DzActiviste.info Publié le dim 10 Juin 2012

Aucun signe de changement, le pouvoir navigue à vue

Partager

L’après-10 mai n’a pas eu lieu.

El Watan 10/06/2012

L’équipe gouvernementale actuelle est suspendue au bon vouloir du prince. Les ministres se contentent de gérer les affaires courantes. La sortie aussi intrigante que fracassante d’Ahmed Ouyahia, le 2 juin, n’est pas pour rendre la situation plus visible. Elle est révélatrice de la grande confusion et du désordre qui règnent au sein de l’Etat.

Un gouvernement qui sommeille et une nouvelle Assemblée nationale qui n’arrive pas à se mettre au travail. Hormis les crises qui remuent les états-majors des partis, la vie politique nationale est réduite à sa plus simple expression. L’horizon post-électoral est bouché. Le factice enthousiasme suscité par les élections législatives – pourtant vendues comme une étape cruciale dans l’histoire du pays – a vite laissé place à la déprime nationale. Le pouvoir, qui a déployé durant des mois tous les moyens de l’Etat pour mobiliser la nation à «sa cause», s’est replié sur lui-même. C’est l’embrouillamini total. L’après-10 mai n’a pas eu lieu. Le tableau de bord national n’indique aucune direction et, au final, tout le «tintamarre» électoral n’a servi qu’à reconduire le statu quo.

Tout se déroule en dehors de l’espace public et loin des instances démocratiquement élues, du reste inexistantes à cet effet. L’«informel» politique prime sur la gestion transparente et démocratique des affaires publiques. «Le pouvoir continue d’infantiliser le peuple, cinquante après l’indépendance», regrette un dirigeant politique de l’opposition. Les manœuvres au sommet l’emportent sur l’urgence de donner au pays une vision et des perspectives politiques sérieuses. La sortie aussi intrigante que fracassante d’Ahmed Ouyahia, le 2 juin dernier, n’est pas pour rendre la situation plus visible. Elle est révélatrice de la grande confusion et du désordre qui règnent au sommet de l’Etat. Mais également et surtout des risques qu’encourt le pays, qui est «commandé par l’argent sous l’impulsion de cercles mafieux», selon les propos mêmes du Premier ministre.

Crise au sein des partis

«C’est un pouvoir sans boussole, qui navigue à vue. Au mieux, il manque de vision, conséquence de ses limites historiques ; au pire, il est miné par des luttes entre différentes fractions», explique le politologue Mohamed Hennad. Rompu à la culture de l’opacité dans la gestion des affaires publiques, le chef de l’Etat est coincé dans l’ornière du silence.
Logiquement et comme le veut la tradition, il devait procéder à la formation d’un nouveau gouvernement à la faveur des résultats des dernières législatives, même si la Constitution ne l’exige pas. L’équipe gouvernementale actuelle est suspendue au bon vouloir du prince. Il tient tout le monde en haleine. «Les ministres se contentent de gérer les affaires courantes», indique-t-on auprès des certains départements ministériels.

Le pays tourne au ralenti. Rien ne semble presser Bouteflika. Les épreuves du baccalauréat et la préparation des festivités du cinquantenaire de l’indépendance ne peuvent justifier, à elles seules, cette inertie.

Cependant, les crises qui secouent les partis du pouvoir – FLN, RND et MSP – par contre, y sont pour quelque chose. Pour nombre d’observateurs de la scène politique nationale, elles sont les répliques des convulsions au sommet du pouvoir.

L’Assemblée nationale, dominée pourtant par le FLN et le RND, les «bras politiques» du pouvoir, n’arrive toujours pas à mettre en place ses instances, deux semaines après son installation.

Selon des députés de la majorité parlementaire, la réanimation de la Chambre basse du Parlement est «tributaire» du règlement des crises au sein des partis politiques, notamment celle du FLN. Face à cette situation peu reluisante, la classe dirigeante semble se soucier seulement de son maintien au pouvoir. Elle se donne le temps et les moyens pour «s’offrir» une élection présidentielle sans risque et sans surprise. Pendant ce temps, les Algériens, dont la majorité ont boudé le scrutin législatif, voient leur horizon s’assombrir.

Le pays, lui, reste otage des tractations claniques du régime qui l’exposent plus que jamais à tous les périls… 

Hacen Ouali


Nombre de lectures: 2295 Views
Embed This

Commentaire



Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

XHTML: You can use these html tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>