DzActiviste.info Publié le ven 14 Mar 2014

Algérie, un clic peut neutraliser un flic

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La « dream-team » est en place pour affronter la zone de hautes turbulences qui a gagné l’Algérie. Les fidèles des plus fidèles de « Boutef » sont nommés aux avant postes : Conseil constitutionnel, ministère de la défense, ministère de l’intérieur, FLN…. Mission : faire élire un président peu visible, quasi-silencieux, pratiquement immobile et dont le bilan est ponctué de scandales financiers.
Ils sont revenus, ils sont tous là, au chevet d’un pouvoir finissant, notamment Ahmed Ouyahia et Abdelaziz Belkhadem qui ont été tous les deux Premier ministre du président Bouteflika. Ahmed Ouyahia vient en effet d’être nommé directeur du cabinet du Président. Il retrouve le premier poste politique qu’il occupa, en 1995, sous le rêgne du président Liamine Zeroual, à l’époque où l’Algérie connaissait sa décennie noire. De même, Abdelaziz Belkhadem retrouve ses fonctions de ministre d’Etat et représentant personnel du Président. A noter que ce poste crée sur mesure par Bouteflika en 2008 ne visait qu’à brider le Premier ministre de l’époque … du nom  d’Ouyahia.  Lequel à l’époque ne voyageait jamais en dehors de l’Algérie (« en dehors d’Alger », disaient ironiquement certains), car chaque fois supplanté par Belkhadem. Ce dernier dont la ressemblance avec l’intégriste soudanais Tourabi, n’est pas que physique, a pour mission de rallier les islamistes en faveur du quatrième mandat. Attendons un peu pour qu’Ouyahia et Belkhadem, qui rèvent à un destin national, s’étripent pour le poste de vice président, si celui-ci, grace à une créativité institutionnelle qu’il faut saluer, est créé inextremis.
« Impossible », n’est pas Algérien.
Un mot d’ordre domine aujourd’hui du coté de Bouteflika: « la stabilité ».  Ce vocable est devenu synonyme, non homologué, de « stabilité dans la distribution des prébendes » et donc de « corruption permanente « . Le 12 mars, la première apparition télévisée d’Ahmed Ouyahia, à peine nommé directeur de cabinet de Bouteflika, se résume en « one idea show ». Ainsi commence-t-il l’émission en déclarant : « A ceux qui appellent au changement, je dirai qu’après le 17 avril, il y a le 18 avril et la stabilité doit être au rendez-vous ». D’un revers de main, il nie toutes les évidences, avec quelques perles en prime : « Bouteflika est en très bonne santé, le DRS ne fait pas de politique, l’armée est neutre et Bouteflika continue son sacrifice pour le pays en postulant pour un quatrième mandat ! ». Les Algériens qui croyaient que seul l’actuel Premier ministre, Abdelmalek Sellal, avait un humour involontaire et décalé, découvrent une féroce concurrence dans la gestion du déni et de la mauvaise foi. Autant d’éléments de la machine à gagner le pouvoir et à plomber le pays.
Pour autant, la réélection n’est pas un fleuve tranquille. Bouteflika a commis, involontairement une action positive. Il a réveillé la société civile qui s’organise contre ce fatidique quatrième mandat. Appels au boycot des élections qui ne peuvent être que truquées, selon certains, à l’instar du mouvement Barakat; manifestations de jeunes, d’intellectuels, dans tout le pays; dénonciations de cette mascarade, mais hélas, sans véritable contre-projet, du moins pour le moment. Des plateformes s’esquissent et qui ne peuvent s’inscrire que dans la durée.
Du Bouteflika bashing
D’autres même se spécialisent, à travers les réseaux sociaux, dans une dynamique un peu vaine de Bouteflika-Bashing. Dans sa détermination à défier les lois de la pesanteur et de la biologie, le clan présidentiel devient peu à peu un intégrateur négatif, qui rallie des gens très différents contre lui. Seulement après quinze années de pouvoir absolu, une opposition représentative tarde à émerger, tout comme la relève politique. L’immobilisme seul est en marche !
Cependant cette présidentielle n’est pas comme les autres. Le printemps arabe est passé par là, le monde a changé. De nouvelles chaines de télévisions privées existent. Les réseaux sociaux appellent à manifestations régulières.  Le net est bien le seul espace où un clic peut neutraliser un flic.
Même les soutiens traditionnels de Bouteflika se fissurent. Le quatrième mandat ne fait pas l’unanimité tant au Patronat que chez las anciens moudjahidines. Sans parler de l’organisation des enfants de Chouhadas (martyrs de la révolution) qui connait ses premières bagarres physiques. La répression jusqu’alors efficace ne peut être la réponse répétitive. Les policiers quadrillent les sit-in, les gendarmes perquisitionnent et ferment une chaine de télévision privée, Atlas TV, qui depuis le 11 mars diffuse l’écran noir le plus regardé au monde.
Un après Bouteflika houleux
Pour le clan présidentiel et sa dream-team, l’objectif est de faire du Bouteflika sans Bouteflika. L’astuce repose sur l’instauration d’une vice-présidence dont le prochain titulaire est certain d’accéder à la magistrature suprême sans être obligé de croiser un seul électeur, le rêve de tout improbable démocrate. Dream-team, répetons-le, mais s’agit-il pour autant d’une équipe de rêveurs ? Pour certain, c’est une équipe de survivors qui veut à tout prix éviter le dilemne qui pourrait les menacer: la valise ou la prison.
Si les élections sont tenues, c’est de nouveau face à face entre Bouteflika et Benflis, mais sans que cela soit un remake des élections de 2004. Dans ce duel, le présidant dispose de soutiens inédits : les opposants qui appellent au boycott, les sceptiques qui se sont toujours abstenu de voter pour des raisons d’hygiène de vie. La fraude sera plus facile. En revanche, Benflis est cette fois-ci déterminé à dénoncer l’imposture. Des sondages le donnent favoris.
Encore faudrait-il passer de la culture des interrogatoires à celle des sondages !

 MondAfrique


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