DzActiviste.info Publié le lun 1 Avr 2013

Algérie: Voter ou ne pas voter, c’est une question ça ?

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Avant, bien sûr…
Après, bien sûr…

par D.Benchenouf
Généralement, hormis quelques rares résistants, qui veulent avoir leur mot à dire, même s’ils savent qu’ils crachent en l’air, et ça va leur retomber sur la gueule, même s’ils refusent que les élections ne soient q’un cachet sur la carte de vote, qui permet de justifier n’importe quelle demande à l’administration, y compris pour avoir un toit, un emploi, un crédit, voire même le droit de créer un parking-racket sur une rue, personne n’accorde la moindre importance au vote à la mode algérienne. Pfff ! Ni les candidats qui savent que ce ne sont pas les électeurs qui les désignent, ni ces derniers, qui ne se font pas d’illusion sur leur choix. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs, que les bulletins nuls dans notre pays avoisinent des chiffres que je n’ose même pas dire.
Pourtant, le régime attache pourtant beaucoup d’importance au vote. Parce qu’il en a besoin ! Parce que c’est un rituel. Un peu comme un fantasme sexuel, où on dit des choses et d’autres, pour faire croire qu’on les pratique. Et ce sont les mêmes propensions à exagérer ses propres exploits. Jusqu’à s’oublier, jusqu’à devenir un autre…
Et c’est comme ça que le régime algérien, une pure association de malfaiteurs, en arrive à se prendre, vraiment, pour le digne héritier de la révolution de novembre. Pour reprendre ses propres termes.
Ces gens ne pensent pas à sauver les apparences, ni même à  faire oublier leurs propres turpitudes. Ils s’en foutent ! Ils sont dans une autre dimension. La seule chose qu’ils attendent des foules qui sont à leurs pieds est qu’elles aillent voter. Au moins à 20%. C’est tout ! Le reste est gérable. Le reste n’a pas d’importance. Juste 20% ! Parce qu’il faut un peu de foules dans les rues, dans les bureaux de vote, les habituels pauvres paumés du pays profond, qui n’ont jamais compris la différence entre le régime et la nation, et qui croient dur comme fer que l’un et l’autre sont indissociables.


La logique serait que de guerre lasse le peuple n’aille donc plus voter, comme à son habitude. Qu’il les laisse faire leur petite soupe, désigner leurs « représentants du peuple », leur président, et tout le reste ! Tout le menu fretin rnd, msp, pt, et fln qui grouille dans le filet. Qu’il les laisse creuser leur propre tombe, et celle de tout un peuple en même temps, tant qu’ils y sont. Encore que pour ce qui les concerne, ils sont parés. Demandez à Chakib où il habite, où habitent ses enfants, qu’elle est la langue qu’ils pratiquent, le drapeau qu’ils servent. Demandez-lui aussi de vous dire qui sont ses voisins. Qui sont ses associés, les copines de sa femme, et tous ceux, qui n’ont plus rien d’algérien, qui squattent les beaux quartiers de New York, de Las Vegas et d’ailleurs, où la possibilité de rencontrer un électeur algérien est statistiquement impossible. Quand Chakib parle en algérien chez lui, tout la maisonnée, et les invités avec, le regardent comme s’il était un indien. Pour eux, ce n’est pas une langue, mais une musique primitive. Ils sont là, bouche ouverte, et lui, il leur montre même des pas de danse, en faisant des grimaces de sauvage et en exagérant les onomatopées.  » Jib el bay, jib el bay, ana houwa ebbaha, ana houwa moulaha !  » Et eux, ils sont sans voix, devant cette évocation des temps primitifs, et ils disent : « Oh, Daddy ! Wonderful ! »

Personne n’ignore que le peuple algérien ne vote plus, qu’il a réalisé des taux d’abstention record, jusqu’à donner à l’évènement planétaire deux parlements successifs élus au plus bas taux de participation de l’histoire, malgré le bourrage et la fraude. Deux parlement élus à moins de 30% de participation de l’électorat.
Cela n’a pas gêné outre-mesure le régime. Que le peuple l’ait rejeté à 70% ne l’a même pas interpellé. Pfff ! Il ne manquerait plus que ça ! Qu’il accorde une quelconque importance à des absences. Non mais !
Et de la même manière qu’il a toujours désigné qui devait être le Président de la « République », qui devaient être les partis politiques autorisés, quels journaux devaient être viables, par la grâce de la sacro-sainte manne publicitaire, il a toujours su faire marcher l’exploitation, la ferme familiale, acquise par droit seigneurial. Parce que l’Algérie est leur vraie propriété. Celle des caciques du régime. Depuis 62. Aussi vrai que deux et deux font quatre.
Personne, ou presque, à part quelques naïfs attardés, n’ignore que le régime est une vraie mafiocratie. Et même plus, puisque tous ses barons, y compris ceux de cercles périphériques, sont parents les uns des autres. Ils sont une même famille, puisque depuis 1962, ils ne se marient qu’entre-eux. Ils ont tous un lien de parenté les uns avec les autres. Chaque membre du régime est parent à tous les autres. D’une manière ou d’une autre. C’est tellement vrai qu’il est impossible aujourd’hui de trouver un baron du régime qui n’ait pas de parenté avec un autre baron du régime. Impossible !
Et comme l’argent mal acquis et la mauvaise conscience sont des ciments très forts, ces gens sont donc devenus une sorte d’épidémie, dont les microbes sont mortels pour tout le monde, sauf pour eux-mêmes. C’est pour cela qu’il ne faut pas prendre toutes les simagrées qui ont cours en ce moment, et qui emplissent les journaux, au sujet de la grosse corruption, pour un conflit sérieux entre les clans. Il faut vraiment être simplet pour le croire, ou baltaji pour charcher à nous le faire croire. Ces histoires de gros sursaut salvateur, d’un DRS qui veut sauver la république, et la nation pour le même coup, puisque ce n’est pas la même chose, c’est vraiment prendre les gens pour plus cons qu’ils ne sont déjà. 
Wine rayah ya si Mohamed ? Wech tah’seb fina ? A ce point ? Et si au moins ces gros cons qui nous prennent pour des cons n’étaient pas eux-mêmes des concentrés de gosse bêtise acquise et congénitale dans le même temps! Parce qu’il faut vraiment beaucoup de catalyseurs pour arriver à un tel niveau de déchéance. 
S’ils pouvaient s’imaginer, ces outres emplies de miasmes puants, s’ils pouvaient comprendre que même confié à des cochons et à des rats, ce merveilleux pays aurait été plus heureux, et mené de meilleure façon que par eux, ils auraient alors su qu’on ne peut pas être plus bête, plus sale, et plus méchant qu’eux. Que leur présence à la tête de ce pays est en soi un critère d’éradication de toute compétence, de toute moralité, et de toute bonté possible. Ah, s’ils pouvaient comprendre que c’est leur seule présence à la tête de ce pays qui l’a précipité dans l’égout ! 
Non bien sûr ! Des microbes et des virus d’une même affection ne sont pas mortels les uns pour les autres. Ça se saurait sinon ! Et comment ! Ils n’auraient pas autant proliféré. Dans ce bouillon de culture qu’est devenu notre triste pays.
Donc, ces histoires de corruption qui sortent d’un coup, qui emplissent les médias, et qui nous annoncent la fin des temps, et qui nous laissent espérer l’avènenement du Mehdi espéré, c’est juste du tikherbichine.
C’est juste qu’ils sont dans une logique de « Je joue ou je fous la pagaille » (N’el3eb wella n’herrem)
Des clans périphériques, constitués majoritairement de quelques généraux, et de quelques nouveaux riches qui ne se prennent pas pour la merde qu’ils sont, veulent avoir leur mot à dire dans la désignation du futur Président. Ils s’en foutent de savoir qui ce sera. C’est juste qu’ils veulent qu’il sache que c’est à eux qu’il devra son mandat. De toute façon, sauf surprise, ils sont tous d’accord pour faire rempiler l’actuel perpétuel absent qui se fait remplacer par son frère. Lequel quidam pousse la fraternité jusqu’à parapher les décrets présidentiels, à négocier les grands équilibres, quel grand mot, à désigner les Ambassadeurs, et distribuer la rente aux « familles ». Ah, Cosa nostra ! Ah! Zebbela que bella !
Mais ils savent, ces trouble-fête qui foutent le feu aux poudres, ces derniers temps, qui font dire à leurs journaux, et même à leurs télés de pacotille, que la situation est grave, ils savent que tout ce tintamarre n’est qu’un échange de coups de fusil à blanc. Boum, boum ya degdoug! Re-boum, re-boum, nom d’un kelb ! Ahkem fi lehytek yeddine ezzeh !
Ils ont déclenché une tempête dans un verre d’eau, ces flibustiers du heu médiatique, parce qu’ils savent que ceux qui auront l’honneur de désigner la future façade de la vraie puissance, seront admis par la grande porte au cénacle de la grande bouffe. Celle qui se chiffre en milliards de dollars. Les quelques grands décideurs qui décideront qui sera le Président de l’Algérie, auront le sésame de la grotte d’Ali Baba. Avec l’option qu’ils pourraient devenir Ali Baba houwa bedhet. wassifète.
Non seulement ils seront les privilégiés du butin, mais ils feront partie de ceux qui décideront de son partage, de ses quotas, des règles de préséance, des nominations, et de tout ce qui distingue les maîtres de leurs chiens.
Il est donc question pour eux, de faire partie des maîtres  ou, à la limite, des chiens des maîtres, qui commanderont aux maîtres-chiens. Et ils mettent le paquet pour gagner le droit d’être admis au premier cercle, quitte à mettre toute la famille dans la merde. Leur avis dans la décision ou le déluge. C’est juste ça qu’ils sont en train de faire dire à leurs journaux, et à leurs télés!
Au moment où on leur dira que leur candidature est acceptée, et qu’ils ont été admis au diwan, tout ce cirque prendra fin. Plus aucun journal ne sera autorisé à évoquer le moindre scandale. Stop  sec ! Ahbess !
Chakib et les autres pourront enfin dormir sur leurs matelas de dollars, sans plus craindre d’être jetés aux chiens. Et les lecteurs des courageux journaux qui ont dénoncé les scandales pourront aller se recoucher, en attendant le bon plaisir de ces messieurs. En espérant qu’ils voudront bien se refaire une petite guéguerre, à cartouche « bla ». Plus question de réveiller les sales affaires, de faire mousser les grosses crasses. 
Ces gens qui foutent la pagaille en ce moment n’on rien contre la candidature de Bouteflika, de Hmida, ou de n’importe qui d’autre. Ils s’en foutent comme de leur première pute. Ils veulent juste faire partie des décideurs. Et donc, même s’ils sont d’accord sur le principe, ils veulent avoir leur mot à dire, pour avoir le ticket d’entrée à la table des grands vampires. Ceux qui sucent le sang du ghachi à la moto-pompe. C’est juste ça ! Seulement ça ! Leur marge de choix sur le président éventuel est plus large que leur propre connaissance de la situation. Qu’il soit trotskyste, salafiste, tratgiste ou kabrana des hamams, ils n’ont en rien à foutre. Puisqu’il filera droit, de toute façon, et à droite le plus souvent. Ils veulent juste savoir qu’il est végétarien, qu’il n’a pas de colonne vertébrale, qu’il sait à qui il doit son droit de fréquenter la cour des grands, et qu’il sait se rengorger, à la boum, pour la frime. 
Sinon, pour le reste, pour ce qui nous concerne nous, nous avons le choix entre deux possibilités. La première est de boycotter, et faire en sorte de créer un autre record inutile, celui du pays où le Président sera élu à moins de 20%, ou à peu près, c’est à dire juste le nombre des profiteurs en tout genre qui trouvent leur compte avec ce régime, et qui ne savent pas qu’ils sont embarqués dans un camion sans frein, lâché à toute vitesse dans une descente qui mène droit au mur du cimetière. Les 20% serviront de matière première, pour être l’assiette sur laquelle viendront s’étaler les couches de bourrage. 
La seconde option sera de nous organiser, de choisir un candidat du peuple, un vrai candidat, du vrai peuple, et de marcher tous derrière lui. En ordre de bataille !
Personnellement, je dis tout de suite que cette option est HS. Parce que ce régime n’est pas suicidaire et qu’il ne laissera jamais une telle éventualité prendre corps, parce qu’il dispose de millions de baltajias qui vont parasiter toute possibilité d’union du peuple, et aussi, parce que si jamais, on ne sait par quel miracle, la formule marche, le régime interrompra tout simplement le processus électoral, et même qu’il trouvera des super familles qui avancent, des patriotes républicains, et autres Khalida tartempion qui se feront ses avocats les plus passionnés, et qui nous assureront que cette annulation des résultats électoraux n’a été décidée que pour le bien d’une chose qui s’appelle la république, pour la sauver, et pour empêcher l’Algérie de retourner on ne sait où. Comme s’il était possible de descendre plus bas. Qu’importe si quelques années plus tard nous découvrirons que nos sauveurs n’étaient que de vulgaires pillards, doublés de criminels contre l’humanité, et qu’importe si même d’autres Khalida Tartempion deviendront elles-mêmes des pillardes, avec maroquins en sus. Qu’importe si ces mêmes Khalida tartempion deviendront des associés patentées, et notariées, d’autres mêmes pillards cachés sous la peau d’autres sauveurs qu’ils nous auront abondamment loués. En plus qu’au moins 90% des Algériens ne savent vraiment pas quelle est la différence entre une république, et une totoblique. Ni même ce qu’est une république, ou une totoblique.  
Ce ne sera donc pas facile !
Voter, boycotter ? A votre avis ?
Le choix est encore beaucoup plus difficile quand on sait, avec une certitude plombée par huissier de justice, que le résultat du vote est décidé par avance, et que le résultat du boycott ne sert strictement à rien, aussi considérable soit-il, puisqu’il ne change rien à l’affaire, et que si, par hasard, un lion pouvait sortir du chapeau, il serait illico capturé par la fourrière municipale, accusé de rage, et noyé, sans état d’âme, à la première flaque venue. Dans un tonnerre d’applaudissements d’une toute petite minorité qui serait bien plus audible que la grosse majorité qui se planque sous le hidjab de sa mère. 
L’histoire est encore fraîche, comme une tombe retournée, de gens qui s’époumonaient à nous dire des choses. Ah, comme il serait utile de les repasser en boucle aujourd’hui, de les réentendre sous un autre registre  dans un autre contexte, et après tant et tant de sang qui a coulé sous les silences. Où on verrait un Saïd Sadi sous ses coutures griffées, une Kalida dans tous ses états de service, à défaut d’âme, où l’on pourrait évaluer la fortune des sauveurs de la république, qu’ils ont constituée de la main gauche, pendant que de la droite ils passaient des foules d’électeurs potentiels au fil du poignard. Ah ! Combien cela serait instructif ! Mais làs ! Il est des leçons qui ne servent plus à rien. Parce qu’elles ne peuvent réparer les injustices, ni refermer les plaies, ni réveiller les consciences engourdies. L’un dans l’autre, à mon humble avis, à moins de miracle, on est foutus. Ce qui me fait le plus mal est que ceux qui sont les acteurs de nos malheurs   sont de minables petits profiteurs. Ils auraient été très heureux, en d’autres circonstances, s’ils avaient eu la possibilité d’être de petits proxénètes, dans un lupanar clandestin. C’est dire !
Le débat est donc ouvert. 
Voter, et se préparer dès maintenant ?
Ne pas voter, et se préparer dès maintenant ?
Faire la révolution, et se préparer dès maintenant ?
A vous !
DB


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