DzActiviste.info Publié le dim 13 Oct 2013

Algérie: L’islamisme est récent dans nos moeurs…

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Dans les années 60 et 70, dans toutes les villes algériennes, le mot islamisme n'était pas connu. Tout simplement parce qu'il n'existait pas, en dehors des Frères musulmans d'Egypte, dont nous entendions vaguement parler, et que des coopérants "techniques » égyptiens ont essayé de distiller, dans les Instituts islamiques fondés par Boumediène. Mais ça n'allait pas plus loin.

 

La mode la mini-jupe a fait fureur dans les années 60, les femmes allaient au cinéma, au théatre. Celles qui travaillaient ou qui étudiaient s'habillaient à l'occidentale. On disait "cifilizi". A la plage, elles se mettaient en bikini ou en deux-pièces, sans que ca choque quiconque, et sans que ca provoque des émeutes.

Les mosquées étaient beaucoup plus rares qu'aujourd'hui, et elles ne faisaient pas le plein même pour la prière du vendredi. 

Les bars pullulaient dans toutes les villes, et les gens qui s’y rendaient ne s’en cachaient pas.

 

Les gens avaient beaucoup de considération pour la religion, sans vraiment ressentir le besoin de la pratiquer, et ceux qui priaient jouissaient d'un immense respect. Parce qu'ils priaient vrai. Parce qu'ils ne priaient pas sous une quelconque pression sociale. Et ils n’avaient pas, pour autant, cette tâche sombre qu'on voit aujourd'hui sur le front, même pour ceux qui pratiquaient le "Kiyam el leyl".

 

Puis, pour des raisons trop longues et trop complexes pour être évoquées ici, ce fut comme une lame de fond qui se leva. Au début des années 80, apparurent les premières barbes, les kamis, la veste ou le blouson sur le kamis, le "nesfou essak", les adidas, l'ambre et le musc synthétique. Puis ce fut le hidjab. Petit à petit le phénomène se massifia, et déferla, jusqu'à devenir englobant, jusqu'à complexer les rares femmes qui continuaient de ne pas le porter. L'islamisme, qui avait su chuchotter jusque là, et s'exprimer de façon mieilleuse, se mit à vociférer. 

 

Le commerce des bondieuseries, des cassettes de Kechk, de littérature religieuse cassa la baraque. La société changea de fond en comble. Une nouvelle mentalité s'installa durablement, jusqu'à l'exaspération, jusqu'à l'entrée en politique de l'islamisme, jusqu'à ce que celui-ci menace d'emporter le régime despotique qui tenait le pays sous sa coupe. Celui-ci ne se laissa pas pousser à la sortie, et ce fut un atroce carnage.

 

Aujourd'hui, nous nageons dans l'islamisme, notre vocabulaire en est fortement imprégné, ainsi que nos us, et jusqu’à notre mode de pensée. 

On pourrait croire, après une si forte adhésion, que ce regain de religiosité est dû à un besoin de pureté, de foi, de retour aux valeurs les plus sacrées. 

Il n'en est rien !

Jamais l'hypocrisie n'a autant triomphé, ni le mensonge, ni la corruption, ni la débauche, ni les viols, ni la délinquance, ni encore moins le vice. Les faux-dévots ont pignon sur rue, ils égrènent leur énième pèlerinage sur la place publique, pendant que de l'autre main ils détroussent leurs coreligionnaires. Ceux qui ne pratiquent pas rasent les murs, et il leur arrive même, parfois, de faire semblant de prier. Presque tous les bars ont été fermés, par un régime qui veut récupérer cette juteuse aubaine de manipulation massive, mais les gens ne s’en adonnent pas moins à leurs penchants, de façon honteuse, en se cachant. Jmais les gens n’ont autant picolé. Des milliards de bouteilles de bière vides encombrent nos campagnes, partout où se retirent les adeptes de la dive bouteille, pour assouvir à la va-vite leur plaisir interdit. Parce qu'ils n'ont pas les moyens d'aller dans les rares établissements qui restent, et qui presque tous pratiquent des prix pour riches.

 

 

Et ainsi, dans ce pays qui a sacralisé ses dehors, mais qui baigne dans le vice, le régime a vite compris que s'il voulait survivre, il lui fallait islamiser ses dehors, voire même récupérer le juteux commerce de Dieu. Et il semble nous dire: "Pourquoi vous votez pour les islamistes ? Ce qu'ils vous promettent, je vous le donne ! Regardez comment nous allons tous à la Mecque, comment nous allons prier le jour de l'Aïd à la mosquée, comment nous avons fermé les bars, comment nous interrompons les films à la télé pour vous passer l'adhan, combien nous avons construit de mosquées, et quelle mosquée nous allons ériger, celle qui aura le plus haut minaret du monde ! " 

Ce qu'ils ne disent pas, ces barons du régime qui ont pris le train en route, c'est que pendant qu'ils caressent les fidèles de main droite, ils les pillent de la main gauche, entre un whisky et une prière. 

 

Mais rien n'est immuable, dans les sociétés. Ceux qui ont mon âge, ou même moins, ont vécu cette transformation radicale de leur mode de vie. Ils savent combien tout peut basculer, dans un sens ou dans l'autre, en un rien de temps. Reste à savoir si l'islamisation va aller vers son point d'exaspération, ou si elle va être prise de vitesse par le désir ambiant de vivre vrai, sans hypocrisie et sans étalages des dehors. 

 

Le temps nous dira, si nous sommes encore là !

 

D.B


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