DzActiviste.info Publié le jeu 30 Jan 2014

Archives historiques d’outre-mer…ces bombes à retardement !

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Récemment M.Yacef Saadi, l'ancien chef de la zone autonome d'Alger (et l'un des héros connus de la bataille d'Alger) a fait des révélations fracassantes à propos de la personnalité historique non moins connue, Zohra Drif, et qui interpellent d'abord et avant tout le travail d'investigation assidue des historiens.

Car, comme l'a signalé à juste titre le vénérable historien Mohamed El Corso et autres observateurs aguerris, des révélations faites sur le tard et qui se fondent entièrement sur le témoignage jugé totalement « véridique » des archives d'outre-mer, ces dernières ne doivent absolument pas être prises pour argent comptant. Et pour cause…En matière d'histoire les archives ne sont pas synonymes de « vérité nue », dépourvues absolument de tous indices d'erreurs ou de témoignages partiaux et autres éléments d'informations non vérifiées. Les spécialistes en matière de décortication des archives comme l'honorable Slimane Chikh, le directeur de l'Institut des Archives nationales, ne cessent de recommander, en la circonstance, la nécessaire prudence en évitant l'excès de précipitation dans l'étude des documents archivistiques. En plus des méthodologies d'examen appropriées des archives du passé, une attention toute particulière est exigée dans le traitement des documents relatifs à l'Historiographie de la Révolution algérienne et tous les faits qui s'y rapportent, notamment les témoignages. Ces derniers, quand ils se rapportent à un évènement ou fait donné, se devant, par exemple, d'être corroborés avec les documents d'autres sources de provenances diverses sur le même sujet à cerner indispensablement sous plusieurs angles de considérations appréciatives dans le but évident d'une plus grande objectivité dans la saisie et présentation des faits abordés.

Et à ce propos comme l'ont souligné d'éminent historiens comme Mohamed Harbi et Benjamin Stora, il ya lieu de se garder de considérer, par exemple les archives d'Algérie en France, comme le trésor enfoui, en quelque sorte, des vérités incontournables en attente sur tout ce qui concerne la Révolution algérienne et autres évènements en rapport . Car à défaut d'observation d'une certaine distanciation et examen lucide de ces archives – en corroborant notamment les faits examinés dans d'autres archives émanant d'autres sources archivistiques , témoignages et versions puisés d'autres pays étrangers, etc.- l'on encourt fatalement le risque d'être induits gravement en erreur. Combien de fois n'a-t-on appris – en se référant notamment aux exemples révélateurs lors des conflits mondiaux les plus connus- les inconséquences ravageuses résultant de la prise pour argent comptant le contenu de documents archivistiques manquant de précisions, ou présentant des déficiences voire en partie tronqués quand ils ne sont pas totalement préfabriqués : cas des archives manipulés expressément à des fins politiques, idéologiques , économiques et autres stratégiques à dessein de déstabilisation ,etc. C'est pourquoi , en se joignant aux avis des historiens qui se sont exprimés dernièrement à la suite de la montée au créneau dernièrement de l'honorable Yacef Saadi- qui parait –il s'est rétracté en dernière minute- on ne recommandera jamais assez la prudence et la vigilance accrue dans l'appréciation des documents d'archives historiques. Ces derniers, pour le rappeler encore une fois , n'étant pas à sacraliser ou à diviniser au point de les considérer comme secrétant la Vérité attendue édictant de facto la conduite à tenir par la suite, vis-à-vis de tout ce qui a été consulté et qui aurait livré, en conséquence, l'oracle donnant droit au verdict de la position définitive à adopter à l'égard de telle ou telle personne ou tel ou tel fait d'histoire. Ce qui revient à dire, pour schématiser grossièrement, que si par malheur un non averti venait à prendre pour vérité intrinsèque les faits d'un document archivistique consulté, – sans avoir à examiner au préalable le fait si ce dernier est biaisé ou pas voire véhiculant sournoisement des tentatives de manipulation évidente, – il serait trop tard pour lui ,par la suite, de rectifier le tir si par malheur il aura donné dans le panneau de la grave induction en erreur qui l'aura amené à causer de fâcheuses conséquences de divers ordres …d'où la sage précaution de laisser le soin aux historiens et spécialistes aguerris d'examiner et d'étudier minutieusement, avec le temps que cela exigera , les contenus de ces archives qui risquent de nous exploser à la figure comme des bombes : si on ne prend pas , au préalable, le soin de s'en prémunir « en les désamorçant » de pareils grands dangers qui risquent de guetter l'avenir de la nation , indépendamment de ses régimes et hommes qui la gouvernent du moment, la préoccupation étant d'ordre éthique avant tout, interpelant la conscience de ces inlassables confirmateurs des faits ou de leur infirmation que sont les historiens qui se respectent d'ici ou d'ailleurs.

par Mohamed Ghriss


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