DzActiviste.info Publié le jeu 27 Mar 2014

Ali Mebroukine : Honte à Yacef Saâdi !

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Ali Mebroukine : Professeur d’enseignement supérieur

Ali Mebroukine : Professeur d’enseignement supérieur

Le révisionnisme à l’honneur

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texteL’ancien chef de la Zone autonome d’Alger vient de commettre, au soir de sa vie, l’irréparable en jetant l’opprobre sur l’âme et la conscience de la révolution algérienne, en la personne de Larbi Ben M’ hidi.

En accréditant la thèse selon laquelle un des héros de la Révolution  (avec Abane Ramdane) n’aurait pas tiré une seule balle contre l’occupant colonial, Yacef Saâdi poursuit, impavide, son entreprise de démolition des constituants essentiels de la mémoire collective algérienne. Il y a quelques années, de façon ubuesque, il avait cherché à remettre en cause le rôle irrécusable de grande révolutionnaire qui fut celui de Louisette Ighil Lahriz, qui portait encore les stigmates des tortures abominables que lui avait infligées la soldatesque du funeste Paul Aussaresses.

Il y a quelques semaines, c’était au tour de la sénatrice Zohra Drif de subir ses foudres de la façon la plus scandaleuse qui soit, en ce sens que l’ancien chef de la zone autonome d’Alger invoquait l’existence de documents notoirement apocryphes, émanant des services de renseignement français spécialisés dans la désinformation, pour accuser une authentique moudjahida de collusion avec l’ennemi et de trahison de certains de ses compagnons. Aujourd’hui, il franchit le Rubicon en s’en prenant à celui qui a incarné au plus haut point, à l’instar de Abane Ramdane, les espoirs de tout le peuple algérien et suscité l’admiration des plus hauts dignitaires de l’armée française qui se sont inclinés devant son héroïsme et sa pureté révolutionnaire.

Autant que Abane Ramdane qui s’était toujours défié de Yacef Saâdi et qui sera assassiné par les siens pour avoir tenté de briser net la dérive prétorienne du FLN/ALN, Larbi Ben M’hidi reste le symbole le plus achevé de l’esprit de résistance du peuple algérien aux envahisseurs et à leurs fidéicommis locaux, de quelque lieu qu’ils viennent et de quelque civilisation dont ils se réclament. Si demain, à Dieu ne plaise, l’Algérie devait être le seul pays à s’opposer au projet de démantèlement et de segmentation du monde arabe, elle le devra à l’esprit porté par une flamme inextinguible avec lequel Larbi Ben M’hidi a su organiser la lutte algérienne contre le colonialisme français.

Au demeurent, si les successeurs de Houari Boumediène (exception faite de Mohamed Boudiaf et de Liamine Zéroual qui ne furent que des hôtes de passage au sommet de l’Etat) avaient été imprégnés de l’esprit de l’ancien chef de la Wilaya V, l’Algérie serait aujourd’hui aux avant-postes de tous les pays de l’espace méditerranéen ; elle ferait partie des émergents et même serait en train de frapper à la porte du monde développé pour y revendiquer une place parmi eux.  

C’est grâce à Larbi Ben M’hidi décédé prématurément(le 4 mars 1957) que la Révolution algérienne a pu poursuivre son cours alors que nombre d’événements s’étaient ligués pour en contrarier le terme : le polycentrisme du FLN/ALN, l’alignement des gouvernements français sur les thèses défendues par les ultras de l’Algérie française, la lassitude du peuple algérien recru de souffrances et d’épreuves, 130 ans durant.

Ce n’est pas un hasard si l’Algérie apparaît aujourd’hui comme le moins malléable des pays arabes ; ce n’est pas seulement parce que la génération de Novembre a conquis de haute lutte l’indépendance nationale, c’est aussi parce que des hommes exceptionnels de la trempe de Larbi Ben M’hidi et d’Abane Ramdane ont inscrit dans le marbre de l’histoire algérienne le refus de tout compromis sur la souveraineté algérienne et l’intégrité territoriale (au moment où se pose la question de savoir à quelles officines étrangères obéissent certains clans du pouvoir algérien). N’en déplaise à quelques universitaires de salon, confortablement installés à l’étranger et qui n’ont jamais cru en ce pays, il est exclu, quelque évolution que puisse connaître la situation interne de l’Algérie, que celle-ci puisse subir le syndrome somalien, centrafricain ou yéménite ; tout prosaïquement, parce que Larbi Ben M’hidi a su laisser une mémoire vivante au sein de la conscience collective algérienne qu’aucune vicissitude de l’histoire ne saurait altérer.

Honte à Yacef Saâdi qui, en voulant flétrir l’image de l’homme le plus illustre de la révolution algérienne avec lequel ni l’Emir Abdelkader ni le père fondateur de l’Etoile nord-africaine, Messali Hadj, ne peuvent soutenir la comparaison, s’est avili lui-même, se rappelant, à son insu, à la vigilance de l’historien. Celle-ci continuera de s’exercer aussi longtemps que l’on n’aura pas percé les mystères de la vie et de la mort des uns et des autres, des inspirateurs et des exécutants de la Bataille d’Alger, entre autres Yacef Saâdi, Maurice Audin, Ali Boumendjel, Fernand Yveton, Badèche Ben Hamdi et singulièrement Larbi Ben M’hidi dont le repaire, situé Rue Claude Debussy, où il sera arrêté par les paras de Bigeard, était censé être une serrure à secret.

Ali Mebroukine : Professeur d’enseignement supérieur.

 

El Watan


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