DzActiviste.info Publié le dim 15 Fév 2015

Ali Yahia Abdennour. Le pouvoir en phase terminale prépare sa succession

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ali-yahia_1969822_465x348La conquête du pouvoir par des moyens non démocratiques est un fléau politique

Les institutions politiques issues de la fraude électorale sont illégitimes. Le système politique, qui a privé le peuple de sa souveraineté et l’Algérien de sa citoyenneté au sens plein et entier du terme, n’a pas attendu que le pouvoir lui soit donné démocratiquement par les urnes, il l’a pris par un coup d’Etat, par les armes, puis par les urnes. Le peuple algérien est détenteur de la  souveraineté nationale et personne ne peut l’exercer à sa place.

Du coup, tout le monde est placé en porte-à-faux entre cette souveraineté du peuple et l’illégitimité de quiconque prétend l’exercer à sa place. Où est la souveraineté du peuple, où est la citoyenneté  de l’Algérienne et de l’Algérien ? Les élections sans surprise, dont les résultats sont connus d’avance, qui ne garantissent pas la sincérité du scrutin, ne sont qu’une mascarade, car la voie des urnes est faussée et le suffrage universel perverti.

Des clans du pouvoir se sont emparé de pans entiers du pouvoir politique, stratégique, économique, exercent une influence déterminante sur la politique du pays, sans aucune légitimité. La politique s’invite sur la scène publique et nous réserve des surprises. Les dirigeants à l’ego démesuré ou surdimensionné polluent la vie politique. Les partis, vieux routiers de la politique, qui se sont accaparé du pouvoir par des élections truquées se parent de toutes les vertus, alors qu’ils cultivent la culture de l’échec qui se concrétise par un bilan catastrophique que le peuple ne cesse de condamner par son indignation.

Les Algériens sont de plus en plus exigeants en termes de droits politiques et tout doit être fait pour les traiter avec hauteur de vue, pugnacité, lucidité. Pour être écouté et entendu, le peuple doit chercher des solutions originales aux maux engendrés par la dictature. Il faut ouvrir les yeux sur ce qui se passe dans le pays, pour se rendre compte qu’il est dangereux de continuer dans la même direction, quand on a fait fausse route qui mène à l’impasse. Il faut parcourir l’Algérie profonde, tendre l’oreille et écouter ce qui se dit, à savoir que les Algériens dans leur très grande majorité remettent en cause un pouvoir illégitime qui a engendré la dictature. Le pays s’enlise dans le statu quo et l’immobilisme.

Remonter des conséquences aux causes, c’est ne pas confondre buts et moyens, c’est investir dans la compétence, c’est se réapproprier les leviers du pouvoir avec détermination. L’idée que l’opposition nationale puisse arriver au pouvoir de manière démocratique fait son chemin, prend consistance. Elle réunit différents courants politiques, sociaux, culturels et est consciente de la situation critique du pays et a la capacité de remettre debout la nation.

Le pouvoir, le président de la République en tête, dépend toujours de l’armée.

Les quatre élections de Bouteflika à la magistrature suprême n’ont pas dépendu du choix du peuple consacré souverain par la Constitution, mais de celui des décideurs de l’armée qui lui ont assuré à chaque élection une victoire à  la Pyrrhus sans risque et sans gloire. Le scrutin pour l’élection du président de la République n’est qu’une cooption par les décideurs de l’armée, suivie  d’une parodie d’élection digne d’une république bananière. Le DRS, qui est l’instrument idéologique d’oppression et de répression, fidèle à ses principes et à ses convictions, a ouvert à Bouteflika un boulevard politique qui lui permet de rester à vie au pouvoir.

Les militaires à la retraite, les généraux et les colonels en particulier ont plus de liberté pour s’exprimer, mais sont partagés entre leur conscience et les principes militaires dans lesquels ils ont été éduqués. Le Président est porté au pouvoir par des fraudes électorales massives qui ont laissé de grands traumatismes. Le coup d’Etat constitutionnel de 2008 est une dérive du pouvoir dictatorial qui a affirmé sa stratégie politique par la révision de la Constitution pour se maintenir au pouvoir au-delà de deux mandats prévus par la Constitution. L’armée s’est inclinée devant cette décision qui est une faute politique majeure.

L’ex-président du Sénégal, Abdou Diouf, qui a été 19 ans à la magistrature suprême de son pays, a dit : «Les peuples ne peuvent plus supporter que les mêmes restent à la tête de leur Etat trop longtemps. Un  mandat renouvelable une fois est suffisant.» Depuis son accession à la présidence de la République, Bouteflika a consolidé le système politique corrompu, dont les représentants les plus emblématiques ont occupé la scène politique et se sont accaparé des secteurs les plus riches de l’économie.

Le succès en politique passe par l’affirmation de soi, la pensée unique qui a engendré l’homme providentiel qui croit à son talent, à son savoir-faire ; ses capacités intellectuelles, tout en prêchant le narcisisme qui conduit tout droit à l’imprudence, à la faute et à la chute, qui l’inscrivent dans la filiation historique et politique de Messali et de Ben Bella  qui le mène à l’impasse qui dessine une fracture entre le pouvoir et le peuple. L’homme qui arrive au pouvoir dans un pays choisit l’homme d’Etat à qui il veut ressembler. Bouteflika a choisi le président tunisien Ben Ali. Il l’a dépassé. Bouteflika n’est pas le président de tous les Algériens, mais seulement celui des puissants et des riches toujours plus riches.

Le patronat, particulièrement le FCE, travaille avec le pouvoir. Le contrat entre le pouvoir néolibéral dont l’esprit est le primat de l’argent et de la force, et le patronat est : «Servez-vous et servez-moi.» Le pouvoir n’est bien servi que par l’argent qu’il distribue largement, l’argent toujours l’argent, maladie infantile du néolibéralisme, pour maintenir son règne despotique au lieu de le consacrer au développement du pays pour en faire un pays émergent.

Le discernement politique et éthique qui aiguise l’intelligence et offre un regard lucide sur le pouvoir permet de dire que les puissants et les riches font la loi, n’ont que des droits et que les faibles, les pauvres qui ont des fins de mois difficiles, n’ont que des devoirs. Les mœurs rappellent ce qu’écrivait Victor Hugo dans Ruy Blas : «Bon appétit messieurs ! Ô ministres intègres et conseillers vertueux, voilà votre façon de servir, serviteurs qui pillez la maison.»

Les dossiers de corruption des hommes du pouvoir qui agissent en toute impunité ne sont pas transmis à la justice. «Le pouvoir absolu corrompt absolument», disait le philosophe anglais Lord Acton. Ce qui est moral, vérité absolue, peut-il le rester quand se développent des pratiques immorales ? Les questions d’ego ne prévalent pas devant l’éthique et l’esthétique. Les députés et les sénateurs sont pour la plupart liés au pouvoir qui les a élus par des élections truquées.

Ils ne sont pas représentatifs du peuple. Les walis, grands féodaux pour la plupart, issus des clans du pouvoir, règnent en maîtres sur leurs terres et ont pouvoir de vie et de mort politique sur les présidents d’APC. Les partis du pouvoir donnent l’impression de reproduire mécaniquement ce qu’on leur demande de faire quand il y a une finalité politique. En politique, ont dit ce que l’on fait et surtout on fait ce que l’on dit.

L’ultralibéralisme a produit des effets catastrophiques

Des effets qui ont généré une forte augmentation des prix des produits de première nécessité, ont obligé les pauvres à vivre dans l’incertitude et la précarité, ont fait exploser les hautes rémunérations et l’élargissement des écarts de revenus. Si les Algériens dans leur grande majorité ont de mauvaises conditions de vie malgré les abondantes ressources en hydrocarbures, pétrole et gaz, c’est la faute du pouvoir qui les a dilapidées. Le pouvoir remet en question la société civile, son existence-même. La loi contre les associations, loi scélérate, dénoncée par 46 membres du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, est une dangereuse restriction des libertés publiques, un glissement du droit, une inflation pénale contraire à l’Etat de droit.

La question sociale est la donnée dominante, avec la justice sociale et la solidarité. Comment réduire la fracture sociale que le pouvoir n’a pu résorber ? Le pouvoir ne soigne pas sérieusement les Algériens les plus modestes, créant de nombreux obstacles à leurs soins, mais prend en charge la caste politique qui préfère se soigner à l’étranger. Les hôpitaux sont une médecine pour les pauvres, qui est devenue une pauvre médecine. Avec quel salaire peut-on survivre et même vivre ? L’Education est une grande cause nationale.

La réforme ne peut se faire sans la participation des enseignants qui doivent l’appliquer. Le dialogue social a besoin de syndicalistes puissants, bien documentés, pour faire face aux provocations du pouvoir. Les jeunes universitaires issus de milieux modestes n’ont pas trouvé leur place dans la société et leurs conditions de vie se sont dégradées. Leur départ vers l’étranger pour trouver du travail est à déplorer. Les syndicats autonomes sont frappés par la désespérance sociale.

Le combat pour les droits de l’homme qui sont aussi les droits de la femme, cela va sans dire mais cela va mieux en le disant, est comme le football : «Si vous ne descendez pas sur le terrain, vous êtes sûr de perdre par forfait. Si vous y allez, vous n’êtes pas sûr de gagner, mais aurez l’honneur de vous être battu pour la bonne cause.» L’Algérie, qui n’est plus une étiquette du passé, une colonie servile et corvéable à merci, ne cesse de donner des gages à l’Occident dont l’intérêt pour le soutien inconditionnel aux dictateurs n’est que matériel, stratégique, économique. Le FFS veut être après avoir été.

Le fonctionnement interne de ce parti n’a pas été démocratique durant 49 ans parce qu’il a suivi l’aphorisme de Georges Clemenceau : «Pour prendre une décision, il faut un nombre impair de personnes, et trois c’est déjà trop.» L’instance présidentielle du FFS, squelette sans base sociale, sans maillage politique sur le territoire, ne peut être un recours pour un pouvoir en fin de règne. Elle croit rassurer l’opinion publique en lui expliquant que ses retournements d’alliance avec un pouvoir totalitaire, qui a adopté l’ultralibéralisme opposé au socialisme qui est la raison d’être de ce parti, sont tactiques.

Elle a déclaré en mai 2012 que sa participation aux élections législatives était tactique, ignorant qu’il n’y a pas de tactique sans stratégie, sans théorie et sans vision. C’est de l’amateurisme politique. Les maîtres du jeu politique sont sortis des bois pour lui dire : «La récréation est terminée, rentre dans les rangs du pouvoir.» Le FFS, le vrai, qui subit la conjoncture actuelle, ce sont ces cadres et militants qui sont en marge du parti qu’ils ont servi et porté haut. Ils sont l’honneur de l’Algérie.

La défense de la liberté d’expression est un bon terrain de combat

Saïd Sadi serait, selon la justice, coupable d’une culpabilité sans cause… Etre présumé innocent signifie que l’on n’a pas à prouver son innocence et donc que toute culpabilité doit être établie par l’accusation. Remonter le temps chargé d’histoire est un sujet sensible qui permet de s’instruire et de se cultiver, de répondre aux questionnements sur la Révolution qui est détournée de son sens et vidée de sa substance, ce sera la victoire à titre posthume des martyrs. «La Révolution n’a pas appartenu à ceux qui l’ont déclenchée, mais à ceux qui l’ont terminée et qui l’ont tirée à eux comme un butin.» Le procès de Saïd Sadi, s’il a lieu, permettra au peuple algérien de se réapproprier son histoire, toute son histoire.

C’est contre le despotisme qu’il faut mener ensemble le combat politique

Le changement de système politique, et non le changement dans le système, s’impose par le vieillissement de ceux qui le dirigent où la pyramide des âges est l’inverse de celle qui existe dans le pays. Aux despotes et au despotisme — pour qui toute critique, tout désaccord, toute pensée non conforme à la politique du pouvoir sont perçus comme une trahison, la main de l’étranger — il faut opposer le primat de la liberté porté par les indignés qui sont la principale force de contestation qui a ouvert la voie au combat politique. La violence n’est pas une solution à la violence.

L’Instance de suivi et de coordination de l’opposition (ISCO), qui a fédéré l’opposition nationale, a droit à la reconnaissance de la nation. Elle s’enracine dans le paysage politique, social et culturel, et est actrice de la transition démocratique qui mènera le pays à la démocratie. Elle est active auprès de la société civile qui concourt à l’exercice de la démocratie, lui concède un rôle important, retient ses propositions.

L’égalité des chances, la justice sociale, la solidarité, le pluralisme politique, culturel et linguistique sont les conditions nécessaires à la cohésion nationale et à la stabilité sociale. C’est durant les périodes de crise et de mutation de la société que le problème de la démocratie se pose avec acuité. Algériennes, Algériens, indignez–vous, mobilisez-vous, conjuguez vos forces pour que demain soit meilleur qu’aujourd’hui, et surtout plus juste.

Ali Yahia Abdennour
El Watan 15 02 2015


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