DzActiviste.info Publié le dim 9 Sep 2012

Avec ou sans Boubouzid, là n’est pas la question ?

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par Lamine-Khaled BOUFEDJI
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Benbouzid est parti. Faut-il pour autant s’en réjouir? Je ne le pense pas. Car j’estime que le mal ne réside pas en la personne elle-même ni en son incompétence.

Bien au contraire, ce bonhomme s’est révélé d’une redoutable efficacité, en ce sens qu’il a réussi à accomplir à merveille la tache qui lui a été assignée : former des générations d’analphabètes, mais qui savent lire et écrire, il faut le faire. Et c’est ce qui explique sa longévité au poste de Ministre de l’éducation. On ne change pas une équipe qui gagne diront les entraineurs.
En effet, l’on a assisté à une véritable perversion de la mission de l’école. Jadis, l’objectif visé, pendant le primaire et en six années, est de faire apprendre à l’écolier trois notions de base : LIRE, ECRIRE et CALCULER. Les matières qui étaient dispensées, tant en Arabe qu’en Français avaient pour nom : LECTURE, ECRITURE et CALCUL. Leurs livres respectifs s’intitulaient, au risque de me répéter : Livre de lecture, livre de calcul.
Les arbres étant appréciés par leurs fruits, jugeons-en. A l’issue de l’examen de sixième d’antan, pour un élève moyen, les opérations sur les fractions, les calculs d’aires des formes géométriques les plus variées ainsi que le calcul du volume des solides qui y sont associées et bien d’autres notions élémentaires n’avaient aucun secret pour lui. Ajoutons à cela un bon niveau linguistique aussi bien en Arabe qu’en Français, permettant à l’enfant de rédiger correctement, en arabe et français, sans peine. En matière de lecture, les livres de Jules Verne et Jabran Khalil Jabran étaient connus de tous les écoliers. On est ainsi préparé pour le collège, l’enseignement moyen, puis plus tard le lycée et l’Université
Qu’en est-il aujourd’hui ? Langue (lougha), mathématiques, physique, éducation religieuse, éducation civique, histoire, géographie et autres sciences de la vie et de la nature avec leur panoplie de cahiers et livres respectifs sont le lot quotidien de nos enfants. Et pour quel fruit ?
Au bout de cinq années de bourrages intempestifs, nos enfants sont appelés à passer un examen que l’on ose appeler sixième. Le plus touchant dans cette histoire, c’est qu’au final nos malheureux enfants ne sont pas capables d’aligner trois phrases correctes pour exprimer une idée.  Quant à ce que l’on appelle facticement mathématiques, nos écoliers ne savent plus ce que veut dire « calcul mental ». Un fruit bien amer, en vérité !
Illustration par un exemple du cru. Un jour je suis allé à la blanchisserie pour y déposer deux costumes et une veste à laver. Le costume faisant 200 DA et la veste 100 DA. Après avoir renseigné le bon, le jeune homme, qui avait la vingtaine, prit la calculatrice et commença à taper. Je lui dis, sur un ton étonné s’il avait besoin de recourir à la calculette pour ça. Il me répondit : « Allah Ghalab, je suis nul en maths » !
S’il y a bien un constat à faire, à partir de cette anecdote, s’il m’est permis de la qualifier ainsi,  c’est que nos enfants ne réfléchissent pas. Non pas parce qu’ils en sont incapables ou encore frappés d’une quelconque déficience intellectuelle,  mais simplement parce que nos doctrinaires ont voulu qu’ils soient ainsi.
Cette triste réalité ne date pas d’aujourd’hui, malheureusement, ni depuis l’arrivée de Ben Bouzid, mais elle remonte aux premières heures de l’indépendance. Les choix opérés en matière de politique d’éducation, notamment en ce qui concerne l’enseignement des langues,  ne sont pas issues d’une volonté de construire des générations à même de prendre en main les destinées du pays, mais plutôt d’en faire des sujets dociles, malléables et manipulables à souhait.  
Cette volonté s’est traduite, sur le terrain, à l’école, par le type d’enseignement choisi. En fait, c’est un enseignement, largement pratiqué dans les années 1940 à 1960 en France et aux Etats-Unis, exclusivement destiné aux migrants, aux minorités et autres attardés. Cette technique avait pour seul but : fournir  à ces gens les rudiments nécessaires à leur incorporation dans le marché du travail, exploitation oblige.
Chez-nous, cette pratique a été systématique  et se traduit par l’orientation vers l’image/l’objet, le mot, la relation entre les deux et le conditionnement des écoliers, durant six ou cinq ans  autour de cette association. D‘où le reflexe de notre jeune homme de la blanchisserie :
CHIFFRES, NOMBRES =  USAGE DE LA CALCULATRICE
Point d’imagination ! Donc point de réflexion.
Pire encore, ce type d’enseignement a fait en sorte que nos enfants, même arrivés au stade des études supérieures, n’ont qu’une connaissance superficielle des langues  (Arabe et Français, j’entends). C’est ce qui a fait constater et dire à l’ambassadeur Américain, selon le câble révélé par WikiLeaks : « Les Algériens sont analphabètes trilingues (..) Incapables de commencer et finir une phrase dans la même langue (….) caractéristique de la tranche d’âge 20-40 ans ». Or sans maitrise d’une langue, comment peut on exprimer ses idées, dans un style clair voire élégant avec force et conviction comme le faisait Ferhat Abbas ou Bachir El Ibrahimi.
A défaut, on ne réfléchit pas, on ne dit rien donc et on se satisfait de ce que l’on veuille bien nous donner.
إذا مسَك الزمـان بضره   فالبس له ثوبا من الرضــا
و ارقص للقرد في دولته  وقل وحسرتاه على ما مضى
S’il t’arrive d’être touché par les désagréments du temps
Couvre-t-en d’un habit de résignation
Et danse dans le règne du singe
En disant : Oh tristesse sur les temps révolus
Ainsi donc, vous conviendrez, chers amis et lecteurs, que Benbouzid n’est pas le premier et ne sera pas certainement le dernier Ministre du secteur de l’Education à faire joujou avec nos enfants. Le mal est profond, très profond même, et est implanté pour bien longtemps. A moins d’un éveil des consciences.
Enfin, et pour rendre à César ce qui lui appartient, je voudrais signaler que mon écrit est largement inspiré de l’excellent ouvrage de Mme Malika Boudalia Greffou, sorti en 1989 et intitulé « L’école Algérienne d’Ibn Badis à PAVLOV ».
Je rends hommage à cette dame et à son courage pour avoir levé le voile, preuve à l’appui, sur la véritable nature de notre système éducatif.

Alger le 09 Septembre 2012.
Lamine-Khaled BOUFEDJI


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