DzActiviste.info Publié le lun 27 Fév 2012

Ben Boulaïd, instaure « Hizb Ethaoura » incontestable aux Aurès

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 Etat major AurèsBen Boulaïd avait besoin de faire le point. Ses incessantes allées et venues d’Alger à Batna, de Batna à Alger, les tournées dans l’Aurès ne lui en laissaient pas le temps. En ce bel après-midi de septembre, assis au milieu des touffes de thym, d’alfa sauvage, abrité du vent par les chênes nains, les arbres à gingembre et les oliviers sauvages, Mostefa Ben Boulaïd était assez satisfait. L’Aurès, qui avait été centraliste, était maintenant gagné au mouvement révolutionnaire. Fin août, en compagnie de Chihani Bachir, son premier lieutenant, Ben Boulaïd, qui était resté dans l’ombre jusque-là, avait interdit l’entrée de l’Aurès aussi bien aux messalistes qu’aux centralistes et avait annoncé aux militants sur lesquels il savait pouvoir compter la création d’un nouveau parti,  « Hizb Ethaoura», doublé d’un organisme militaire,  « Djich Ethaoura », au sein duquel il incorporait les hommes favorables au C.R.U.A. Ben Boulaïd avait déjà établi dans l’Aurès les deux organismes que les Six se promettaient de créer avant le jour J et que le monde allait connaître sous le nom de F.L.N. (Front de libération nationale) et d’A.L.N. (Armée de libération nationale). Dès la fin de juillet, Ben Boulaïd avait constitué, avec les chefs de Kasma d’Arris et de Foum-Toub, des groupes dans chaque douar. A ces hommes il avait expliqué le remplacement du M.T.L.D. par « Hizb Ethaoura » et les avait « chauffés » en parlant d’ordres venus du Caire, d’une levée en masse du Maghreb arabe et d’un prochain encadrement par des Algériens venant d’Egypte.

Ben Boulaid se montrait capable de jouer trois coups à l’avance, en affirmant l’implication de l’Égypte voulait ainsi dire que Messali n’était pas seul chef capable de faire bouger les choses et d’établir des contact au niveau international, privé d’une tête de liste, après s’être épuisé les derniers espoirs de voir le Dr. Debaghine rejoindre leurs efforts, a vu juste de donner une image internationale aux vrais dirigeants de la révolution en germes, par ailleurs il était habile d’évoquer l’Egypte, que les ondes radios de Sawt El-Arabe (La voix Arabe) diffusait depuis le Caire, parvenaient jusqu’à cette région oubliée de l’administration française, ce qu’aurait facilité plus-au-moins la prise en main de la population, d’où une compagne psychologique prenait une importance double, sans oublier la couverture que cela aurait garantie aux six chefs historique.

Dans les villes du pourtour de l’Aurès, c’est Chihani qui avait recruté pour le C.R.U.A. Ben Boulaïd était allé à Khenchela pour étudier la situation et y avait installé son deuxième homme de confiance : Laghrour Abbès. Le recrutement avait continué selon les méthodes de cloisonnement en vigueur pour le C.R.U.A. Connaissant l’Aurès comme sa poche, Ben Boulaïd avait su jouer avec les particularismes locaux et avec les capacités de chacun. Chaque membre recruté était séduit par l’action directe mais le patron de l’Aurès comptait surtout sur ses montagnards pour agir au jour J. Les citadins, eux, serviraient de guides et de conseillers politiques. Avec Chihani et Laghrour, Ben Boulaïd avait mis au point les thèmes de la propagande. Là encore il s’agissait de les adapter à la culture politique de chacun. Pour Batna, qui serait l’épicentre du soulèvement de l’Aurès le thème développé était le suivant : prendre l’initiative de l’action afin d’éviter le déchirement interne du parti en l’amenant à se regrouper en un seul bloc autour du sacrifice des moudjahidines. 

Les résultats dans tous les secteurs de l’Aurès étaient remarquables. Chaque groupe, chaque kasma importante, avait à sa tête un chef et un comité avec un responsable local, un responsable de la police intérieure, un autre pour les finances, pour les affaires islamiques, pour les affaires syndicales.

Ben Boulaïd et ses adjoints Chihani Bachir et Laghrour Abbès se trouvaient dès lors à la tête de quatre cents hommes organisés, politisés, réunis en cellule et groupe d’action. En outre ils avaient la plus importante réserve d’armes d’Algérie.

Ben Boulaïd sortit de sa poche l’organigramme qu’il montrerait dans six jours à ses compagnons. Voilà comment se présentait l’Aurès :

Chef de zone : Ben Boulaïd.

Adjoints : Chihani et Laghrour.

Kasma de Batna: 50 militants.

Localité d’El-Kantara: 10 hommes.

Localité Mac-Mahon: 10 hommes.

Localité Ghemora: 40 hommes.

Kasma de Khenchela: 60 hommes.

Kasma de Foum-ElToub: plus de 100 hommes.

Kasma d’Arris: environ 100 hommes.

Sans compter dans ces effectifs les hommes des « bandits de l’Aurès », de Grine Belkacem et de Maache dont l’opération « Aiguille » n’avait même pas découvert la trace !

Ben Boulaïd était prêt à passer à l’action dans sa région mais il restait encore de nombreuses tâches de coordination à mettre au point sur l’ensemble du territoire et en liaison avec l’extérieur. Il fallait frapper un grand coup. Réaliser une opération psychologique de grande envergure. Et Ben Boulaïd n’ignorait pas que si l’Aurès pouvait résister, former le cœur de l’insurrection, un cœur qui battrait longtemps, les autres régions, à l’exception de la Kalybie, ne pourraient résister et devraient se borner à une action d’attentats sans très grande envergure. Il fallait compenser le peu de moyens matériels par une « action psychologique » soigneusement mise au point, qui démontrerait l’existence d’un mouvement capable de coordonner une action terroriste sur toute l’étendue du territoire algérien. Et cela demandait du temps.


Article original rédigé par aziz3d et publié sur Guerre d’Algérie
Reproduction interdite sans autorisation


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