DzActiviste.info Publié le dim 5 Mai 2013

Algérie: sombres perspectives….

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Dessin de Dilem
Sur les réseaux sociaux, les spéculations vont bon train. Des gens supposés plus introduits que d’autres sont sollicités par leurs amis du Facebook, qui viennent aux nouvelles. Et des infos s’échangent ainsi, sous le manteau de la toile, les unes plausibles, les autres moins. On brode sur n’importe quelle déclaration, jusqu’à celles tout à fait formelles, aussi stériles que si elles avaient été émises par un robot, comme ce fut le cas après la déclaration récente du médecin personnel de Bouteflika. Car c’est de ce dernier qu’il s’agit.

Une guerre des tranchées qui risque de mal finir…

Ainsi, depuis que le Président Bouteflika a été évacué sur le Val-de-Grâce, c’est panique à bord, à Alger. Même ceux qui ont vendu la mèche, et qui ont balancé l’information, sur l’état de santé du Chef de l’Etat, sujet qui relève habituellement du secret d’Etat, ne savent plus s’ils ont bien fait. Ils étaient en guéguerre  depuis quelque temps, avec le clan présidentiel, et ils ont voulu le mettre dans la gêne, en révélant aux opinions publiques que celui qui se prépare à un quatrième mandat est dans un état plus qu’alarmant, puisque certains parlent désormais de destitution, pour raisons impérieuses de santé.

En vérité, ce clan qui s’active tant contre le clan des frères Boutef depuis ces derniers mois, avait augmenté le niveau de nuisance de ses attaques, jusqu’à évoquer le rôle de Saïd Bouteflika dans la gestion de la grande corruption. Ce fut un tournant dans le duel à fleurets mouchetés des clans les uns contre les autres. Jusque là, ils échangeaient des politesses par clients interposés, en livrant les frasques de ces derniers en pâture à une presse orientée, qui louvoie, entre les uns et les autres, et qui fait ce qu’elle peut, pour ne fâcher que ceux qui sont à terre, et qui ne peuvent plus rien contre elle. 
Mais cette fois-ci, un début d’attaque a eu lieu contre le cœur de cible du clan présidentiel, contre Saïd, le frère du Président, le personnage le plus puissant du régime, encore plus que le Président Bouteflika et le Général Toufik. Son importance est nourrie par le rôle occulte qu’il s’est attribué, et qui a fait de lui le véritable Chef d’Etat, depuis environ trois années, depuis que l’état de son santé du Président en titre, son frère aîné, s’est dégradé à un point où il ne se rend même plus à son bureau, depuis des mois. Et ainsi, de Conseiller très écouté de son frère, il a commencé à le remplacer, au pied levé, pour toutes les activités qui ne requièrent pas sa présence personnelle, puis de jour en jour, il s’est imposé dans la gestion de l’Etat, jusqu’à nommer lui-même, peut-être sans même consulter son frère, les Grands Commis de l’Etat, et surtout à distribuer la rente tirée du pillage systémique et systématique des ressources de l’Etat, aux grands barons du régime, et aux clientèles des premiers cercles. On dit même qu’il paraphe lui-même les Lois, Decrets et autres textes réglementaires, que le Président en titre ne fait que signer, sans même les lire. 
Faire partie de ceux qui désigeront le futur Chef de l’Etat…

Or, c’est lui, c’est Saïd Bouteflika, qui a commencé à être visé, ces derniers temps, par des journalistes spécialisés dans le tir groupé, contre des personnalités de premier plan. Ceux qui ont commandé ces attaques, même s’ils ont pris soin de ne pas aller trop loin, ont voulu faire, cette fois-ci, une sommation sans frais, comme pour avertir que ce serait la dernière avant l’ouverture d’hostilités autrement plus musclées. 
Ces gens ont voulu envoyer un message clair. Ils sont d’accord pour toute option, y compris celle d’un quatrième mandat, y compris celle de nommer le frère du Président au poste de Vice-Président, et ne voient aucun inconvénient à ce que la Constitution soit encore bidouillée,  mais à la seule condition qu’ils soient associés à toutes les prises de décision. 
Ils savent, pour faire partie de ce régime, que les privilégiés qui seront admis au cénacle des décideurs, pour désigner le futur Chef de l’Etat, feront partie, de facto, du premier cercle de ce régime, et auront donc droit aux plus grosses parts de butin, à un quota de Charges et de Postes pour leurs clientèles. Et comme le clan principal du régime, celui des frères Boutef, rejoint par de très importants généraux du DRS et Du Haut Commandement de l’Armée, refusait de se plier à ce passage en force, de nombreux généraux, des jeunes loups aux dents longues, alors ils lui montré, en s’attaquant à Saïd, qu’ils ne reculeraient devant rien, et qu’ils étaient déterminés à aller jusqu’au bout. Jusqu’à être admis au cénacle des Grands Initiés. 
Expectative…

C’est cela la situation. Sauf qu’une boite de pandore a été ouverte, qu’il ne sera plus possible de refermer. Il n’y a qu’à se rendre sur les réseaux sociaux, pour avoir une idée du malaise social qui pèse sur tout le pays. L’anesthésie générale dans laquelle les Algériens ont été plongés, à grand renfort de consommation débridée, et d’injections de grosses masses monétaires au cœur des couches moyennes, commence à se dissiper. Les Algériens découvrent qu’ils sont assis sur une poudrière, qu’il n’y a pas d’Etat, mais une Mafiocratie, que les démons de la violence civile peuvent se déchaîner sans que rien ne puisse les en empêcher. La masse des gens, qui jusque là ne s’intéressait qu’au difficile quotidien, commence à donner des signes de frémissement. Une nervosité qui n’augure rien de bon. 
Il semble qu’un effet pervers se soit  mis en oeuvre. Ceux qui ont vendu la mèche sur l’état de santé du Président Bouteflika doivent le regretter aujourd’hui. Ils ont déclenché un processus qu’ils ne contrôlent plus. Et le plus grave, est qu’ils ne sont plus un seul groupe, unis pour le pire, mais plusieurs cercles de pression, voraces et rendus fous par la proximité de l’immense butin qui est à leur portée. Ils s’affrontent les uns les autres, sans parvenir ni à se mettre d’accord, ni pour aucun parmi eux de liquider les autres, ou de de s’imposer à eux. Le Clan des frères Boutef, le plus puissant, parce qu’il détient les cordons de la bourse a pourtant un talon d’Achile qui le rend particulièrement vulnérable. Puisque Saïd n’a aucune légitimité, et que, même s’il exerçait presque toutes les fonctions de Chef de l’Etat, sauf celles protocolaires, il ne pouvait s’y déployer que dans l’ombre de son frère malade. Il dispose du nerf de la guerre, mais non pas du droit de visibilité. S’il déborde, ne serait-ce que très peu, de l’ombre de son aîné, il devient extrêmement menaçant pour l’ensemble du régime, en ce sens qu’il serait la preuve vivante que les Institutions du pays ne sont que de piètres façades.
La situation en est là. C’est l’expectative ! Tous les grands fauves se regardent en chiens de faïence. La France et les USA font de même et se gardent bien de peser sur la balance.
Les principaux barons du régime, ceux qui décident de tout, et qui décideront de qui sera le futur Chef de l’Etat, selon que Bouteflika soit admis à un quatrième mandat ou non, ne pourront pas parvenir à un consensus général, parce qu’ils sont trop nombreux aujourd’hui, et trop puissants, pour pouvoir se mettre d’accord. Trop d’acteurs, trop d’argent, trop d’intérêts en jeu.
Et un grand vide politique dans tout le pays.
La société civile n’existe plus, depuis que le régime l’a systématiquement remplacée par des succédanés de Partis politiques, de Députés et de Sénateurs marrons, d’une presse qui fonctionne à l’ordre de mission, de syndicats garde-chiourme qui fliquent les salariés, d’une Justice qui rend des verdicts dictés par téléphone, et d’une opposition qui ne parvient même pas à s’organiser. 
Le régime ou le déluge…

A Alger, c’est panique à bord. Tout le monde craint une étincelle, qui ferait sauter toute la cambuse. Ce serait une immense catastrophe, parce que le régime a éradiqué le sens même de la politique. Il a fait en sorte que c’est lui ou le déluge. Si les Algériens descendent dans la rue, ce ne sera pas une contestation politique pacifique et organisée, mais une explosion de violence débridée. Trop de haine a été accumulée.
Mais il ne faut présumer de rien. La situation est totalement imprévisible. Si les chefs de meutes se mettent un tant soit peu d’accord, et que l’Etat de santé de Bouteflika soit suffisamment rétabli, juste pour en faire une espèce de façade, alors il repartira pour un quatrième mandat, dont son frère assurerait l’essentiel des prérogatives. Saïd Bouteflika pourrait même être adoubé Vice-Président de la République, et la Constitution pourrait même être habillée de façon à lui permettre de remplacer officiellement son frère, en cas de décès, et de préparer son propre lancement, pour remplir officiellement les fonctions qu’il occupe tous les jours, depuis trois années.
Si ce scénario venait à se préciser, vous verrez alors les aboyeurs sortir des tranchées où ils s’étaient terrés depuis quelques jours, et où ils se gardent bien de donner le moindre avis. Vous verrez alors le FLN, le RND, et autres lécheurs de vaisselle venir hurler leur soutien indéfectible au frère Président, et se répandre en bénédictions sur lui, qu’ils appelleront à répondre à l’appel de la nation, et à se sacrifier pour ce pays qui ne serait plus rien sans lui. Vous verrez ces gens, qui auraient lynché eux-mêmes leur frère Bouteflika, s’il avait mis un genou à terre, vous les verrez verser de chaudes larmes.
Si par contre le consensus ne se fait pas, ou pire encore, si l’état de santé de Bouteflika s’aggrave, le pire serait à craindre. Parce qu’il serait très difficile, pour les clans, de trouver un candidat qui soit en même temps consensuel et suffisamment convaincant pour être imposé aux populations.
Il y a bien une solution qui pourrait rassurer beaucoup de monde, en même temps qu’elle pourrait mettre le pays sur les rails d’un nouveau départ. Elle se cristallise aujourd’hui en un homme. Une personnalité d’une haute tenue morale, et qui a réussi à ne jamais se compromettre avec la mafiocratie, alors qu’elle a exercé les plus hautes fonctions, autant dans l’Armée, qu’à la tête de l’Etat. Ce fut peut-être le seul Chef d’Etat qui a été élu sans fraude organisée. Mais il semble que son implication dans la marche des événements ne soit pas envisageable. Parce que cet homme, qui s’est retiré dans son Batna natal, où il observe le silence plus total sur la vie publique, a opposé un niet très vif à tous ceux qui ont sollicité sa candidature aux prochaines élections présidentielles.
Mais cette option serait tout aussi inenvisageable, parce que les barons de ce régime n’accepteront pas de le laisser passer. Il pourrait représenter une menace très sérieuse pour leurs intérêts. A plus forte raison qu’ils savent qu’il jouit, au sein même de l’Armée, comme au sein du peuple algérien, d’une vraie considération.
A moins qu’il ne décide de se porter candidat contre l’avis des décideurs. Ce qui ferait de lui le candidat du peuple. Si cela pouvait se produire signifierait qu’une lame de fond s’est levée, et que si le régime ne peut pas être changé de l’intérieur, il peut être chassé à tout jamais de la vie des Algériens, par un homme qui le connait dans ses tréfonds.
Attendons de voir ! 
Attendons que le ciel nous tombe sur la tête.
DB


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