DzActiviste.info Publié le sam 18 Fév 2012

Ali Laskri: « Quelle que soit l’option retenue, notre responsabilité est engagée »

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Convention nationale du 17 février 2012

Intervention du premier secrétaire, Ali Laskri

Chers amis, chers camarades

Bienvenue à la Convention nationale du Front des Forces Socialistes.

Nous sommes réunis aujourd’hui pour exposer la synthèse du débat qui s’est tenu dans le parti depuis maintenant un mois, autour des échéances politiques à venir.

Je suis profondément heureux, fier et rassuré de voir mon parti rassemblé et confiant pour aborder une étape importante dans la vie du parti et dans la vie du pays.

J’espère que ce soir, à la clôture de notre convention, nous serons plus conscients, mieux armés et une fois encore, capables d’assumer notre responsabilité devant nos compatriotes et devant l’Histoire.

Chers camarades,

La Convention d’aujourd’hui est d’abord un aboutissement; celui d’un débat préparatoire qui s’est déroulé pendant plusieurs semaines à travers toutes les régions du pays. Je souhaite vous en restituer un peu l’atmosphère, le contenu et ses lignes de force en attendant que la Commission politique du Conseil national vous fasse lecture du document de synthèse.

D’ores et déjà, permettez-moi de dire que cette expérience et cette initiative inédite et pionnière tant dans son contenu que dans sa démarche et dans ses implications politiques, est une première dans le paysage politique de notre pays.

Notre ambition est que tout ce qui a été fait pendant ce mois sera capitalisé à la fois par notre parti mais également par toute la société. Nous espérons qu’il sera un vrai apport à la culture politique dans le pays, à la culture démocratique et citoyenne et un vrai apprentissage de la gestion pacifique des conflits.

Pour tout dire, les conditions de préparation de la Convention sont pour nous aussi importantes que la Convention elle-même.

 Chers amis,

Nous nous sommes donné le temps et les moyens de pratiquer effectivement l’ouverture ; de sortir autant que faire se peut, des logiques d’appareils, de la bureaucratie et des sectarismes.

Les militants et les cadres du FFS se sont investi dans un exercice politique à bien des égards exemplaire ; un exercice d’organisation, de communication, d’animation et d’explication.

Je peux dire que déjà à ce stade, ce débat a fait renaitre l’espoir au sein du parti et nous l’espérons au delà. 

A toutes celles, et tous ceux qui se sont impliqués dans cette initiative pour l’approuver ou la critiquer ; à toutes celles, et tous ceux qui ont contribué par leur action à diffuser et populariser cette initiative, le FFS dit « merci ».

Chers amis,

Le FFS a voulu que ce débat dépasse le cadre strictement partisan, il a essayé de mettre à la disposition des participants au débat et de l’opinion publique, les informations politiques les plus impartiales et les plus sérieuses possibles, comme il a exposé les arguments et les analyses de la commission politique de son conseil national dans un document de synthèse destiné à discussion et enrichissement.

L’ensemble des structures du FFS s’est impliqué ; jusqu’à l’échelon de la section, dans le pays et même au sein de l’émigration. Les nombreuses contributions individuelles ont été prise en compte dans l’élaboration du document de synthèse.

Initialement le débat devait se dérouler autour des échéances en général ; mais concrètement, le débat a concerné principalement voire exclusivement les élections législatives.

Cela est à mettre sur le compte des contraintes temporelles, mais surtout du fait que la position traditionnelle du FFS concernant cette échéance semblait inscrite dans le marbre et que toute remise en question relevait du tabou. En définitive, les militants du FFS ont assumé dans une sérénité remarquable, des opinions divergentes voire concurrentes.

Les discussions et les échanges sur le prochain scrutin ont permis de lever un malentendu.

Il est apparu que la participation ou le boycott de l’élection législative ne constituaient qu’un aspect subsidiaire d’une problématique fondamentale et beaucoup plus large : la transition démocratique en Algérie en ce moment particulier de la situation nationale, régionale et internationale.

Chers amis, chers camarades,

La commission de stratégie politique du Conseil national a procédé à une analyse exhaustive de la situation politique globale et des rapports de force. Aussi je me permettrai de concentrer mon propos sur 3 aspects directement en liaison avec ce qui nous réunit aujourd’hui : les « réformes politiques » du pouvoir, les élections législatives et une notion qui nous est chère : l’éthique politique.

Que peut-on conclure à propos des réformes ?

Pour rappel elles concernent la révision de la loi électorale, la loi relative aux partis politiques, la loi sur les associations, la loi sur la représentation des femmes dans les assemblées élues, et la loi sur l’information.

Tout a été dit sur leurs conditions d’élaboration et d’adoption ; nous n’y reviendrons pas.

Il m’apparaît évident qu’elles peuvent être assimilées à une révision constitutionnelle qui ne dit pas son nom. Est-ce innocent ? je ne le sais pas comme je ne peux que conjecturer sur l’agenda politique qui nous est imposé.

Nous pouvons noter qu’il existe un décalage et un déphasage entre le cadre législative et le jeu des forces politiques réelles ; de même qu’il existe un déphasage des réformes avec la conjoncture politique nationale voire régionale et internationale.

Nous pouvons également noter que ces réformes s’intègrent dans une politique de containment des forces populaires par le régime. Cette politique globale s’articule autour des axes suivants :

  • Politique d’ « assainissement » (« lutte » anti corruption, répression de pratiques religieuses, répression des harragas…)
  • Mesures salariales pour acheter la paix civile
  • Remobilisation de la société civile du pouvoir et instrumentalisation du CNES
  • Instrumentalisation du patronat privé dans la « tripartite »
  • L’affligeant épisode de la commission Bensalah

Je voudrais souligner une fois de plus que ces lois ne représentent que les aspirations du pouvoir, elles n’expriment pas le rapport de force réel dans le pays ; elles introduisent des rigidités supplémentaires dans le fonctionnement des institutions.

Je voudrais insister sur le fait que ces réformes ne permettent pas de prévoir la pratique ultérieure du régime. Dois-je rappeler pour exemple que c’est au moment où les réformes politiques de 1989 ont été promulguées que le pouvoir a choisi de légaliser certains partis avec les conséquences que tout un chacun connait. D’un côté on prend des mesures politiques d’ouverture quand en catimini, on mine le terrain pour programmer et préparer la confrontation.

Chers amis,

Alors que la situation actuelle est caractérisée par une délégitimation de l’autorité politique et des autres formes d’autorités, permettez moi de  formuler quelques questions qui me paraissent intéressantes :

Ces réformes sauveront elles la face du régime ?

Le verrou des réformes suffira t’il à sauver le pouvoir et le régime ?

Les réformes permettront-elles une adaptation et un fonctionnement effectif du système politique ?

Joueront-elles leur fonction politique première, à savoir, restaurer une crédibilité internationale mise à mal par des décisions aventureuses et conforter sa position régionale ?

Chers amis,

J’en viens maintenant aux élections législatives.

Nous sommes bien conscients que l’élection législative constitue habituellement un enjeu politique mineur au regard de l’organisation et du fonctionnement des pouvoirs ainsi que des rapports de forces politiques réels dans le pays.

La conjoncture internationale, son impact sur la région et singulièrement sur le pays, introduisent de nouveaux paramètres dans l’équation politique algérienne et la problématique de l’élection législative.

Pour nous, une éventuelle participation à ces élections n’implique en aucun cas un consensus sur les règles du jeu politique tel qu’il se joue actuellement.

Elle n’impliquerait pas non plus, que les autorités aient donné suffisamment de garanties quant aux pluralismes, aux libertés et encore moins à une possibilité réelle d’alternance. Une mission d’observation internationale, préparée 3 mois avant le scrutin, peut s’avérer nécessaire et utile mais en aucun cas suffisante.

On ne peut même pas exclure un effet paradoxal de cette observation : devenir la caution rêvée à un processus qui porte le sceau de la fraude politique.

Nous savons également que la prochaine élection législative est intégrée dans les scénarios politiques menant au scrutin présidentiel à venir; scénarios qui relèvent de la politique fiction tant sont grandes l’opacité et l’incertitude, sur le rôle des diverses institutions de l’Etat.

Que peut-on craindre de ces élections ?

Si les élections législatives paraissent constituer un enjeu mineur dans le jeu institutionnel, sur le plan politique, il peut en être tout autrement. Rappelons-nous qu’en janvier 1992 la dissolution clandestine de l’Assemblée et l’annulation des élections législatives ont, avec la démission du président Chadli, fondé le trépied d’un Coup d’Etat au coût humain, politique et économique exorbitant.

Nous pouvons aussi craindre que le régime persiste dans la logique des alternances claniques et se refuse à toute intégration des forces politiques représentatives, à toute ouverture démocratique.

Le parlement demeurerait alors le lieu de structurations de nouvelles alliances claniques, une chambre d’enregistrement des décisions du pouvoir ; ce qui accélérerait la déliquescence de l’autorité de l’Etat, maintiendrait le dialogue social dans la rue et la violence.

Que peut-on alors espérer de ces élections ?

Il n’est pas trop tard pour qu’elles constituent une voie possible pour initier le changement démocratique et à terme un mécanisme constitutionnel plus transparent, plus prévisible, donc plus rassurant. Un mécanisme qui replacerait la souveraineté populaire au cœur de la légitimité politique.

Il est encore possible qu’elles permettent l’élection d’un parlement représentatif où un début de pratique de séparation des pouvoirs serait envisageable et où la responsabilité politique aurait droit de cité.

Le plus important à nos yeux : le contexte actuel fait peser des menaces réelles sur le pays.

Nous pouvons espérer que des élections ouvertes constitueraient une contribution non négligeable à la sanctuarisation du pays, à sa sécurité nationale et à sa souveraineté.

Chers amis, chers camarades,

Voici venu le temps pour moi d’aborder le temps de l’éthique humaine et de l’éthique politique qui en est une partie fondamentale.

Le problème de la fin et des moyens, de la complexité des situations a accompagné le FFS tout au long de son parcours ; le combat du FFS s’est toujours voulu éthique depuis sa création, un jour l’Histoire en témoignera.

A l’orée des années 90, alors que le pays tentait l’expérience de la transition démocratique, le mot d’ordre « Ni Etat policier, ni République intégriste » exprimait la tentative de concilier la fin et les moyens dans la stratégie politique. Une stratégie qui consistait à maintenir l’équidistance entre deux extrémismes pour garder ouverte la perspective démocratique et concrétiser l’autodétermination collective et individuelle des algériennes et des algériens.

Le FFS a toujours revendiqué la démocratie comme but et comme pratique; développant son action dans le respect de ses principes.

Aujourd’hui, la contradiction de base se pose avec une acuité particulière à travers la participation ou le boycott des prochaines élections.

Cette contradiction, nous devons l’affronter ! 

Pour faire un choix en toute conscience, nous devrons répondre en toute clarté aux questions suivantes :

Quelle est l’option qui préserve la souveraineté du pays ?

Quelle est l’option qui fera avancer le mieux le processus démocratique ?

Quelle sera l’impact de notre décision sur nos militants, sur l’opinion nationale et l’opinion internationale ?

Le débat qui a préparé cette convention a été exemplaire de ce point de vue, il a précisé les termes de la contradiction; il a ambitionné l’exercice de la responsabilité individuelle de chacun de nous et va nous permettre d’exercer notre responsabilité collective.

Chers amis,

La décision n’est pas encore arrêtée. Nous aurons à le faire bientôt.

Pour les uns cette décision paraîtra peut-être provocante, hasardeuse, à courte vue, voire contraire au but recherché. Pour les autres, elle pourrait se justifier par un raisonnement stratégique correct, même s’il est paradoxal.

Oui, à l’évidence cette décision comporte un risque ;

Oui, il n’y a pas de risque zéro.

Quelle que soit l’option retenue, notre responsabilité est engagée. Nous ne pouvons ni éviter ni contourner et à plus forte raison effacer ce risque. J’insiste sur cela, c’est valable pour la participation comme pour le boycott ; le risque d’échec est réel. Dans cette phase du processus en cours, le pouvoir veut-il, mieux encore, peut-il apporter les garanties ? Des garanties internationales sont-elles envisageables ? Nous même en tant que parti, sommes nous en mesure de garantir le succès de l’une ou de l’autre option ? Notre décision entraînera-t-elle un renforcement ou apparaîtra-t-elle comme un affaiblissement du parti ?

En tout état de cause, le risque est compensé par la perspective de donner une chance au changement et à l’ouverture démocratique. Une chance à notre pays, à sa souveraineté et à son avenir.

Jusqu’au dernier moment, le débat se poursuivra dans les instances du parti et ne sera tranché sur le fond que lorsque le temps politique l’exigera.

En tout état de cause, et dans la situation actuelle, je souhaite que la décision finale du parti réponde à une éthique qui puisse déboucher sur l’action, à une éthique qui puisse déboucher sur une dynamique politique et sociale féconde.

Soyez assurés que quelle que soit sa décision, le FFS ne renoncera jamais à ses engagements primordiaux. En toutes circonstances, il veillera à garder son autonomie de décision et d’action.

Chers amis,

Décider c’est agir. Décider c’est parier. Aujourd’hui comme hier, nous sommes prêts à prendre le pari démocratique. Comme en 1992, en 1995, en 1999 et en 2002, parce que ce sont des paris démocratiques, des paris valables. Nous prendrons le pari du cœur et de la raison.

Ce qui se joue aujourd’hui, ce n’est pas le succès ou l’échec électoral. C’est une prise de décision politique qui veut, dans le cadre d’une stratégie globale, restituer leur pays, leurs vies et leur avenir aux algériennes et aux algériens.

Merci pour votre attention.


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