DzActiviste.info Publié le mer 22 Fév 2012

Ben Bella et son Histoire

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L’ancien président Ahmed Benbella avait livré un témoignage à AlJazeera TV en 2003 , qui avait fait coulé beaucoup d’encre à propos de sa version des faits de la révolution algérienne contre le colonialisme français.

Ci-dessous, un extrait du journal le MATIN dantant de janvier 2003, tel que rapporté sur un forum de discussion.

Voir aussi : Le livre « Ben Bella – Kafi – Bennabi contre Abane » sort le 25 février : Un ouvrage « coup de poing »in Elwatan du 22 02 2012

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Auteur: Amirouche
Date: 20/01/2003 12:20

I. « Abane Ramdane négociait pour la France »

Deux mois après ses fracassantes accusations contre Abane Ramdane et le Congrès de la Soummam, l’ancien Président de la République, Ahmed Ben Bella (1962-1965), vient de récidiver sur Al Jazira avec une série d’entretiens où il répond à ses détracteurs (Khalida Messaoudi, Rédha Malek, Hachemi Chérif et la veuve Abane, entre autres) mais où, surtout, il apporte d’autres détails sur la « traîtrise » de Abane Ramdane qu’il désigne clairement comme un agent du gouvernement français. M. Ben Bella parle notamment d’une rencontre de San Remo organisée sous l’impulsion de Abane qui y a dépêché des centralistes. Il revient aussi, longuement, sur les assassinats suspects : celui de Khemisti, Khider ou Chaâbani. Son témoignage revient sur les trois premières années de l’Indépendance, qui restent floues pour la plupart des Algériens. Le Matin a choisi de publier dans son intégralité ce témoignage que nos lecteurs ont pu rater et qui gagnerait à être connu par tous, par devoir de mémoire et de débat pour la vérité. Nous sommes conscients des polémiques que de tels propos peuvent susciter, comme nous n’ignorons rien des irritations que cela peut causer auprès de larges couches de la société qui ne manqueront pas d’être indignées devant un si violent opprobre à l’endroit des grands dirigeants de la Révolution. Mais le débat fécond et décisif est à ce prix. Le Matin donne tout l’espace à Ahmed Ben Bella, en se promettant de réserver le même pour tous ceux qui ne manqueront pas d’apporter la contradiction.
Dans cette première partie (qui, en fait, est la dernière de la série, mais par laquelle nous entamons cette suite d’articles pour les besoins de l’actualité, car elle traite de Abane Ramdane), il sera question des nouvelles révélations de Ben Bella sur le rôle de Abane Ramdane ainsi que sur « la fausse réputation du Congrès de la Soummam ».

Al Jazira (Ahmed Mansour) : Il y a une tempête politique et médiatique en Algérie depuis que nous avons commencé à recueillir sur Al Jazira le témoignage de Ahmed Ben Bella, premier Président de l’Algérie indépendante, dans l’émission « Chahada Ala El’Asr » (témoignage sur l’époque). Durant les 13 semaines qu’ont duré les débats avec Ben Bella, des dizaines de commentaires ont été écrites dans la presse algérienne et des colloques ont été organisés par les partisans et les adversaires, demandant la réécriture de l’histoire de l’Algérie. Je me rappelle la première fois que j’ai rencontré Ben Bella à Genève et les nombreuses séances de persuasion que j’ai dû organiser pour le convaincre d’apporter son témoignage sur Al Jazira. Il m’avait répondu alors : « Les vérités que j’ai à dire pourraient créer un séisme, alors je préfère le silence. » Mais je n’ai pas cessé de le harceler durant ces quatre années pour obtenir son témoignage, jusqu’au jour où le directeur de la chaîne Al Jazira m’a annoncé l’accord de M. Ben Bella pour livrer son témoignage. J’ai alors enregistré, durant les mois de février et mars 2002 à Génève, les témoignages de M. Ben Bella, travail qui a pris trois semaines. Aujourd’hui, nous revenons sur les réactions à ces émissions qui ont bouleversé le monde politico-médiatique algérien en espérant que cela contribuera à la clarification du débat et de l’histoire () Et je pose la question à M. Ben Bella : vous attendiez-vous aux violentes réactions qui ont suivi vos témoignages ?

Ahmed Ben Bella : Oui, je m’y attendais. Parce que depuis un certain temps se sont accumulées des tendances négatives et erronées en Algérie. Elles ont pris une grande ampleur et, sincèrement, c’est ce qui m’a fait hésiter à prendre la parole. En toute franchise, la Révolution algérienne est restée secrète et aucun livre historique fiable, même pas un, n’est venu lever le voile sur ces énigmes bien gardées.

Vous voulez dire qu’il reste encore des choses qu’on ignore sur la Révolution algérienne.
Beaucoup de choses. Beaucoup. L’histoire de la Révolution algérienne reste à écrire.

Mais il y a des choses dont vous avez refusé de parler

Oui, il en existe. Des choses vont rester entre @!#$ et moi parce que ce n’est pas dans l’intérêt de l’Algérie d’en parler maintenant. Oui, il y a des choses dont je n’ai pas voulu parler.

Donnez-nous quelques exemples

Des exemples ? Vous savez Je vais vous dire Par exemple le secret de San Remo. Je vous ai parlé des trois frères qui sont venus me voir au début de 1957 à San Remo (Italie) : Benkhedda, Salah Louanchi et Temmam. Les trois appartiennent à la mouvance des « centralistes » (membres du comité central du MTLD opposés à Messali, ndlr). Les centralistes avaient été mis hors d’état de nuire par la France et ils s’étaient rendu compte, au bout de six à sept mois, qu’ils n’avaient aucune influence sur le cours de la Révolution. La France essayait même d’entretenir avec eux des relations pendant qu’ils étaient emprisonnés. Les trois émissaires des « centralistes » sont donc venus à San Remo pour me rencontrer alors qu’à l’époque je résidais au Caire

Ils voulaient rencontrer en fait Khider
C’est vrai. Khider était un homme intègre et ils le connaissaient mieux que moi.

Et ce n’est pas Khider qui a été envoyé à San Remo mais vous
Oui, parce qu’on s’est réunis avec Boudiaf, Mahsas et je crois Ben M’hidi. Et on s’est entendu que ce sera moi qui les verrai. Pourquoi ? Parce que les centralistes étaient demandeurs et ce n’était pas à eux de désigner leur interlocuteur. C’était à nous de choisir notre représentant. Surtout que les centralistes, vous savez, étaient contre le 1er Novembre (déclenchement de la Révolution armée). C’est cela la vérité.

Mais Belaïd Abdesselam a nié que les centralistes aient été contre le 1er Novembre, précisant que « nous sommes entrés dans la guerre au moment opportun »
(Ben Bella prend un air excédé) Vous savez, Belaïd Abdesselam est un homme vertueux, mais c’est un centraliste, il ne peut pas dire autre chose. Cela dit, je le respecte comme je respecte les trois frères qui sont venus me voir à San Remo et qui ont milité à mes côtés. Et je les respecte aussi parce qu’ils sont restés propres. Parmi eux Benyoucef Ben Khedda.

Mais vous avez humilié Ben Khedda !
J’ai été contre ses positions politiques, pas contre son côté moral. Jusqu’à aujourd’hui, il est resté propre. Il n’a jamais été impliqué dans les affaires de corruption, par exemple. Ils sont nombreux au sein du PPA avec lesquels nous n’étions pas d’accord sur le plan politique, mais qui sont irréprochables sur le plan du comportement.

Que leur reprochiez-vous donc ? Sur quoi n’étiez-vous pas d’accord avec eux précisément ?
Sur le fait précisément que leur tendance était contre la Révolution. Ils se sont opposés au 1er Novembre.

De qui parlez-vous exactement ?
De Ben Khedda, Salah Louanchi, Temmam, entre autres, qui étaient connus comme les représentants des centralistes, du temps de Messali. Les gens qui sont venus à San Remo

Qu’ont-ils dit en vous voyant ?
Ils ne m’attendaient pas, ils attendaient Khider. Ils ont reconnu eux-mêmes qu’ils avaient des relations avec le gouvernement français qui leur a demandé ceci : « Constituez un parti et la France négociera avec vous car il n’y a pas de possibilité de négociation avec le Front de libération nationale (FLN) et il n’y aura pas de négociation avec le FLN. » Je les ai écoutés, je ne leur ai rien dit de méchant et, à la fin, je leur ai dit : « Vous nous proposez finalement ce que la France a tout le temps cherché à avoir : la troisième voie. Et ils vous ont trouvé, vous, pour personnifier cette troisième voie, vous qui avez été contre le déclenchement du 1er Novembre ? On doit donc remettre à vous le pouvoir de décision ? »

Donc, la France voulait fabriquer un parti avec qui négocier ?
C’est exactement ce qu’elle leur a demandé. Le but était de contourner le FLN. Mais finalement, les Français ont pris attache avec nous et nous étions en négociation quand il y a eu l’affaire de l’arraisonnement de l’avion (l’avion qui transportait Ben Bella, Aït Ahmed, Boudiaf, Lacheraf et Khider de Madrid à Tunis avait été détourné sur Alger le 22 octobre 1957 et ses occupants incarcérés jusqu’en 1962, ndlr). Cela faisait sept mois qu’on négociait et on était arrivé au même résultat qui s’est réalisé six ans plus tard, en 1962 : le référendum puis l’indépendance.

Quelle relation entre cet évènement et ce que vous avez dit sur Abane Ramdane ?
J’y viens. Je ne vous ai pas dit quelque chose d’important. A la fin de l’entretien avec les trois frères, à San Remo, et après avoir refusé leur proposition, je leur ai demandé : « Abane Ramdane partage-t-il votre opinion ? Quelle est sa position ? » Ils m’ont alors répondu : « C’est Abane qui nous a envoyés » Et cela, j’ai oublié de vous le dire la première fois

C’est lui qui les a envoyés ?
C’est lui qui les a envoyés à San Remo.

C’est cela qui vous a poussé à faire les premières déclarations sur Abane Ramdane ?
La première fois, je n’avais pas tout dit. Je voulais éviter d’exacerber les choses, les émotions

Maintenez-vous vos accusations de traîtrise contre Abane Ramdane que vous avez lancées la première fois ?
Je maintiens qu’il a commis quelque chose de très dangereux. Celui qui veut le qualifier de « traître » qu’il le fasse. Quant à moi, je dirai que Abane Ramdane n’a jamais été dans le premier noyau qui a initié la guerre de libération. Il n’a jamais fait partie de l’Organisation spéciale (OS, organisation militaire mise sur pied par le PPA en 1947 et dans laquelle on comptait Mohamed Belouizdad, Ahmed Ben Bella et Hocine Aït Ahmed, ndlr). C’est moi qui suis allé le voir le voir à Chelghoum Laïd et qui lui ai proposé un poste de responsabilité politique de wilaya – au sein du FLN, ndlr – à Béjaïa.

Il y a des réactions à ce sujet qu’on vous soumettra Beaucoup de ripostes à vos accusations
Je sais. Mais c’est pour cela que j’ai tenu à ce que certaines choses restent dans l’ombre Et le cas Abane est un échantillon de ces secrets qu’on ne gagnait pas à lever Mais aujourd’hui on le dit

Donc c’est lui, Abane, qui a envoyé les trois émissaires à San Remo pour le compte du gouvernement français ?
Il était en relation avec le gouvernement français. Peut-être de façon indirecte, mais il était en relation. C’est lui qui a envoyé les émissaires à San Remo. C’est de lui qu’est venue la proposition qui m’a été faite.

Ce qui a donc conduit, comme l’a dit Lakhdar Bentobal dans son témoignage, à neutraliser Abane Ramdane puis à l’exécuter au Maroc, avant qu’on ne dise, officiellement, qu’il est mort au champ d’honneur (Abane Ramdane a été assassiné le 27 décembre 1957 à Tétouan, au Maroc, ndlr). Passons aux réactions : les quotidiens El Ahrar, El Khabar et El Fedjr ont publié le point de vue de Hocine Aït Ahmed qui revient sur le rôle de Abane Ramdane et qui vous répond sur la personnalité de Abane ainsi que sur le rôle du Congrès de la Soummam. Quel commentaire faites-vous de l’opinion de Aït Ahmed ?
J’ai lu ce qu’a dit Aït Ahmed. Je respecte l’homme et je n’en attendais pas autre chose en réalité : il était avec le Congrès de la Soummam. Ce n’est pas nouveau de sa part.

Le Congrès de la Soummam est vu néanmoins comme l’évènement qui a jeté les bases de l’indépendance en Algérie. J’ai devant moi les propos de la porte-parole du gouvernement, Mme Khalida Toumi, qui a répondu le 6 novembre dernier à la presse n’avoir pas de commentaires sur les accusations de Ben Bella contre Abane Ramdane et contre le Congrès de la Soummam qu’il considère comme un acte de déviation de la Révolution, que les déclarations de Ben Bella relèvent de la liberté d’expression et que l’histoire restait à écrire par les spécialistes. Mais elle souligne que le Congrès de la Soummam, et cela est important car il traduit la position officielle du gouvernement, est le congrès constitutif de la République algérienne, qu’il a donné le programme premier pour la lutte de libération et qui fut notre arme essentielle. C’est pour cela, a-t-elle dit, que nous l’assumons. Cette position officielle a été exprimée par la porte-parole du gouvernement. Nous avons souhaité avoir sa participation dans l’émission mais elle nous a fait parvenir une lettre d’excuse officielle.
Je suis tranquillisé par le fait que cette soeur ministre fait partie d’un gouvernement dont l’objectif principal est la concorde nationale. Mais j’ai une réponse à ses dires. Quand elle dit que le document de la Soummam est « le texte fondateur de la République », quand elle dit qu’il a inspiré la politique de l’Etat indépendant et le style gouvernemental, cela est faux. Et je vais démontrer en quoi cela est faux. Nous avions toujours mis en garde à l’époque sur le fait que les institutions de l’Etat futur ne devaient pas être en contradiction avec les valeurs islamiques. Et il y a, de ce point de vue, un seul document qui a inspiré les outils de base de gouvernance

Quel est donc ce document fondamental ?
Celui du 1er Novembre 1954.

Vous voulez dire que le document du 1er Novembre est la référence de base qui remplace toutes les autres ?
C’est la plus importante référence, celle qui, en tout cas, prend le pas sur tout ce qui est venu après.

Donc, vous répondez à la porte-parole du gouvernement (Mme Khalida Toumi) et vous lui dites que la référence essentielle de la République est le document du 1er Novembre et non pas le Congrès de la Soummam
Oui et puis ceci : le sang. L’histoire de l’Algérie s’est écrite par le sang Il n’y a pas une seule histoire de libération en Algérie. Il y a eu des vagues successives de libération depuis le début de la colonisation. A commencer par celle de l’Emir Abdelkader qui vient d’une zaouia religieuse attachée aux valeurs de l’@!#$. Puis les Ouled Sidi Cheikh qui a pendant vingt ans combattu le colonialisme, avec l’épopée de Cheikh Bouamama. Et même en Kabylie, il faut le noter, le combat d’El Mokrani et de Cheikh Belhaddad dont l’action a été décisive contre l’occupant français. Tous ces meneurs de combats étaient guidés par l’@!#$. Aucun pays arabe ne s’est autant inspiré de l’@!#$ pour se libérer comme l’a fait l’Algérie. Comment résumer l’histoire du sang en une feuille blanche, un « document fondateur » ? C’est l’@!#$ qui a fait sortir le colon français du pays, ce n’est pas moi. Il y a eu sept millions et demi de martyrs, selon les propres témoignages des historiens français. C’est l’@!#$ qui a été le moteur de la Révolution. C’est l’@!#$ qui fut l’étendard de la Révolution. C’est l’@!#$ le vrai texte fondateur de la Révolution. Qui suis-je aujourd’hui en tant qu’Algérien ? Un musulman. Un arabe. Un amazigh arabisé

Donc, vous détruisez l’argument de Mme Khalida Toumi, porte-parole du gouvernement, selon lequel le Congrès de la Soummam a été la référence principale de la Révolution
Oui et je le maintiens. La référence principale est le document du 1er Novembre qui stipule que l’action révolutionnaire et la construction de l’Etat indépendant doivent se réaliser sans s’opposer aux principes islamiques.
Transcription et traduction : Mohamed Benchicou

* Les annotations NDLR sont des précisions de la rédaction
Demain : II. « Abane a assassiné des chefs militaires »

Le Matin 17-01-2003
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Quelques autres vérités

Suite aux déclarations de Ben Bella sur la chaîne de télévision El Jazira, et que vous avez reprises, déclarations selon lesquelles Abane Ramdane, véritable cerveau de la Révolution algérienne, ne faisait pas partie de l’Organisation spéciale ou secrète l’OS, je vous prie d’insérer cette mise au point à l’endroit de Ben Bella. Premier dictateur algérien, et je l’informe 50 années après que le défunt chahid Abane Ramdane était responsable de l’OS dans la vallée de la Soummam – aux environs de Tazmalt de 1947 à octobre 1950 plus précisément le 2 octobre étant petit-fils, de M. Naït Benali Mohamed Saïd, responsable de la cellule de Tazmalt, composée de 27 personnes arrêtées le 2 octobre 1950 avec un adolescent, Aït Benali Amrane, tombé au champ d’honneur quelques années plus tard. D’autres cellules de l’OS existaient dans toutes les localités à l’exemple de celle de Takerboust, non démantelée par l’armée coloniale, je vous cite les noms des personnes arrêtées avec Abane Ramdane : Abane Ramdane, Ali Pacha Rachid, Titouah Makhlouf, Middouche Lakhdar, Amrouche Mouloud Assoul dit Assal Larbi, Radjel Mohamed Tahar, Saïdi Rabah, Redjal Beja, Mikirène Mohamed, Mahia Rabah, Naït Benali Mohamed- Saïd, Boudraâ Arab, Ziri Mohamed-Akli, Ould Abderrahmane Mohammed-Cherif, Boudjemâa Ahmed, Oulebsir Mohamed-Larbi, Souak Cherif, Merad Mohamed-Tahar, Droua Ahmed, Zira Mohamed, Ifiriche Aïssa, Hamidouche Kaci, Lebsir Mohamed Ben Bachir, Kenoun Saïd dit Kroun et Boudjemâa Amar.
Selon les informations recueillies auprès de nos familles, les membres de l’OS arrêtés à Tazmalt emprisonnés à la prison d’Akbou puis transférés sur Bougie (Béjaïa), jugés et condamnés puis emprisonnés à Serkadji en compagnie d’Ahmed Zabana – premier guillotiné de la Révolution – ils furent condamnés par la cour d’appel d’Alger puis transférés en France à Pas-de-Calais (dans le cas de mon grand-père Naït Benali Mohamed-Saïd).
Il est tout à fait évident et totalement naturel qu’un homme comme Ben Bella n’ait pas connaissance des activités d’un homme comme Abane Ramdane sachant que c’est à des gens comme lui que s’adressait Abane en leur disant, je cite : « Les révolutionnaires de salon », planqués en Egypte, en Suisse ou à Paris en attendant la tarte Algérie.
Je vous informe que deux membres de l’OS sont à ce jour vivants et peuvent apporter des témoignages sur Abane Ramdane et son activité dans l’OS. Il s’agit de Titouah Mekhlouf (vivant à Tazmalt) et Bouda Arab (vivant à Tazmalt aussi).
Chebbi Nabil, Béjaïa

La suite des révélations de Ben Bella paraîtra dans notre édition de mardi.

Chebbi Nabil, Béjaïa
19-01-2003

Le Matin du 20/01/03

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Suite
Auteur: Amirouche
Date: 24/01/2003 12:59

Les nouvelles révélations de Ahmed Ben Bella

II. « Abane a assassiné des chefs militaires »

Dans la précédente édition, nous avons reproduit les propos de M. Ben Bella répondant à ses contradicteurs (lire Le Matin du 18 janvier 2003). L’ancien Président réaffirmait notamment ses accusations contre Abane Ramdane qu’il décrivait comme agent de la France à travers, notamment, la rencontre de San Remo au cours de laquelle fut proposée la création d’un parti de la troisième voie qui négocierait avec le pouvoir colonial. Dans cette deuxième partie, Ahmed Ben Bella va plus loin dans ses diatribes.

Al Jazira (Ahmed Mansour) : Donc, vous niez que le Congrès de la Soummam soit la référence de base de l’Etat algérien indépendant

Ben Bella : Mais quel congrès ? Il n’a regroupé que six personnes qui s’y sont réunies. C’est cela le congrès que l’on chante ? Et je vais vous dire plus : ce congrès a été désavoué par la réunion du CNRA une année après au Caire, une réunion où il n’y avait non pas 6 personnes, mais 7O ou 80

57 exactement

Oui, 57 participants. Il y avait même Abane Ramdane. Or, cette réunion du CNRA a désavoué le Congrès de la Soummam et nié qu’il puisse y avoir de contradiction entre le civil et le militaire et nié la soi-disant primauté du front intérieur sur le front extérieur (les deux principes centraux qu’a adoptés le Congrès de la Soummam, NDLR). Quant aux valeurs islamiques, aucun congrès, ni celui-là ni ceux qui ont suivi, ne saurait remplacer le document sur la base duquel a été déclenchée la Révolution du 1er Novembre.

Mais quand vous avez déclenché la Révolution du 1er Novembre, n’y avait-il pas avec vous des centralistes ainsi que des officiers qui sont aujourd’hui au pouvoir en Algérie ?

Cela est une autre histoire Même l’attachement aux valeurs a changé Mais aujourd’hui, je soutiens la politique de concorde nationale. Je ne vois pas d’autre issue. Mais il faut que les choses soient claires : je ne suis pas dans ou avec le pouvoir actuel, il faut que vous le sachiez Mais j’appuie la concorde nationale (de M. Bouteflika, NDLR)

Vous voulez dire que vous n’êtes pas l’allié du Pouvoir algérien d’aujourd’hui (de M. Bouteflika, NDLR)

Non, je ne suis pas allié avec le Pouvoir actuel Je passe l’essentiel de mon temps hors du pays

Mais vous soutenez le Pouvoir actuel

Je soutiens la politique de la concorde nationale

Vous ne soutenez donc pas le Pouvoir algérien actuel, mais seulement sa politique de concorde nationale, si on a bien compris

Mais je ne fais pas partie du Pouvoir, et personne du Pouvoir ne me consulte en quoi que ce soit. Cela dit, je dois avouer que je partage bon nombre d’orientations du Pouvoir actuel que je trouve positives. Par exemple, la politique agricole

Il y a eu durant le Ramadhan plusieurs autres réactions à vos propos sur Abane Ramdane que vous avez formulés sur Al Jazira. Je citerai celle de Lakhdar Bentobbal dans le journal El Khabar du dimanche 15 novembre 2002, qui reconnaît avoir pris part à l’exécution de Abane Ramdane, soutenant que Abane a été un héros mais qu’il méritait la mort parce qu’il était un dictateur. Louisa Hanoune, responsable du Parti des travailleurs, que nous avons tenté d’avoir avec nous dans cette émission d’aujourd’hui, en vain, se dit désolée que vous parliez de personnalités disparues, jugeant vos propos « très dangereux » au moment où la priorité aujourd’hui est de ramener la paix en Algérie. Rédha Malek vous a contredit avec acharnement, notamment sur vos accusations à l’endroit de Abane Ramdane, et soutenu à plusieurs reprises que la plate-forme du Congrès de la Soummam a unifié les rangs des moudjahidine et permis de donner la structure dorsale à l’Armée de libération nationale (ALN). A peu près les mêmes thèses que la porte-parole du gouvernement sur le Congrès de la Soummam Quant à Belaïd Abdesselam, dans le journal El Fejr du 5 novembre, il juge que vous omettez bien des choses, notamment que c’est Messali Hadj qui a appelé au déclenchement de la Révolution et vous accuse d’être une « créature de la propagande égyptienne ». Que lui répondez-vous ?

Il est normal qu’il dise cela Il a été centraliste. Il défend les thèses des centralistes

Expliquez à nos téléspectateurs ce qu’a été ce groupe de centralistes

Les centralistes étaient les membres du Comité central du MTLD en l’absence de Messali Hadj. Messali a fait de la prison plusieurs fois et a même été déporté par le pouvoir colonial. Le parti a alors été géré par des membres du Comité central qui se sont alors opposés à la ligne de Messali Hadj.

Il étaient alliés à la France ?

Non, on ne peut pas dire qu’ils étaient alliés à la France, mais leur option était dangereuse. Ils étaient d’abord contre le 1er Novembre et ont travaillé pour que le 1er Novembre ne se produise pas. Il y a des réalités à dire, vous savez

Pourquoi les centralistes étaient-ils opposés au 1er Novembre ?

Leur opinion était qu’on pouvait arriver à l’indépendance sans l’usage de la violence. Comment était-il possible d’arriver à l’indépendance aux moyens de simples élections quand on a une armée coloniale déterminée à préserver les intérêts des colons ?

Qu’avez-vous à répondre sur le fait que c’est Messali Hadj qui a appelé à l’insurrection armée ?

J’ai connu Messali Hadj. C’est un authentique révolutionnaire. Mais il n’a pas apprécié la situation comme il le fallait et il n’a pas suivi le mouvement de libération.

Des jeunes Algériens m’ont écrit sur internet pour me dire leur indignation que le nom d’un leader aussi important que Messali Hadj soit absent aujourd’hui de la scène algérienne. Pensez-vous qu’il a été lésé par l’histoire ?

On peut le dire. Messali a été l’édificateur du PPA qui fut un monument dans l’histoire de libération. Il n’y a pas un seul homme parmi ceux qui ont déclenché la guerre de Libération qui ne fut pas du PPA. Mais Messali a commis des erreurs. Dont celle de n’avoir pas suivi le 1er Novembre sur lequel il n’était pas d’accord Je n’ai pas dit que je lui ai proposé de le faire évader de sa prison et de le faire sortir de France Il a refusé. J’avais pourtant tout préparé. Parmi les gens qui devaient organiser cette évasion, certains sont encore vivants, dont le moudjahid Kaba. Un merveilleux militant qui tient aujourd’hui un café à Belcourt, à Alger. Il y avait aussi, parmi ceux qui devaient faire évader Messali, le militant Hocine qui fut ambassadeur au Mali, puis en Suède. Ils devaient faire sortir Messali par la mer et le faire fuir par l’Espagne. J’avais organisé son kidnapping. Mais, hélas, il a refusé. Il a estimé qu’on devait consulter le parti et qu’on devait organiser avec méthode le passage à la révolution armée. Ce n’était plus possible d’attendre. Le Maroc et la Tunisie avaient entamé le processus de libération et nous, qui possédions une structure armée clandestine (l’OS) avec 5 000 hommes, nous étions encore en train d’attendre. Le peuple était mûr pour l’action. C’est ce que n’avait pas saisi Messali Hadj. C’est ce que l’histoire lui reproche. Mais je suis d’accord : il n’a pas eu la reconnaissance qu’il mérite.

Revenons à vos accusations contre Abane Ramdane. Sa veuve vous qualifie de « marionnette entre les mains du Caire » et rappelle que Abane disait que « nous ne sommes alignés ni sur Le Caire, ni sur Washington, ni sur Londres »

Je ne lui répondrai pas parce qu’elle a utilisé un style qui n’est pas le mien, celui de l’insulte. Je dirai simplement que ce serait faire insulte à la Révolution algérienne que de croire qu’elle a pu compter des marionnettes en son sein et que l’Egypte de Nasser ait pu s’abaisser à ce genre de manipulation. La Révolution algérienne est plus grande que cela et Nasser était plus grand que cela.

Pour revenir à l’affaire Abane, on a lu dans la presse que Malek Bennabi a été le premier, avant vous et avant Ali Kafi, à parler de « traîtrise » de Abane. On a reçu aussi un message de soutien de la part de 91 moudjahid des Wilayas V et VI qui soutiennent vos accusations contre Abane

Je voudrais préciser que 80 de ces frères sont des moudjahidine des Aurès qui se sont indignés contre la campagne dont j’ai fait l’objet. Les Aurès, il faut le savoir, sont le bastion central de la libération armée. Sans les Aurès, nous n’aurions jamais pu nous affranchir de la colonisation. Quant à la wilaya V, elle a été celle de la première heure de la Révolution, avec des armes de fortune. Elle a combattu sans avoir eu la chance de recevoir son quota d’armement au début. Alors, quand les 91 moudjahidine disent que la campagne dont j’ai fait l’objet vient de ce que l’on appelle « Hizb frança » (le parti de la France), je partage leur avis et je crois que ceux qui m’ont attaqué sont ceux-là mêmes qui se sont convertis à la laïcité et qui ont abandonné l’âme constitutive de l’algérianité qui est l’@!#$.

Le journal cairote El-Ahram constate que vous êtes revenus sur vos propos sur le Congrès de la Soummam et vous ne le qualifiez plus de traîtrise

Je n’ai pas parlé de « traîtrise ». Il y a eu complot. Prenons l’exemple de la wilaya des Aurès à laquelle l’on doit l’indépendance : ses chefs ont été exécutés. Exécutés par Abane Ramdane parce qu’ils ne l’ont pas suivi dans les résolutions de la Soummam. Oui, on peut qualifier ces assassinats de chefs militaires historiques de « traîtrise ». L’assassinat de Cheriet, de Laghroum et de chefs prestigieux. On s’est entretués, oui on s’est entretués et tout cela à cause de ce Congrès de la Soummam qui ne réunissait que 6 personnes alors qu’une année après la réunion du CNRA réunissait 57 membres dont Abane et le désavouait. Ce désaveu du Congrès de la Soummam a été voté à l’unanimité moins 2 voix, celles de Abane et du colonel Sadek.

El Hachemi Chérif, leader du Mouvement démocratique et social (MDS), vous a accusé de « traître » pour avoir été le premier Président de la République à soutenir la réconciliation nationale (avec l’islamisme) prônée par le Président Bouteflika

Je dirai à El Hachemi Chérif qu’il ne connaît pas son histoire parce qu’il est sans doute jeune. Le Parti communiste a renié le 3 novembre 1954, par un communiqué de sa direction, le soulèvement révolutionnaire et a condamné « la violence d’où qu’elle vienne ». Le Parti communiste n’a rejoint la Révolution armée qu’une année plus tard. Il existe, certes, des éléments intègres au sein des communistes mais je retiens contre eux ce qu’a écrit leur journal Le Matin qui a falsifié mes propos et qui a soutenu le camp laïc. Mais comme El Hachemi Chérif est communiste, je n’attends pas de lui qu’il défende l’@!#$.

Un auditeur d’Amérique ne comprend pas votre admiration pour le régime de Nasser, qui a accumulé les échecs sur le plan militaire et économique et qui a réprimé toute opposition, qui ne tolérait aucune contradiction fut-elle par la parole

Ah, si on avait un homme comme Nasser tous les cent ans, le monde se porterait beaucoup mieux. Oui, je n’oublierai jamais ce qu’a fait Nasser pour la Révolution algérienne. Je rappellerai à notre frère El Hachemi Chérif, que vous venez de citer, qu’au début de la guerre, nous n’avions reçu aucune aide militaire de la part des Etats socialistes, que ce soit de l’URSS ou de la Chine, mais seulement du monde arabe et notamment égyptien. Durant deux ans et demi, nous n’avons bénéficié que de l’armement arabe. Ou d’une toute autre aide, comme celle qui nous est venue de Libye que je n’oublierai jamais.

Un ancien député algérien, Mohamed El-Ouathik, rappelle que parmi les reproches qu’on vous fait, celui d’avoir emprisonné Cheikh Bachir El-Ibrahimi et d’avoir réprimé, durant l’époque où vous avez assuré la présidence en Algérie, le courant @!#$ à l’image de ce qui se produisait en Egypte sous Nasser

Tout cela est faux. Ce sont des rumeurs. C’est faux et je vous dirais même plus : pendant les fêtes de l’Aïd, tous les responsables venaient me présenter leurs vux en tant que Président, sauf un qui en était dispensé : Cheikh Bachir El-Ibrahimi. C’est moi qui allais chez lui. C’est moi qui ai suggéré à son fils (Taleb El-Ibrahimi) de prendre des responsabilités politiques, en qualité d’ambassadeur Comment emprisonner le seul homme pour lequel je me déplaçais le jour de l’Aïd ? Tenez, il y a un témoin : M. Chibane (ancien ministre des Affaires religieuses, NDLR) représente aujourd’hui les Oulémas C’est M. Chibane qui me conduisait dans sa voiture chez Cheikh Bachir El-Ibrahimi avant même que je ne visite ma propre famille.

Est-il vrai que, tout en connaissant l’hostilité des Frères musulmans à l’endroit de Nasser, vous avez choisi comme conseiller à la Présidence algérienne un responsable des Frères musulmans que Nasser avait pourchassé et forcé à quitter le pays ?

Tout le monde savait que ce conseiller appartenait au courant des Frères musulmans. J’allais tous les vendredis accomplir ma prière avec lui quand j’étais au Caire avant les hostilités avec Nasser Mon attachement à l’@!#$ remonte à ma jeunesse. (Un téléspectateur algérien intervient dans le débat pour accuser Ben Bella d’avoir assassiné Cheikh Bachir El-Ibrahimi, ce que réfute l’ancien Président).

Votre témoignage sur Abane Ramdane aurait causé la fitna en Algérie, selon certaines voix. Qu’en pensez-vous ?

Je crois plutôt que l’Algérie avait besoin de précisions sur son histoire et corriger sa trajectoire. J’ai 86 ans et mon souhait serait d’être aujourd’hui à Maghnia en train de siroter un café plutôt qu’à Londres ou Paris. Mais il y a eu accumulation de choses erronées, et on ne pouvait rester silencieux devant une chose fondamentale : l’@!#$. On ne pouvait plus se taire. Bien sûr, je ne suis pas d’accord avec tout ce qui se fait au nom de l’@!#$ ni avec certaines tendances islamiques, mais cela est un « problème interne », un débat interne à l’@!#$. Ce qui est inadmissible, c’est l’agression contre l’@!#$.

La France a-t-elle joué un rôle dans l’avènement de la crise que vit l’Algérie depuis le début des années 1990 ?

Je reconnais à la France un génie certain dans les relations avec les peuples. Même si on la compare à l’Amérique : je reste plus admiratif devant le savoir-faire de la France. Mais en Algérie, la France est partie en laissant derrière elle ses successeurs. Son venin est resté intact chez nous. Mais mon objectif n’est pas de semer la zizanie dans mon pays. Je suis pour l’union nationale et c’est ce dont nous avons besoin aujourd’hui. Toute l’Algérie a participé à la lutte de Libération. Mais on ne pouvait rester indifférent devant ce qui se passait sans que cela influe sur la trajectoire du pays. L’Algérie est arabe et musulmane, amazighe aussi, mais amazighe ne signifie pas être contre l’@!#$.

Simon Nassar, écrivain libanais spécialisé dans les affaires maghrébines, se pose la question de savoir pourquoi Ahmed Ben Bella ne critique jamais le régime algérien en place : aurait-il peur d’être interdit de séjour en Algérie ou de retourner en prison ?

Pas du tout. J’ai de bonnes relations avec le Président Bouteflika et je l’aide même dans sa politique de concorde nationale car je considère que ce malheur qui frappe notre pays se résume en fait à ce que des Algériens combattent d’autres Algériens. On a vu ce que cela a donné dans d’autres pays, comme en Espagne sous Franco. C’est pour cela que je suis pour la concorde nationale. Bien sûr, il y a des problèmes. Mais c’est entre nous.

Un jeune Algérien nous pose la question : la génération de l’Indépendance n’avait-elle pas le droit de connaître ces vérités sur son passé avant cela ? Pourquoi nous avoir tenus dans l’ignorance ?

Je ne suis resté au pouvoir que deux ans et demi. Et c’est tant mieux, je ne suis pas homme de pouvoir On ne peut pas me faire le reproche

A ce propos, quelle est votre opinion quand vous entendez dire que votre départ du pouvoir, le 19 juin 1965, est considéré comme le jour du « redressement révolutionnaire ? ».

Cela fait partie des choses dont je n’aime pas beaucoup parler. C’est comme ça

Même quand on fête le jour du coup d’Etat qui a entraîné votre chute ?

Qu’ils festoient Qu’y puis-je ?

Même si vous laissez votre nom dans l’histoire comme celui qui a travesti la Révolution et qu’elle a été redressée grâce à vos adversaires

Laissons le peuple apprécier les choses. Mais, à mon avis, les problèmes actuels de l’Algérie lui suffisent amplement

N’avez-vous pas l’impression que, finalement, toute l’histoire de l’Algérie reste à écrire ?

Et comment ! La preuve est qu’on a à peine débuté avec ces témoignages sur votre chaîne et voyez le déchaînement des passions que cela a suscité
Il y a eu plus de 150 commentaires dans la presse algérienne à elle seule, sans compter les colloques et séminaires !
L’histoire a été écrite avec des considérations d’intérêts étroits. Il y a ceux qui ont fait l’histoire et ceux qui se sont empressés de lui donner une interprétation. L’écriture de l’histoire est un acte scientifique. Il n’y a pas de place pour les émotions. Moi j’apporte des témoignages. Il viendra un jour où des historiens scientifiques prendront leur plume pour restituer tout le passé algérien. Pour l’instant, nous en sommes encore loin
Traduction : Mohamed Benchicou

18-01-2003

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« Ne remuez pas le couteau dans la plaie ! »

Vous entendre dire que Boudiaf était en résidence et me taire relève de la trahison à l’égard de la mémoire de mon père. Les conditions de sa détention sont très bien décrites dans son livre Où va l’Algérie ? Je vous rappelle seulement qu’il avait perdu 18 kg, pour un homme chétif, malade, avec un seul poumon et une tension artérielle oscillant entre 6,5 et 7,5.
Je vous rappelle aussi qu’après presque cinq mois de détention digne de l’enfer qu’il n’avait même pas enduré dans les prisons du colonialisme, Mohamed Boudiaf avait remis, le 17 novembre 1963, à la presse un communiqué dont je reproduis ici un extrait : « A l’occasion de ma libération après bientôt cinq mois de séquestration, je tiens à déclarer que toutes les accusations infamantes et contradictoires portées à mon encontre pour justifier mon enlèvement du 21 juin relèvent toutes de la plus pure fantaisie. S’il en fallait une preuve, ma libération n’en est-elle pas par elle-même suffisante. »
Le témoignage poignant de feu Ferhat Abbas, dans son livre L’Indépendance confisquée, pourrait mieux étayer la période durant laquelle mon père a été séquestré sous votre dictature. A la page 93 de ce livre, il écrit : « En réalité, les complots dont Ben Bella prétendait se défendre n’existaient que dans son imagination maladive. Sur tout le territoire, sa police personnelle emprisonnait, torturait et tuait, sans crainte et sans scrupule. »
Quant à mon père, dans son cahier journal de détention qui est devenu Où va l’Algérie ?, il se demandait : « Au terme de ce récit qui relate les péripéties d’une séquestration de presque cinq mois, dont quarante-deux jours de grève de la faim, d’une libération aussi insolite que l’enlèvement qui en a été l’origine, n’est-on pas en droit de se demander où va un régime capable de traiter des citoyens de la sorte et surtout où va l’Algérie ? »
Malgré tout ce qu’il a enduré sous votre dictature, le jour où Nezzar et les autres l’ont supplié de revenir « sauver la République », il vous a reçu à la Présidence. Chose qui n’aurait jamais pu se passer si les rôles étaient inversés.
Mais puisque vous m’offrez là l’occasion, je me permets de faire cette confidence à la jeunesse algérienne. Le jour-même où il vous a accordé l’audience, un moudjahid disparu, et qui était de la trempe de Boudiaf, est venu le lui reprocher. Au cours de leur discussion, ce moudjahid demanda à mon père : « Pourquoi Boumediène n’a pas liquidé Ben Bella ? »
Et mon père de lui rétorquer : « Boumediène connaît très bien Ben Bella. Il le déteste au point de ne pas lui offrir l’occasion d’en faire un martyr. Il l’a laissé derrière lui, pour bien prouver au peuple quel genre de personnage il avait écarté du Pouvoir un certain 19 juin. »
Ce qui m’exaspère c’est votre choix pour une télévision étrangère qui ne cache pas ses sentiments envers notre pays alors que, sollicité par la télévision algérienne pour l’émission « Aux origines de Novembre », vous avez refusé de participer. La raison est claire maintenant, car Benjamin Stora nous dit ceci au sujet de la Révolution du 1er Novembre 1954 : « Elle est dirigée de l’intérieur par six hommes : Larbi Ben M’hidi, Didouche Mourad, Rabah Bitat, Krim Belkacem, Mohamed Boudiaf et Mostefa Ben Boulaïd » (cf. Histoire de la guerre d’Algérie, 1954-1962, La Découverte).
Ce qui m’exaspère aussi c’est que mon père a laissé derrière lui, après cinq mois de séquestration, un livre : Où va l’Algérie ? Alors que vous, vous ne dites rien de vos quinze ans de détention sous Boumediène. Avez-vous encore peur de lui ? Ou bien pensez-vous que le traitement qu’il vous a réservé est mérité ? Ecrivez-nous un livre pour éclairer la jeunesse algérienne avide de connaître l’histoire de son pays. Regardez le peuple algérien, malgré le peu de dignité que lui ont laissé les différents régimes, il n’a pas accepté les propos que vous avez choisis en parlant de Abane Ramdane.
Le défunt colonel Ouamrane dira de lui : « J’ai connu pas mal d’intellectuels, mais Abane était remarquablement intelligent. C’était en outre un homme simple, d’une sincérité absolue. Il n’aimait ni s’habiller ni avoir de l’argent. La seule chose qui lui importait était l’unité nationale. Il était décidé à l’obtenir par tous les moyens. Et c’était cela qui a choqué beaucoup de militants. Il était violent, brutal, radical et expéditif dans ses décisions. Il ne savait pas mettre des gants » (cf. Achour Cheurfi, La Classe politique algérienne, de 1900 à nos jours, Casbah Editions).
Ferhat Abbas aussi dira de lui : « Abane Ramdane a eu le mérite d’organiser rationnellement notre insurrection en lui donnant l’homogénéité, la coordination et les assises populaires qui étaient nécessaires et qui ont assuré la victoire. » (cf. L’Indépendance confisquée, Flammarion, page 188).
En 1957, quand Abane Ramdane a été assassiné, la Révolution avait perdu en lui un homme, un de ses plus brillants organisateurs. Mais quand en 2002, quarante ans après l’indépendance confisquée, le premier Président de l’Algérie le qualifie de traître, c’est toute la Révolution qu’il assassine. Une Révolution que les frères et les amis, à ce jour, nous envient de l’avoir faite.
En qualifiant Abane de traître, ce n’est pas tant l’homme que vous maltraitez, mais c’est l’illusion que la jeunesse algérienne se faisait de son histoire contemporaine, de la Révolution du 1er Novembre 1954 et de ses hommes, qui est atteinte.
Laissez-nous au moins notre illusion, Monsieur Ben Bella, car les autres peuples font de leurs traîtres et de leurs collaborateurs avec l’ennemi des héros, mais en Algérie on s’amuse malheureusement à faire l’inverse, en faisant de nos héros des traîtres.
Il est probable que vous reprochez à Abane d’être dur. Vous auriez peut-être préféré avoir affaire à un homme indolent, comme ceux qui n’ont pas cessé de dilapider les richesses du pays sans tenir les promesses faites sans cesse au peuple.
Ou, alors, Abane est un traître parce que le 27 juillet 1957, il déclarait : « Vous créez une puissance fondée sur l’armée. Le maquis est une chose, la politique en est une autre qui n’est conduite ni par des illettrés ni par des ignares. » Six mois, jour pour jour, après cette déclaration prémonitoire pour le peuple algérien, Abane a été assassiné. Comme a été assassiné Boudiaf, 21 jours après avoir déclaré : « L’Algérie avant tout. »
Ou bien vous reprochez à Abane de personnaliser le Pouvoir. Combien de portefeuilles ministériels (6,7,8) déteniez-vous au moment où Boumediène et le Conseil de la Révolution avaient décidé de mettre fin à votre règne doré à la Villa Jolie, au cur d’Alger, au moment où Boudiaf était exilé et Ferhat Abbas en liberté limitée ?
Qui croire ? Voilà dans quelle situation vous voulez nous laisser Monsieur le premier Président de l’Algérie indépendante, malheureusement devenue dépendante de l’étranger même pour nourrir ses enfants ; elle qui était le grenier de l’Europe. Nous vous rassurons, nous sommes plus disposés à croire Ferhat Abbas qui, dès le début, nous avait avertis en nous disant : « Que faut-il attendre d’une Constitution élaborée dans un cinéma (Majestic) ? » Le film d’horreur perdure toujours. Nous croyons Ferhat Abbas parce qu’il n’a jamais été démenti de son vivant quand il a écrit L’Indépendance confisquée où il nous rapporte ceci à la page 88 : « Au Caire, en août 1957, lors du congrès du CNRA, Abane Ramdane me fit un portrait peu flatteur du futur Président de la République et son jugement sur lui était encore plus désobligeant que celui du Dr Lamine Debaghine : Ben Bella, me dit-il, qui dénonça en 1950 notre organisation spéciale, l’OS, du moment qu’il était arrêté, rien ne devait subsister après lui. C’est un ambitieux sans courage. Pour parvenir à ses fins, il passera sur le corps de tous ses amis. il est sans scrupule. »
Il y a des natures, Monsieur Ben Bella, que rien ne peut changer. Pour vous le prouver, je vous fais lire un passage qu’Alistaire Horne vous consacre dans son livre sur l’histoire de la Guerre d’Algérie. Il dit à la page 558 de cet ouvrage : « Ben Bella évoluait de plus en plus vers un socialisme abstrait, vers l’autoritarisme et le culte de la personnalité qui répugnait tant au FLN. Témoins de son arrivée triomphale à Tunis, les Américains Richard et Joan Brace remarquèrent : dans une foule, Ben Bella se déplace comme s’il était seul. Il est absorbé par ses propres visions et semble à peine se rendre compte de ce que les autres font autour de lui. Dans une conversation avec William Quandt, un ancien camarade de Ben Bella, il rappelait que ce dernier avait été un bon joueur de football mais n’oubliait jamais la galerie. Il voulait toujours être le numéro 1. Ben Bella voulait toujours que ses coéquipiers lui passent le ballon afin qu’il puisse marquer le but. Il agissait de même en politique. » Afin de mieux fixer les idées de la jeunesse algérienne sur son premier Président de la République, il me semble opportun d’ajouter, à ce témoignage américain, trois témoignages algériens.
1- Dans son Eté de la discorde, Editions Casbah, Ali Haroun nous a gratifiés des « civilités » que vous avez eu l’indécence d’adresser à Benyoucef Benkhedda, Président du GPRA, lors du congrès du CNRA de Tripoli, tenu du 4 au 7 juin 1962. Ali Haroun rapporte ceci : Ben Bella interpellant Benkhedda : « Le plus grand manuvrier c’est toi, et si personne à ce jour ne t’a déshabillé, moi je vais le faire. »
Salah Boubenider répondant à Ben Bella : « Tu n’as pas à t’adresser de la sorte au Président (du GPRA). Et s’il faut te dénuder, nous le ferons. »
Lakhdar Bentobbal, furieux, bondit de sa place et renchérit : « Ben Bella ! Depuis un mois seulement que tu vis avec nous, tes manigances ont déjà semé la discorde. »
Quand à l’affaire de l’attaque de la poste d’Oran, Mohamed Harbi, dans son livre Le FLN : mirage et réalité, précise ce qui suit : « Le 5 avril 1949, un commando de l’OS attaque la poste d’Oran et emporte 3 170 000 anciens francs. L’action est exécutée par un commando dont font partie Souidani Boudjemâa, Belhadj Bouchaïb, Mohamed Khider et Omar Haddad. »
Mohamed Boudiaf, fin observateur, a remarqué lors de son arrestation par la police de Ben Bella, le 21 juin 1963, sur le pont d’Hydra, que le policier Mohamed Oussemer qui l’a arrêté était le même Oussemer qui a ravagé les Algériens de Belcourt lors des événements de mai 1945 et qui était encore membre de la DST lors de l’arrestation des cinq passagers de l’avion qui transportait le 22 octobre 1956 Boudiaf, Aït Ahmed, Khider, Lacheref et Ben Bella. Le même policier qui exécutait les Algériens durant l’ère coloniale est recruté par Ben Bella pour « s’occuper des ses frères » après l’indépendance. (cf. Où va l’Algérie ?).
Je souhaiterais que la jeunesse algérienne lise Ferhat Abbas qui nous dit ceci dans son Indépendance confisquée, aux pages 96-97 :
« Ben Bella a reçu l’Ordre de Lénine, une décoration réservée aux héros marxistes. Au même moment, il optait pour la tenue vestimentaire de Mao Tsé-Toung. Sous la direction de Ben Bella, la République algérienne se comportait comme une femme adultère : mariée publiquement à l’@!#$, elle couchait discrètement dans le lit de Staline. Ben Bella, devenu zaïm, il était maître de l’Algérie. Son ambition était satisfaite. Que lui importait que l’@!#$ soit mutilé, l’Algérie paralysée et les citoyens asservis ? Dans le Sud, le colonel Chaâbani, ancien élève de Ben Badis, ne put se résoudre à trahir l’@!#$. Il entra lui aussi en dissidence. Capturé, il fut jugé à huis clos sans avocats et sans témoins. Condamné à mort, il fut exécuté. Ce ne fut pas un jugement mais un assassinat contre lequel le colonel Zbiri, chef d’état-major, protestera vigoureusement. »
Nacer Boudiaf

Nacer Boudiaf
27-01-2003
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Les cuistots de la non-histoire
Par Kamal Lounaci

Histoire : du latin historia, issu du grec historia (enquête), terme imposé par Hérodote, il désigne un récit ordonné des événements du passé, mais également l’ensemble de ces événements (dans ce cas le mot appelle la majuscule). L’histoire exprime la mémoire des sociétés humaines : sans cette mémoire, une société n’est pas durable. Le commencement de l’histoire a coïncidé avec l’apparition de l’écriture. Les sociétés de la préhistoire exprimaient leur mémoire collective, comme chez les peuples sans écritures, par le canal d’une tradition. Les récits se montrent souvent fragiles et limités, car conditionnés par les capacités mnémoniques du cerveau et les aléas d’une transmission orale de génération en génération. Dans le présent cas, les acteurs d’événements sont souvent identifiés à des mythes. Aussi, la véritable histoire n’apparaît qu’après réflexion sur l’événement, la recherche d’une logique ou d’une causalité dans l’enchaînement des faits.
Dans une société bourrée de paradoxes comme la nôtre, détenir une vérité et la dire fait toujours deux choses stupidement distinctes l’une de l’autre. Le sens du devoir envers la mémoire collective est souvent fallacieux et tendancieux. Aucun acteur de ceux qui sont censés faire notre mémoire ne se soucie de la vérité tant qu’il peut la tronquer. L’histoire de l’Algérie reste plus dominée par des préoccupations morales et politiques que par le souci d’exactitude.
Force est de voir des promoteurs d’événements apporter des témoignages avec fougue et harangue. Au bout de la ligne, si ce n’est la confusion, c’est la médiocrité qui vient colorer de son empreinte la véracité de l’acte. Le temps, supposé lénifier la conscience et tempérer l’attitude des « extruders » du passé, ne semble pas capable d’écheniller la pensée véhiculée au moment des faits. Du coup, celle-ci est revisitée dans le même état d’esprit qui l’a vue naître et faire l’événement ensuite. Le recul n’influence en rien les distinguos des chapardeurs. Ainsi, le premier Président de l’Algérie indépendante Ahmed Ben Bella, après plus de cinquante ans de figuration à croupetons, se découvre par raccroc sa vocation de casuiste en mal d’argutie. Les ariettes historiquement politiques qu’il est appelé à animer sur le canal de la controverse Al Jazira font de lui plus un cabotin qu’un jouteur. Il n’a pas hésité à onduler de la croupe autant que faire se peut pour tomber une fois de plus sur le râble de la personne de Abane. Jugeant le moment bien opportun pour une région qui n’arrête pas de sentir le fagot depuis bientôt deux ans, il vient faire le Jacques en déposant sans décence aucune son lot d’impostures sur le bûcher. Il pousse l’outrecuidance jusqu’à désavouer p; et de quelle manière ! – la véracité de certains témoignages parce que simplement venant de ses antagonistes. C’est ainsi que Ben Khedda, en tant que « centraliste normal qu’il défend les idées centralistes ». Aït Ahmed défendant Abane, « c’est un kabyle comme lui ». El Hachemi Cherif avec le journal Le Matin sont des « communistes ». Quant à la veuve Abane, c’est sa « femme » donc, et, de surcroît, elle verse dans « l’insulte », ce qui n’est p; semble-t-il – pas le terrain de prédilection de l’ex-Président arpète. Mais franchement de qui espère-t-il voir venir une contradiction à ses allégations ? Ce n’est quand même pas Fethi Dib qui viendrait crever son ami la baudruche, alors qu’il l’a sûrement entendu son protégé prétendre en son de trompette que si la terre toutes les « cinquante ans donne les hommes de la trempe du raïs, le monde ne serait pas où nous le savons aujourd’hui ». Il serait certainement bien plus tiré vers le fond. À l’entendre jacasser, c’est à croire qu’il a vraiment des choses à dire. Seulement, le voilà déviant le registre où il peut le plus informer le peuple algérien. A une question se rapportant aux conditions dans lesquelles il fut déposé par son ministre de la Défense, il préfère rater le coche de peur d’être appelé à s’assumer, vu qu’il était le maître du casting à la date des faits. Nous sommes en présence d’un témoin, pas des moindres, qui vient encombrer par ses appréhensions mnésiques les non-dits d’une période jugée la plus mystérieuse et la plus déterminante dans la suite des effervescences qu’a connues le paysage politique de l’époque. Ben Bella préfère les espaces clos aux endroits découverts. Il n’est pas aisé de comprendre qu’il a étrangement plus de choses à dire aux dates où il était enfermé que quand il était dehors. C’est à se demander d’où vient ce quidam que l’on a du mal à placer. On sait seulement qu’il est là. Il fait partie de la catégorie d’hommes qui ressemblent, selon La Bruyère, « à ces arbres forts avancés que l’on transplante dans les jardins, où ils surprennent les yeux de ceux qui les voient placés dans de beaux endroits où ils ne les ont points vus croître, et qui ne connaissent ni leur commencement ni leurs progrès ».
K. L.

(Lire les nouvelles révélations de Ben Bella
dans nos éditions des 18, 19, 21 et 22 janvier 2003).

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Saïd Sadi, il estime que « Debaghine était le Abane d’avant-guerre. Ils avaient en commun cette double capacité d’action et de réflexion propre aux grands hommes politiques. L’engagement de l’un et de l’autre était total. Ils ignoraient les calculs politiciens dans un mouvement national, hélas, gagné par le populisme. On peut simplement regretter que Lamine Debaghine soit parti sans avoir témoigné. Abane a été tué physiquement, lui a été tué politiquement très tôt. Nous devons tout faire pour honorer ces deux hommes dont les parcours sont de beaux sillons pour l’Algérie républicaine ». Ali Haroun se rappelle qu’« au moment où les intellectuels du temps du colonialisme préféraient s’enrôler dans des partis réformistes, Debaghine a choisi le parti des ouvriers, le PPA ». Un geste que la classe politique du courant démocratique, précise-t-il, doit méditer, avant d’ajouter : « Son attachement aux idéaux de la Révolution et son dévouement à l’esprit de la plate-forme de la Soummam lui ont valu d’être persona non grata auprès de certains dirigeants historiques de la guerre établis au Caire puisqu’il a été désigné par Abane en 1956 en tant que responsable de la délégation extérieure du FLN. »
N. B.

N. B.
22-01-2003
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L’islamisme s’épanouit de la candeur des hommes à lui inventer un passé glorieux et un avenir honorable. Entre M. Ben Bella s’épuisant à nous convaincre d’un Novembre @!#$ et Mohamed Lamari s’engageant à se soumettre à un Président @!#$ qui
Le malheur imaginé
Par Mohamed Benchicou

Ahmed Ben Bella et le général Lamari nous ont généreusement rappelé cette semaine le grand inconvénient de l’islamisme : il accompagne parfaitement l’excès de bavardage. Telle la plante verte devant laquelle on se plaît à s’extasier avant de s’apercevoir qu’elle est artificielle, l’islamisme s’épanouit de la candeur des hommes à lui inventer un passé glorieux et un avenir honorable. Entre M. Ben Bella s’épuisant à nous convaincre d’un Novembre @!#$ et Mohamed Lamari s’engageant à se soumettre à un Président @!#$ qui sortirait des urnes en 2004, il y a comme la persistance d’une insupportable farce humaine : puisque nos pères sont déclarés morts pour l’étendard islamique, il ne resterait donc plus à nos enfants qu’à le subir pour le restant de leur vie. Je ne ferai pas l’injure au chef de l’état-major de confondre sa subtilité avec celle de l’ancien Président ni encore moins de douter qu’il est le dernier à croire à sa propre formule. Elle n’en demeure pas moins maladroite. Il n’est jamais sans douleur d’entendre le chef d’une armée qui meurt au combat contre les intégristes promettre qu’il la mettrait, par légalisme étrange, sous les ordres d’un Président @!#$. Il est des cauchemars dont rien ne saurait justifier l’évocation, pas même les convenances diplomatiques auxquelles Mohamed Lamari croit devoir sacrifier sous la pression internationale. Un Président obscurantiste dans cette Algérie assoiffée de lumière ? Allons donc ! Quelle insulte à la mémoire de Mohamed-Lamine Debaghine qu’on enterre aujourd’hui, et dont je suppose, sans l’avoir connu, qu’il n’aurait jamais offert sa jeunesse pour qu’un fanatique qui ne connaît rien de la kesra de nos mères prenne le pouvoir un jour dans l’Algérie de ses rêves. Françoise Giroud, qui vient elle aussi de nous quitter et à qui il faudra bien rendre ici un ultime hommage, disait que « la situation la plus insupportable n’est pas le malheur subi, c’est le malheur imaginé ». Or, nous n’imaginons pas ce malheur-là pour nos progénitures. Pas maintenant. Plus maintenant que repoussent de tendres épis dans nos champs brûlés. Un intégrisme fardé de « la légitimité des urnes » reste un intégrisme. Que ne relit-on Giroud dont vous avez deviné que cette chronique lui est dédiée : « Ainsi, commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit : c’est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer ! Et puis un jour on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l’expulser. » (Gais-z-et-contents). J’entends bien que Ahmed Ben Bella, dans son improbable entreprise d’imposer l’islamisme d’aujourd’hui, en soit à dessiner un noble islamisme d’hier, à lui inventer une légitimité historique dans le combat de Novembre. Après tout, il y a bien des chirurgiens qui rétablissent des virginités à des femmes soucieuses de respectabilité à la veille d’un mariage. Or, il se trouve que depuis le Néanderthal, on ne redessine plus l’histoire : on la fait ou on la subit. Toute tentative de contrefaçon expose son auteur à l’inconfortable interrogation : dans quelle vie antérieure avez-vous vécu cette chimère d’un islamisme qui se bat pour la liberté des hommes, Monsieur le Président ? Interrogez les tombes et les orphelins, vous n’y rencontrerez qu’un seul islamisme, celui qui a tué son propre peuple. Demandez aux veuves et aux marabouts, regardez dans les encensoirs, consultez les talebs qui prient sur nos morts, vous n’y verrez que les intégristes qui ont retourné la lame contre les soldats de leur patrie, jamais contre l’armée française. De l’armée française, ils ont appris les larmes et le deuil, ils en sont les élèves dans la torture et le sang, ses apôtres dans la douleur, ses admirateurs dans l’art macabre de voir agonir l’innocent, les émules de Bigeard, les disciples d’Aussaresses : ils sont les vrais enfants de la France coloniale. Comment abandonner au fils du bourreau la terre dont on y a chassé le père ? Je ne discute pas, ici, du droit de M. Ben Bella de donner sa version des faits, et je persiste à croire qu’il y a un certain courage pour un ancien Président à affronter les conséquences de ses révélations. Nous avons publié dans ce journal l’intégralité des débats qu’il a menés sur Al Jazira parce qu’il faut bien que cesse cette manie qui consiste à abandonner à une côterie de sombres individus se réclamant de l’arabophonie le monopole d’un débat sur la mémoire nationale. Désormais, il nous faudra débattre pied à pied sur l’honneur de nos pères, non pour le plaisir de l’équivoque, mais pour le devoir de vérité. Je ne dispute donc pas, ici, les opinions de M. Ben Bella, mais la façon avec laquelle il s’est cru autorisé d’aligner les faits historiques sur ses croyances. Le temps n’efface rien aux lâchetés des hommes ni à leur bravoure. A quoi bon travestir dans sa vieillesse des épopées qui ne furent, après tout, que celle d’une jeunesse fougueuse ? « La jeunesse est courte. C’est la vie qui est longue. » : Françoise Giroud (Journal d’une Parisienne). Je ne pense pas forcément qu’à Ahmed Ben Bella en évoquant cela, mais aussi à la fondatrice de L’Express. Comment ne pas la citer encore, cette femme de plume que la mort a emportée à 86 ans pendant qu’elle cherchait un sujet pour sa prochaine chronique ? 86 ans : l’âge de M. Ben Bella. Celui de Debaghine aussi. L’ancien ministre des Affaires étrangères du GPRA eut la pudeur de respecter la sentence du temps, celle que définit Giroud : « Vieillir, c’est se désintéresser. » (Chienne d’année). Nous n’accablerons pas Ahmed Bella de n’avoir pas connu ce privilège suprême de la vieillesse : la soudaine amitié pour M. Bouteflika l’en a sans doute dissuadé. Il reste que le spectacle d’un homme dépassé par sa propre polémique avait quelque chose d’embarrassant : comment s’apitoyer pour des tueurs intégristes et demander qu’on leur pardonne quand on n’a eu aucun scrupule à exécuter le colonel Chaâbani ? Ahmed Ben Bella devrait se résoudre à admettre que l’âge n’arrange rien à l’affaire, que si « souvent ceux qui sont au pouvoir se croient invulnérables » (Françoise Giroud, La Rumeur du monde), ils sont toujours rattrappés par leur passé.
M. B.

(A la mémoire de Françoise Giroud)

M. B.
22-01-2003

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Maître Amar Bentoumi répond

Concernant Abane Ramdane
Les héritiers Bouzida Arezki semblent ignorer que j’ai plaidé en 1951 pour Abane Ramdane devant le tribunal de Béjaïa et la cour d’appel d’Alger ; j’ai pris la défense de sa mémoire et de son honneur en engageant une action en justice contre l’ex-Président Ali Kafi qui a été condamné par le tribunal de Bir Mourad Raïs, et dont l’affaire est actuellement pendante devant la cour d’Alger. J’ai réagi spontanément aux récents propos diffamatoires tenus contre Abane par l’ex-Président Ben Bella en publiant un article dans le quotidien La Tribune du 21 novembre 2002 (pages 11 à 13).
Comparer Bouzida Arezki au héros de la Révolution Abane Ramdane relève du délire éthylique.

Concernant maître Bouzida Arezki
Dans le cadre de la récente conférence donnée à l’occasion de la commémoration du 11 Décembre 1960, je n’ai fait que reprendre textuellement ce que j’avais déclaré, preuves écrites à l’appui, en présence de maître Arezki Bouzida, dans une conférence que j’ai tenue le 28 avril 1986 au Palais de la culture, à savoir qu’il a traité dans ses plaidoiries les patriotes algériens de « primitifs », « irresponsables », « dévoyés », « pauvres bougres », « d’être à un ou deux degrés au-dessus des animaux » (termes rapportés par le Journal d’Alger dans son numéro des 20-21 mai 1956 (dont ci-joint photocopie). Et d’avoir exigé des patriotes détenus des honoraires substantiels (voir lettre de détenus ci-jointe) reçus par moi en tant qu’avocat principal du FLN.
Pour ma part, je n’ai pas attendu son décès (Que @!#$ lui pardonne) pour dire la vérité historique sur la courte période (avril 1955 décembre 1956) qui le concerne. Quant à son passé à Tunis, il serait utile de se reporter à la mise au point du commandant Kaci parue du vivant de Bouzida Arezki, qui ne correspond aucunement à ce que racontent ses héritiers ni lui-même.

Concernant maître Amar Bentoumi

Je n’ai pas honte de mon passé avant, pendant et après la guerre de Libération nationale.
Avant le 1er Novembre 1954 je n’ai pas honte d’avoir été arrêté et matraqué pendant plusieurs jours en septembre 1943 (Aïd El Fitr) lors de la première manifestation politique organisée par le PPA pendant la Seconde Guerre mondiale, d’avoir été aux côtés de Saâd Dahleb, secrétaire général du Comité de soutien aux victimes de la répression (CSVR) créé en 1948 par le PPA-MTLD ; d’avoir été l’avocat officiel et permanent du PPA-MTLD et d’avoir à ce titre, de 1948 à 1954, défendu tous les dirigeants et militants nationalistes déférés devant les juridictions répressives, y compris les éléments de l’Organisation spéciale (OS) : procès des 27 de Béjaïa dont Abane Ramdane, procès d’Oran dont @!#$ Boutlilis ; d’avoir participé à la défense de militants, dirigeants anticolonialistes (communistes, UDMA, syndicalistes) et d’organes de presse progressistes (Alger Républicain, Algérie Libre, Egalité).

Pendant la guerre de Libération, je n’ai pas honte d’avoir adhéré au FLN le 8 novembre 1954 et, comme avocat, « d’avoir mis sur pied le premier collectif du FLN » (attestation de Rabah Bitat et des fidayine du 1er Novembre 1954 d’Alger) ; d’avoir assuré la défense des moudjahidine, moussebeline, fidayine devant toutes les juridictions répressives civiles et militaires (près de 400 procès plaidés en 1955 seulement) ; d’avoir été interné de février 1957 à février 1959 dans les camps de concentration de Berrouaghia (dont j’étais le responsable FLN), de Bossuet, y compris au Camp Zéro et de Douéra, avant d’être assigné à résidence à domicile après ma libération ; d’avoir embarqué clandestinement sur un navire sur Marseille et franchi la frontière italienne par le Pas de la Mort pour rejoindre Tunis via Rome afin de me mettre à la disposition de la Révolution ; d’avoir assuré, de juin à octobre 1959, la reparution du journal de l’UGTA, l’Ouvrier algérien, et d’y avoir mené campagne contre l’assassinat de mon ami Aïssat Idir (voir attestation de Djilani M’barek, secrétaire national de l’UGTA) ; d’avoir, à la demande du président du GPRA, Ferhat Abbas, et de Abdelhafid Boussouf, ministre de l’Armement, accepté un poste de magistrat auprès du ministère marocain de la Justice pour militer au sein de la Fédération FLN du Maroc et servir dans les rangs du MALG d’octobre 1959 à avril 1962 ; d’avoir, durant cette période, eu à faire un travail de propagande avec le docteur Ben Barek et Baki Boualem pour le FLN, un travail de formation juridique et politique d’officiers et cadres de l’ALN avec Abdelmadjid Meziane et autres, et surtout à assurer, en qualité de chargé de mission du MALG, plusieurs autres activités importantes au service de la Révolution (voir attestation et déclaration sur l’honneur du capitaine Si Mustapha ci-jointes) ; d’avoir activement participé, en tant que membre de la Commission nationale pour le référendum d’autodétermination, à l’organisation du scrutin en Tunisie, en France et au Maroc ainsi qu’aux opérations de dépouillement en faisant appel aux SMA.

Après l’Indépendance, je n’ai pas honte
1- Sur le plan national d’avoir, pendant la crise de l’été 1962 assumé, avec le commandant Mohamed Allahoum et le lieutenant Chelloufi (devenu plus tard général), la gestion de l’éphémère ministère des Affaires militaires du GPRA confié conjointement à Mohamed Boudiaf et Rabah Bitat, en contact avec le Président Ben Kheda et Mohamed Khider ; d’avoir en qualité de ministre de la Justice mis sur pied les premières structures juridiques et judiciaires de la justice algérienne avec la collaboration des avocats volontaires (G. Benmelha, A. Hadj Ali, Hassen Abdellah, A. Derradji), alors que certains autres avocats accumulaient biens et richesses ; d’avoir eu l’honneur d’être arrêté de juin 1964 à juin 1965 avec les commandants Azzedine (Wilaya VI), Si Larbi Berredjem (Wilaya II), Brahim Mezhoudi (Wilaya II), Mohamed Djeghaba (Wilaya VI) par le régime personnel, dictorial et bassement démagogique de Ben Bella qui nous avait internés, le Président Ferhat Abbas et moi-même, à Adrar pour notre opposition politique malgré notre qualité à l’Assemblée constituante ; d’avoir, de 1967 à 1975, assuré les fonctions de bâtonnier de l’Ordre national des avocats par des élections libres et pluralistes et d’avoir fait respecter le droit à la défense ; d’avoir plaidé devant le tribunal militaire de Blida aussi bien pour les trotskistes de l’Académie militaire de Cherchell que pour Abassi Madani, et devant les tribunaux d’Alger, de Tizi Ouzou et de Béjaïa à mes frais pour les détenus du Printemps berbère. Comme j’ai défendu mon ami Ali Yahia Abdenour et autres défenseurs des droits de l’Homme.

2- Sur le plan international d’avoir défendu les fidayine palestiniens à Athènes, Zurich, Munich et Le Caire, et les indépendantistes guadeloupéens (Reinette et ses compagnons) devant le tribunal de Pointe-à-Pitre avec pour ces derniers Maîtres Manville et Mériem Belmihoub Zerdani ; d’avoir été secrétaire international, puis secrétaire général, puis président de l’Association internationale des juristes démocrates (AIJD) entre 1975 et 2000, vice-président du Tribunal permanent des peuples (session sur l’Erythrée, la Somalie, le Nicaragua), vice-président de l’Association internationale des avocats ; d’avoir soutenu la création de SOS Torture devenue l’Organisation mondiale contre la torture, et d’autres causes justes (Vietnam, Afrique du Sud, Chili, Argentine) ; d’être depuis plus de 30 ans coopté membre du bureau permanent et secrétaire général adjoint de l’Union des avocats arabes ; d’être, depuis 2000, président émérite de l’AIJD pour en avoir assuré la survie et le développement en en faisant une association pluraliste et tiers-mondiste.
Amar Bentoumi

> L’Algérie doit-elle s’impliquer dans la crise au Venezuela ?
« C’est de l’ingérence, Monsieur le Président ! »

La diplomatie consiste à exprimer poliment son opinion, sa pensée, sa position sur un quelconque sujet d’actualité sans mettre son vis-à-vis ou des tierces personnes dans la gêne ou l’embarras. Ce que ne semble pas avoir compris notre Président à tout faire, et le voilà qui met ses gros sabots dans le plat vénézuélien, comme s’il piétinait n’importe quel usage ou loi en terre algérienne. S’il est vrai qu’en Algérie il y règne en dynastie et en monarque absolu, il ne peut agir à sa guise, en ennemi des revendications citoyennes à travers le monde. Il y a des limites territoriales que la mégalomanie ne doit pas dépasser, sinon ce serait de l’ingérence. Ingérence tout le temps dénoncée par nos dirigeants alors qu’elle n’existe même pas.
Cette « main de l’étranger », si on ne la tolère pas chez nous, les autres aussi ne la tolèrent pas chez eux, et ils ont raison. Si le peuple vénézuélien n’a pas ou n’a pas pu réagir, nous sommes tout de même rassurés que l’oncle Sam fronce ses sourcils et recommande vivement même à notre fouineur de poubelles étrangères de balayer d’abord devant sa porte, où les immondices ne cessent de s’accumuler dangereusement, avant de jouer les saint-bernards pour les dictateurs menacés de détrônement. Pan sur le bec ! On l’attendait un peu ce camouflet, réservé aux agités en mal de gloire internationale.
La reconnaissance et le respect pour un chef d’Etat commence d’abord par celle du peuple qu’il est censé gouverner, ce qui n’est pas le cas pour Bouteflika qui insulte, humilie, affame, réprime, asservit son peuple et veut montrer aux chancelleries étrangères le visage d’un Président élu (par la fraude) démocratiquement, un Président fort et juste, loyal et même généreux avec ses amis (dictateurs ou émirs).
On ne peut tromper tout le monde longtemps. La vérité et les faits vous rattrapent toujours et le langage flatteur et les belles promesses n’accrochent plus personne, sauf les requins de tous bords qui ne tournent autour des beaux parleurs que dans l’espoir de mordre à pleines dents dans le gâteau que les despotes font circuler pour voir des courtisans zélés.
Meziane Amara, Tazmalt

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Le Congrès de la Soummam entre dérive et reniement (première partie)

Par Khaled Bensmaïn(*)

La campagne dirigée contre le Président Ben Bella – après son passage à l’émission de la chaîne el Jazira « Le témoin de l’époque » – pour des propos sciemment travestis, et à des fins que l’on devine, ne procède ni de l’impératif de « rétablir » des faits d’histoire, ni de celui de défendre la mémoire d’un homme, Abane Ramdane, dont l’engagement pour l’indépendance de l’Algérie n’a jamais fait de doute et qui n’appartient, par sa dimension, ni à un clan ni à une région, mais à l’Algérie et à son histoire avec ses moments de gloire et de grandeur, mais également ses moments d’atonie et de reflux. Les raisons de ce brusque engouement pour la « vérité » historique – en fait limité à la diatribe et au propos diffamatoire – et cet empressement à défendre la mémoire d’un militant de la cause nationale par une corporation qui s’est depuis longtemps investie dans la lutte politique sont plus à rechercher dans les replis d’un combat idéologique que dans le souci de susciter des témoignages, d’ouvrir des débats et de contribuer ainsi à alimenter la matière de l’historien.
En tentant de ressourcer la Révolution à de fausses généalogies et en appelant à un passé dont on a forcé la lecture, l’objectif évident est de justifier un engagement politique présent qui, pour le moins que l’on puisse dire, a causé beaucoup de torts au pays.
Le jugement du Président Ben Bella sur le Congrès de la Soummam, qu’il qualifie de « reniement des principes du 1er Novembre », porte le débat sur des questions de fond qu’on ne saurait réduire à un conflit de personnes pour le leadership de la Révolution comme on ne saurait les taire pour des motifs d’opportunité liés à quelque raison d’Etat.

Les critiques de Ben Bella
C’est en fait, dès le lendemain du Congrès de la Soummam, en septembre 1956, que Ben Bella formula ses critiques, dans une correspondance adressée aux membres du CCE pour les convier à surseoir à la publication des décisions du Congrès « jusqu’à ce qu’une confrontation des points de vue de tous les frères habilités à cet effet soit faite » (1). Sa critique portait sur trois points essentiels : la non-représentativité du Congrès due à l’absence de certaines wilayas et de responsables de premier plan de la Révolution, l’abandon de l’@!#$ comme référent identitaire, la présence des centralistes dans les instances dirigeantes.
Dans le ton de la lettre, on ne relevait ni acrimonie ni hostilité ; il s’agissait simplement de mettre en garde le CCE contre les « risques très graves » que ne manquerait pas d’entraîner la publication de ces décisions et il l’invitait « très fraternellement » à retarder leur publication, jusqu’à consultation des responsables qui furent empêchés d’assister au Congrès. Cette demande était d’autant plus légitime que Abane Ramdane, en annonçant à ces derniers, en janvier 1956, qu’« une plate-forme politique » était en cours d’élaboration, leur proposa de la leur envoyer « avant de la rendre publique pour qu'(ils) donnent (leur) avis » (2). N’ayant rien reçu, la délégation extérieure réitère, le 15 août 1956, la demande qu’elle avait adressée le 15 février 1956 réclamant le texte de la plate-forme politique promise par Abane.
La lettre envoyée par Ben Bella au CCE attirait l’attention sur les sérieux risques auxquels le Congrès de la Soummam exposait la Révolution. Ces risques étaient liés aux graves dérives qui marquèrent ces assises, dérives qui n’étaient pas nouvelles puisqu’elles avaient déjà engendré, en moins de cinq ans, deux crises qui secouèrent le parti.
La crise dite berbériste de 1949, qui souleva la question de l’identité et qui se solda par l’exclusion de quelques cadres et même l’élimination physique de certains autres.
Le glissement du parti vers le réformisme sous l’impulsion de ceux-là mêmes qui avaient été opposés à l’action armée et qui allaient pourtant se retrouver à la tête de la Révolution en août 1956. Les mêmes causes entraînant les mêmes effets, il n’était guère exagéré de redouter que s’ouvre une ère de conflits fratricides dans les rangs de la Révolution. C’était d’ailleurs pour éviter ce danger que la Proclamation du 1er novembre avait tranché d’une manière claire et précise ces deux questions en fixant comme objectifs : l’indépendance nationale « par tous les moyens » et « la restauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes de l’@!#$ ». En outre, parmi les objectifs que s’était fixé la Révolution, « la réalisation de l’unité nord-africaine dans son cadre naturel arabo-musulman » figurait en bonne place.

Les référents doctrinaux
La principale critique formulée par Ben Bella à propos du Congrès de la Soummam portait sur la question de l’@!#$ en tant que référant idéologique majeur de la Révolution, référant que ce Congrès avait totalement occulté. En plus du sentiment d’appartenance à une sphère identitaire commune et à une même aire civilisationnelle, dont la @!#$ et la langue constituent les piliers, en plus d’une histoire commune dans ses grands axes, il y avait chez Ben Bella la conviction que la guerre de libération nationale allait être longue et dure et que le combat de l’Algérie allait donc avoir besoin de la mobilisation et du soutien du maximum de pays, principalement du monde arabe et musulman, naturellement impliqués dans le combat de l’Algérie. La volonté de disperser les effectifs ennemis sur toute l’étendue du Maghreb en entraînant les peuples maghrébins dans la lutte procédait de la nécessité d’affaiblir les forces coloniales, sur le plan militaire comme sur le plan diplomatique, et également de jeter le premier jalon d’une unité maghrébine retrouvée grâce à la lutte pour l’indépendance nationale. Ce combat unitaire constituait une des préoccupations majeures pour la direction de l’extérieur qui inscrivait l’idée d’une confédération nord-africaine dans sa vision stratégique. « Pour Ben Bella, sans généralisation de la guerre en Afrique du Nord, la résistance algérienne court le danger de voir la lutte se prolonger. Les tendances conciliatrices qui manquaient de confiance dans la lutte armée pourraient alors, grâce au soutien de la Tunisie et du Maroc, reprendre l’initiative perdue en novembre 1954 et engager la révolution dans la voie des compromis. Ce raisonnement exprime une visée stratégique qui ne sacrifie pas à l’immédiat » (3).
C’est avec ce souci que la direction extérieure soutenait sans réserve Salah Benyoucef, secrétaire général du Néo-Destour et opposant de Bourguiba, et qu’elle s’était engagée avec lui et avec Allal El Fasi, représentant l’Istiqlal marocain, à poursuivre la lutte contre le colonialisme français jusqu’à l’indépendance totale et effective des trois pays maghrébins. Dans le même temps, la direction intérieure adressait au Président tunisien, partisan d’une indépendance par étapes, une lettre par laquelle elle exprimait son soutien à son action et à celle de son parti. (4)
L’opposition de Abane à cette démarche stratégique de Ben Bella se trouvait clairement exprimée dans une lettre qu’il adressa, le 13 mars 1956, à la délégation extérieure et dans laquelle il leur faisait remarquer qu’il « n’avait pas la même optique qu’eux sur la question » et leur reprochait de dissiper leurs efforts à vouloir « entraîner dans la lutte la Tunisie et le Maroc » (5)
Aussi s’opposera-t-il au projet de constitution d’une Confédération nord-africaine qu’il s’apprêtait même à condamner par un communiqué, n’eût été l’annulation de la rencontre maghrébine, suite à l’arraisonnement de l’avion transportant les cinq chefs du FLN qui en empêchera la publication. (6)
Sur le plan arabe, Abane, qui était opposé à toute relation directe avec le monde arabe, rappelait que les seules relations devant exister entre ce dernier et l’Algérie devaient transiter par le bureau du Comité de libération du Maghreb. (7) Ces relations, si elles doivent exister, ne sont nullement perçues par lui comme l’expression d’une identité qui se renforce sur le plan politique, par la conscience d’appartenir à une communauté de destin, mais comme des opportunités à saisir pour dénoncer les « palinodies » des gouvernants arabes ou pour « exploiter la rivalité Caire-Baghdad » (8) conformément aux intérêts de l’Algérie. Son hostilité à l’Egypte est manifeste : « Les appréciations de Abane sur la politique égyptienne sont sévères et quelque peu injustes. Car au 1er novembre 1954, l’Egypte a été le premier pays et longtemps le seul à ‘porter’ la Révolution algérienne. L’Egypte était et reste le plus grand, le plus disponible des pays arabo-musulmans, le centre incontournable pour la propagande, la diplomatie et la logistique » (9). En réponse à l’orientation qu’il jugeait « trop arabe » de la délégation extérieure, il invita le Congrès de la Soummam à « rechercher l’appui des Etats et des peuples d’Europe, y compris celui des pays nordiques et des démocraties populaires » (10).
Le peu d’engagement de Abane dans une politique arabe était certainement motivé aussi par sa conviction que le problème algérien pouvait avoir une solution « dans le cadre des conditions de compromis prévalant au Maghreb » (11). C’est donc en prévision d’un dénouement rapide de la situation coloniale, à l’instar de ce qui s’était passé en Tunisie, qu’il pensait pouvoir faire l’économie de relations avec le monde arabe qui n’auraient fait que renforcer la délégation extérieure et particulièrement Ben Bella, qu’il voulait écarter à tout prix. De telles divergences doctrinales allaient nécessairement entraîner des choix stratégiques qui ne pouvait pas être sans conséquences dans la conduite de la guerre.

Le retour au réformisme
La seconde critique formulée par Ben Bella, dans sa lettre adressée au CCE, portait sur la composition de la nouvelle direction de la Révolution désignée par le Congrès de la Soummam. Pour se faire une idée plus précise des enjeux et des raisons qui justifièrent l’opposition des hommes du 1er Novembre aux centralistes, il nous semble utile de faire un bref retour en arrière et remonter au deuxième congrès du MTLD.
Ce congrès allait consacrer d’une manière décisive l’orientation réformiste prise par le parti depuis quelque temps, et par conséquent, le renoncement à tout projet insurrectionnel qui ne tiendrait pas compte du nécessaire « travail de conscientisation » du peuple. Le souvenir des journées du 8 mai 1945 était encore vivace et inhibait la direction du parti au point qu’elle se sentit comptable de toute éventuelle répression et qu’elle faisait de la « préparation » et de « l’union nationale » un préalable à toute action « sérieuse ». Cette mystique de la « préparation », de la « conscientisation » du peuple, alors que la politique suivie par le parti – rapprochement avec les partis réformistes dans le cadre du Front algérien pour la défense des libertés démocratiques, politique de collaboration avec le courant libéral qui activait au sein de la colonisation – l’éloignait de cette option, servait surtout à atténuer l’inquiétude des militants quant à la nouvelle orientation du parti. Une telle politique supposait la liquidation de toute idée d’insurrection armée et, par voie de conséquence, la marginalisation des hommes qui la défendaient. Il fallait donc procéder à l’isolement de l’OS et à l’éviction de l’homme qui représentait l’aile dure du parti, qui incarnait depuis trois décennies le nationalisme le plus radical, qui était le moins enclin aux compromis et dont la revendication constante et sans équivoque demeurait l’indépendance de l’Algérie. L’éloignement de Messali Hadj permettrait la mise en uvre d’une politique qui s’élaborerait dans le respect des étapes et la quiétude des états-majors. La prise en main du parti par une élite consciente de ses capacités et libérée de l’angoisse d’avoir à mener une action, assimilée par elle à une aventure, constituerait le triomphe de la « politique de consolidation et d’élargissement des forces du parti (du) travail de formation et de préparation sérieuse, (de) la recherche d’une union solide de toutes les forces saines, de la nation » sur « la violence verbale, l’agitation, le sectarisme et l’aventure » (12). Cette nouvelle orientation du parti qui s’appuyait sur la conception élitiste d’une organisation fondée sur des « méthodes de plus en plus rationnelles et scientifiques », qui condamnait ceux qui « n’ont aucune compétence » (13) à servir d’appoint à une politique ne tenant plus compte des aspirations de la masse des militants, allait conduire à la scission du parti et à l’abandon du projet insurrectionnel.
Contrairement aux autres partis, les centralistes avaient le même itinéraire politique que les hommes du 1er Novembre et avaient milité ensemble dans le PPA ou le MTLD. Leur divergence portait sur l’opportunité d’une action qu’ils jugeaient prématurée, sinon irréaliste.
En réaction à la déliquescence du mouvement indépendantiste dont la scission est désormais consommée avec la tenue à un mois d’intervalle de deux congrès, celui des messalistes à Hornu en Belgique et celui des centralistes à Alger, le 1er novembre se voulait être une rupture avec les « deux clans qui se disputent le pouvoir » et en même temps un dépassement de la crise qui secouait le mouvement indépendantiste. Devant le cours nouveau imposé par les hommes de l’OS, les centralistes, après leur libération en mai 1955, estimaient qu’en toute légitimité, leur niveau intellectuel, leur savoir-faire politique et leur expérience militante les destinaient à être, sinon la nouvelle direction du mouvement révolutionnaire, du moins à y avoir une place prépondérante. D’autant qu’ils attribuaient les « carences » organisationnelles du FLN et son radicalisme « irresponsable » à sa direction qui, dans sa totalité, venait de l’Organisation spéciale.
La libération des centralises fut précédée par l’arrivée à Alger d’un nouveau gouverneur général, Jacques Soustelle, dont la mission principale était l’étouffement de la Révolution. De peur de voir l’Algérie s’embraser et devenir un autre Vietnam, il chercha à isoler la Révolution moyennant quelques réformes politiques et un dialogue avec les représentants des partis politiques algériens à l’exclusion du FLN. Son arrivée allait coïncider également avec la libération de Abane Ramdane, chargé par Krim Belkacem de l’organisation d’Alger.
La « 3e force », imaginée par Soustelle et qui devait être composée de représentants des partis algériens ne remettant pas en question la présence française en Algérie, fut dénoncée par Abane dans un tract aux militants d’Alger dans lequel il leur demandait de démasquer les centralistes « qui par lâcheté assistent en spectateur à notre lutte lorsqu’ils ne la dénigrent pas en privé » (14). A cette date, c’est-à-dire en juin 1955, les seuls à avoir autorité à parler au nom de l’ALN étaient, selon lui, « les dirigeants du FLN qui se trouvent à l’intérieur et à l’extérieur de l’Algérie » (15).
Mais quelques mois plus tard – avec le « ralliement » des centralistes qui avaient reçu des assurances quant à la volonté du gouvernement français d’entamer des discussions avec les représentants des Algériens à l’exclusion des « égorgeurs du FLN » ainsi que les promesses de règlement de la question algérienne faites par le Front républicain et dont la campagne électorale se déroulait sous le thème de la paix en Algérie par la négociation – les dirigeants de l’extérieur ne deviendront plus que « des patriotes émigrés en Orient, chargés par le FLN/ALN d’un travail à l’extérieur » (16). Les centralistes qui avaient une « appréciation du rôle de la gauche française, des possibilités d’évolution de la minorité européenne et du poids de l’ONU, exagérément optimiste, et qui contraste singulièrement avec les prévisions de Ben Bella et Boudiaf » (17), étaient convaincus que l’indépendance de l’Algérie se ferait par étapes, à l’image de ce qui se déroulait en Tunisie, et que les changements politiques qui allaient avoir lieu en France à la faveur de la victoire du Front républicain, favoriseraient cette perspective.
Cela nécessitait évidemment quelques aménagements, tant sur le plan de l’idéologie du mouvement indépendantiste que sur le plan de la composante humaine qui serait à la tête du mouvement. Car la plate-forme du 1er Novembre avec ses référents arabo-islamiques ne pouvait représenter, pour les libéraux, le cadre idoine à des pourparlers et sa direction issue de l’OS trop marquée par son radicalisme ne pouvait constituer des interlocuteurs valables pour d’éventuelles négociations. D’où l’idée de la direction intérieure de créer un parti avec de nouvelles structures, une nouvelle plate-forme idéologique et surtout de nouveaux hommes qui incarneraient cette nouvelle orientation. Le recours à des hommes opposés au 1er Novembre, mais auxquels il ne faudrait, malgré tout, ôter ni l’intégrité ni le patriotisme, ainsi qu’à la petite bourgeoisie des villes, répondait à ces impératifs : « C’est dans ces classes (classes moyennes et bourgeoises) que la reprise en main de l’ALN en vue d’un compromis rapide avec la France se fait sentir avec le plus de force » (18). Cette stratégie allait permettre, d’une part, de mettre entre les mains de Abane l’organisation du FLN grâce à un aréopage de militants expérimentés et au niveau d’instruction supérieur à la moyenne, mais qui avaient à leur passif leur opposition à l’insurrection armée et, d’autre part, de donner à la Révolution un visage modéré propre à rassurer la partie française.
Pour la nouvelle « direction » d’Alger, il fallait préparer les conditions de la mise en uvre de cette politique en commençant de rallier au FLN les oulémas et l’UDMA et, dans le même temps, procéder à l’éviction des hommes du 1er novembre. Une délégation composée de trois centralistes mandatés par Abane rencontrèrent, à San Remo en Italie, Ben Bella représentant la direction extérieure pour lui faire part des conditions émises par leurs interlocuteurs français : ces derniers acceptaient de dialoguer avec les représentants algériens, à l’exclusion du FLN. Pour accéder à cette exigence, les émissaires de Abane proposèrent à Ben Bella la constitution d’une autre organisation qui représenterait « les intérêts des maquisards ». Convaincu que les représentants français étaient de mauvaise foi et soupçonnant les centralistes de vouloir engager la Révolution dans la voie de la conciliation, Ben Bella opposa à ses interlocuteurs son refus catégorique de voir le FLN sabordé et réaffirma que c’est avec ce seul parti que la France négocierait. « Les réserves de Ben Bella et de Boudiaf sur les anciens dirigeants (centralistes) dont la défaite politique n’est qu’apparente ne manquent pas de fondement » (19). Plutôt que d’aller à un conflit ouvert, la direction d’Alger décida de garder le sigle du FLN, mais en s’employant, d’une part, à le vider de son substrat idéologique et, d’autre part, à en éliminer les premiers responsables.
K. B., (*)ex-secrétaire général du MDA

La deuxième partie paraîtra dans notre édition de samedi.

Lire « Les nouvelles révélations de Ben Bella » dans nos éditions des 18, 19, 21 et 22 janvier 2003.

(1) Belhocine Mabrouk, Le courrier Alger-Le Caire, 1954-1956, Casbah éditions, Alger 2000, p. 197
(2) Lettre du 6 janvier 1956, in Belhocine M. op. cit. p. 119 (Doc. 16)
(3) Harbi Mohamed, Le FLN mirage et réalité, édit. Jeune Afrique, Paris 1985, 2e édit.
(4) Lebjaoui Mohamed, Vérités sur la Révolution algérienne, Paris, pp. 105-106
(5) Lettre du 13 mars 1956, in Belhocine M. op. cit. p. 154 (Doc. 28)
(6) Malek Réda, L’Algérie à Evian, Casbah éditions, Alger p. 27
(7) Lettre du 4 novembre 1956, in Belhocine M. op. cit. p. 109 (Doc. 11)
(8) Lettre du 13 mars 1956, in Belhocine M. op. cit. p. 157 (Doc. 28)
(9) Belhocine M. op. cit. p. 159 note 9
(10) Extrait de la plate-forme de la Soummam
(11) Harbi Mohamed M. op. cit. p.186
(12) La Nation algérienne, organe du MTLD, 3 septembre 1954, Alger
(13) Rapport du comité central. Résolutions du Comité central sur les moyens de résoudre la crise in Harbi M. Aux origines du FLN, édit. Christian Bourgeois, Paris 1975 p. 242
(14) Tract diffusé en juin 1955 par le FLN in Conscience maghrébine n°6-7 décembre 1955.
(15) Id.
(16) Lettre du 4 novembre 1956, in Belhocine M. op. cit. p. 109 (Doc. 11)
(17) Harbi M. Le FLN, mirage et réalité, p. 185
(18) Id. p. 185
(19) Harbi M., le FLN, mirage et réalité, p. 192

K. B., (*)ex-secrétaire général du MDA
29-01-2003

SUITE ***************************************************

La rupture avec les origines

C’est ainsi que le 15 mars 1956, Abane Ramdane adressa à la délégation extérieure une lettre dans laquelle il lui fit savoir que les responsables d’Alger n’avaient pas, du FLN, la même conception. Si pour les hommes du 1er Novembre le FLN, écrivit-il « est la continuation PPA-MTLD-CRUA Pour nous, le FLN est quelque chose de nouveau ce n’est ni le PPA, ni le MTLD, ni même le CRUA » (20). Ce « quelque chose de nouveau » représentait donc la rupture avec les sources du nationalisme que sont le PPA-MTLD, et visait à délégitimer sur le plan politique les auteurs du 1er Novembre. En fait, l’exclusion de ces derniers devait permettre à Abane de se libérer des contraintes idéologiques de la déclaration du 1er Novembre et de réduire les dirigeants de l’extérieur à n’être, dès lors, que de simples militants avec le même statut que les nouveaux arrivés au FLN et feraient tout au plus partie de « la délégation extérieure qui sera composée de toutes les personnalités qui adhéreraient au FLN ». Celle-ci aurait à sa tête Lamine Debaghine (21), un ancien responsable du PPA, qui avait refusé, à la veille du 1er novembre, de prendre la direction du mouvement révolutionnaire, comme le lui avaient proposé les hommes de l’OS. Abane ajoutait que « la rencontre avec les délégués du gouvernement français est tombée à l’eau. Les Français ne veulent pas que nos délégués d’Algérie soient Krim, Zirout et Ben Boulaïd » (22), c’est-à-dire les hommes du 1er Novembre. A cette date, les illusions entretenues grâce à l’émergence d’une troisième voie – qui ne serait ni celle des ultras d’Algérie, ni celle des radicaux du FLN et avec laquelle la France négocierait – n’avaient pas totalement disparu des calculs de la direction d’Alger.
Cette mise au point de Abane quant à la conception qu’il avait du FLN et sa décision de remplacer les hommes qui étaient à la tête de la Révolution exprimait des choix politiques et traduisait des divergences idéologiques de fond. Pour les « historiques », le FLN était l’aboutissement du processus de résistance engagé par le peuple algérien contre le colonialisme. Malgré les discontinuités et les ruptures dans le mouvement national, la constante qui a toujours entretenu et animé la résistance de ce peuple est l’@!#$. Le FLN était le dépositaire d’un héritage qui prenait racine dans le combat de l’émir Abdelkader, de Bouamama et de cheikh El Haddad, dans celui des confréries et zaouias qui se levèrent à l’appel du djihad. Il était le continuateur de l’ENA, du PPA et du MTLD, dont le credo avait toujours été l’indépendance de l’Algérie dans le cadre de l’@!#$ et l’arabité.
Mais pour la direction intérieure représentée par Abane, le FLN était le « rassemblement de tous les Algériens qui désirent sincèrement l’indépendance », il ne se revendiquait d’aucun passé. Il était constitué des principales forces politiques du pays. On retrouvait en son sein des Algériens d’origine (ex-centralistes, UDMA, oulémas, sans parti), des communistes et des pieds-noirs organisés dans des associations, des personnalités libérales de confessions différentes une sorte de projection politique de cette « nation en formation » chère à Maurice Thorez.

Les enjeux du congrès
Du fait de ces divergences idéologiques et de la volonté de Abane Ramdane d’avoir la haute main sur le mouvement révolutionnaire, l’élimination des dirigeants extérieurs était inscrite dans la logique des choses. Que le contact promis par Abane à la délégation extérieure afin de se joindre aux congressistes n’ait jamais quitté l’Algérie, n’a de ce fait rien de surprenant. Même le motif invoqué pour expliquer cette absence au rendez-vous (Ben Bella attendra en vain plusieurs jours durant l’émissaire qui devait le conduire jusqu’au lieu où devait se tenir le Congrès) témoigne du peu de cas qui était fait des dirigeants de l’extérieur. En effet, Salah alias Ben Khedda (qui remplaçait Abane) écrivit à la délégation extérieure pour l’informer qu’il leur « a été impossible de vous envoyer quelqu’un à SR tel que nous l’espérions car si l’autorisation de sortie de l’Algérie est accordée aux nôtres, par contre le retour est impossible d’obtenir » (23). Ainsi ni la délégation extérieure, ni les représentants des Aurès et de l’Oranie, ni ceux de la base de l’Est, ni les délégués de la Fédération de France du FLN ne participèrent à la rencontre de la Soummam. C’est donc en l’absence de la majorité des responsables du FLN/ALN que les six responsables présents au Congrès adoptèrent la plate-forme de la Soummam qui sous une apparence séduisante sur le plan théorique frappait en fait d’ostracisme tous ceux qui ne s’accordaient pas avec la nouvelle ligne.
Celle-ci tentait d’imprimer un cours nouveau à la Révolution et allait dans le même temps renouer avec les conflits d’avant-1954 dans un contexte marqué par la guerre menée contre la France. Les divisions artificielles mises en place par le Congrès de la Soummam avaient un enjeu, la direction du mouvement. D’authentiques patriotes furent éliminés pour avoir refusé de reconnaître les décisions du Congrès de la Soummam. La wilaya des Aurès, dont les chefs furent arrêtés grâce au concours de la garde nationale tunisienne puis exécutés, fut décapitée, des responsables de premier plan menacés dans leur vie furent contraints à la démission ou à l’exil. Le Congrès de la Soummam exprimait un nouveau rapport de force en faveur des courants qui étaient opposés à l’option armée.
La primauté de l’intérieur sur l’extérieur visait à disqualifier les dirigeants qui étaient hors d’Algérie. Pourtant, c’est la direction du CCE qui allait elle-même piétiner ce principe lorsqu’elle s’est trouvée six mois plus tard à gérer la Révolution de l’extérieur. La primauté du politique sur le militaire, principe dont on ne cesse aujourd’hui de louer les vertus prophylactiques, n’avait en fait pour objectif que d’exclure de la décision politique les responsables de l’ALN qui étaient à la tête des wilayas et qui commençaient à organiser le pays profond.
Le FLN était à la fois une organisation politique et militaire et ceux qui élaboraient les résolutions étaient en même temps exécutants car la capacité de chacun à remplir avec succès, en cas de défaillance, la tâche des autres était une condition de survie. Il n’y avait pas de fonction noble et d’autres qui l’étaient moins. L’action du militant allait de l’embuscade et de l’accrochage avec l’ennemi à la sensibilisation et la mobilisation des populations, de l’organisation des grèves à la perception des collectes.

Le retour au 1er Novembre
Derrière ces principes d’« exclusion », que sont la primauté de l’intérieur sur l’extérieur et du politique sur le militaire et au-delà des luttes pour la prééminence au sein du FLN des alliances conjoncturelles et des éliminations physiques, c’était donc bien deux lignes politiques qui s’opposaient. L’une se ressourçant dans le PPA de Messali Hadj était convaincue que le colonialisme n’est pas amendable et que sa nature est antinomique à la liberté et à la justice. Le légalisme et le réformisme ayant montré leurs limites, il ne restait à la dignité que la voie des armes. Son choix s’appuyait essentiellement sur les classes rurales. L’autre courant « incarné par Abane avait son support dans les villes. Potentiellement bourgeoise, bureaucratique, elle était jacobine et centralisée (24) » ; moins confiante dans les possibilités du peuple, elle perpétuait encore l’illusion d’un possible dialogue avec la puissance coloniale.
Le 1er Novembre, en se détournant des partis politiques accusés de « corruption et de réformisme cause de notre régression actuelle(25) », s’était naturellement tourné vers cette Algérie des villages et des douars des Hauts Plateaux et de la steppe. C’est là que commença à prendre forme l’Etat algérien indépendant dans les embryons d’une administration et d’une justice indépendantes de celles du colonialiste, dans l’organisation des djemaâ et l’élection de leurs représentants, dans les services de santé et l’enseignement dispensé par les commissaires politiques. L’Etat naissant dans cette armée issue du peuple, dans son drapeau et son hymne national, dans la rencontre de l’étudiant avec le paysan, de l’homme des villes avec celui des campagnes. La campagne relayant la ville, le terroir s’ouvrant à la nation.
La « dérive » du 20 août 1956 allait être corrigée lors de la réunion du premier CNRA (Conseil national de la Révolution algérienne) en août 1957, soit une année après la tenue du Congrès de la Soummam. Le CNRA décida qu’il n’y aurait pas de discrimination au sein du conseil, tous ses membres étant titulaires. Il n’y aura pas non plus de primauté entre le politique et le militaire, « tous ceux qui participent à la lutte de libération avec ou sans uniforme, sont égaux (26) », comme il n’y aurait pas de différence entre l’intérieur et l’extérieur. En outre, il précisa une nouvelle fois les buts de la Révolution algérienne, en se conformant à la déclaration du 1er Novembre : « L’institution d’une République algérienne démocratique et sociale qui ne soit pas en contradiction avec les principes fondamentaux de l’@!#$ ». Enfin, le CNRA rendit justice aux « historiques » en les désignant d’office et à titre honorifique comme membres du CCE car il considéra qu’« il est de l’intérêt général que ces frères, malgré leur emprisonnement, restent associés aux organismes de direction et d’exécution ». Toutes ces résolutions furent votées à l’unanimité des participants, sauf celle qui a trait au principe de la primauté de l’intérieur sur l’extérieur où le CNRA enregistra deux abstentions, celles de Abane Ramdane et Slimane Dehilès. Le journaliste et historien J. Duchemin, qui côtoyait les dirigeants à Tunis, écrira : « Le fond du problème, on le sait, réside pour le FLN dans le choix d’une voie définitive : ou bien il sera un mouvement musulman, islamique, panarabe, maghrébin avec Ben Bella et ses amis et il donnera à l’Algérie le visage de l’Egypte ; ou bien il sera un parti moderne, révolutionnaire, émancipateur, dynamique et il donnera à l’Algérie l’avenir de la Macédoine, de la Gaule, de tous les peuples barbares devenus les vainqueurs de leurs anciens maîtres et fondant avec eux une nouvelle civilisation issue de leur jeune sang allié à l’intelligence et à la technique de leurs anciens seigneurs (27) ».
Malgré le retour au purisme du 1er Novembre, une année après la dérive du 20 août 1956, le mouvement révolutionnaire va se déliter et se perdre dans les luttes de clan pour le leadership de la Révolution. Ces luttes allaient particulièrement s’exacerber avec la sortie des dirigeants du FLN d’Algérie et l’instauration de barrages électrifiés aux frontières isolant « l’intérieur » de « l’extérieur ». La violence et l’exclusion, inaugurées par le Congrès de la Soummam, allaient être érigées en méthode de gestion des oppositions. En décembre 1957, Abane Ramdane est victime de la logique qu’il mit en branle un 20 août 1956 à Ifri, dans la Soummam.
K. B., ex-secrétaire général du MDA

(20) Lettre du 15 mars 1956, in Belhocine M. op. cit. p. 161 (Doc. 29)
(21) Lettre du 13 mars 1956, id. p. 155 (Doc. 28)
(22) Lettre du 3 avril, id. p. 169 (Doc. 30)
(23) Lettre du 24 juillet 1956, in Belhocine M. op. cit. p. 186 (Doc. 41)
(24) Harbi M., le FLN, mirage et réalité p. 183
(25) Déclaration du 1er Novembre
(26) Décision du CNRA, 20-27 août 1957
(27) Duchemin J., édition La Table ronde, Paris 1962, p. 328

La première partie de cette contribution est parue dans notre édition du jeudi 30 janvier.

K. B., ex-secrétaire général du MDA
31-01-2003


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  1. m'sirda... dit :

    de grâce laissez les morts en paix, priez pour eux, quand aux vivant faites vos mea-culpa tous seul.

    notre pays a besoin de sérénité, notre jeunesse doit s’émanciper de la tutelle des vieillards, faites votre le parcours de Maitre BENTOUMI ET TANT D’AUTRES ILLUSTRES ET AUGUSTES ALGERIENS .
    Mr Ahmed Benbella est actuellement malade , rien ne sera pour lui comme avant seul DIEU connait la vérité et chacun sera rétribué suivant ses actes.

    PEUPLE ALGERIEN algérien tu es un très grand peuple qui a donné maintes leçon au monde antique et contemporain , retroussons nous les manches et battons en brèche tous nos villipendeurs.

  2. je suis un kabyle e t amazighe, je suis contre l’État algérienne et le partie politique FLN d’aujourd’hui ne betafluika, ouyahya, les ginèron etc vous avez rendu ce paye bourjoix en paye pauvre, je suis presser de vos voir morts, pour ne lisse tranquille, ne vos mère et vos famille,de mas par aziz el mahna je suis un rebelle qui seras votre in-mie demain, vive l’Algérie berber et amazighe

    • gabyle dit :

      tu nous casse les couilles avec ton berberisme odieux extrémistes et fascistes, je t’en merde avec ton racisme de mamazigh, gabyle, barbare… vive l’Algérie arabe explose (etartague) fils des espions pères blancs missionnaires français, traitres a l’Algérie, vous êtes un microbe pour notre chère Algérie. Vive l’Algérie arabe. Bande de paresseux, aller au travail, au lieu de développer, soigner,aider ect… Toujours avec votre odieux racisme, moi gabyle, toi zdi moh… Tfouh… Traitres. Vous êtes le mal et un dangereux virus pour l’Algérie. Fils de harkis… Tfouh….

  3. Abdelkader dit :

    Concernant le mobile la mise en résidence surveillée du Cheikh El Ibrahimi, Benbella lui même m’a racconté une autre version,il s’agit de la vie privée.
    En ce qui concerne l’assasinat de Mohamed Khemisti. Jusqu’à aujourd’hui, personne n’a pu expliquer comment Mohamed Zenadi a pu tirer sur Khemisti? Zénadi qui était instituteur à l’école Larbi Tebissi ex cité Foncière de Mostaganem, Comment il c’est déplacé de la paisible ville de Mostaganem à Alger pour tuer Khemisti? J’ai connu ce personnage, il était un patriote fidai armé durant l’occupation. Ce coup demeure une énigme.

  4. slimane dit :

    bonjour: A quoi ça serre de remuer les plaies ?. Se baser sur des dires des témoignages de gens peut être absurdes,manipulés,voir même rémunérés pour faire basculer les faits hèroîques sur tel ou tel …. depuis longtemps que ça dure voir plus de 55ans, ça suffit, mettez-vous au travail purifier vos âmes, vos consciences le monde change sans arrêt … .

  5. Gabyle dit :

    Abane ramdane n’est ni membre du groupe des 22, ni membre du comité des 6, ni chef historique. sans le plus grand zaim Mohamed larbi Benmhidi le congrès de la Soummam n’aurait pas réussi et Abane ramdane n’aurait pu faire triomphé ses thèses. Abane ramdane est un assoiffé de pouvoir et traitre il négociait pour la France. Abane ramdane il signait sa condanamtion a mort? la falsification de l’histoire ne profitera qu’a de tristes personnages embusquées comme ils ont toujours ete .

  6. Dahayen dit :

    Pourquoi ces assassinats ? «Vous êtes des criminels», aurait dit Abbane à Krim Belkacem quand lui furent relatées, à sa « sortie de prison », les conditions dans lesquelles avait été déclenchée l’insurrection.

    le 27 juillet 1957 à Tunis, il déclarait : « Vous créez une puissance fondée sur l’armée. Le maquis est une chose, la politique en est une autre qui n’est conduite ni par des illettrés ni par des ignares. »

    Abane disait que « la rencontre avec les délégués du gouvernement français est tombée à l’eau. Les Français ne veulent pas que nos délégués d’Algérie soient Krim, Zirout ou Ben Boulaïd » , c’est-à-dire les hommes du 1er Novembre. ils préfèrent les représentants d’une « nation en formation » chère à Maurice Thorez, L. Blum dans les années 30, et plus tard à Soustelle et De Gaulle; càd perpétuer « l’Algerie à papa ».

    Camus l’un de ses interlocuteurs pour « la trève », s’oppose publiquement, et même violemment, à la revendication nationaliste d’indépendance algérienne,

    L’exceptionnelle générosité de la justice coloniale ? Abane Ramdane a été prématurément libéré en janvier 1955 et totalement blanchi de ses condamnations annexes : interdiction de séjour, privation des droits civiques décennale et 500.000 francs d’amende.

  7. gabyle dit :

    Rien n’y fit. Abane ramadan était intraitable. Mahmoud Cherif qui tenta alors une médiation auprès de Abane.
    il ne faut pas pque ce CNRA. Consacre votre mésaventure, lui dit-il tu veux la direction totale de la révolution alors que nous avons tous décidé a l Soummam qu’elle serait collégiale. Tu es intelligent admets donc que Krim a aussi le droit de diriger. Vous êtes kabyle tous les deux supportez-vous la guerre n’est pas gagnée.
    rien n’y fit. Abane intraitable.
    Mahmoud Cherif, dit-il au chef de l’aurés, tu as tort. Krim est un incapable. Il ne peut rien faire. Ni la révolution ni le pays. Méfie-toi de lui. Il est prêt a marcher sur le cadavre de son père. Pour atteindre son but!
    C’était le clash! Abane avait contre lui tous les commandants de wilaya. Y compris Mahmoud Cherif, qui s’était décidé opposer les civils aux militaires.
    le FLN doit être autoritaire, la révolution avant les hommes. Abane ramadan est arriviste il n’est ni membre du groupe des 22, ni membre de l’OS, ni membre du comité des 6, ni chef historique. Abane ramadan est un traitre et assoiffés de pouvoir, il signait sa condamnation a mort.
    et cesser de le faire passé pour un grand héros.
    vive Abdelhamid Boussouf fit si mabrouk.
    Loire a nos glorieux valeureux moudjahidin.
    la falsification de l’histoire ne profitera qu’a de tristes personnages embusqués comme toujours l’on été.

  8. Sallira dit :

    Les oublis de l’histoire : Le 19 juin, hommage au Zaim Ahmed Benbella
    Par Y.Mérabet*
    Sid Ahmed Ghozali, un ex haut fonctionnaire du pouvoir politique du système depuis ses origines, plusieurs fois ministre et ancien premier ministre, sans doute connaît-il les coulisses du pouvoir Algérien, vient avait révélé qu’il existe en Algérie, un demi siècle après une « Indépendance de façade » Deux pouvoirs : Un « apparent » et un autre « caché » (El Watan 22.05.2011.) Un pouvoir qui répugne à décliner son identité et qui semble agoraphobe (craint les grands espaces), coupé de son peuple, est-il digne de diriger un pays de 37 millions d’habitants socialement aux prises à une crise aiguë et politiquement, déchirée par le clanisme? « La révolution c’est moi disait Ahmed Benbella ». En 1954, les relations entre les représentants du PPA-MTLD, représenté en Egypte par Mohamed Khider et Ait Ahmed et le colonel Djamel abd al Nasser, nouveau Zaim arabe, étaient au bord de la rupture. Ait Ahmed était vu comme un « Berbéro-matérialiste et Khider comme « Un bourgeois-réactionnaire ». Ben Bella, a réussit à convaincre Djamel Abd el Nasser que pour devenir leader du monde arabe, il doit aider le peuple algérien à se libérer du joug colonial français. Nasser accepte. Sans le soutien des personnalités telles que : Djamel Abd al Nasser, le premier ministre indien, Nahru, le yougoslave Tito, le cubain Castro et d’autre leader du tiers/monde, la station de radio «Saout el arabes min Qahira » sans doute les combattants algériens se seraient découragés et la révolution aurait sans doute échouée. Ce soutien miraculeux a été obtenu grace à Ben Bella. Ben Bella est bel et bien un révolutionnaire algérien de premier plan. Quand il dit que : « …L’attaque de la grande poste d’Oran et la révolution… c’est moi qui a procuré les premiers quelques sous pour démarrer la révolution ». Ce que ses détracteurs lui contestent sans arguments, c’est vrai au fond et discutable sur la forme. L’attaque de la poste d’Oran. Historiquement et incontestablement, en 1948, le responsable de l’OS de la région d’Oran était un certain Ahmed Ben Bella. Pourquoi cette attaque n’a-telle pas eu lieu à : Alger, Constantine, Annaba ou Tizi-Ouzou, par exemple ? N’en déplaise à ses détracteurs et à ses calomniateurs, c’est bien lui qui avait convaincu ses compagnons d’aller prendre l’argent où il se trouve pour financer leur mouvement révolutionnaire. C’est encore lui qui a minutieusement planifié l’attaque de la poste d’Oran et recruté des complices. Ait Ahmed, en tant responsable national, a dû vérifier le plan qui lui a été fourni par Ben Bella, auditionner les complices qui lui ont été présentés par le responsable régional… avant d’opérer. Conformément aux plans de Ben Bella. Comment en serait-il autrement ? La dernière sortie de Ben Bella atteste, qu’à 30 ans comme à 94 ans révolus, il est resté fidèle à sa nature originelle. Il a une sainte horreur des courtisans flagorneurs. En novembre 1954, il existait plusieurs mouvements politiques en Algérie. L’UDMA de Ferhat Abbas, les centralistes, les oulémas, les communistes, qui avaient refusé de participer au déclenchement de la révolution. Une fois déclenchées sans eux, ils l’ont très mal jugée, sévèrement critiquée et condamné ses initiateurs historiques.
    *Journaliste indépendant
    Association Algérienne des Relations Internationales 119, Bd Didouche Mourad Alger

  9. Hoeicine dit :

    Pas de place pour Kabyles dans l’histoire d’Algérie.
    L’algérie est faite que par des héros arbo-berbères du Maghreb on peut citer: Emir Abdelkader (premier créateur de l’état algérien), Messali Hadj (père du nationalisme algérien et créateur de l’Armée algérienne), Ahmed Ben Bella (le seul héros et zaim de la révolution, premier président de la république RADP) et enfin le Président Abdel -Aziz Bouteflika celui qui asauvé l’Algérie du génocide et son partage par les prédateurs Kabyles.

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