DzActiviste.info Publié le sam 5 Mai 2012

Arrestation de militants, manifestations réprimées… Le pouvoir tente d’empêcher la société civile de s’organiser

Partager
Depuis quelques jours, les arrestations parmi les militants de la société civile se multiplient. Abdelkader Kherba, militant du Comité national pour la défense des droits des chômeurs (CNDDC) et de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (Laddh), a été condamné, jeudi 3 mai, a un an de prison avec sursis. Son tort ? Avoir pris part à une manifestation aux côtés des greffiers de justice devant le tribunal de Sidi M’Hamed, à Alger.
Habituellement, depuis janvier 2011 et le début de la vague de troubles sociaux et politiques qui secouent l’Algérie, les militants interpellés lors de manifestations sont relâchés quelques heures après leur arrestation. Mais cette fois, la justice est allée jusqu’au bout de la procédure. Le militant Abdelkader Kherba a été détenu pendant quinze jours à la prison de Serkadji. « Je leur ai expliqué que je faisais mon travail en tant que syndicaliste. (Les policiers) se focalisaient sur des questions politiques », a‑t‑il expliqué à TSA à sa sortie de prison. Le cas Kherba a suscité de nombreuses réactions, y compris à Paris. « La France rappelle son attachement à la liberté de manifestation, en Algérie, comme partout ailleurs dans le monde », a affirmé, hier vendredi, lors d’un point de presse un porte‑parole du ministère des Affaires étrangères, Vincent Floreani, alors qu’il lui était demandé un commentaire sur la condamnation de ce militant.
 
La veille de la condamnation d’Abdelkader Kherba, un autre militant de la société civile était malmené par la police : Tarek Mameri, interpellé dans la soirée de mercredi par la police. La raison ? Le jeune militant algérois a posté depuis quelques semaines sur Youtube des vidéos qui ont connu un certain succès auprès des internautes. Dans ces enregistrements, Tarek critique vertement les responsables, parle de la désillusion de la jeunesse et appelle au boycott des prochaines législatives. « J’envoie ce message à tous les enfants de la capitale et de l’Algérie en général : ne cassez pas, ne brûlez pas pour qu’ils ne puissent pas dire qu’on est des voyous. Enlevez juste les panneaux et mettez‑les de côté pour qu’ils passent les prendre », disait‑il dans l’une de ses vidéos. Après deux jours de détention, il a été relâché. Son procès aura lieu le 30 mai. Les chefs d’inculpation retenus contre Tarek Mameri sont la destruction de documents administratifs, l’incitation à attroupement et l’outrage à corps constitué.
 
Ces arrestations emblématiques de militants viennent s’ajouter à la répression qui frappe systématiquement toute tentative de manifestation dans la capitale. Les greffiers de justice sont les derniers à avoir fait les frais de cette intransigeance du pouvoir. Menacés de licenciement par leur tutelle, ils avaient tenté d’organiser un sit‑in, le 24 avril, devant la Présidence de la République. Empêchés de tenir leur rassemblement et sommés de rebrousser chemin, ils ont été malmenés par les forces de l’ordre. Même si elles ne mobilisent pas les foules, les manifestations des associations de jeunes, comme le Raj ou le Mjic, sont systématiquement interdites.
 
Cette stratégie vis‑à‑vis des militants de la société civile contredit les promesses d’ouverture faites au lendemain du printemps arabe. Mais si le pouvoir semble disposé à laisser une marge de liberté aux partis politiques et aux médias, il affiche une fermeté sans précédent à l’égard de la société civile. Les dernières arrestations et les manifestations systématiquement interdites obéissent à un seul objectif : tenter d’empêcher la société civile de s’organiser, même à travers des initiatives qui peuvent paraître anecdotiques, comme des vidéos d’un jeune chômeur postées sur Youtube. 


Nombre de lectures: 391 Views
Embed This