraient donc sur le point d’aboutir, entre l’option prolongation de l’actuel mandat de deux années, et celle de la désignation d’un président fantoche. Les élections ne seront, comme à l’accoutumée, qu’une simple formalité.

Il suffirait juste que le civil Ptit Saïd et les 50 ou 60 généraux qui occupent la cambuse se mettent d’accord sur la suite.

Nous en sommes là !

Et ainsi, dans un pays qui ne produit presque plus rien, dont les populations sont anesthésiées par des injections massives de masses monétaires et par une hyperconsommation débridée, toutes les logiques du régime ne reposent que sur un seul élément : l’argent de la vente des hydrocarbures.
On se laisse aller à imaginer ce que serait le terrifiant retour de manivelle si une guerre ouverte se déclarait entre les clans, ou si une conjoncture mondiale défavorable venait à priver ce régime d’une partie de ses moyens financiers.

On en arrive aussi à se poser des questions sur le rôle prépondérant que joue une certaine France dans la « gestion » de l’Algérie. J’ai bien voulu préciser qu’il est question d’une certaine France, parce que ce n’est pas toujours cette bien commode Raison d’Etat qui dicte la conduite de l’Etat français, mais bien souvent des intérêts personnels de nombreuses personnalités françaises qui fricotent au râtelier de l’oligarchie algérienne, à des montants à peine imaginables. Les barons algériens sont d’une générosité proverbiale, avec les « amis ».

Djamaledine Benchenouf (@Facebook)

Note: Certaines informations nous apprennent que le nombre de généraux qui « comptent » au sein de cette nouvelle configuration du régime seraient environ une soixantaine.


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