DzActiviste.info Publié le sam 31 Jan 2015

BELKACEM BOUKHROUF «La logique dépensière du gouvernement a toujours été son arme de guerre»

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BELKACEM BOUKHROUF. UNIVERSITAIRE

El Watan, 29 janvier 2015

belkacem_2600461_465x348– Le gouvernement se réveille en sursaut et découvre enfin l’immensité des déficits et des besoins en développement des régions du Sud. Il décide, lors d’un Conseil interministériel présidé par Abdelaziz Bouteflika, de réorienter le gouvernail du plan quinquennal vers le Sud. Quelle lecture pouvez-vous en faire ?

Il faut rappeler que la question de l’équilibre régional en Algérie a été toujours citée comme lame de fond théorique dans la construction des programmes de développement, sans que cela n’ait pu être transformé, dans les faits, en réalité vécue. Les discours de façade mentionnaient cette nécessité sans que les actes suivent.

Pis, l’on s’intéressait souvent aux grands pôles urbains censés donner à l’Algérie une visibilité politique et économique sans que les régions déshéritées, tels le Grand-Sud, les Hauts-Plateaux ou les zones montagneuses de Kabylie ou des Aurès, ne soient intégrées dans un quelconque programme. Il s’est créé alors, par effet d’accumulation, un déséquilibre frappant entre le développement des régions au point où des bassins urbains et d’emplois se seraient concentrés essentiellement au niveau des villes côtières du pays.

On fait comme si le Sud ne serait utile que par les richesses du sous-sol qu’il pourvoit, oubliant ainsi les millions d’hommes et de femmes qui l’habitent. Effectivement, les signes de la paupérisation et de la pauvreté sont visibles partout et les indices liés à l’éducation, la jeunesse ou la couverture sanitaire sont là pour le prouver.

Le contexte aidant, l’on comprend que les conclusions du Conseil des ministres ne seraient pas dénuées d’arrière-pensées politiques et tendraient plus à vouloir ramener la stabilité sociale qui permettrait de renouer avec l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste. N’oublions pas que les multinationales, partenaires de Sonatrach dans cet immense projet, mettraient certainement la pression sur le gouvernement en vue d’acheter la paix sociale et leur permettre de renouer avec leurs activités.

Le volume des investissements engagés rendent irréversible, aux yeux du gouvernement, cette option du gaz de schiste et, pour ce faire, il y a fort à parier qu’il paiera ce qu’il faut pour y aboutir. Malheureusement pour lui, le disque de la logique rentière est rayé.

– Il y a quelques jours, les ministres du gouvernement, acculés par le spectre de la fin du pétrole cher, se relayaient à la tribune pour défendre l’idée d’imposer au pays un régime restrictif en matière de dépenses.
Sans occulter la situation de sous-développement criant dont souffre le Sud, pensez-vous que la démarche du gouvernement d’ouvrir de nouvelles lignes de crédit au profit des régions du Sud est fiable sur le plan budgétaire ?

Le manque de fiabilité des démarches budgétaires du gouvernement ne date pas d’aujourd’hui. La logique dépensière a toujours été son arme de guerre dans ses plans de développement sans que cela n’aboutisse à quoi que ce soit de palpable, excepté les quelques infrastructures réalisées – et même sur ce plan, les réévaluations des projets, les surfacturations et la corruption ont saigné les caisses de l’Etat. Le gouvernement se trompe encore une autre fois en pensant régler par le billet une question qui n’a rien de politique.

Les gens du Sud sont formels : ils ne veulent rien d’autre que la préservation des ressources et leur exploitation durable, pour l’avenir de leurs enfants et l’équilibre de l’écosystème saharien. L’on n’a pas entendu un seul manifestant crier au pain et au logement ! Il reste que la question du chômage se pose ardemment dans cette région et les raisons sont diverses : l’école a été pendant longtemps abandonnée et n’a pas donné la chance aux enfants du Sud d’accéder à des formations de qualité ; les jeunes ont été abandonnés et n’étaient pas insérés dans un mécanisme de mobilisation autour de projets ou d’initiatives ; le modèle social a été intentionnellement disloqué et l’on assiste à une rupture identitaire et culturelle inconcevable.

Ce qui se passe à Ghardaïa et El Bayadh sont de sérieux révélateurs de cet état de fait. La cure d’austérité à laquelle on nous prépare n’est que signe de panique. Si c’était, de la part du gouvernement, une volonté de rationaliser les dépenses, la chute du prix du pétrole a commencé en septembre, au moment même où se concevait la loi de finances 2015, laquelle est structurée autour de grands déficits. Aussi, durant cette période, le gouvernement a payé 10% sur la facture des importations, comparées à la même période de l’exercice précédent. L’on comprend que les décideurs naviguent à vue et ne savent même pas quoi faire. On peut parier que si les prix du pétrole remontent, le train des dépenses va reprendre son cours normal, loin des craintes du moment.

– Des allocations budgétaires sont prévues pour les régions du Sud et des Hauts-Plateaux au titre des différentes lois de finances, mais aussi par des Fonds d’affectation spéciale (Sud et Hauts-Plateaux). Les nouvelles mesures du gouvernement n’obéissent-elles pas, tout compte fait, à des considérations de financement de la paix sociale ?

Le volume des allocations budgétaires affectées à la région, si elles n’ont pas servi à alimenter des clientèles et des rentes, aurait suffi à rattraper, en bonne partie, le retard en développement que connaît le Sud. Il aurait été judicieux de faire le bilan des actions et des schémas précédents avant de décider de nouvelles mesures. Il fait l’économie de la rationalité et cela ne fera qu’aggraver les choses : l’Algérie est, économiquement s’entend, un colosse aux pieds d’argile. Notre économie, aussi sensible et dépendante du prix d’une seule ressource volatile sur le marché international, est une véritable source d’inquiétude. Et là, son avenir se joue aujourd’hui !

Ali Titouche


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