DzActiviste.info Publié le lun 11 Nov 2013

Algérie : quand sa prédation est appuyée par des professeurs et experts. Polémique

Partager

Par Cherif AISSAT

MF-Entretien-4-605x339Un étudiant en 1ère année en économie contre un expert international et Professeur des Universités : le tabou des analyses savantes et le totem de la compétence.

Mr Abderrahmane Mebtoul! Il fut un temps où je suivais vos contributions avec intérêt. Ce temps fût celui de ma timidité qui m’empêchait de réagir. Je ne savais pas que l’idéologie et la rationalité économiques pouvaient faire des dégâts dans certains raisonnements. En espérant que des étudiants même avec 14 fautes d’orthographe dans un mot oseront publier des opinions sur le contenu de leurs cours, niveaux des enseignants et oser polémiquer avec d’autres.

Motivation de cette polémique

La motivation de ce texte est indispensable. Polémiquer avec des ministres algériens est une perte sèche de temps parce qu’ils ont trois forces principales que je n’ai pas : ne pas avoir honte, ne pas mourir de ridicule et faire de la politique et cette dernière est une qualité rare.

Je vous le dis d’emblée : je vais désintégrer le concept de la marginalité économique, qui sera certainement sans effet, après mes parties de dominos et avec le sourire.

Cette polémique, même s’il y en a d’autres sujets comme la monnaie, sera assise sur deux sujets que nous avons abordés : les gaz de schiste (Shale gas) et l’accession de l’Algérie à l’Organisation mondiale du commerce (OMC/WTO).

Sur les gaz de schiste.
Le site Internet du Collectif euro-maghrébin anti gaz de schiste a repris votre contribution sur le sujet titrée : «L’investissement dans le gaz de schiste est-il une option fiable pour l’Algérie ? » et est visible à l’adresse http://cemagas.org/?p=944 . J’ai signé un texte sur le même sujet pour le journal électronique Maghreb Émergent qui a été repris par ce Collectif dans sa Documentation dans une forme insultante pour ses administrateurs: sans titre, ni cartes, ni tableaux. Sa version originale est :   http://archives.maghrebemergent.info/economie/78-idees/17560-exploitationi-des-gaz-de-schiste-en-algerie-lavenir-economique-du-pays-cote-a-lincertain.html.

Par subrogation, laissons les lecteurs les lire ou relire et nous en rendre compte dans leurs commentaires qui seraient éventuellement ouverts à cette contribution.

Revue des points de divergences et convergences de nos deux textes

Commençons par nos postscriptums. Dans le mien, j’ai assumé mon rejet frontal de la rationalité économique  et  du raisonnement marginal  tel qu’utilisé en économie. Entre parenthèse : le raisonnement marginal est une émanation du calcul différentiel en mathématiques qui, lui, se rapproche des écritures sacrées. Je vais à temps perdu après le jeu de dominos dont je suis un expert avec mon ami Waqui à Voujlil, les démolir à la manière des paysans de Kenenda dans la région amazighe de Tiaret avec, en kabyle, une thaqavouchth ou binette en français.

Dans le votre, c’est votre cv qui est étalé. HEC Montréal est une école prestigieuse. Sa revue de management n’apparait pas dans le SJR SCImago Journal & Country Rank.

HEC Montréal et l’espace intersidéral entre le Canada et ma patrie dans le domaine du savoir, compétition et performance

Je profite du fait que vous ayez cité cette École pour envoyer un messager à qui de droit. Dans sa vieille bâtisse, ses salles de cours ont des noms de villes comme Rimouski, Sorel Tracy, Rivière du Loup et j’ai un faible pour la salle Chicoutimi. Chaque salle a six écrans : deux dans le dos de l’enseignant, deux sur les murs latéraux, deux dans le dos des étudiants.  Le pupitre de l’enseignant ressemble à un tableau de commande d’une chaine de production numérique. Il y a aussi un téléphone qui permet d’appeler le technicien de permanence même le dimanche puisque des cours s’y donnent en fins de semaine. Les autres jours, les cours tirent jusqu’à 22h même s’il fait -35 degrés Celsius.

À HEC Montréal, la philosophie et l’anthropologie ne sont pas enseignées…Dans cette École, en général, un enseignant ne dira jamais à un élève que sa réponse est fausse ou mauvaise parce que c’est impoli et aussi peut-être que sa réponse est vraie.  Dans les examens, le contrôle d’identité des étudiants est obligatoire. La copie de l’étudiant est corrigée en fonction de ce qu’il a étudié dans le cours et rien d’autre. Il ne pourra pas arguer qu’il a fourni une réponse qu’il a lue dans un livre publié à Alger, Oran ou Bejaia.

Dans les travaux universitaires, plagier et ne pas citer ses sources conformément aux standards internationaux est un crime lèse-maitres et il ne viendra pas à l’esprit d’un étudiant et même d’un enseignant de ne pas le faire sinon il sera pris pour un illuminé et voleur, oui voleur!

Dans toutes les universités montréalaises, les enseignants sont notés par les étudiants en plénière et en son absence. S’il ne gaze pas, il sera remercié poliment et sèchement. À  HEC Montréal, un texte de notre compatriote, feu Rachid Mimouni, intitulé « Le cireur » est une lecture obligatoire en management.

En résumé, à HEC Montréal et même ailleurs, un cours est un produit commercial, l’étudiant est un client qui doit avoir pour son endettement et actuellement c’est une bulle spéculative au Canada. C’est un portrait un peu long, c’est un coût infime pour des indications sur la formation du capital-humain indispensable pour notre pays. Le lien entre ce bref topo sur HEC et les 14 fautes d’orthographe du début de mon texte devient implicite. Dit explicitement, en optant pour ce type de formation dans ce genre d’écoles, l’étudiant algérien sortira de son cauchemar : celui de faire des fautes qui lui seront inévitablement fatales et pour lui et pour la communauté.

Votre approche de l’exploitation des gaz de schiste dans notre pays

Sans l’être très, j’étais surpris que vous ayez pris d’emblée «dans la figure», le gros panneau de la nappe phréatique et de « l’Albienne? ».  Vous êtes d’accord avec moi que ce sur sujet, il y a un mélange de genres entre nappes phréatiques qui sont accessibles par des forages peu profonds et les eaux de l’Albien qui sont très (très) profondes. Je conviens avec vous que notre pays est classé water-stressed tout comme il est vrai que les volumes d’eau indispensables pour la fracturation hydraulique sont monstrueux. Comme par hasard, je vous informe que de nouvelles nappes d’eau douce ont été découvertes sous toute la plaque africaine. Même si la question de l’eau est centrale, dans le cas de l’Algérie, elle ne doit apparaitre que dans les aspects techniques liés à la fracturation après les questions fondamentales ensuite les essentielles.

Les questions fondamentales et essentielles se rapportent au modèle de développement économique, à la légitimité et la souveraineté de la décision qui ne doivent appartenir qu’au peuple Algérien. Sans dire que c’est du chantage, dans notre pays, les forages off-shore sont dans l’air du temps. C’est une façon de forcer l’opinion publique à accepter les forages de gaz de schiste dans le désert.

 Dans votre paragraphe 2, des chiffres alignés et des experts au panier

Dans une série de chiffres aussi douteux les uns que les autres, vous brossez un tableau numérique de l’État et non du pays. Votre texte est marqué par un nombre effarant de questions, vos points d’interrogation, ce qui a rendu pour moi sa compréhension assez ardue. Ayant travaillé sur les résultats de ma patrie, l’Algérie, et d’autres pays, j’affirme qu’ils sont absolument et intégralement faux du chiffre le plus à gauche au plus à droite et convertis en dinars sous-cotés, sous-évalués, ces résultats sont très longs : un milliard de dollars suivi de millions et milliers  fait 10 tera-centimes de dinars, soit des nombres à 13 chiffres!

Dans vos nombreuses contributions, vous avez une propension à citer les USA.  Comparer l’Algérie à ce pays est ridicule et qu’au pays de l’Oncle Sam, l’exploitation des gaz de schiste ne relève ni de l’État fédéral  ni des États fédérés pour une raison de droit. Les White anglo-saxons protestants (WASP) ont arraché le droit de la propriété privée y compris des sous-sols à la Mère-Patrie, l’Angleterre, par une guerre. Les Américains sont libres d’exploiter comme ils l’entendent leurs propriétés et la cupidité financière est une loi qui relève de la foi.

Vous citez des experts anonymes qui je l’espère pour notre pays ne sont pas comme ceux qui ont fait les calculs pour la Grèce.

Dans le paragraphe 3, j’avoue que je n’ai presque rien compris  

Vous avez écrit : « La rentabilité économique et par là le calcul des réserves, est fonction de la croissance de l’économie mondiale et de son modèle de consommation, de la consommation intérieure, des couts d’extraction et du transport, des concurrents et des énergies substituables. ». Cette phrase est extravagante ! en ce sens que vous sous-entendez que tous les pays vont téléphoner à nos ministres, généraux et Président pour leur communiquer leurs prévisions et qu’au niveau national, nous avons les compétences et les moyens pour calculer tous ces paramètres. Si l’inflation et le taux de chômage sont brocardés, que dire des autres chiffres.

Le bon sens, pas la rationalité économique et encore moins la politique, exige que l’Algérie fasse un bilan environnemental des exploitations déjà opérationnelles  dans les Sahara et Nord algériens. Elle aurait pu solliciter la Banque mondiale pour des études, et non évaluation, d’impacts dans le cadre de ses mécanismes prévus pour les projets de catégorie A et B liés à l’environnement. Cette action aurait été une œuvre de salubrité nationale et patriotique qui aurait rempli de joie le cœur d’un certain Messaoud Kechout, ses amis y compris ceux qui ne sont plus de ce monde.

Dans votre conclusion sur les gaz de schiste

Une phrase sous forme de question a attiré mon attention et dit : « [Mais] l’objectif stratégique pour l’Algérie n’est-il pas d’imaginer une autre gouvernance […] afin de réaliser la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures dans le cadre des avantages comparatifs mondiaux […]? ». En plus d’être d’accord avec vous, je vous reconnais cette persistance. Passons aux mots utilisés et leur compréhension par l’étudiant en 1ère année en économie depuis septembre 2013, c’est-à-dire il y a deux mois seulement, que je suis.

Le mot rente est utilisé pour les gains procurés par le loyer de la terre ou quote-part revenant au propriétaire dans une exploitation faite par les autres comme dans la culture et tradition des Khemmas en Algérie. J’ai des doutes quant à sa pertinence dans le domaine du pétrole sauf par un glissement ou perversion du sens.

Ma remarque va porter sur les « avantages comparatifs » sans les compliquer par « mondiaux ».  Ils ont été théorisés par David Ricardo pour déconstruire l’avantage absolu d’Adam Smith comme quoi tout le monde ne peut être d’accord. Je soutiens que ces objets théoriques sont applicables pour la production de biens et non pour un processus d’extraction pour les raisons élémentaires suivantes : 1) l’intensité du capital humain dans l’extraction et la braderie des richesses est faible comparée à celle dans la production de biens de consommation, 2) l’intensité capitalistique scindée entre les investissements algériens et étrangers produit deux retours sur investissement inversement proportionnels, 3) l’extraction est un processus destructeur s’il n’alimente pas des investissements compensateurs en prospérité et c’est ce qui est appelé le Deutch disease.

En face de l’avantage comparatif, Mr Mebtoul, vous oubliez justement de mentionner l’avantage absolu de certains Algériens, celui de prendre des décisions stratégiques un mot que je vomis et que vous adorez. Un concept, avantage absolu, si non défini devient un toc textuel. En laissant cette expression ainsi, les spécialistes et à raison douteront sur mon sous-entendu, les gens ordinaires avaleront facilement cette couleuvre. L’avantage absolu national est celui de pondre des décisions et lois sans débats, sans opposition; des lois faites à partir de copier-coller de celles de la France ou (mal) traduites de l’anglais du Royaume Uni  et des USA.

Sur l’accession de l’Algérie à l’OMC

Sur Algérie Focus, vous avez signé un point de vue titré : « les fondements des règles de l’organisation mondiale du commerce-OMC»; personnellement, j’ai signé une contribution pour le Centre de recherche en mondialisation titrée : « L’adhésion de l’Algérie à l’OMC : descente dans l’enfer du droit et de la concurrence ou catapulte vers la jungle du commerce mondial ». Laissons les lecteurs en bénéficier de nos informations complémentaires, repérer les différences et apprécier en fonction de leurs compréhensions.

Sans faire dans la rhétorique, l’OMC produit du droit au profit de ceux qui ont initié sa création, c’est-à-dire, et la précision est importante, les propriétaires des grandes entreprises qui ont actionné des États. À vous lire, le statut de la Nation la plus favorisée (NPF) est une faveur. C’est un statut qui se souhaite égalitaire entre partenaires de même niveau de développement. Pour les pays sous développés (PVD) comme le notre, ce statut est un pilon pour deux raisons simples : 1) les PVD sont les proies visées par les pays industrialisés en mal de marchés  et besoins de richesses, 2) les multinationales s’en moquent de la morale devant les profits. De plus, ce statut, est vidé de son sens par la guerre des monnaies et les mesures protectionnistes défensives de certains pays. Politiquement parlant, il est visible à travers la montée des nationalismes et socialement à travers l’augmentation des racismes en Europe surtout.

Je ne suis pas naïf pour croire que l’Algérie a les moyens de soutenir les procès qui lui seront intentés au sein de l’Organe de règlements des différends (ORD) de l’OMC. Autrement, dit, elle cédera sans que cela se sache du peuple, ces consommateurs consentants, au premier coup de téléphone ou message d’une ambassade occidentale à Alger. Votre lecture  économique de la NPF sans son essence  juridique adoucit cette arme. La NPF, et il faut appeler un chat un chat, est un droit pour la justice des marchés (!!!) qui fait partie des régimes internationaux liés à l’économie politique internationale. Cette justice s’obtient par la violence commerciale. Quant à la justice pour les humains, c’est circuler, il n’y a rien à voir.

Je vous rassure, je suis un mondialiste convaincu, pas du tout à gauche, conscient que ma patrie ni ne peut ni n’a les moyens de s’opposer au rouleau compresseur ultralibéraliste; je dois avouer seulement que je ne serai pas en deuil à l’éclatement de l’OMC.

Avec la crise actuelle, la guerre entre les Triades, ces trois zones que sont l’ALENA, l’Union économique européenne et l’ASEAN, le risque est patent. Avec l’accord de libre échange entre l’Amérique du nord et l’Europe qui est en exécution, les réactions populaires et sociales qu’il va susciter et la réaction de la Chine, une omelette planétaire est attendue!

Vous avez écrit : «L’ensemble de ces contraintes, imposées tant par l’Accord d’association avec l’Europe que de l’OMC peut arrimer l’économie algérienne à l’économie mondiale et jouer le rôle d’entraînement du développement économique et du progrès social ». Avec votre « peut », c’est un doute que vous introduisez. Sans faire dans l’empathie, en souriant, vous devrez penser par moments que c’est le contraire qui va se produire. Dans les écrits publiés par certains journaux électroniques africains, le « progrès social » est devenu un antichoc pour l’obtention du consentement populaire. Je soutiens que c’est l’écrasement de ma patrie qui est garanti.

La langue de bois ne permet pas de manger, voici quelques indicateurs sur ce qui attend mon pays pour cette Accession et non pas adhésion à l’OMC. En plus de la laitue sur la lutte contre les marchés informels :

  1. Dans les médias algériens, une histoire carbure bien : le commerce licite jusqu’à un passé récent et illégal du carburant depuis peu. De la frontière est, il a fait rapidement mille deux cent kilomètres pour se retrouver à la frontière ouest en oubliant les autres trafics humains, stupéfiants et autres avec affinités qui s’y déroulent. Seriez-vous d’accord avec moi que l’objectif final est l’augmentation du prix du carburant en Algérie parce qu’au Maroc et Tunisie, le marché de la distribution de ce produit est ouvert,  les prix sont plus élevés et surtout parce que ces deux pays ont pris le train de l’OMC en étant membres du GATT bien avant la Chine et la Fédération de Russie. Par cette agitation liée au carburant, les pouvoirs publics algériens donnent une même définition pour vessie et lanterne et après un gigantesque gaspillage de ressources, ils vont décréter que seule une augmentation pharaonique, peut-être graduelle, du prix est la solution.
  2. Pure conjecture : la mise à niveau des stations de Naftal a été faite depuis belle lurette. Les salariés de cette boite se verront faire beaucoup d’enfants dans le dos en transformant leurs cuves en gros jerricans parce que les futures stations de distribution seront offertes aux multinationales et en prime le péage autoroutier sur l’autoroute Est-Ouest.
  3. Mercedez, la firme allemande, a signé un accord pour une usine de production après le croche-business de Renault qui a déplacé son investissement nain de Jijel à Oran pour se rapprocher de celui de Tanger-Med et du port d’Oran. C’est à faire perdre son nord à toute personne qui essaie de comprendre un peu. Si l’Algérie a accordé sans grand bruit dans les médias cette faveur à l’Allemagne, c’est la négociation de l’appui de ce pays en faveur de l’accession de l’Algérie à l’OMC. Ce pays ayant sonné les cloches au notre lors de l’Examen périodique universel de 2012 au …Conseil des droits de l’homme de l’ONU en compagnie de l’Égypte. Les lecteurs ne doivent pas critiquer l’Égypte parce qu’un diplomate « ca fait son job » comme notre ancien représentant à l’ONU le fait actuellement dans le conflit syrien.

Docteur Abderrahmane Mebtoul, ce sera avec joie que je vous inviterai dans mon village natal Voujlil (Bejaia). Vous y mangerez une spécialité de chez-nous. Vous découvrirez un village succulent, des blagues et des surnoms à vous éclater de rire, vous prendrez un café avec nous tous en vous offrant un show de diminou avec mon ami Waqi avec une asymétrie de l’information effroyablement drôle.

L’Algérie est une boutique de luxe qu’il faut fermer pour des rénovations majeures.

Cherif AISSAT, étudiant en 1ère année économie à l’Université de Montréal.


Nombre de lectures: 2641 Views
Embed This

Commentaire



Laisser un commentaire

Displaying 6 Comments
Participer à la discussion
  1. Walid dit :

    M. Aissat, vous devrez aussi faire parraitre l’article en droit de réponse à l’interessé dans les quotidiens qui publient régulierement ses articles.

Laisser un commentaire

XHTML: You can use these html tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>