DzActiviste.info Publié le mer 16 Jan 2013

Au pays de Tab Dj’nanou le Maléfique

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Adel HERIK

Les Tab Dj’nanhoum, comme leur nom l’indique, constituent la cour du roi Tab Dj’nanou 1er . Leur principale charge consiste à arpenter en permanence les couloirs du palais royal de Baltadjiya et de se réunir une fois par mois en présence du roi afin de lever une main tremblante pour adopter toutes les lois qui sont soumises au vote par le Grand Chambellan du roi, El Hadj Mebrouk El Beggar Bouch’kara. La grande salle où se réunissent les Tab Dj’nanhoum – au nombre de 960, vingt par wilaya –, est appelée Salle de l’Éternelle Jeunesse, désignée ainsi en signe de reconnaissance et afin de rendre hommage au dévouement de tous les Tab Dj’nanhoum qui, malgré leur âge avancé, continuent de servir le roi avec zèle et empressement, refusant obstinément de prendre une retraite bien méritée.

Le roi Tab Dj’nanou s’appelle désormais Tab Dj’nanou le Maléfique. Un décret confirmant ce nouveau titre a été publié la semaine dernière au Journal Officiel. Ce surnom lui a été donné par Rab D’zayer l’Invisible, Kommandar en chef de la Secte Anthropophage et tuteur du roi et de tous ses sujets. Comme chacun le sait, c’est Rab D’zayer qui a ramené Tab Dj’nanou de son exil au Moyen-Orient et qui l’a installé sur le trône, il y a 14 ans de cela, malgré les réserves exprimées publiquement par le Daforal Zemmar, à l’époque chef des Analphabètes Trilingues, le club très secret qui dirige le pays depuis que le Daforal et ses amis ont pris le pouvoir. Il avait traité Tab Dj’nanou de canasson, ce que le roi ne lui a jamais pardonné.

Tab Dj’nanou le Maléfique a la baraka. Depuis qu’il a accédé au trône, le prix de l’Or Noir, principale richesse du pays, n’a cessé de grimper. Le roi peut donc dormir sur les deux oreilles. Il n’a plus aucun souci à se faire, désormais, et il passe le plus clair de son temps à distribuer titres, postes et privilèges aux gens de sa cour qui, en retour, lui obéissent au doigt et à l’œil et ne manquent jamais une occasion de le couvrir d’éloges. De temps à autre, le ghâchi, oubliant son devoir de soumission perpétuelle et profitant d’un relâchement passager de la surveillance exercée H24 par la Secte Anthropophage, devient un peu plus remuant. Il bloque les routes, brûle des pneus et se masse devant le chef-lieu de wilaya, demandant qui un travail, qui un logement, qui une augmentation de salaire. Quelques coups de bâton bien placés et quelques mois de prison pour les meneurs suffisent généralement à ramener le calme. Parfois, le roi se voit obligé de délier les cordons de la bourse et d’accorder des augmentations de salaires aux fonctionnaires. La colère du ghachi est alors contenue pour quelques mois, le temps que l’inflation se charge de rogner les augmentations consenties par Tab Dj’nanou.

Tab Dj’nanou le Maléfique et sa cour haïssent le ghâchi. Que ne donneraient-ils pour le voir disparaître et avoir enfin la paix ! La rumeur publique raconte d’ailleurs que le roi a même fait appel à la célèbre guezzana de Fort Lallemand afin de lui demander s’il y avait un moyen de se débarrasser de cette multitude de tubes digestifs ambulants, incapables et médiocres, inutiles et ingrats, de surcroît. La guezzana connaissait bien une formule magique qui avait été utilisée jadis par un grand sorcier de Tin Zawatin qui avait transformé le Sahara, terre à l’origine verdoyante et peuplée d’agriculteurs et d’éleveurs, en désert aride et vide, mais Tab Dj’nanou et sa cour n’en voulurent pas, car elle risquait d’assécher toutes leurs piscines. Rab D’zayer et son adjoint, Le Boucher de Bentalha, avaient bien proposé au roi de lâcher de nouveau la Meute des Hyènes, un bataillon d’élite formé juste après la prise du pouvoir par les Analphabètes Trilingues qui avait réussi à venir à bout de l’insurrection armée qui s’en suivit. « Aux grands maux, les grands moyens. » avait dit Rab D’zayer au roi. « Liquidons encore quelques centaines de milliers de 3râya et nous aurons la paix pour vingt autres années. » Mais Tab Dj’nanou a horreur de la violence. Enfant déjà, petit de taille, il avait souffert de la brutalité de ses camarades de classe plus costauds que lui. Il préférait de loin les méthodes douces : la roublardise et les coups bas. « Nous les aurons à l’usure. », répondit-il. « Qu’ils s’immolent ou qu’ils se fassent bouffer par les poissons, c’est tout bénef pour nous. Ils finiront bien par comprendre qui sont les maîtres dans ce pays! »

« Il est minuit! Dormez braves gens! »

Un calme précaire règne au pays de Tab Dj’nanou le Maléfique… (à suivre)


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