DzActiviste.info Publié le ven 25 Avr 2014

Benflis : «Même Staline n’a pas eu ces scores !»

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Vendredi 18 avril 2014
Ali Benflis
« Je refuse les résultats du scrutin, sinon j’aurais cautionné la fraude, la fraude a sali d’une manière dangereuse la légitimité de celui qui en a bénéficié », a déclaré Benflis, ajoutant que « l’Algérie sera gérée par procuration, situation unique qui met en danger la sécurité du pays ».
« Même Staline n’a pas eu ses scores », a t-il lancé. « Celui qui n’a pas parlé, qui n’a pas bougé durant la campagne a obtenu huit millions de voix, et moi qui ai sillonné le pays, je n’ai eu qu’un million de voix ! ». 
Benflis accuse encore : « Tayeb Belaïz présidait un comité de soutien, pas un ministère de l’Intérieur ».
Benflis semble annoncer la prochaine création d’un nouveau parti : « Nous sommes devant une situation de blocage qui nécessite le changement du système en place, le régime est arrivé à ses limites, cette situation nécessite une réponse ferme, le changement ne viendra qu’avec une résistance populaire pacifique ». 
Ali Benflis lance un appel pour un « rassemblement national large pour répondre à cette situation, et c’est le dialogue politique qui est le moyen d’arriver à ce rassemblement », poursuivant qu’« un nouveau combat politique nous attend, un nouveau combat dans un cadre politique ouvert à ceux qui croient à mon projet pour l’Algérie ». « L’alternative démocratique doit être consensuelle et organisée », a t-il dit.
Ce vendredi, lors de la déclaration de Ali Benflis à son QG.

Verbatim : la déclaration de Ali Benflis

Déclaration liminaire de Mr Ali Benflis 
Candidat indépendant à l’élection présidentielle 
Mesdames et Messieurs des medias nationaux et internationaux 
Vous avez été les témoins directs et les observateurs privilégiés du scrutin présidentiel qui vient de connaitre son dénouement. 
Chacune et chacun d’entre vous en a fait sa lecture et en a tiré ses conclusions. Je souhaiterai donc partager avec vous ma propre lecture et mes propres conclusions ainsi que les enseignements politiques que j’en ai tiré personnellement. 
Mes conclusions principales sont au nombre de trois : 
– Ma première conclusion est qu’il n’va pas eu d’élections. Il ne faut pas se voiler la face, ce dont il s’est agi ce 17 avril c’est une répartition administrative des suffrages entre les candidats à l’élection présidentielle. 
A sa discrétion et selon ses préférences le régime en place a gratifié ou pénalisé les candidatures présentes au scrutin. 
– Ma seconde conclusion est que mon projet politique pour l’Algérie a rencontré un engouement insoupçonnable et a gagné une adhésion très large. Le peuple algérien dans son ensemble et celles et ceux d’entre vous qui m’ont suivi durant ma campagne électorale ont pu constater par euxmêmes la réalité incontestable de cet engouement et de cette adhésion. 
Les résultats annoncés ne réussiront jamais à gommer cette réalité qui est d’ores déjà ancrée dans la mémoire de toutes les algériennes et de tous les algériens. En conséquence, je considère que ma candidature et mon projet politique ont été accueilli avec une ferveur populaire qui est allée au-delà de tout ce que j’attendais ou espérais. 
– Ma troisième conclusion est que contrairement au candidat du régime en place et l’inconsistance de son de projet qui ont fait l’objet d’un rejet de grande ampleur, ma candidature et mon projet ont su susciter la confiance et l’espoir. En conséquence je n’ai pas été battu par le suffrage populaire et je n’ai pas échoué dans une compétition électorale honnête et loyale. Si cela avait été le cas, j’ai en moi suffisamment de courage politique, d’honnêteté et de ressources morales pour l’admettre et en assumer les responsabilités. 
Si les suffrages s’étaient exprimés de manière sincère et intègre et si le jugement du peuple aurait été rendu de manière irrécusable je l’aurai accepté et je m’y serai soumis avec déférence et respect. Entendez moi bien et retenez ici: Mon échec a été préparé, planifié et organisé par une coalition qui porte trois noms: la fraude, l’argent douteux et certains relais médiatiques inféodés aux puissances détentrices de cet argent douteux. Voilà la réalité irréfutable. Voilà les faits avérés. Et voilà la grande forfaiture que le scrutin du 17 avril n’arrivera jamais à masquer. Mesdames et messieurs, permettez-moi de vous livrer quelques réflexions sur chacune des trois composantes de cette coalition dont je n’ai subi personnellement qu’un dommage collatéral mais dont la principale victime, est le peuple algérien tout entier qui a vu sa voix, son choix et sa volonté faire l’objet d’un détournement aussi irresponsable et tellement contraire aux valeurs les plus élémentaires de l’éthique politique. 
Permettez-moi de commencer par l’analyse de la fraude. 
La fraude qui s’est manifesté de manière éclatante dans cette soirée du 17 avril a été préméditée et programmée de longue date. 
Le gouvernement a été reconfiguré pour que les portefeuilles en charge directe de l’organisation de l’élection présidentielle soient attribués aux proches parmi les proches du candidat du régime en place. 
C’est le premier ministre, président de la commission d’organisation de l’élection présidentielle qui présente la candidature du candidat du régime au lieu et place de l’intéressé lui-même et qui deviendra le directeur de sa campagne. 
Tout le Gouvernement de la République a été ravalé au rang peu honorable de comité de soutien du candidat du régime en place. 
Les présidents du Conseil de la Nation et de l’Assemblée Populaire Nationale se sont docilement accommodés du rôle de porte voix de ce candidat.
Le conseil Constitutionnel n’a pas assumé ses missions et ce faisant, il a commis une forfaitaire. Une candidature manifestent irrecevable a été entériné par ses soins sans aucun égard pour notre Constitution et nos lois. 
L’administration locale est normalement tenue par le devoir d’équité, de neutralité et d’impartialité. Par la menace, l’intimidation et la contrainte ses agents ont été forcés à servir la candidature du régime en place. 
Je ressens profondément le devoir de dire ceci à mes concitoyennes et à mes concitoyens: 
Premièrement, la fraude est le vecteur d’une légitimité faussée en ce que ses bénéficiaires se discréditent eux-mêmes consciemment ou inconsciemment. Le respect ne leur est pas accordé; leur autorité est contestée; ils ne sont investis d’aucune confiance. 
– Deuxièmement, la fraude est un patrimoine commun de tous les régimes autocratiques qui se rejoignent en ceci: la volonté populaire qui leur 1 importe peu, le citoyen qu’ils tiennent pour négligeable et la légitimité et la légalité qu’ils rabaissent au rang de considérations formalistes sans importance.  
– Troisièmement, la fraude exprime un sentiment de peur et de méfiance à l’égard du peuple dont l’on doute des choix et redoute les décisions: 1 pourquoi frauder si l’on est si sûr de l’adhésion populaire? 
– Quatrièmement, la fraude s’accompagne toujours de ces autres violences que sont les chantages à la peur et au chaos car les fraudeurs ne cherchent pas à convaincre mais à contraindre; leur but n’est pas de s’entourer d’une adhésion populaire mais de se constituer des clientèles et des relais rentiers.
La fraude incarne, selon moi, le sommet de la malfaisance politique. Elle représente l’obstacle majeur auquel est confrontée l’alternative démocratique. En effet, aussi longtemps que le choix du peuple souverain, les valeurs d’une pratique pluraliste saine et le cours d’une vie démocratique normalisée resteront otages de la fraude, l’alternative démocratique ne se réalisera pas. La lutte contre la fraude devra impérativement passer par un ressaisissement de toutes les forces politiques et sociales qui viendra rappeler à tous ceux qui fraudent, faussent ou trichent que la volonté populaire importe, que la voix citoyenne compte et que la libre expression démocratique est une exigence. 
Mesdames et Messieurs, 
A la lumière de tout ce que je viens de dire, le scrutin d’hier n’en était pas un.
C’est la fraude qui a parlé au moment même ou le peuple algérien était, une  fois encore, bâillonné. Je ne reconnais pas les résultats de ce scrutin. Je les contesterai par toutes les voies politiques et légales. 
Mais au-delà de ma position personnelle, ce qui importe aujourd’hui plus que toute autre considération c’est l’état et le sort de la République elle-même. Je tiens à faire, à ce sujet, deux constats qui me semble d’une extrême importance: 
– Mon premier constat est que la fraude entame gravement la légitimité de celui qui en bénéficie. 
  • -Mon second constat est que le bénéficiaire principal de cette fraude est au vu et au su de tout le monde dans l’incapacité d’assumer les hautes charges nationales: c’est donc une gestion par délégation de la République que notre pays et notre peuple vont désormais connaitre. 
Cette situation inédite est d’une gravité extrême. Elle n’est ni acceptable ni tolérable. Elle exige une réaction patriotique de toutes les forces politiques et sociales soucieuse des intérêts vitaux de notre grand peuple et de la grandeur de notre partie. Il s’agit ici d’une résistance populaire qui doit pour s’exprimer. C’est dans cet esprit que j’ai appelé hier et que je renouvelle aujourd’hui, mon appel à un grand rassemblement patriotique au service de la République. En lançant cet appel j~ suis animé par quatre convictions essentielles : 
• Ma première conviction est que le système politique algérien a conduit le pays à l’impasse totale dont nous sommes les témoins aujourd’hui. La sortie de cette impasse commande inéluctablement le changement de ce système ; 
• Ma deuxième conviction est que ce système a fait encore la démonstration irréfutable de son incapacité à faire sa propre mue pour répondre aux attentes de notre peuple et s’adapter au changement que connait le monde qui nous entoure.
l’alternative démocratique sont les acteurs incontournables de ce changement; 
• Ma quatrième conviction » enfin, est que l’alternative démocratique devra être consensuelle, ordonnée et pacifique. 
Consensuelle, elle devra s’assurer la mobilisation politique et sociale la plus large autour d’elle; ordonnée, elle devra agencer ses priorités en distinguant entre le plus et le moins pressant, entre l’essentiel et le secondaire dans le cadre d’une démarche graduelle; pacifique, elle devra avoir pour mot d’ordre le dialogue politique comme moyen de sa réalisation. Il est incontestable que mon projet politique a bénéficié d’une vaste mobilisation populaire. Des femmes et des hommes y ont cru et y croient toujours.
Je ne les décevrai pas. Je les invite à rester soudés et mobilisés pour le nouveau combat politique qui nous attend. Ce combat commun exige du courage, de la détermination et un souffle long.
Je sais que nous n’en manquons pas. Bientôt, je vous annoncerai la forme et le contenu de ce combat politique d’avenir qui devra être en symbiose avec son environnement politique et social national. 
Je tiens à m’acquitter, en conclusion de cette déclaration liminaire d’un devoir de remerciement et de reconnaissance. – Un remerciemènt et une reconnaissance d’abord envers ceux qui m’ont soutenu, accompagné et porté avec moi le projet de renouveau pour notre pays; 
– Un remerciement et une reconnaissance aussi envers toutes celles et  tous ceux qui ont adhéré loyalement et sincèrement à mon projet politique et ont acquis la conviction qu’il représentait une chance pour .~ notre pays qu’il fallait saisir. 
Un remerciement et une reconnaissance, enfin, envers tous ceux qui ont voté pour moi parce qu’ils ont cru à la sincérité de mon engagement politique, à la justesse de mon projet pour notre pays et à son aptitude à relever les défis multiples auxquels il est confronté. 
Sachez tous qui que vous soyez et où que vous soyez, que vous êtes, citoyennes et citoyens que vous êtes, en dépit de tout, les grands vainqueurs politiques et moraux de ce scrutin.

 


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