DzActiviste.info Publié le dim 31 Jan 2016

Brut. La ruée vers l’or noir

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Auteurs : Dufresne David - Huston Nancy - Klein Naomi - Laboucan-Massimo Melina - Wiebe Rudy
Année : 2015

Mot de l'éditeur. Il existe un tableau de Klee qui s’intitule Angelus Novus. Il représente un ange qui semble avoir dessein de s’éloigner de ce à quoi son regard semble rivé. (…) Il a le visage tourné vers le passé. Où paraît devant nous une suite d’événements, il ne voit qu’une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d’amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si forte que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse incessamment vers l’avenir auquel il tourne le dos, cependant que jusqu’au ciel devant lui s’accumulent les ruines. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès. Walter BENJAMIN, «Thèses sur la philosophie de l’histoire» ES ÉTENDUES DE L’ATHABASCA, dans le Nord-Est de l’Alberta, au Canada: 90 000 kilomètres carrés de terre écorchée et d’eaux contaminées par l’extraction des sables bitumineux, mélange lourd et visqueux d’argile, de sable et de bitume, qui constitue le carburant fossile le plus sale qui soit (n’en déplaise à ceux qui prétendent qu’il est plus respectueux des droits humains que le brut exporté par les Émirats arabes). On mesure généralement l’ampleur de cette dévastation en comptant les hectares de terre arrachée, les mètres cubes d’eau contaminée, les tonnes de déchets toxiques produits, le nombre d’animaux tués, les milliards de dollars empochés, mais ces chiffres vertigineux ménagent notre entendement en le dépassant. Ils ne dévoilent pas l’essentiel: que ce désert toxique qui s’étend au nord du monde est une dévastation de la culture humaine. Les sables bitumineux et leur capitale, Fort McMurray, sont un monument du capitalisme contemporain et de la logique extractiviste selon laquelle le gaspillage, aussi bien dire le scandale, serait de ne pas mettre à profit les moindres replis de la terre. Cette atrophie calculée de la vie habitable, l’appauvrissement de notre rapport à nous mêmes, au politique, au réel, l’inversion des valeurs qui fondent notre humanité par les passions de l’accumulation, voilà ce que décrivent et décrient les voix ici rassemblées. ...

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