DzActiviste.info Publié le sam 23 Juin 2012

Atteinte à la liberté de Recherche

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Chers collègues du SESS
Je suis convaincu que le rôle des représentants syndicaux ne peut se réduire à la seule défense des intérêts matériels et moraux des enseignants mais s’élargit aussi à la défense de l’institution universitaire, à la préservation de la liberté d’enseignement et de recherche et à la promotion de leur qualité.
J’ai le regret de porter à votre connaissance un fait particulièrement grave et sans précédent d’atteinte à la liberté de recherche.
Menant des travaux de recherche sur l’université et les étudiants depuis les années 1970, je me suis vu interdire par la Direction de la Faculté de médecine de l’Université d’Oran de faire passer un questionnaire auprès d’un échantillon d’étudiants de troisième année de cette faculté. La passation de ce questionnaire n’a posé aucun problème dans les cinq autres départements (Sciences commerciales, Sciences islamiques, Informatique, Langues et Architecture-USTO). Plus, l’initiative a été bien accueillie par les étudiants qui n’ont pas manqué d’exprimer leur satisfaction de voir que l’on se rappelle d’eux et que l’on attache de l’importance à ce qu’ils peuvent dire et penser. Ils furent 539 à avoir répondu aux questions du questionnaire.
La Direction de la Faculté de médecine motive son refus par le fait que certaines questions du questionnaire sont ‘’déplacées’’ mais sans prendre la peine de les désigner. Outre le fait qu’il est impossible de produire une définition autre que subjective de la notion ‘’déplacées’’, il n’est pas acceptable que des spécialistes d’une discipline particulière, ici la médecine, s’arrogent le droit de dire aux spécialistes d’une autre discipline, ici la sociologie, comment ils doivent travailler.
A la suite de ce refus que j’ai pris pour un malheureux malentendu, j’ai adressé une lettre d’explication et de recours à la Direction de la Faculté de médecine mais celle-ci n’a pas cru utile de répondre confirmant ainsi l’acte délibéré de censure et d’atteinte à la liberté de recherche.
Je vous prie de trouver ci-joints les documents suivants

1-Une copie de la lettre de refus de la Direction de la Faculté de médecine

2-Une copie de la lettre d’explication et de recours envoyée à la Direction de la Faculté de médecine.
3-Une copie de la lettre que j’ai fait parvenir à M. le Recteur et au Conseil scientifique de l’Université d’Oran
Avec toute ma considération
Oran le 18 Juin 2012
Djamel Guerid, Professeur à la Faculté des Sciences sociales
Université d’Oran

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Texte de la lettre d’explication et de recours envoyée à la Direction de la Faculté de médecine.
A Monsieur le Doyen de la Faculté de Médecine, Université d’Oran
A Monsieur le Président du Conseil scientifique de la Faculté de Médecine, Université d’Oran

Objet : Recherche sur les représentations et les pratiques des étudiants.

Monsieur le Doyen
Monsieur le Président du Conseil scientifique
Chers collègues

Dans le cadre d’une recherche sur les représentations et les pratiques des étudiants, j’ai eu l’honneur d’introduire auprès de M. le Doyen une demande en vue de procéder à la passation d’un questionnaire sur un échantillon d’étudiants de médecine. Dans le même temps, j’ai déposé auprès de lui un exemplaire du questionnaire en question. J’ai été stupéfait d’apprendre que ma demande n’a pas été acceptée. Considérant que ce rejet ne peut résulter que d’un malheureux malentendu parce qu’il n’est pas imaginable que des professeurs d’université entravent ou découragent une recherche scientifique, je prends l‘initiative, aujourd’hui, de porter à votre connaissance les précisions suivantes :

–L’enquête porte sur un échantillon d’étudiants de troisième année de six disciplines différentes : Langues, Sciences commerciales, Sciences islamiques, Architecture, Informatique et Médecine.
–La passation des questionnaires s’est déroulée dans les meilleures conditions dans les 5 départements visités. Le nombre des questionnaires remplis est de 539.
–Afin de garantir le sérieux de l’entreprise, j’ai tenu à faire le travail moi-même. Je me suis donc déplacé dans tous les départements concernés et j’ai tenu, à chaque fois, à expliquer aux étudiants l’objectif de la recherche qui est exclusivement scientifique. Je leur ai précisé que le questionnaire est anonyme et qu’en fin de parcours, les questionnaires sont destinés à se traduire en tableaux statistiques. Ces clarifications sont, d’ailleurs, portés sur la page de garde du questionnaire.
–Dans tout questionnaire, c’est connu, l’enquêté est libre de répondre ou de ne pas répondre et d’ailleurs dans tous les tableaux statistiques est toujours prévue la rubrique ‘’Non Réponse’’. Cette rubrique est analysée de la même manière que les autres.
–Dans la recherche en cours, ce qui est visé, ce ne sont pas les étudiants de telle ou telle discipline mais les étudiants de l’université d’Oran à travers un échantillon représentatif de 650 étudiants environ. Il va de soi que sans les étudiants de médecine, l’échantillon perdrait toute représentativité et la recherche toute signification. Deviendrait alors sans objet toute idée de traitement informatique des 539 questionnaires recueillis.
–Cette enquête n’est pas la première pour moi : je travaille sur l’université et les étudiants depuis quatre décennies ; j’ai eu à réaliser un grand nombre d’enquêtes y compris en Médecine et j’ai eu à produire plusieurs travaux. Périodiquement, je reviens à l’université et aux étudiants pour analyser les changements qui s’opèrent et pour en cerner les fondements.. Nous autres, professeurs, nous ne cessons de déplorer la baisse du niveau des étudiants, leur attitude face au travail et au savoir mais tout cela reste au niveau du constat alors que notre université et notre société ont besoin plutôt d’analyse et d’explication.
La sociologie est une science qui, dès l’origine, s’est voulu médecine du corps social, c’est-à-dire la société. Or nous constatons tous que notre université ne se porte pas très bien. Comme les médecins, nous autres sociologues, nous établissons des diagnostics mais à la différence des médecins, nous ne soignons pas. C’est la fonction et la responsabilité des Pouvoirs publics mais ceux-ci ont besoin, pour les exercer efficacement, de l’explication sociologique.Pour comprendre, j’ai personnellement pris, avec la bienveillance de la direction de notre université, deux initiatives : la première consiste en la réalisation d’une vaste enquête par questionnaire dont l’objectif premier est de savoir ce que les étudiants sont et ce qu’ils pensent ; la deuxième est l’organisation, les 26 et 27 Mai 2012, d’un séminaire national sur le thème ‘’Repenser l’université’’. Il s’agit pour l’université de prendre le temps de se pencher sur elle-même. Je saisis, d’ailleurs, l’occasion pour vous inviter et inviter les enseignants de votre faculté à ce séminaire dont je vous laisse une copie de l’argumentaire.
Tout en vous affirmant ma disponibilité à me déplacer en Faculté de médecine pour répondre aux interrogations de la Direction et de celles des membres du Conseil scientifique et dans l’attente de vous voir participer à la réussite de cette grande réflexion, je vous prie de bien vouloir autoriser la passation du questionnaire auprès d’une centaine d’étudiants de troisième année de médecine.
Avec mes cordiales salutations.

Djamel Guerid, Professeur
Oran le 13 Mai 2012

-Copie à Monsieur le Recteur de l’Université d’Oran

Texte de la lettre adressée au Recteur et au Conseil scientifique de l’Université d’Oran

A Monsieur le Recteur
Président du Conseil scientifique de l’Université d’Oran

Monsieur le Recteur et Président
J’ai le regret de porter à votre connaissance et de vous prier de bien vouloir porter à la connaissance des membres du Conseil scientifique de notre université, lors de la réunion de fin d’année, un fait grave et sans précédent d’atteinte à la liberté de recherche.
Menant des travaux de recherche sur l’université et les étudiants depuis les années 1970, je me suis vu interdire par la Direction de la Faculté de médecine de l’Université d’Oran de faire passer un questionnaire auprès d’un échantillon d’étudiants de troisième année de cette faculté. La passation de ce questionnaire n’a posé aucun problème dans les cinq autres départements (Sciences commerciales, Sciences islamiques, Informatique, Langues et Architecture-USTO).  Plus, l’initiative a été bien accueillie par les étudiants qui n’ont pas manqué d’exprimer leur satisfaction de voir que l’on se rappelle d’eux et que l’on attache de l’importance à ce qu’ils peuvent dire et penser. Ils furent 539 à avoir répondu aux questions du questionnaire.
D’autre part, ce questionnaire entre également dans le cadre de mes activités pédagogiques. J’enseigne, en effet, la méthodologie en 3ème année de sociologie de l’éducation. Le thème choisi, cette année, est l’université et les étudiants. De ce fait, le questionnaire a été, en partie élaboré lors des séances de TD et il a été testé sur les étudiants eux-mêmes avant l’adoption de la version définitive. Il était prévu que les tableaux statistiques seraient étudiés avec les mêmes étudiants en 4ème année.  Enfin l’examen du 2ème semestre a porté, en grande partie, sur l’analyse de 5 tableaux statistiques issus de l’exploitation de quelques questions du  questionnaire.
La Direction de la Faculté de médecine motive son refus par le fait que certaines questions du questionnaire sont ‘’déplacées’’ mais sans prendre la peine de les désigner. Outre le fait qu’il est impossible de produire une définition autre que subjective de la notion ‘’déplacées’’, il n’est pas acceptable que des spécialistes d’une discipline particulière, ici la médecine, s’arrogent le droit de dire aux spécialistes d’une autre discipline,  ici la sociologie, comment ils doivent travailler.
A la suite de ce refus que j’ai pris pour un malheureux malentendu, j’ai adressé une lettre d’explication et de recours à la Direction de la Faculté de médecine mais celle-ci n’a pas cru utile de répondre confirmant ainsi l’acte délibéré de censure et d’atteinte à la liberté de recherche.
Je vous prie et je prie les membres du Conseil scientifique d’attacher à ce fait d’atteinte à la liberté de recherche toute l’importance qu’il mérite car il ne vous échappe pas que c’est de cette liberté que dépend une recherche digne de ce nom. Plus concrètement, je vous prie d’user de votre autorité morale pour faire en sorte que l’enquête, en très grande partie réalisée en Avril 2012,  puisse trouver son achèvement en Médecine à la rentrée 2012-2013.
Je vous prie de trouver ci-joints les documents suivants
1-Un exemplaire du questionnaire que 539 étudiants de 5 départements différents ont accepté, sans problème, de remplir.
2-Une copie de la lettre de refus de la Direction de la Faculté de médecine
3-Une copie de la lettre d’explication et de recours envoyée à la Direction de la Faculté de médecine.
4-Le texte de l’examen du 2ème semestre portant sur des tableaux issus de l’exploitation partielle de quelques questions du questionnaire.
Enfin je vous dis toute ma disponibilité à venir à la réunion du Conseil pour apporter des précisions complémentaires ou pour répondre à des questions.
Avec toute ma considération

Oran le 18 Juin 2012
Djamel Guerid, Professeur à la Faculté des Sciences sociales

 


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