DzActiviste.info Publié le mer 5 Sep 2012

Algérie: Un bref état des lieux.

Partager

                   
De nombreux observateurs étrangers se posent des questions sur la situation dans notre pays. Que s’y passe-t-il, et que va-t-il s’y passer ?
En vérité, les réponses sont très simples, même si certains analystes les décortiquent en autant de lectures alambiquées.

Le pays tout entier, corps et biens, est pris en otage par une oligarchie vorace et irresponsable.
Celle-ci croit avoir trouvé le moyen de pouvoir continuer à piller le pays, sans vergogne, et sans coup férir. Les caisses étant pleines, elle a compris une chose essentielle.
C’est que pour ne pas être importunée dans la mise à sac, il faut qu’elle constitue autour d’elle de nombreux cercles d’alliés naturels.
Et c’est ainsi qu’elle a délibérément, et systématiquement délié les cordons de la bourse, pour arroser le plus de gens possible. Non pas en créant de la richesse, en valorisant les potentiels existants, en dynamisant’agriculture, et tous les services qui pourraient devenir des pôles de rentabilité.
Non ! Parce que cela nécessiterait des politiques à moyen et long terme, et ne peut donc convenir à un régime qui ne cherche qu’à gagner du temps, pour éviter l’explosion généralisée.
Donc, cap sur des mesures populistes, tout à fait improvisés, dont les dividendes en termes de paix sociale se manifestent spontanément.
Augmentation des salaires des des militaires et membres de service de sécurité, à des niveaux hallucinants, octroi de micro-crédits qui ne seront jamais remboursés, importation débridée de véhicules de tourisme, à des chiffres incroyables, pour qui ne les connait pas, laxisme sur le commerce informel qui sévit sur tous les trottoirs du pays, laxisme sur la grande contrebande, au point ou des députés et des sénateurs sont devenus les barons de l’exfiltration du carburant en Tunisie et au Maroc, laxisme sur la corruption et encouragement de la grande corruption, au point où celles-ci sont devenues des valeurs civiles sources, et tant et tant de pratiques tragiques du genre, qui ont dévasté, peut-être de façon irréversible, l’échelle des valeurs des Algériens.

Le régime a donc tout misé, pour corrompre les Algériens, en faire des individus égoïstes, une société de chacun pour soi, et chacun contre tous, sauf contre les plus forts.
Tout est permis. Il n’y a plus de frein.
La seule situation rédhibitoire est de ce ne pas avoir d’appuis suffisamment puissants.
On connait, entre autres exemples, les cas de Sidi Said et Soltani, dans l’affaire Khalifa.
On sait comment a été étouffée l’affaire Zendjabil, où des généraux-majors, des Procureurs généraux, des Walis, des Chefs de Sureté de Wilaya, et des centaines de commis de l’Etat étaient mouillés jusqu’au cou dans le trafic du kif et de la cocaïne, en,collaboration avec des groupes du GSPC.
On sait comment l’un des barons les plus corrompus du régime, et qui a défrayé la chronique jusqu’à remplir les pages de journaux étrangers vient d’être reconduit dans le nouveau gouvernement, avec un portefeuille qui va lui permettre de donner la pleine mesure de sa prédation.
Les exemples comme ceux-ci ne se comptent plus. Ils sont la règle. C’est dire toute l’étendue du mal.

Mais le régime n’a pas fait que cela. Il a surtout fait en sorte, qu’au cas où, par des effets exogènes qu’il ne pourrait pas contrôler, une insurrection généralisée éclate soudainement, les insurgés n’auront aucune force plus ou moins constituée, plus ou moins organisée, derrière laquelle se ranger.
C’est cela le plus grave.
Le régime a réussi l’exploit de créer dans le pays, un désert politique.
Hormis les partis-maison, les syndicats maison, les organisations de masse-maison, il n’existe pas une seule force qui pourrait organiser et canaliser la contestation.
Certains analystes pensent que les islamistes pourraient être la seule force à pouvoir agglomérer l’insurrection autour d’elle. Cela est faux, dans l »absolu. Parce que non seulement les islamistes sont constituées de nombreuses mouvances, autour de non moins nombreux leaders, presque tous dévorés d’ambition démesurées,  mais en plus, si l’islamisme se révélera être cette seule possibilité de ralliement, cela deviendrait extrêmement contre-productif, et arrangerait bien les affaires du régime, puisque tous ceux, et ils sont nombreux, qui redoutent une prise de pouvoir par les islamistes, tomberaient tout naturellement dans ses bras.

Les choses en sont là, pour parler simple. D’un côté, une oligarchie, dont tous les membres sont parents par alliance les uns des autres, une véritable famille, prédatrice, machiavélique, capable des pires scénariis, et qui a réussi la gageure que même le colonialisme n’a pas pu obtenir, c’est à dire neutraliser toute possibilité au peuple de s’organiser contre elle, et de l’autre, un peuple complètement éclaté, une élite corrompue, ou dans le meilleur de cas, incapable de s’impliquer, une opposition virtuelle qui ne parvient même pas à se réunir.

Voilà où nous en sommes ! Le pays est en danger de mort. Et si cette paix de la corruption se prolonge, les générations futures trouveront un pays dévasté, divisé, déstructuré, où toute trace de civisme aura disparu des moeurs.
Dans un cas, comme dans l’autre, nous sommes mal barrés.

DB 


Nombre de lectures: 309 Views
Embed This