DzActiviste.info Publié le mar 14 Août 2012

APOCALYPSE NOW ! — VERSION FORUM DES CHEFS D’ENTREPRISE (FCE)

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Par Nourine DJELOUAT
1. Pathétique, le hurlement du Forum des Chefs d’Entreprise : espèce locale du Loup de Vigny, en sus (là, n’en doutons pas) d’une entité prosélyte ? Son « Nouveau Pacte de Croissance Economique » a tout d’une profession de foi mystique et religieuse, mais R.Hamiani nous somme quand même de croire que :
« Il n’y a pas, au FCE, de parti pris idéologique ou doctrinaire. Son unique préoccupation est la défense de l’entreprise et de l’économie algériennes ».
Soit. Ainsi Soit-Il. Amen. Mais est-ce vraiment le cas ? La mobilisation de deux abstractions (« l’entreprise / l’économie ») s’accompagne d’un référent identitaire (« algériennes »). Le patriotisme a bon dos (« consommons algérien », dit aussi le FCE). Dans la même veine d’un patriotisme qui serait non idéologique et non doctrinaire, le FCE recourt paradoxalement au symbolisme à tout crin. « 50 » propositions : forme de « Chiffre Sacré » (R.Guénon). Allusion à l’âge d’une indépendance collective chèrement acquise. Les algériens sont à prendre par le foie (mais, comme nous le verrons, il y a ratage).  Parallèlement, le FCE « affiche » ou « annonce » [comme au poker, plutôt que pour adopter le ton austère et pondéré de l’œuvre de J. Von Neumann et O.Morgenstern intitulée « Théorie des Jeux et Comportement Economique »] qu’il s’enticherait de Rationalité Economique Pure : forme de scientisme censée servir l’intérêt-général, agrémentée de patriotisme. Absurde résurgence du fameux slogan « l’Electricité + le Soviet » ? Peut-être. Mais, idéologie décontextualisée, c’est sûr ! Pourtant :
R.Hamiani : « Le symposium qu’il [c’est-à-dire « le FCE »] a organisé sous la direction de son président d’honneur, Omar Ramdane, a été conçu et préparé par des universitaires et des chercheurs spécialisés. Le diagnostic qu’ils ont établi et soumis au débat résulte d’un travail d’analyse et d’évaluation long et objectif et dont le contenu est pour une partie connu par tous ceux qui suivent attentivement l’actualité économique nationale ».
2. Quoi qu’il en soit des contradictions implicites, mais non moins manifestes, du FCE, nul doute ne serait à avoir : l’auguste instance patronale voguerait au large des « idées générales » et des « logiques d’affrontement ou de confrontation ». Le FCE n’envisage même pas qu’on puisse légitimement pratiquer la « confrontation démocratique ». A l’en croire, l’efficacité matérielle serait concevable sans efficacité sociale (i.e sans impact sur les hiérarchies sociales et politiques, sans cruciaux enjeux de pouvoir, sans rapports de dominés à dominants). L’application des « 50 propositions » servirait l’avènement miraculeux d’un ordre purement économique, neutre idéologiquement parlant, incolore, inodore et, surtout, indolore : FOI DU FCE, et de ses « spécialistes » de Think Tank. Ces derniers  auraient dégagé, par leur investigation chirurgicale (d’une « actualité » purement « économique » et « nationale »), un sens que « tous ceux qui suivent attentivement » la même « actualité économique nationale » (autant dire tous les citoyens éveillés) ne peuvent, de fait, appréhender qu’en « partie » seulement ! Rien que ça. Chassez la suffisance de riches qui rechignent à muer d’eux-mêmes, sans assistanat, en classe conquérante, et à en assumer les douleurs, elle reviendra au galop.
3. C’est dommage pour les patrons regroupés sous la houlette du FCE, et pour ceux qui estimeraient qu’un franc capitalisme industriel serait « plus raisonnable » (E.Todd), dans notre monde contemporain, qu’un système social du genre mi-figue mi-raisin. Pour ma part, j’en resterai à une seule posture : celle d’une personne convaincue de la prévalence, chez nous, d’un sadomasochisme généralisé. Victimes et bourreaux y tournent en rond en se tirant mutuellement par la barbichette. E.Fromm considère que « la peur de la liberté » est le moteur de ce type de vortex ricanant. Elle sévirait dans les périodes de transition sociétale, d’un stade Ancien vers un Nouveau. Comme les anciennes formes d’organisation offrent repères connus et sécurité, et que tout changement engage vers l’inconnu, impliquant coûts et choix, la peur s’installe. Mille façons de s’empester mutuellement l’existence prennent le dessus sur le souci de vivre ensemble de façon supportable. Chez nous, la pléthore des indispositions à parler sensément, franc, vrai et publiquement (au moins ça) a tout de ce type de réalités semeuses de souffrances. Du vaste magma des onéreuses déblatérations montent de nauséabondes vapeurs d’hypocrisies et d’incohérences épistémologiques, et l’on nous intime quand même de ne pas prendre ces choses au sérieux. Cette insulte à la conscience et à l’intelligence humaines proférée, le FCE s’arroge le droit de donner pour vocation, à l’Université Algérienne, de ne servir que la nébuleuse des intérêts vénaux (ce n’est pas péjoratif) d’un « monde » (concept fabriqué par l’Ecole de Chicago) de « l’entreprise » on ne peut plus nébuleux lui aussi. L’Université Algérienne devrait se résoudre, la queue entre les jambes, à appréhender tout ce qui est de son ressort par le seul prisme du « profit » (pas une fois le FCE n’use d’ailleurs de ce mot, ce qui est suspect) et, surtout, conformément à la vision à œillères (aseptisée) que le FCE semble s’en faire.
4. A trop mépriser l’idéologie, l’on prête fatalement flanc à l’influence de l’une ou l’autre des idéologies en vogue à l’échelle des débats, désormais planétaires et mondialisés, sur « la croissance économique ». R.Hamiani dit : « Le pétrole est un voile qu’il faut lever ». Cette expression (« lever le voile ») est à remplacer par le substantif « Apocalypse ». Le dictionnaire Littré explique que ce mot réfère au « Livre Canonique qui contient les révélations faites à St Jean dans l’île de Patmos ». Le mot Apocalypse (du grec) signifie « dé-cacher autrement dit, découvrir, révéler ». La mièvrerie intellectuelle du FCE nous embarque-là — naïvement ? — vers les récifs périlleux de Sirènes à Soutanes que la Mythologie Grecque, elle-même, n’a jamais inventées. Belle performance : c’est ce qui arrive quand on veut parler comme la pierre.
          Dans la chrétienté, les révélations faites à St Jean dans l’île de Patmos sont l’objet de deux interprétations différentes. La première (vision cataclysmique) mobilise les chrétiens en titillant en eux des peurs ancestrales : celles des monstres et des fléaux. La seconde interprétation de l’Apocalypse fut développée notamment, à ma connaissance, par St Augustin. Serait-ce un hasard que l’influence implicite de ce penseur universel et de souche algérienne puisse se nicher, en 2012, dans les mots de R.Hamiani ? St Augustin s’insurgea contre la première version. Il expliqua que les révélations faites à St Jean contenaient au contraire un message de paix à l’adresse des « chrétiens persécutés ». Ceux-ci devaient donc « se réjouir » au contraire (et non pas, avoir peur) puisque l’Apocalypse serait l’Heure où Dieu se révèlerait enfin à eux. De façon plus profane, St Augustin (prélat, mais aussi, philosophe) signifiait que lorsqu’on parle avec des symboles, on laisse l’homme libre. Parler à l’homme avec des symboles lui donne toute la latitude d’exercer son libre-arbitre et d’élaborer sa propre compréhension et son interprétation (herméneutique) du sens de ces formes imagées et métaphoriques. Ce libre-arbitre, le FCE refuse de nous le concéder, tout en se positionnant comme une entité férue de « concertation » et de « cohérences ». Mais, bien-sûr, il faudrait croire que l’idéologie ne le concernerait en rien.
          De fait, le FCE est la seule instance du pays à avoir, d’elle-même, publiquement décrété en Algérie « la Fin de l’Histoire ». C’est historique : les Marginalistes tout autant que Fukuyama peuvent « se réjouir ». Ainsi que Sir William Petty (1623-1687) qui, en matière de politique économique et fiscale, conseillait de recourir au « Nombre, au Poids, et à la Mesure » plutôt qu’à l’« argument intellectuel » (« intellectual argument »). Sauf que cela se traduit chez nous, des siècles plus tard, par une évacuation intempestive de l’épaisseur historique et sociale de nos réalités économiques pour ne se référer qu’à la baliverne d’un Economique Pur et comme Dépouillé des Souillures du Temporel et de l’Ici-Bas. Ceci est le fait de gens qui ont une peur bleue de la complexité, ne serait-ce que de celle qui préside au peaufinage de leur stratégie de communication. Le FCE scande de fait : « APOCALYPSE NOW ! de grâce, sortez-moi du Purgatoire pour que je puisse être éternellement riche sans avoir à trimer comme un capitaliste digne de ce nom! Je vous jure que n’exercerai jamais mon emprise politique sur la société !». Foin de « patrons réels ». Foin d’hommes d’action qui feraient croître leurs entreprises en fructifiant leurs fonds propres et, si besoin est, recourraient à un onéreux crédit bancaire. Alors que l’Ambassadeur britannique à Alger trouve que les conditions qui prévalent actuellement dans notre pays offrent des garanties suffisantes à l’IDE britannique, et que la règle des 51/49%, elle-même, ne leur est pas d’un coût prohibitif, nous devrions prendre en considération un « Nouveau Pacte etc. » qui, après lecture fastidieuse, s’avère être un mélange détonnant de libéralisme conservateur et incontinent et de néomercantilisme chronique : luxe que j’accorderais volontiers (fût-ce par dépit) à tout producteur algérien, mondialement performant, de haute technologie et de biens d’équipement. Quand on sait que le Royaume-Uni est le berceau historique du libéralisme et du libre-échange économiques, et à quel point les britanniques se soucient de protéger leurs intérêts vénaux, l’on se demande ce qu’il faudrait de plus, au FCE, que ce que les anglais eux-mêmes n’exigeraient pas mordicus, en dépit de leur froid pragmatisme.
5. Mais revenons à St Augustin. Ce dernier sollicita, chez les chrétiens, l’esprit humain plutôt que les peurs irrationnelles. Que fait par contre le FCE, qui estime devoir, en Algérie, « lever le voile » que serait « le pétrole » sans prendre la « mesure » de ce que cette métaphore implique comme intentionnalité et ressorts émotionnels, affectifs, perceptuels et intellectuels de l’action sur l’ordre matériel ?
          Le FCE nous désarme politiquement. Dans son travail de propagande (c’en est un, et, comme dans tout rapport de force politique, il en faut) et de Gestion par le Stress (Management à la Harvard Business School appliqué sans nuances ni vergogne comme si une « entreprise »  ou une « société entière », c’était du pareil au même) de nos dispositions individuelles et collectives  à l’adhésion et à la coopération, le FCE recourt aux deux perceptions du sens de l’Apocalypse. Une seule ne lui suffit pas. Il mobilise, pour sauver les algériens d’une dangereuse addiction (« on est drogué aux hydrocarbures » explique R.Hamiani), la première interprétation, chrétienne, de « lever le voile ». Et tant pis, au moins pour ceux qui, bien que de la modeste condition, dorment la conscience tranquille tant leurs impôts sont ponctionnés sur salaire, et qu’en contrepartie de la sécurité que leur offrent leurs CDI, ils consentent à la vie frugale, eux, leurs femmes, et leurs enfants. Oui, « frugalité » : vertu cardinale qui, selon A.Smith (1723-1790), sous-tend l’épargne et, par ricochet (sobre doctrine économique y aidant certainement), l’investissement, sobre lui aussi, efficace, de « champions » que l’on voudrait réfractaires à l’ostentation, pas enclins du tout à gigoter leurs trognons respectifs sous les feux de la rampe d’une sotte « Société du Spectacle » (G.Debord) et de ce que tant d’économistes sérieux, comme P.E Julien et Marchesnay, appellent « Economie de la Superstar » voire « Economie à la Michael Jackson ».  
6. Le FCE tape dans le tas. Il n’épargne personne. Même pas ceux, pourtant légion, qui, de la « Rente », n’en hument que les nauséabondes vapeurs … de cirage et de pots d’échappement. Ils n’obtiennent rien de la « Manne et de la Caille » (El menna Ouesselwa) qui, elle, profite plutôt à des évangélistes en puissance, et qui se méconnaissent comme tels.
          Au fond, le FCE signifie que si les plus que 37 millions d’amateurs (que nous sommes tous supposés être) de sebssi et de chants de canaris encagés continuaient à se lover dans l’atmosphère opiacée du Boui-Boui Ottomano-Andalou qui leur servirait de pays, fût-il aussi vaste que quatre fois la France ils subiraient quand même, fatalement, le Purgatoire (ou, pour le dire avec les mots de nos pudiques aînés, « Dhiqq-el-Q’berr !» —  l’« Exiguïté de la Tombe !»). Certes, le FCE admet que le pétrole peut encore financer ce qu’il perçoit (projections, ou transferts ? — allez donc fouiner dans une « unique préoccupation » pseudo-patriotique pour le savoir!) comme de dangereux atavismes collectifs pendant « quelques décennies encore ». Cependant nous devrions comprendre que si jamais « Hassi-Messaoud et Hassi R’mel » fermaient inopinément leurs portes entre-temps, la « malédiction » s’abattraitplus tôt sur nous. Là, Kamel Benkoussa (économiste et financier à Londres) vient à la rescousse, et dramatise le symbolisme du FCE en lui conférant une force de frappe très Puritaine.
          Voilà de quoi nous renvoyer, en fait, et au mieux, dans l’enfance : « Bouh ! Bourourou ! Tergou ! Âouaoua ! Aïcha L’Kandisha ! » nous fait-il (peine perdue pour le Puritanisme Anglo-Saxon). St John Perse, bien que … poète, est autrement plus lumineux pour le genre humain, et particulièrement pour les économistes vraiment férus d’effectivité, d’efficacité et d’efficience : « Et, dit ce poète, dans l’acclamation des choses en croissance, n’y a-t’il pas, pour nous, le ton d’une modulation nouvelle ? ». La bonne vieille Angleterre, d’évidence, n’offre pas que l’opportunité de muer en une sorte de … Rapoustine à l’anglaise. L’on peut y apprendre à … moduler le ton … pour mieux participer de la gestion de la Cité, et créer les conditions nécessaires à une bonne Communication.   
7. Puisqu’il est aussi question de la place légitime à reconnaître à nos « expatriés » (dit M.Ouyahia), je confierai volontiers (tout en désirant ardemment leur contribution) que depuis ma lecture attentive des pieuses prédications du FCE, les sombres visions de l’économie que léguèrent T.R.Malthus (1766-1834) et D.Ricardo (1772-1823) ne susciteront plus en moi que des peurs festives, du genre de celles d’Halloween. Il y a pire, désormais, que leurs funestes pressentiments (scientifiquement et posément  formulés par eux) : l’Œuvre Messianique du FCE.
          L’une de mes anciennes trajectoires hors du pays, avant de revenir au bercail, m’avait permis de découvrir, respecter, et savourer la fête d’Halloween comme l’expression d’une idiosyncrasie (celle d’un autre peuple du monde que le mien).  Ce choix intime de retour, je l’avais fait sans dénigrement du bien-fondé éventuel de tous les autres choix possibles.  A l’époque, j’avais jugé « incohérent » de faire de l’Algérie, dans mon rapport à Elle (« SHE »), une sorte de ventre mort : un « Cimetière aux Eléphants ». J’y voulais vivre — full stop. En Avril 1982, à l’aéroport, l’on me retira mon passeport [1ère chasse-aux-sorcières ‘‘vaillamment’’ engagée contre le Boumédiénisme, ses technocrates et étudiants, plus que par souci de réformer quoi que ce fût]. Nabi Belkacem, alors ministre de l’énergie, fut pour beaucoup dans cette vague d’« assainissement ». Deux années sans passeport. En 1997, je fus gratifié d’un numéro d’écrou, comme tant d’autres cadres gestionnaires d’un secteur public ingratement honni et mal analysé (à ce jour !) dans son fonctionnement, ses tares (si l’on veut !), tout autant que ses dynamismes (eh oui !) insoupçonnés ou sciemment occultés (les enclins à la destruction intempestive primant l’esprit qui eût dû normalement présider à des démantèlements avisés — préalables à de sages redéploiements stratégiques) : 2ème chasse-aux-sorcières. Féroce Mise au P.A.S (Plan d’Ajustement Structurel) du reliquat des « lunatiques » (C.Hill) d’une époque … « populiste » ? que « ÇA » (Nietzsche)? vraiment ? n’y avait-il rien d’autre qu’il eût fallu pérenniser et enrichir au profit du pays ?
          Donc, plus de 33 mois de détention préventive, avant d’obtenir gain de cause, sans indemnisation  (je n’en ai jamais voulu : compte pertes et profits ! khâsserr ou fêreq !). Et puis après ?! Au diable les raisons de terrifier qui que ce soit ! Au diable les visions « géocentriques » qui incitent à se considérer soi-même comme le « centre immobile du monde » (N.Elias) ! Aucun des humanistes (ils étaient de diverses religions et d’obédiences scientifiques et politiques différentes, de maints peuples et métiers) à qui je dois ce que j’enseigne avec plaisir à mes jeunes sœurs et frères de l’Université d’Oran ne m’a appris que pour susciter la coopération de mes congénères, je devais passer Maître dans l’Art de Terroriser et de Manipuler des Peurs Irrationnelles. Là où je suis né, j’agis normalement, comme je le ferais dans n’importe quelle autre contrée du monde (et non comme si l’Algérie ou « la Planète des Singes », c’était kif-kif-pareil).
8. La Transcendance Salvatrice Se Révèle avant l’Heure Fatidique (et son Armada de Gourous du Management Indigeste) pour nous remettre dans le Droit Chemin (là est mise en œuvre la deuxième interprétation, très St Augustine, de l’Apocalypse) : c’est-à-dire le FCE Lui-Même (et ses Anges de la Culture Think Tank). Son « Nouveau Pacte etc. » fait office de Nouveau Livre Saint ou de Nouveau Testament (c’est comme le FCE voudra bien le définir, à supposer qu’il daigne assumer toute la teneur impudemment messianique de son discours). Le Message de Paix (« Pacte ») nous a donc été transmis comme il se doit, à l’Aube Sainte du Nouveau Millénaire, tout comme St Jean a eu, de son temps, à transmettre le sien aux chrétiens persécutés. Sortons vite de notre addiction collective pour ne pas être tous damnés, et concédons que le FCE puisse parader dans les « Expositions et les Foires internationales » en bénéficiant de « prises en charge totales » de ses frais par l’Etat (le FCE ne nomme d’ailleurs l’« Etat » que par trois fois, seulement, dans son texte) tout en admettant qu’il puisse, de surcroît, mettre en demeure le même Etat de « s’interdire la gratuité » au profit des malheureux. Au mieux, « précise » le FCE, 1.500.000 DA (là, c’est vrai, le FCE est plus généreux que … les « pouvoirs publics ») pourraient être alloués aux familles qui, à peine chassées de leurs patelins par le terrorisme, devraient y retourner dare-dare : leur Rurbanité dérangerait le sens de l’esthétique des ‘‘vrais’’ citadins (« El H’dherr »).
          Rêverait-on ? Ce qui relève normalement de la Planification et de l’Aménagement du Territoire serait-il, là encore, à appréhender par le prisme d’une logique de profit débridée, et dénuée de doctrine explicite ? Ainsi, pour n’en rester qu’à des référents compréhensibles pour les … mortels … que nous sommes, le Front Islamique du Salut en tant que parti politique a disparu, mais les algériens devront compter encore longtemps avec l’influence rampante et diffuse de l’Idéologie du Salut. Les ressorts mentaux, perceptuels, affectifs et émotionnels (ces choses-là intéressent tout manager digne de ce nom de par le monde) qui la perpétuent se nichent  dans la caboche et le tréfonds de gens qu’on ne soupçonnerait jamais d’être des sortes de millénaristes, tant ils se donnent à voir comme des hommes d’action rompus à l’art de transformer utilement l’« ordre des choses humaines » (St John Perse, toujours, par ma bouche, et non par celle des Raspoutine en puissance). Inadvertance ? Inconscience ? Quoi d’autre encore d’insoutenable et d’insipide, qu’une majorité populaire n’aime pas du tout, et qu’elle a d’ailleurs combattu avec succès (au grand dam desdites Grandes Puissances elles-mêmes) lorsqu’il lui a fallu rétamer hardiment les suspects syncrétismes qui ont servi à la fabrication internationale, et clandestine, du meurtrier magma idéologique du FIS ? Ma conviction est que ces sulfureux syncrétismes consistent à inséminer dans le cœur des musulmans le désarroi et l’épouvante qu’entretient l’idéologie de l’Apocalypse. Le FCE participe (à son insu, peut-être, mais c’est pire que de le faire consciemment) à la diffusion d’un tel messianisme. Or, les algériens seraient plutôt à mobiliser (c’est mon avis) à partir de leurs indubitables tendresses, de leur  sens pratique et de la frugalité, de leur propension à « prendre l’histoire par les origines » (B.Stora). Tant d’autres ressorts culturels seraient à valoriser méthodiquement : vaste programme de recherche pour l’Université Algérienne. Encore faudrait-il lui reconnaître le droit de s’articuler autour d’un académisme digne de ce nom plutôt que de la sommer d’appréhender la vie au travail en faisant sienne le sens de l’épouvante apocalyptique dont souffre le FCE.
9. Pierre Bourdieu avait une conception louable de la politique : « Les mots, c’est important, avait-il dit. La politique est une affaire de mots. Changez les mots et vous changerez la réalité ». Le FCE ne devrait pas nier sa posture éthique, philosophique, idéologique, politique et sociale, religieuse (s’il le fallait), au lieu de nous faire avaler des boas. Quant aux couleuvres, nous en ingurgitons depuis des lustres et des lustres, bien malgré nous, du fait des pratiques de pouvoir qui prévalent à grande échelle, et des indispositions maladives, et généralisées, à le partager. Il appartient donc au FCE de méditer sur le sens des mots qu’il utilise dans sa stratégie de communication, et d’investir quelques dinars « lourds » dans la sage conception d’une solide doctrine. Si nous devions, de surcroît, valoriser à bon escient (légitimement) l’idéologie au nom de ce qu’en disent, par exemple, Luc Boltansky et Eve Chiapello, force serait d’inviter la fameuse instance patronale à plus de modestie et de veille épistémologique, tout comme on l’encourage volontiers (pour ses propres intérêts) à se « préoccuper » sérieusement de veille technologique : l’une ne va jamais sans l’autre. Par ailleurs, ceci dit au passage, le Holisme à la Bachelard est rétamé depuis si longtemps (ce remugle monte aussi du pathos discursif du FCE ).
          Boltansky et Chiapello conseillent en effet de :
«… donner au terme d’idéologie non le sens réducteur — auquel l’a souvent ramené la vulgate marxiste — d’un discours moralisateur visant à voiler [ tiens ?! curieux ! toujours la même récurrence sémantique qui revient nous harceler!] des intérêts matériels et sans cesse démenti par les pratiques, mais celui — développé par exemple dans l’œuvre de Louis Dumont — d’un ensemble de croyances partagées, inscrites dans des institutions, engagées dans des actions et par là ancrées dans le réel. »
          Alors, justement, peut-être serait-ce là le problème du FCE — non ? Peut-être que les membres de son Think Tank lui ont-ils fait croire que les « idées générales » seraient à proscrire ? D’où, éventuellement, qu’il se soit engagé dans une démarche aux risques considérables : celle qui consiste à se priver de boussole fiable.  Libre à lui, aussi, dans cette tâche de clarification qu’il devrait assumer à ses frais (la « Rente », nous en avons tous besoin), d’y aller plus explicitement du religieux. Qu’il daigne seulement nous expliquer comment des musulmans pourraient s’accommoder de sa vision apocalyptique.
          Le FCE serait injuste de ne pas relever la clairvoyance de l’historien Benjamin Stora :
« En France, on regarde l’histoire par la fin, l’année 1962, c’est-à-dire par le massacre des harkis, l’exode des pieds-noirs, l’anticolonialisme de la gauche. Les Algériens, eux, regardent cette histoire par le début : pourquoi ils ont dû rentrer en guerre, pourquoi ils se sont révoltés. Les Algériens ont un rapport par les origines de cette longue histoire ; quand les Français en ont un par la fin, terrible, perçue comme une apocalypse [Ah bon ?! Là encore ?!] de violence absurde, un engrenage ». Liberté (16.05.12)
          Si le FCE avait considéré « l’histoire par le début / par les origines» il aurait contraint ses Think-Tankistes [y’a pas d’faute !] à nous pondre pas moins de … (132 + 50) 182 « propositions » fleurant bon « l’unique préoccupation » … des algériens. ÇA aurait au moins pris la forme d’un programme présidentiel. Il était donc moins fatiguant, nerveusement et intellectuellement, de « prendre l’histoire par la fin » : pas comme les ‘‘indigènes’’, mais comme « les Français » qui, eux, lui donnent une solennité « apocalyptique » (« violence absurde / un engrenage »). Tout ceci pour dire que de tenir compte de l’idéologie au sens noble aurait évité au FCE de prendre « l’économie » et l’« entreprise » par la queue, et d’être sous l’influence des mots d’une pensée mystico-religieuse, diffuse et d’origine anglo-saxonne en vérité, alors-même qu’il affirme n’avoir aucune posture idéologique. La Gestion par l’Epouvante est inopérationnelle en Algérie : que le FCE l’admette. Pensée dénuée de doctrine n’engendre que « chaos » cognitif, « chaos » dont il serait vain d’attendre qu’il soit fécond et « créateur » au sens de J.Alois Schumpeter (1883-1950). Toute action qui prendrait source dans l’instabilité affective et intellectuelle du FCE engendrera des désordres épouvantables, propices à l’éclosion de violences multiformes, kaléidoscopiques, elles seules plurielles (malheureusement pour tous les algériens) et toujours renouvelées dans leurs formes d’expression.
10. Le FCE n’est pas seul, dans le « monde » de la Consultance Divinement Inspirée à utiliser les mots d’un évangélisme cachotier, rompu à la « persuasion clandestine » (Vance Packard est à relire). Taïeb Hafsi pratique aussi (spontanément ?) la Chose. Dans son livre sur Issad Rebrab, il explique pourquoi il a entrepris de raconter la trajectoire du célèbre « capitaine de l’industrie » (pique intempestive assénée au concerné par le premier ministre Ouyahia) et non pas « capitaine d’industrie » (la critique du chef du RND, est implicite et facile à comprendre).
          Ce professeur de HEC Montréal écrit :
T.Hafsi : « Nous voulons […] révéler ce parcours [ie. celui de I.Rebrab] et, peut-être, lever une partie du voile (Mais qu’est-ce que cette phobie du Haïk ?!) sur le processus qui mène à la construction des grandes œuvres humaines ».
          Voilà. Le Monastère Fantomatique Globalisé étend son emprise. Sous couvert de scientificité et d’universalisme, il diffuse des perceptions aspergées d’Eau Bénite (Mê’ Zem Zem — pas question !) de ce que serait l’Entrepreneur Autonome et Fondateur de Richesse et de Prospérité. Sous prétexte de militer en faveur des libertés à l’échelle planétaire, l’« Etat Fédéral Protestant Américain » (dixit : P.Legendre) doit faire en sorte qu’un « Marché des Religions » soit la trame de fond de tous les autres Marchés Mondiaux… Meilleure façon d’y parvenir ? — faire gober le jargon qu’il faut : un Catéchisme. Certaines façons de concevoir le management facilite l’intox. Tout compte fait, les deux missionnaires de la « Hillary Clinton / Woody Allen’s Son & Co » n’ont pas, récemment, atterris pour rien au Maghreb. Ils ont du se dire qu’en Algérie, aussi, le fruit était mûr.
          Si tant est qu’il s’agisse de débattre de développement économique (et pas seulement de « croissance », celle-ci n’étant, comme l’affirme l’économiste P.P.Streeten que « le test » qui prouve qu’il y a eu « développement ») tout en restituant (intellectuellement et pratiquement) à la vie « économique et d’entreprise » l’ensemble de toutes ses dimensions réelles, le FCE ne devrait pas imposer des modalités de réflexion et de discussion inhibant notre sens critique. Efficacité matérielle et efficacité sociale sont, de fait, indissociables. Personne n’a à nous conter fleurette. Ni à nous emmailloter les méninges. Ou à anesthésier l’une ou l’autre de nos facultés humaines, en serinant pathétiquement que l’idéologie et les stratégies de prise de pouvoir ne seraient pas de mise dans les débats sur notre destinée collective. A ce compte-là, autant en rester au chant de nos chardonnerets sauvages, et laisser au FCE ses canaris encagés et l’opium pétrolifère qui va avec. Espérons par ailleurs que le fameux sens du « Djihad » que le premier ministre a récemment … convoqué ( ?)… pour lutter contre l’« informel » émane vraiment d’une pleine conscience des sordides enjeux  de stratégie géopolitique et militaire dont sont truffés les « packages » et autres « feuilles de route » sur la « croissance économique ». Et que la notion de Djihad prisée par M.Ouyahia fera l’objet, de sa part, d’un effort d’exégèse politique (pour ainsi dire) : sans quoi nous risquerions de voir, derechef, l’Algérie tourner sens dessus dessous. Nos femmes et nos enfants ont déjà trop souffert — parole d’homme !
11. Le HCE houspille tout le monde. L’on devrait l’aider à peaufiner son image d’entité démocrate, sachant que le prix à payer (par nous tous) serait de répondre avec « précision » et « cohérence » à ses questions pseudo « précises » et pseudo « cohérentes ». Or cette instance patronale intervient déjà dans un Cadre Tripartite. De tels dispositifs de concertation furent utilisés au Royaume-Uni dans l’immédiat Après-1ère GM. Il s’agissait, pour tous les gouvernements qui se sont succédé à l’époque, de faire face à la sévère crise de Capital et de Main-d’œuvre qui frappait, depuis la première décennie du 20ème siècle, l’ensemble des pays industriels européens. Chaque « Gouvernement » a dû favoriser la croissance institutionnelle d’entités représentatives des forces du Capital et du Travail. Elles devaient jouer un rôle d’intermédiation pour obtenir le consentement public (« public consent ») et éviter les luttes de classes. Ainsi, des négociations et des débats fondamentaux concernant la destinée collective des britanniques furent menés sur la base du modèle tripartite. Du coup, selon des historiens et autres spécialistes comme K.Middlemas, toutes les autres institutions concernées par le débat démocratique (« le Parlement, les Partis, la Presse, les Eglises, la multitude des associations etc.») furent tout simplement dépouillées de leur substance politique (au sens de gestion de la Cité). C’est pour cela que l’expression « Parlement de l’Industrie » est réservée à toute forme de Tripartite chargée de traiter des questions économiques et sociales.
          Le FCE devra donc s’expliquer malgré tout : il participe, quand son « ÇA » l’arrange, d’une sorte de « Parlement de l’Industrie » (la Tripartite) qui prive de substance et de légitimité politiques les autres institutions normalement concernées (en démocratie) par l’intérêt-général. Et, toujours quand son « ÇA » le lui souffle à l’oreille, il s’« affiche » comme « champion » autoproclamé du débat démocratique. Une façon de consommer sans coup férir et le beurre et l’argent du beurre. Que de siéger au sein de la Tripartite ne permettrait-il plus au FCE d’accroître sa part de « Rente » ? Que s’est-il donc passé pour que le FCE en soit à  « nous sortir, soudain  comme son ÇA le lui ordonne, [à partir] des roseaux » [où il s’était planqué] ? Khrrejjelna mel G’ssebb.
12. Quiconque parmi nous n’a pas perdu son Latin ne peut que déplorer l’incohérence et l’indigence doctrinales du FCE. Et quiconque estime devoir parlementer avec lui en dehors des dispositifs de l’Etat devrait lui demander, au moins, de revoir sa copie.  
          Quiconque, toujours, a chaussé ses bottes de sept lieues tout en sacrifiant à la nécessité de toujours produire plus l’on ne consomme, et planté profondément son pieux identitaire dans notre terre d’Algérie, ne s’étonne pas de la prolifération des Propagateurs Impénitents d’une Sombre Pensée Apocalyptique : ils investissent tous les domaines. Plus ils s’enrichissent et plus ils voient … la vie en noir. Quant à la multitude de « patrons réels » (publics et privés) et aguerris que nous sommes en droit de voir enfin à l’œuvre, eh bien, c’est râpé. Ce qu’on appelle « la Rente » est irrationnellement alloué. Peut-être qu’un jour l’on en viendra à la rigueur et à la sobriété de la « Planification Démocratique » qui permet, en économie dite de marché (Banque Centrale veillant  au respect de l’orthodoxie monétaire), de ne pas faire perdre la boule aux gens. N’importe quel « Dictionnaire des Théories et Mécanismes Economiques » (ex. celui de J.Brémond et A.Gélédan) décrit le type de dispositif à mettre en branle, et les requis d’une telle orthodoxie. Nul besoin de recourir onéreusement à des Think Tankers (je récidive !) qui devraient se résoudre à aller en pèlerinage au lieu de jouer aux Gourous de l’Apocalypse : à ST Jacques de Compostelle et/ou (leurs étranges syncrétismes semant trouble et confusion) … à la Mecque (pourquoi ne l’envisageraient-ils pas aussi ?). Leur latence religieuse  y gagnera. Ainsi que celle de tous les autres algériens, quelle que soit la Transcendance de leur choix (Dieu, la Nature, le Hasard ou l’Histoire etc.)
          Conclusion : (Attention : Chiffre Tabou) : 13. Quant au développement économique, et non la seule « croissance économique » : la pertinente idée du professeur Abdelmadjid Bouzidi de « tenir un Congrès ou une rencontre qui regrouperait chaque semestre ou chaque année l’ensemble des  associations patronales pour coordonner leurs actions » devrait être prise en considération. Vite. Très vite. Sauf que toutes les parties prenantes à la Planification Démocratique précitée devraient y être conviées, pour mettre fin au « Boogli-Boogla » (A.Bouzidi a bien raison) mystico-religieux et pseudo-scientifique. Il y a seulement que les sages conseils généreusement prodigués par des observateurs indigènes  (ceux qui prennent l’histoire par les origines) ne font jamais le poids face à l’Epouvantable Séduction des onéreux « packages » et autres « feuilles de route » du Bling-Bling Management. Pourquoi ? Parce que : ACHETER CHER, ÇA FAIT SMART. D’où qu’il faille corréler, pour une part, le taux d’inflation des prix avec l’« inflation psychique » (C.G.Jung) de nombre d’opérateurs économiques. Hein ? Pourquoi pas ? Du reste, heureusement que pour tous les indigènes contraints, quant à eux, à la résilience contre les affres de la « déflation psychique » (toujours C.G.Jung) où on les enferme, le dinar actuel demeure « lourd », affectivement, tout autant que les « mots ». Ne disent-ils pas « Koul Kelma B’Mizên-ha» ? Le FCE pourra traduire par « Chaque mot a son pesant … d’OR », si SON « ÇA » LE LUI CHANTE. 

JCA


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