DzActiviste.info Publié le sam 2 Nov 2013

ALORS QUE LE CHÔMAGE PROGRESSE CHEZ LES JEUNES. 35% des offres d’emploi non pourvues

Partager

El Watan, 30 octobre 2013

c6170f9003a3c50f1418451549d28d659c392f12Un système d’enseignement et de formation plus performant, en adéquation avec les besoins en emplois de l’économie nationale, doit être élaboré.

La déconnexion du système de formation des réalités économiques du pays a été au centre des débats qui ont caractérisé les travaux de la seconde édition des Journées de l’entreprise algérienne, organisée par le Forum des chefs d’entreprises autour du thème : «L’emploi, la formation et l’employabilité». Les répercussions de cette déconnexion se traduisent par une augmentation du taux de chômage global équivalent à 21% en 2012 et notamment celui des jeunes diplômés qui sont 15,2% à ne pas accéder à un poste d’emploi, selon une évaluation présentée hier par le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Mohamed Benmeradi.

Alors que des milliers de jeunes formés restent sans emploi, les entreprises déplorent, pour leur part, le manque de postulants aux offres d’embauche formulées et l’impossibilité de couvrir leurs besoins en main-d’ouvre qualifiée. Selon M. Belmihoub, professeur d’économie institutionnelle et de management, «35% des offres d’emploi qualifié proposées par les entreprises ne sont pas pourvues». Une réalité décrite, hier, par tous les experts qui se sont relayés à la tribune, et confirmée par les représentants du gouvernement et des entrepreneurs. Les responsabilités ont cependant été difficiles à situer puisque les différents acteurs se sont renvoyé la balle.

Formation et entreprises se tournent le dos
En effet, si les solutions avancées par les uns et les autres en vue de rapprocher le système d’éducation et de formation professionnelle du monde du travail étaient quasiment identiques, il y avait comme un dialogue de sourds sur les causes de l’échec et l’infructuosité des tentatives de rapprochement entre le système de formation et les entreprises. A ce propos, les intervenants au nom des ministères de la Formation professionnelle et de l’Enseignement supérieur ont dressé un état des lieux des réformes entreprises pour modifier la carte de formation en fonction des besoins et établir des partenariats avec les acteurs économiques. Les deux intervenants ont cependant déploré que les chefs d’entreprise ne s’impliquent pas davantage dans l’établissement des nouvelles spécialisations de formation et ne collaborent pas plus étroitement afin d’aider à dégager des profils nécessaires au monde économique.

Les entrepreneurs ont pour leur part ciblé la mauvaise qualité de l’enseignement général et universitaire ainsi que le manque d’ouverture du monde académique vers l’entreprise. Une réalité étayée par les experts, par exemple de M. Belmihoub qui a relevé, entre autres que «le système de formation algérien vit en autarcie et en rupture avec son environnement économique», soulignant que «les conseils scientifiques sont rares à inviter à leurs réunions de façon régulière des responsables de la production et de la recherche-développement des entreprises».

La réciprocité est souvent vraie aussi, selon l’expert, qui relève que du côté du monde des affaires, «l’implication dans les processus d’évaluation des besoins et des qualifications est très faible». Il déplore également la non-implication des entreprises dans la prise en charge des stagiaires, en fin de formation universitaire notamment. Il est à noter que l’objectif du FCE, à travers le débat initié hier, est notamment de formuler une esquisse de quelques axes de travail en vue de l’élaboration d’un «livre blanc» pour un système d’enseignement et de formation plus performant, en adéquation avec les besoins en emplois de l’économie nationale.
Zhor Hadjam
MOHAMED ACHIR. ENSEIGNANT-CHERCHEUR À L’UNIVERSITÉ DE TIZI OUZOU

«La pression sur l’emploi contraint les décideurs à proposer des solutions conjoncturelles»

-Le débat autour de l’emploi et l’employabilité de la catégorie des jeunes et des diplômés est relancé de plus belle. Quelle lecture faites-vous des dispositifs institués jusqu’ici au profit de ces deux catégories ?

Du fait de son importance aussi bien politique qu’économique, la politique de l’emploi s’inscrit généralement dans la stratégie globale de croissance et de développement économique d’un pays. La politique de l’emploi peut prendre plusieurs formes et mécanismes mis en ouvre par des institutions et des dispositifs publics, mais la pression exercée par les demandeurs d’emploi contraint les décideurs politiques ou le gouvernement à proposer des solutions conjoncturelles et rapides permettant d’atténuer la demande sociale de l’emploi d’une part, et sans pour autant toucher aux intérêts du patronat, d’autre part.

Ces solutions conjoncturelles, répondant dans la plupart des cas à des repositionnements politiques des gouvernements, s’avèrent moins efficaces et parfois nuisibles à l’activité économique créatrice de richesse. En Algérie, nous avons pu observer la montée de l’activité spéculative commerciale générée par les dispositifs publics d’aides à la création d’entreprises et d’insertion.
Ces dispositifs ne prennent d’ailleurs ni la question territoriale comme variable d’orientation des aides à la création d’entreprises et d’insertion des chômeurs ni la relation des jeunes avec leur propre environnement économique ou leur territoire.

-C’est-à-dire ?

La politique de développement territorial constitue une partie de la politique du développement dont la modulation est focalisée sur la dimension territoriale ou spatiale. En effet, le développement local n’est pas un résultat d’importation massive de technologie, mais un processus d’adaptation créative qui intègre les spécificités et potentialités locales dans un système productif local, qui coordonne les différents acteurs locaux.

L’emploi, à l’instar des besoins énormes et des exigences des citoyens, notamment les jeunes, est considéré comme une demande essentielle à laquelle les territoires doivent trouver des remèdes adaptés. Pour cela, le territoire doit être doté d’une action territoriale relative au travail, à l’emploi, à l’insertion, à la formation et à la mise à niveau des compétences à travers aussi la territorialisation des dispositifs émanant de l’Etat, des wilayas et des communes. La valorisation des ressources et des potentialités locales à travers l’identification des attentes et des initiatives locales peut faire émerger des microprojets d’investissement et créer une chaîne économique intégrée et durable. Ceci engendre une dynamique micro-entrepreneuriale adaptée au contexte socioéconomique et géographique.

-D’après-vous, comment peut-on adapter les politiques actuelles de l’emploi aux spécificités de chaque région ? N’est-ce pas l’approche pour laquelle vous militez ?

Les dispositifs et instruments de l’Etat doivent être orientés et adaptés à des territoires à travers une mise en valeur des systèmes productifs locaux et des activités de l’économie sociale et solidaire. En Algérie, l’économie sociale et solidaire existe sous sa propre forme institutionnelle et informelle. Elle est différente de l’économie sociale et solidaire qui se développe en France, via notamment les coopératives, mutuelles et associations. Des pratiques économiques, même financières et traditionnelles, peuvent être institutionnalisées et créer une dynamique économique alternative, adaptée aux spécificités et valeurs des territoires. Dans ce cadre, les dispositifs doivent êtres adaptés aux formes structurelles traditionnelles des pratiques économiques relevant de l’agriculture, l’artisanat, le commerce, le tourisme et la microfinance.

-Que pensez-vous des appels de certains économistes à recourir aux dispositifs d’emploi traditionnellement connus, prétextant leur échec cuisant ?

Malgré la panoplie des dispositifs mis en place depuis notamment la décennie 1990, la question de chômage, surtout des jeunes diplômés, demeure problématique. Les dispositifs Ansej, CNAC et Angem ont certes contribué à atténuer la misère de quelques milliers de jeunes chômeurs, mais les résultats sont vraiment loin des effets escomptés. Cela a d’ailleurs été constaté lors de la stratégie des industries industrialisantes des années 1970, laquelle, en réalité, malgré l’importance et l’ambition du programme, a été un échec.

Ali Titouche


Nombre de lectures: 1331 Views
Embed This

Commentaire



Laisser un commentaire

Displaying 3 Comments
Participer à la discussion
  1. Abou Daoud dit :

    Il faut d’abord revoir la procédure du Service National qui handicape les dilômés universitaires et l’éradication du favoritisme et du piston. Des jeunes universitaires qui veulent faire carrière dans les institutions civiles et militaires n’obtiennent pas cette chance, on leur rejette la candidature bien que les enquêtes d’habilitation les favorises.

Laisser un commentaire

XHTML: You can use these html tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>