DzActiviste.info Publié le lun 19 Août 2013

Au Caire, la morgue Zeinhom ne suffit pas, il faut des camions réfrigérés

Partager

AFP 19 08 2013 à 19h25

Sur le parvis de la morgue Zeinhom au Caire, une femme n’ose pas regarder le cadavre en décomposition qu’on vient de sortir. Sa mère en pleurs ne veut pas croire qu’il s’agit de son fils, son père s’est déjà résigné.

Caire - Égypte, 5 Juillet 2013. Des affrontements entre la garde républicaine égyptienne et des partisans du président déchu Mohamed Morsi font des morts et plusieurs blessés.

Caire – Égypte, 5 Juillet 2013. Des affrontements entre la garde républicaine égyptienne et des partisans du président déchu Mohamed Morsi font des morts et plusieurs blessés.

Caire – Égypte, 5 Juillet 2013. Des affrontements entre la garde républicaine égyptienne et des partisans du président déchu Mohamed Morsi font des morts et plusieurs blessés.

La plupart des cadavres qui s’y entassent viennent de la place Rabaa al-Adawiya, dont l’assaut sanglant mercredi par l’armée et la police pour en déloger un rassemblement des partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi, a été la première étape d’une sinistre répression.

Près de 900 personnes ont été tuées en six jours dans tout le pays, essentiellement des civils partisans de M. Morsi, le chef de l’État destitué par l’armée le 3 juillet, et de son mouvement les Frères musulmans. Plus de 200, selon les autorités, ont péri sur la seule place Rabaa mercredi, la grande majorité sous les balles. Plus de 2.200 selon les pro-Morsi.

« Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi personne ne veut de ce corps ? », vocifère un homme en baissant son masque de chirurgien. « La famille n’arrive pas à savoir si c’est lui ! », lui répond un autre, ajoutant: « le père dit que c’est son fils, la mère dit que non ! »

La fille, robe noire et cheveux dissimulés sous un foulard, la photo d’un jeune homme dans la main, accepte finalement d’essayer d’identifier le corps, enserré dans un linceul blanc et recouvert de petits morceaux de glace pour tenter de retarder la décomposition. Un nuage de mouches tournoie au-dessus du cercueil de bois sommaire.

« Est-ce qu’il a une marque près de l’oeil ? », demande-t-elle aux hommes qui entourent la dépouille, comme pour ne pas avoir à vérifier elle-même. Certains disent que oui, d’autres que non, pour finalement baisser complètement le linceul et laisser apparaître le visage noirci mais reconnaissable du jeune de la photo.

Alors la femme s’éloigne tristement, se mêlant à la foule qui se presse dans la cour dégoûtante de la morgue Zeinhom. Des ordures se mêlent à la boue dans cette enceinte qui exhale l’odeur pestilentielle de la mort malgré des dizaines de bâtons d’encens qui se consument ça et là. Un cercueil vide posé contre un mur bascule, expédiant une nuée de mouches dans les airs.

Lundi, cinq jours après le carnage de Rabaa, les corps de dizaines de personnes qui y ont péri s’entassaient encore dans la morgue Zeinhom. Il y en a tellement qu’on les voit de la cour dès que les portes en métal marron s’ouvrent, envoyant dans la foule une bouffée d’air chargée de l’odeur des cadavres en décomposition. Pire: par manque de place, deux camions réfrigérés ont été réquisitionnés et les cadavres s’y entassent, dans l’attente d’une famille qui viendra réclamer l’un des siens. Parfois d’une lointaine province.

Il y a ceux qui espèrent encore, dans l’angoisse. Puis il y a ceux qui ont reconnu un être cher mais attendent que les hommes de la morgue leur apportent sa dépouille. Et pendant ce temps, d’autres cadavres sont amenés d’on ne sait où, immédiatement empilés sur les autres dans les camions réfrigérés.

Un vieil homme pleure. Le fils de 15 ans de son ami Reda est à l’intérieur. « Son père est paralysé, sa mère était à Rabaa, il était allé pour la chercher mercredi et il a été tué par balles », se lamente le vieil homme.

Lundi, on a amené 37 cadavres de plus à Zeinhom. Ceux de Frères musulmans fait prisonniers et qui ont péri dimanche soir asphyxiés par les gaz lacrymogènes tirés dans le fourgon qui les transférait vers une prison de la banlieue du Caire. Il essayaient de s’évader, a affirmé le ministère de l’Intérieur. Son père attend de pouvoir reconnaître le corps d’Abdul Aziz Abdel Rahim, 38 ans. « Certains ont dit qu’ils étaient morts par suffocation, mais d’autres ont seulement dit: « Dieu seul sait ce qui s’est passé… », lâche-t-il froidement.


Nombre de lectures: 1417 Views
Embed This

Commentaire



Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

XHTML: You can use these html tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>